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Pourquoi les kiosques à journaux parisiens sont verts : la couleur cache une décision précise

Publié par Elsa Fanjul le 04 Juil 2026 à 16:01

Tu passes devant sans même les regarder. Les kiosques à journaux parisiens, avec leur toit arrondi et leur couleur si particulière, font partie du décor depuis toujours.

Mais pourquoi ce vert précis, et pas un bleu, un rouge ou un gris comme ailleurs en Europe ? La réponse tient en une décision qu’un homme a prise il y a plus de 150 ans, et qu’on n’a jamais remise en cause depuis.

La vraie raison derrière cette couleur

Tout remonte à la grande transformation de Paris sous le Second Empire. Georges Eugène Haussmann, le préfet chargé de moderniser la capitale, ne s’est pas contenté de percer des avenues.

Il a aussi standardisé le mobilier urbain : bancs, grilles d’arbres, colonnes Morris, et bien sûr les kiosques à journaux qui commençaient à fleurir sur les trottoirs.

Le vert choisi n’est pas anodin. On l’appelle le « vert wagon », une teinte sombre et discrète déjà utilisée sur les wagons de chemin de fer et le mobilier ferroviaire de l’époque.

Vendeur devant un kiosque vert parisien traditionnel

L’objectif était simple : cette couleur se fond dans la végétation parisienne, les grilles des parcs et les bancs publics. Elle ne devait jamais attirer l’attention sur elle-même.

Contrairement au rouge ou au jaune, très visibles, le vert wagon avait une vertu discrète : il uniformisait la rue sans la saturer visuellement. Haussmann voulait une ville cohérente, pas un patchwork de couleurs criardes.

Cette teinte a ensuite été reprise sur presque tout le mobilier urbain parisien : bancs publics, grilles du métro, colonnes Morris, kiosques à musique dans les jardins. Un vrai code couleur avant l’heure.

Ce que personne ne sait sur ces kiosques

Le premier kiosque à journaux parisien officiel date de 1857, installé par la ville pour encadrer la vente de presse qui se faisait jusque-là de façon totalement anarchique dans les rues.

Avant cette date, les vendeurs de journaux, souvent des femmes appelées « crieuses », arpentaient les trottoirs en hurlant les gros titres du jour. Le kiosque a mis fin à ce désordre en offrant un point de vente fixe.

Détail amusant : la forme arrondie du toit n’est pas décorative. Elle reprend celle des pavillons chinois qui faisaient fureur dans les jardins bourgeois du 19e siècle, une mode importée par les expositions universelles.

Femme regardant les magazines d'un kiosque parisien

Aujourd’hui, Paris compte environ 350 kiosques à journaux, contre plus de 400 il y a une dizaine d’années. Beaucoup ont disparu faute de repreneurs, la vente de presse papier s’effondrant chaque année un peu plus.

La mairie de Paris a d’ailleurs lancé plusieurs appels d’offres pour moderniser ces kiosques tout en conservant leur silhouette et leur couleur historiques, jugées indissociables du patrimoine visuel parisien.

Un détail que peu de Parisiens remarquent : certains kiosques récents ont légèrement éclairci leur teinte pour mieux résister à la décoloration du soleil, mais l’esprit du vert wagon reste respecté à la lettre.

Et ailleurs dans le monde ?

À Londres, les kiosques à journaux traditionnels n’existent quasiment pas sous cette forme : la presse se vend surtout dans des newsagents, des petites boutiques fermées, souvent rouges ou bleues selon l’enseigne.

À New York, les kiosques ressemblent davantage à des cabines métalliques standardisées, sans code couleur unifié, chaque propriétaire choisissant sa propre déco.

Vienne, en Autriche, possède elle aussi une tradition de kiosques historiques, mais peints en général dans des tons bruns ou beiges, très différents du vert parisien.

Le choix esthétique français reste donc unique : aucune autre capitale n’a fait du vert wagon un symbole aussi identifiable de son mobilier urbain.

Un détail qui change le regard

La prochaine fois que tu croiseras un kiosque à journaux dans une rue parisienne, tu ne verras plus juste un point de vente de presse.

Tu verras une décision d’urbanisme vieille de 150 ans, pensée pour que la couleur se fasse oublier au profit de l’harmonie de la rue. Ce genre de détail invisible façonne pourtant tout le paysage urbain français, un peu comme ces petits plots dorés devant les boulangeries ou le fameux M des bouches de métro.

Paris regorge de ces choix esthétiques oubliés, tout comme la hauteur uniforme des fenêtres haussmanniennes répondait elle aussi à une logique bien précise.

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