Pourquoi ton corps fait « hic » sans ton accord — et pourquoi un homme l’a gardé 68 ans ?
Tu es tranquille, tu manges ta pizza, et soudain ton corps lâche un « hic » digne d’un dessin animé. Tu n’as rien demandé, personne ne t’a prévenu, et tu ne peux rien y faire.
Ce petit spasme ridicule, tout le monde l’a déjà vécu sans jamais se demander ce qu’il fabrique là. Assumons : oui, c’est une question bête. Et la réponse, elle, ne l’est pas du tout.
Ton diaphragme fait un caprice, et ta glotte claque la porte
Le coupable principal s’appelle le diaphragme. C’est le muscle qui pompe l’air pour remplir et vider tes poumons, sans que tu y penses. Parfois, il est pris de spasmes répétés et involontaires, avec les muscles intercostaux et certains muscles du cou.
Le « hic » lui-même ne vient pas du spasme, mais de ce qui suit. D’après une source de vulgarisation, la glotte se ferme environ 35 millisecondes après la contraction. Cette petite porte située au niveau des cordes vocales bloque l’air qui rentre d’un coup, et celui-ci fait vibrer les cordes vocales.
Autrement dit, ton hoquet est un bruit de portière claquée : une inspiration éclair, puis un verrou. Et le plus drôle, c’est que la science ne sait toujours pas à quoi ça sert.

Les déclencheurs, eux, sont bien connus : un repas trop copieux ou avalé trop vite, l’alcool, les boissons gazeuses, ou un aliment froid suivi aussitôt d’un aliment chaud. Si tu as déjà vu une boisson gazeuse qui s’emballe, tu comprends que ton estomac, lui aussi, n’aime pas être secoué.
Mais pourquoi ce réflexe existerait-il, s’il ne sert à rien ? Les chercheurs ont plusieurs pistes, et l’une d’elles remonte avant ta naissance.
Un vestige d’avant ta naissance ?
Voici la théorie la plus étonnante : le hoquet serait peut-être la mémoire d’une phase préparatoire à la respiration, développée par le fœtus. Tu aurais donc fait « hic » dans le ventre de ta mère, avant même de voir la lumière.
Une deuxième piste en fait un réflexe de protection. La glotte se fermerait pour éviter d’inhaler des aliments quand la digestion envoie un signal interprété comme une menace.
Troisième hypothèse, la plus culottée : une équipe internationale a avancé que le hoquet serait une anomalie liée à l’évolution de nos réseaux neuronaux, le prix à payer pour déclencher le réflexe de téter chez le nouveau-né. Ton « hic » serait donc un effet secondaire du biberon.

Ces trois théories coexistent, car le sujet est jugé bénin et ses mécanismes intéressent peu la communauté scientifique. Aucune n’est tranchée. Le hoquet reste un mystère de comptoir, et c’est tant mieux pour ce genre d’article.
Et si on te disait qu’un homme a hoqueté pendant presque tout le XXe siècle ?
L’homme qui a fait « hic » pendant 68 ans
Il s’appelle Charles Osborne, né dans l’Iowa en 1894. Son attaque de hoquet commence en 1922 et ne s’arrête qu’en février 1990, au bout de 68 ans. Il figure dans le Livre Guinness des records pour la plus longue crise.
Son rythme, au début, atteignait 40 hoquets par minute, contre environ 6 en temps normal. Il a ensuite baissé à 20. Au total, on estime qu’il aurait hoqueté environ 420 millions de fois.
Il est même passé dans des émissions comme The Tonight Show. Il est mort en 1991, un peu plus d’un an après la fin de sa crise. Un hoquet qui s’arrête enfin, après 68 ans : on a vu pire comme conclusion.
Évidemment, ton « hic » à toi ne dure pas ça. Alors, comment l’éteindre plus vite ?
Les remèdes de grand-mère : lesquels tiennent la route ?
Retenir sa respiration, boire à l’envers, se faire peur : chacun a son truc. Pour la peur, ce n’est pas aberrant, car notre corps réagit à un choc par un réflexe soudain, comme quand on se demande si on peut mourir de peur. Mais les preuves solides manquent.
Côté science, il y a du concret. Un sac de glaçons posé sur le diaphragme permet d’en stopper les spasmes, selon Futura-Sciences. C’est simple, mais peu pratique au restaurant.
Plus original : une paille spéciale, avec un petit trou en bas et un grand en haut. Il faut aspirer fort pour faire monter l’eau, ce qui sollicite les muscles inspiratoires et la glotte. Dans une étude publiée dans JAMA Network Open, le Dr Ali Seifi rapporte que le hoquet s’est arrêté dans près de 92 % des cas.
Dans le même esprit, certains gestes agissent sur des réflexes involontaires, comme le fait de fermer les yeux en éternuant sous l’eau. Ton corps a des programmes automatiques qu’on ne contrôle pas.
Ce qu’on croit à tort sur le hoquet
Premier mythe : le hoquet serait toujours grave ou toujours sans importance. Un hoquet bref est bénin. Mais s’il dure longtemps, mieux vaut en parler à un médecin, car il peut parfois signaler un trouble.
Deuxième mythe : on pourrait le contrôler par la volonté. Comme pour le rougissement quand on te regarde fixement, ton cerveau ne te demande pas ton avis. Le diaphragme obéit à des circuits automatiques que ta volonté n’atteint pas.
Troisième mythe : la peur de manger trop vite serait une légende de parents. En réalité, les repas rapides, gras ou arrosés figurent bien parmi les déclencheurs connus. Pour une fois, maman avait raison.
Notre corps cache d’autres bizarreries du même genre, comme ces ongles qui poussent plus vite sur une main. Le hoquet n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.
La réponse en une phrase
Ton hoquet, c’est un spasme du diaphragme suivi d’un claquement de glotte, probablement hérité de ton passé de fœtus ou de nourrisson. Personne n’a encore tranché, et ça n’a pas empêché un Américain d’en faire un record de 68 ans.
Et maintenant, une autre question qui te trotte peut-être dans la tête : pourquoi le ciel est bleu et pas violet ? Ou, si tu préfères les petites bêtes agaçantes, pourquoi les moustiques bourdonnent à ton oreille au lieu de piquer en silence.