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Essence : le 3e chiffre après la virgule, personne ne le paie, mais 60 % finissent par 0 ou 9

Publié par Hannah Maline le 27 Oct 2026 à 16:03

Tu t’arrêtes à la pompe, tu lèves les yeux vers le grand panneau : 1,478 € le litre de gazole. Trois chiffres après la virgule, alors qu’aucune pièce de monnaie ne vaut un millième d’euro.

Tu ne l’as sans doute jamais payé, ce fameux troisième chiffre. Mais au fait, pourquoi s’obstine-t-on à l’afficher ?

Un chiffre que ton ticket de caisse ne verra jamais

La première réponse, la plupart des gens la devinent : c’est un calcul intermédiaire. Le prix au litre n’est qu’une base, et ce qui compte, c’est le montant final.

Prenons l’exemple cité par Libération : 53 litres à 1,478 € donnent 78,334 €. Mais tu ne peux pas régler 0,004 € de plus, alors le total est arrondi au centime le plus proche, soit 78,33 €.

Voilà pourquoi on parle de prix « intermédiaires ». Ils concernent tous les produits qu’on ne vend pas à l’unité : eau, électricité, gaz, carburants.

Automobiliste intrigué devant le panneau de prix d'une station-service

La règle d’arrondi est simple. Si le troisième chiffre est 5 ou plus, on monte au centime supérieur ; s’il est inférieur à 5, on descend.

Donc ce chiffre pèse, au maximum, quelques centimes sur un plein. Et pourtant, il est affiché en énorme sur des panneaux visibles à 200 mètres. Étrange, non ?

Quand l’euro a fait apparaître les millièmes

Cette habitude ne date pas d’hier, mais elle n’est pas éternelle non plus. D’après les explications publiées par Yahoo Actualités, elle remonte au passage à l’euro, au début des années 2000, quand les « prix intermédiaires » ont commencé à s’afficher avec trois décimales.

À l’époque, la presse s’était même penchée sur ces « millièmes de la discorde », comme l’a titré Le Parisien en 2001. Le sujet intriguait déjà les automobilistes.

Côté règles, l’affichage des prix aux stations est encadré par un arrêté du 8 juillet 1988, qui impose qu’il soit lisible depuis la voie publique. Rien n’y oblige pourtant à choisir un chiffre plutôt qu’un autre à la fin.

Et c’est précisément là que l’histoire devient intéressante.

Le détail statistique qui trahit les pétroliers

Si ce troisième chiffre n’était qu’un simple calcul, il serait réparti au hasard : chaque chiffre de 0 à 9 reviendrait environ une fois sur dix. Or ce n’est pas du tout ce qu’on observe.

L’économiste Erwan Gautier a étudié les prix dans les stations-service françaises, plus de 8 millions de relevés. Son constat, rapporté par Libération : dans 60 % des cas, le troisième chiffre est un 0 ou un 9.

Soit deux chiffres sur dix qui se partagent six prix sur dix. Le hasard ne ressemble pas à ça.

Femme amusée regardant le panneau des prix du carburant

Ce chiffre porte même un nom : le « chiffre magique ». Il joue sur la psychologie, car 1,899 € paraît plus proche de 1,80 € que de 1,90 €, même si l’écart réel est minuscule.

Et le plus curieux, c’est comment les stations s’en servent vraiment.

Ce que les stations ajustent, et ce qu’elles ne touchent jamais

Selon Erwan Gautier, ce troisième chiffre change très rarement. Quand un distributeur modifie ses prix, il joue sur les centimes, donc sur le deuxième chiffre après la virgule.

C’est ce centime qui sert à se caler sur la concurrence du coin. Le dernier chiffre, lui, reste sagement un 9 ou un 0, comme une signature.

Autrement dit, la bataille des prix se joue au centime, mais la mise en scène se fait au millième. Le panneau ne ment pas, il habille.

Reste une question : la France est-elle la seule à faire ça ?

En Amérique, c’est une fraction de cent

Aux États-Unis, la version est encore plus étrange. Les prix s’affichent avec un petit 9/10 collé à la fin, comme 3,459 dollars le gallon : neuf dixièmes de cent.

Selon plusieurs sources américaines, la pratique remonterait aux années 1930. Une première taxe fédérale sur l’essence d’un cent par gallon date de 1932, et à l’époque, un gallon coûtait quelques dizaines de cents seulement.

Ajouter un cent entier pesait lourd, alors les stations ont préféré jouer avec des fractions. Les récits divergent sur le détail, mais tous s’accordent sur la logique : un dixième de cent en moins pour dire « moins cher ».

Aujourd’hui, selon l’association américaine des magasins de proximité, toute autre fin de prix est devenue inhabituelle là-bas.

La prochaine fois que tu lèveras les yeux vers le panneau

Tu sais maintenant que ce troisième chiffre ne sert qu’à un calcul que ton ticket arrondit aussitôt. Tu sais aussi qu’il finit par 0 ou 9 dans six cas sur dix, et que ce n’est pas un hasard.

La prochaine fois que tu verras 1,899 €, pense à ce millième d’euro qui n’existe nulle part dans ton portefeuille. Tu ne regarderas plus jamais un panneau de station-service de la même façon.

Et si les chiffres bizarres te passionnent, le trait sur le chiffre 7 cache une autre histoire. Dans le même genre de mystère du quotidien, la baguette pesée par le boulanger obéit à une règle précise que peu de gens connaissent.

Autre habitude réglée par un détail administratif : la date en jour/mois/année. Et chez le pharmacien, la balance gratuite a elle aussi une origine inattendue.

Si tu aimes ces petits secrets d’affichage, tu peux aussi découvrir pourquoi les mairies affichent « RF » sur leur façade. Et pour finir sur une note plus chaude, la soucoupe sous ton café a une histoire qui vaut le détour, tout comme le café servi après le repas.

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