Le prix Nobel a été créé parce qu’Alfred Nobel a lu sa propre nécrologie — et elle était horrible
Imagine ouvrir le journal un matin et tomber sur ta propre nécrologie. C’est exactement ce qui est arrivé à Alfred Nobel en 1888. Et ce qu’il y a lu ce jour-là a changé l’histoire du monde.
L’homme le plus riche de Suède avait un problème
Alfred Nobel n’était pas n’importe qui. À la fin du XIXe siècle, ce chimiste suédois était l’un des hommes les plus riches d’Europe. Sa fortune colossale venait d’une invention très particulière : la dynamite.

Brevetée en 1867, la dynamite avait révolutionné l’industrie minière et la construction. Mais elle servait aussi à détruire, à tuer, à faire la guerre. Nobel possédait plus de 90 usines d’armement et d’explosifs à travers le monde.
L’homme vivait seul, sans enfants, et traînait une réputation sulfureuse. Les journaux européens le surnommaient parfois « le marchand de mort ». Mais tant qu’il était vivant, il s’en fichait plus ou moins.
Jusqu’au matin du 13 avril 1888, où tout a basculé.
Le jour où il a lu sa propre mort dans le journal
Ce matin-là, c’est en réalité son frère Ludvig Nobel qui meurt à Cannes. Mais un journal français commet une erreur monumentale. Il confond les deux frères et publie la nécrologie d’Alfred.

Le titre est sans appel : « Le marchand de mort est mort. » L’article poursuit en expliquant qu’Alfred Nobel « est devenu riche en trouvant le moyen de tuer plus de gens, plus vite que jamais ».
Nobel découvre ce texte au petit-déjeuner. Il est vivant, en bonne santé, et il tient entre ses mains ce que le monde entier pensera de lui le jour de sa vraie mort. Le verdict est brutal.
Personne ne mentionne ses 355 brevets. Personne ne parle de sa passion pour la littérature, de ses poèmes, de ses pièces de théâtre. Aux yeux du monde, il n’est qu’un fabricant d’armes. Un profiteur de guerre. Point final.
Ce choc va déclencher chez lui une obsession qui va durer huit ans — et dont le résultat est encore vivant aujourd’hui.
Comment transformer « marchand de mort » en symbole de paix
Nobel ne dit rien publiquement. Il ne dément même pas la nécrologie. Mais en privé, quelque chose se brise. Il commence à réfléchir à son héritage, à ce qu’il laissera derrière lui.
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En 1895, un an avant sa mort, il rédige en secret son testament final. Et ce qu’il contient stupéfie tout le monde. Nobel lègue 94 % de sa fortune — l’équivalent de 265 millions d’euros actuels — à la création d’un prix international.
Ce prix récompensera chaque année les personnes ayant rendu « les plus grands services à l’humanité ». Cinq catégories : physique, chimie, médecine, littérature… et la paix. Oui, le marchand de mort crée un prix de la paix.
Sa famille est furieuse. Ses neveux contestent le testament en justice pendant cinq ans. Ils estiment que cet argent leur revient, pas à une fondation qui n’existe même pas encore. Comme l’inventeur du Coca-Cola mort sans un sou, Nobel choisit de ne rien laisser à ses proches.
Finalement, en 1901, les premiers prix Nobel sont décernés. Le prix de la paix va à Henry Dunant, fondateur de la Croix-Rouge. L’ironie est parfaite.
Le twist que personne ne connaît
Voilà ce qui rend cette histoire encore plus dingue : on ne sait pas avec certitude si Nobel a vraiment lu cette fausse nécrologie. L’anecdote est rapportée par plusieurs biographes, mais aucun document de sa main ne le confirme.
Ce qu’on sait, c’est que son testament a été rédigé sept ans après l’incident présumé. Et que Nobel a explicitement inclus le prix de la paix dans ses catégories — un choix que personne dans son entourage ne comprenait.
Autre détail savoureux : Nobel parlait couramment cinq langues et se considérait avant tout comme un écrivain. Il a écrit un roman, de la poésie et plusieurs pièces de théâtre. Aucune n’a jamais eu de succès. Le prix Nobel de littérature, c’est peut-être aussi sa revanche personnelle sur les éditeurs qui l’ont ignoré.
Aujourd’hui, le fonds Nobel vaut plus d’un milliard d’euros. Chaque lauréat reçoit environ 11 millions de couronnes suédoises, soit un peu plus d’un million d’euros. Tout ça parce qu’un journaliste français s’est trompé de frère un matin de 1888.
Un bracelet à 50 centimes en vide-grenier peut valoir une fortune. Une erreur dans un journal peut créer le prix le plus prestigieux du monde. Comme quoi, parfois, c’est le hasard qui décide de tout.
La prochaine fois que quelqu’un te parle du prix Nobel, tu pourras lui expliquer que tout est parti d’une gaffe journalistique et d’un type qui ne voulait pas qu’on se souvienne de lui comme d’un marchand de mort. Raconte ça à un pote, il va adorer.