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Le rayon crémerie du supermarché en 1975 vs 2026 : ce mur de bocaux a totalement disparu

Publié par Elsa Fanjul le 24 Août 2026 à 18:01

Il y a cinquante ans, pousser un caddie devant le rayon crémerie relevait presque du rituel artisanal. Bouteilles en verre qui s’entrechoquent, beurre découpé à la demande, odeur de lait frais qui flotte dans l’air froid du meuble réfrigéré.

Aujourd’hui, ce même rayon ressemble à un mur de plastique coloré, calibré au gramme près, où même le fromage se vend sous forme de bâtonnets individuels pour le goûter des enfants. Entre les deux, une transformation totale du quotidien alimentaire des Français.

1975 : le rayon qui sentait encore la ferme

Dans les hypermarchés naissants du milieu des années 70, le rayon crémerie n’a rien d’un espace standardisé. Le lait est vendu majoritairement en bouteilles de verre consignées, que les ménagères rapportent au magasin pour récupérer une petite somme.

Le beurre, lui, arrive souvent en motte, découpé et pesé devant le client par un employé muni d’un battoir en bois. Certains magasins proposent encore un service à la coupe pour le fromage, avec une meule entière posée sous cloche de verre.

Les yaourts, eux, se présentent en petits pots de verre épais, fermés par un simple opercule en aluminium qu’on décolle avec l’ongle. Beaucoup de foyers les gardaient d’ailleurs pour en faire des verres à moutarde ou des pots à crayons, un geste anti-gaspillage avant l’heure.

Le choix reste limité : nature, fraise, quelques parfums de base. Pas de version 0%, pas de skyr, pas de version enrichie en protéines ou en probiotiques comme on en trouve aujourd’hui.

La chaîne du froid, elle, est balbutiante. Les meubles réfrigérés consomment énormément d’énergie et peinent à maintenir une température stable, ce qui explique pourquoi les dates de consommation sont beaucoup plus courtes qu’aujourd’hui.

2026 : un mur de plastique calibré au gramme près

Cinquante ans plus tard, le contraste est total. Le rayon crémerie s’étend désormais sur plusieurs dizaines de mètres, avec des centaines de références qui n’existaient tout simplement pas en 1975.

Le verre a quasiment disparu au profit du plastique et du carton recyclable, plus léger à transporter et moins coûteux à produire en masse. Seules quelques marques premium continuent de miser sur le verre comme argument marketing haut de gamme.

Le beurre se décline désormais en dizaines de variantes : demi-sel, allégé, bio, au sel de Guérande, aromatisé aux herbes. La découpe à la meule a cédé la place à des barquettes sous vide calibrées à 250 grammes.

Les yaourts, eux, ont explosé en diversité. Skyr islandais, yaourts grecs à la texture épaisse, versions végétales à base d’amande ou de soja, formats individuels pour le sport ou le goûter des enfants.

Un détail illustre bien cette mutation : même le fromage se vend désormais en bâtonnets individuels emballés, pensés pour les boîtes à goûter plutôt que pour la table familiale du dimanche. Une époque où, comme le montre l’évolution du supermarché Carrefour de 1963, tout le libre-service devait encore faire ses preuves.

Ce qui a vraiment provoqué ce changement

La première raison tient à la logistique. Le verre est lourd, fragile, coûteux à transporter et à recycler à grande échelle. Le plastique léger a permis de réduire drastiquement les coûts de distribution dans les années 80 et 90.

La deuxième raison est réglementaire et sanitaire. Les normes d’hygiène européennes, renforcées à partir des années 90, ont imposé des emballages individuels scellés, rendant la vente à la coupe beaucoup plus marginale.

La troisième raison est purement marketing. Segmenter un produit en dizaines de variantes permet de multiplier les prix et les marges, une stratégie que les industriels ont appliquée méthodiquement au fromage, au beurre et au yaourt depuis les années 2000.

Enfin, l’essor du bio et des alternatives végétales a redessiné entièrement les linéaires depuis une quinzaine d’années, avec des laits d’amande, d’avoine ou de soja qui occupent désormais une place que personne n’aurait imaginée en 1975.

Et dans 30 ans, notre rayon crémerie fera sourire

Les emballages individuels en plastique, aujourd’hui critiqués pour leur impact écologique, pourraient bien disparaître au profit d’un retour au vrac ou à la consigne, comme le tentent déjà quelques enseignes.

Ce qui nous semble normal aujourd’hui, un mur de yaourts en plastique à perte de vue, paraîtra peut-être aussi daté dans trente ans que la bouteille de lait en verre consignée nous semble aujourd’hui. L’histoire des rayons de supermarché, c’est avant tout celle d’un aller-retour permanent entre praticité et nostalgie.

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