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Pourquoi ton pipi change-t-il d’odeur après des asperges — et pourquoi ton pote jure que non ?

Publié par Elsa Fanjul le 19 Oct 2026 à 11:01

Tu as mangé des asperges à midi. Une heure plus tard, direction les toilettes, et là, une odeur de légume pourri te saute au nez. Tu te demandes si tu dois appeler un médecin ou un exorciste.

Pire : ton beau-frère, lui, jure qu’il n’a jamais rien senti. Qui ment, qui rêve, qui est mutant ? La réponse est plus bizarre que prévu.

Le coupable se cache dans une molécule que seule l’asperge fabrique

Rassure-toi, ton asperge ne sent rien de spécial avant que tu la manges. L’odeur n’est pas dans le légume : elle apparaît pendant la digestion.

Le suspect principal s’appelle l’acide aspargusique, un composé soufré que l’on ne trouve dans aucune autre plante. Quand ton corps le décompose, il fabrique des molécules soufrées très volatiles, dont le méthanethiol, décrit comme une odeur de chou pourri.

Pas besoin d’attendre longtemps. Pour la plupart des gens, l’odeur apparaît 15 à 30 minutes après les premières bouchées et peut durer quelques heures.

Femme curieuse tenant une asperge verte à table

Et ce phénomène n’a rien de moderne : dès 1702, le médecin Louis Lémery notait « une odeur forte et désagréable » dans l’urine. Mais pourquoi tout le monde ne la remarque-t-il pas ?

Ton nez est peut-être le vrai suspect

Pendant longtemps, les scientifiques ont cru que certaines personnes ne fabriquaient tout simplement pas ces composés. Puis une autre piste est apparue : tout le monde en produirait, mais seuls certains sauraient les sentir.

Une étude portant sur 2 748 personnes a trouvé qu’environ 40 % d’entre elles détectaient l’odeur du méthanethiol, contre 60 % qui n’y étaient pas sensibles. Les chercheurs ont comparé l’ADN des participants pour comprendre pourquoi.

Parmi des centaines de variations génétiques, les plus significatives se trouvaient près d’OR2M7, un gène lié aux récepteurs de l’odorat. Les scientifiques parlent de « gène candidat » : la piste est sérieuse, mais la preuve définitive n’existe pas encore.

On appelle ça une anosmie spécifique : tu sens très bien le café, la lessive et le brie, mais pas cette molécule précise. C’est un peu comme un daltonisme, version nez. Et ce n’est pas la seule surprise de l’affaire.

Marcel Proust adorait ça (si, si)

Les grands esprits ont tous remarqué le phénomène. Benjamin Franklin parlait d’une odeur « désagréable » après quelques tiges d’asperges, dans son texte sur les flatulences.

Marcel Proust, lui, voyait les choses plus poétiquement : selon lui, l’asperge transformait son pot de chambre en flacon de parfum. Même molécule, deux avis opposés, ce qui rappelle que l’odorat est une affaire très personnelle.

Gentleman du XXe siècle ravi près d'asperges et d'un flacon

Côté science, le premier à identifier un coupable fut le chimiste Marceli Nencki, dès 1891 : il avait relié l’odeur au méthanethiol. Plus d’un siècle plus tard, on débat encore de la recette exacte, car plusieurs composés soufrés semblent se mélanger.

Et il y a un dernier twist : certaines personnes ne produiraient pas ces composés en quantité détectable. Autrement dit, ton beau-frère a peut-être deux raisons de ne rien sentir.

Les idées reçues qui sentent mauvais

« Si je ne sens rien, je ne produis rien. » Faux. Des chercheurs ont observé des personnes qui éliminent bel et bien les composés soufrés sans pouvoir les sentir, et d’autres qui les sentent sans en produire de façon notable.

« Ça veut dire que j’ai un problème. » Non : c’est un simple sous-produit de la digestion, observé depuis plus de trois siècles chez des gens qui se portaient très bien. Si tu t’inquiètes pour autre chose, c’est un autre sujet.

« C’est dans l’asperge qu’on sent le problème. » Non plus. Le légume frais ne dégage pas cette odeur, car ce sont ses produits de digestion qui sont volatils et soufrés.

Quant à demander à tout le monde de goûter ton pipi pour comparer, on va éviter. Mais tu peux toujours proposer un sondage au prochain dîner : à peu près quatre convives sur dix seraient d’accord avec toi.

La réponse en une phrase

Ton pipi ne sent pas pareil parce que ton corps transforme une molécule exclusive à l’asperge en composés soufrés, et que ton nez, selon ta génétique, les détecte… ou pas. La prochaine fois que quelqu’un te dit « moi, je ne sens rien », tu sauras qu’il n’est pas forcément de mauvaise foi.

Si ces mystères de l’organisme te passionnent, découvre pourquoi ton visage te trahit quand on te fixe, ou si l’on peut vraiment mourir de peur. Autre sujet, autre question que tout le monde se pose sans oser la poser.

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