Le rayon photo du drugstore parisien en 1985 : ce comptoir a disparu de la vie des Français
Il y a quarante ans, prendre une photo n’avait rien d’un geste anodin. Il fallait choisir sa pellicule, la faire développer, puis attendre. Le comptoir photo du drugstore parisien était le théâtre discret de ce rituel disparu.
Aujourd’hui, un smartphone suffit pour immortaliser n’importe quel instant en une fraction de seconde. Retour sur un monde où chaque cliché coûtait de l’argent et se méritait.
Le sanctuaire de la pellicule dans les drugstores parisiens
En 1985, le drugstore des Champs-Élysées ou celui de Saint-Germain n’était pas qu’un magasin. C’était un lieu de vie ouvert tard le soir, mélange de pharmacie, de presse et de gadgets high-tech de l’époque.
Le comptoir photo trônait généralement près de l’entrée, reconnaissable à ses présentoirs jaunes Kodak ou verts Fujifilm. Les boîtes de pellicules 24 ou 36 poses s’alignaient par dizaines, classées par sensibilité ISO.
Un vendeur en blouse expliquait la différence entre une pellicule 100 ISO pour l’extérieur ensoleillé et une 400 ISO pour l’intérieur. Ce conseil technique faisait partie intégrante de l’expérience d’achat.

Derrière le comptoir, les boîtiers photo argentiques trônaient sous vitrine : Canon AE-1, Pentax ME Super, ou les premiers Kodak jetables apparus quelques années plus tard. Le vendeur ouvrait la vitrine sur simple demande, sans jamais brusquer un client hésitant.
Le suspense du développement, ce plaisir oublié
Une fois la pellicule terminée, direction le même comptoir pour la déposer dans une petite enveloppe pré-remplie. Nom, adresse, format des tirages souhaité : le rituel prenait presque autant de temps que la prise de vue elle-même.
Puis venait l’attente. Une semaine dans les petites boutiques de quartier, 24 heures dans les drugstores les plus modernes, une heure seulement dans les tout premiers Photo Service apparus à la toute fin de la décennie.
Ce délai créait un suspense aujourd’hui totalement disparu. On oubliait parfois ce qu’on avait photographié des semaines plus tôt, transformant chaque récupération de tirages en petite surprise.

Le moment de l’ouverture de l’enveloppe, sur le trottoir devant le magasin, restait un instant à part. Photos ratées, doigts devant l’objectif, yeux fermés : tout cela faisait partie du jeu, sans retouche possible.
Ce qui a fait disparaître ce comptoir en moins de 20 ans
Le premier coup vient du numérique. Dès la fin des années 1990, les appareils photo numériques grand public permettent de voir instantanément le résultat sur un petit écran, sans développement ni attente.
Kodak, pourtant inventeur du capteur numérique dès 1975, tarde à basculer son modèle économique. L’entreprise reste accrochée à la pellicule, source de ses profits, et se retrouve dépassée par des concurrents japonais plus agiles.
Le second coup arrive avec l’iPhone en 2007 et la démocratisation des smartphones. En quelques années, chaque Français possède un appareil photo permanent dans sa poche, gratuit à l’usage et instantané.
Les drugstores parisiens historiques, eux, ferment progressivement dans les années 2000, victimes de la hausse des loyers et de la concurrence des grandes enseignes. Le drugstore Publicis des Champs-Élysées survit, mais son rayon photo d’antan a laissé place à d’autres univers.
Kodak, symbole absolu de cette époque, dépose le bilan en 2012 après plus d’un siècle de domination sur la photographie mondiale. Un effondrement aussi rapide que spectaculaire pour un géant industriel.
Dans 30 ans, nos habitudes actuelles feront sourire
Nos petits-enfants regarderont peut-être avec la même stupéfaction nos usages actuels : stocker des milliers de photos jamais imprimées, ou passer des heures à choisir un filtre avant de publier un cliché.
Le comptoir photo du drugstore, avec ses boîtes jaunes et son attente d’une semaine, appartient désormais à une génération. Mais il a posé les bases d’un besoin universel : garder une trace du temps qui passe.