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Le rayon photo du drugstore français en 1985 : ce comptoir a disparu de nos vies en 20 ans

Publié par Elsa Fanjul le 10 Août 2026 à 18:01

En 1985, personne ne repartait des vacances sans un sac plastique rempli de petites boîtes jaunes ou vertes. Le rayon photo du drugstore ou du Photo Service du coin était un passage obligé, presque un rituel social. Aujourd’hui, ce comptoir a quasiment disparu du paysage commercial français.

Le comptoir photo, un lieu de passage incontournable

Dans les années 80, chaque quartier avait son magasin de photo, souvent coincé entre une pharmacie et un tabac-presse. Le comptoir affichait des dizaines de pellicules Kodak, Fuji ou Agfa, classées par sensibilité ISO et par nombre de poses : 12, 24 ou 36.

Le vendeur connaissait ses clients par leur prénom. Il notait le nom sur l’enveloppe de développement, glissait la pellicule dans un sac en papier kraft, et donnait un ticket avec une date de retrait griffonnée au stylo.

Le développement classique prenait une semaine. Pour les plus pressés, il existait une option « 1 heure », plus chère, réservée aux grandes occasions : un mariage, un baptême, un voyage dont on voulait montrer les photos le soir même.

Comptoir photo bondé un dimanche soir en 1985

Le dimanche soir après les vacances d’été, la file d’attente pouvait s’étirer jusque sur le trottoir. Tout le monde rapportait ses pellicules du camping, de la plage, du camping-car garé sur l’aire d’autoroute quelque part entre Lyon et Marseille.

L’angoisse du retrait, un suspense que plus personne ne connaît

Récupérer ses photos était un moment à part entière. On ouvrait l’enveloppe directement devant le comptoir, parfois même avant d’avoir payé, tant l’impatience était forte.

Le taux d’échec était élevé : doigt sur l’objectif, flash raté, cadrage de travers, personne qui cligne des yeux. Sur une pellicule de 24 poses, il n’était pas rare de perdre 5 ou 6 clichés définitivement gâchés.

Il n’existait aucun moyen de vérifier avant développement. Pas d’écran, pas de suppression possible, pas de seconde chance. Chaque photo coûtait de l’argent, réussie ou non, ce qui obligeait à réfléchir avant de déclencher.

Le prix d’une pellicule 24 poses avec développement tournait autour de 40 à 50 francs à l’époque, soit environ 12 à 15 euros actuels. Un budget non négligeable pour capturer un été entier de souvenirs.

Après : le smartphone a tout englouti en moins de 15 ans

Aujourd’hui, ce comptoir a quasiment disparu. Les grandes enseignes comme Photo Service ou Photo Station ont fermé la majorité de leurs points de vente entre 2005 et 2015, victimes directes du numérique.

Ancien magasin de photo fermé face au smartphone moderne

Un Français prend en moyenne plusieurs centaines de photos par mois sur son smartphone, contre quelques dizaines par an à l’époque de l’argentique. Le coût marginal de chaque cliché est désormais nul, ce qui a totalement changé le rapport à l’image.

Le développement papier n’a pas totalement disparu, mais il s’est réfugié dans des bornes automatiques en supermarché ou des services en ligne, loin du rituel humain du comptoir de quartier.

Certains passionnés relancent pourtant l’argentique depuis quelques années, séduits par le grain de l’image et la discipline qu’impose la pellicule limitée. Un contre-courant nostalgique, mais qui reste marginal face au tout-numérique.

Ce qui a vraiment tué le rayon photo

Le vrai tournant s’est joué entre 2003 et 2010, avec la démocratisation des appareils photo numériques puis l’arrivée massive du smartphone équipé d’un capteur photo correct.

En 2007, l’iPhone change la donne : la photo devient gratuite, instantanée et partageable immédiatement. Le besoin de développement papier s’effondre en quelques années seulement.

Les grandes chaînes de pellicules comme Kodak, qui dominaient le marché mondial, ont mis du temps à réagir. Kodak dépose même le bilan en 2012, incapable de suivre la révolution qu’elle avait pourtant contribué à inventer avec ses premiers capteurs numériques.

Le drugstore de quartier, lui, n’a pas survécu à la disparition de ce rayon qui faisait souvent entrer du monde tous les week-ends. Beaucoup ont fermé ou se sont reconvertis en simples points presse.

Dans 30 ans, on regardera nos habitudes actuelles avec le même étonnement

Le stockage cloud, les millions de photos jamais triées qui dorment dans nos téléphones, l’absence totale de tirage papier : tout cela paraîtra sans doute aussi étrange aux générations futures que la pellicule argentique nous semble aujourd’hui.

Peut-être qu’un jour, comme pour le téléphone fixe ou le rayon jouets d’antan, quelqu’un écrira un article sur ce comptoir numérique qu’on croyait éternel.

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