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Le rayon poissonnerie du Prisunic en 1970 : ce mur de glace pilée a totalement disparu des supermarchés

Publié par Elsa Fanjul le 20 Sep 2026 à 18:02

En 1970, entrer dans un Prisunic ou un jeune Carrefour, c’était d’abord sentir le rayon poissonnerie avant de le voir. Un mur de glace pilée, des poissons entiers posés à même les blocs, un employé en tablier blanc qui découpait à la demande devant le client.

Cinquante ans plus tard, ce rayon a changé de visage à un point que les moins de 40 ans peinent à imaginer. Vitrines réfrigérées silencieuses, filets sous cellophane, plus une trace de glace ni d’odeur. Comment ce spectacle bruyant et vivant a-t-il disparu si vite ?

Le rayon poissonnerie tel qu’on ne le reverra plus

Dans les années 70, le rayon poisson d’un supermarché ressemblait à un étal de marché greffé dans une grande surface. Le sol était souvent mouillé, l’odeur marine flottait jusqu’aux rayons voisins, et personne ne s’en offusquait.

Les poissons arrivaient entiers, avec la tête et les yeux encore présents. Le client pointait du doigt une dorade ou un merlan, et le poissonnier découpait, écaillait, vidait devant lui sur un plan de travail en bois.

La glace pilée n’était pas décorative : elle servait vraiment à maintenir le froid, faute de vitrines réfrigérées performantes. Elle fondait au fil de la journée, et on la renouvelait plusieurs fois avant la fermeture.

Rayon poissonnerie vintage avec glace pilée en 1970

Le choix restait limité aux espèces locales et de saison : maquereau, merlan, sardine, quelques moules en saison. Pas de saumon norvégien toute l’année, pas de crevettes tropicales décongelées, pas de sushi préemballé.

Le personnel du rayon poisson devait connaître son métier de boucher-poissonnier, presque comme un artisan de quartier transplanté dans un hypermarché naissant comme celui de Sainte-Geneviève-des-Bois.

Ce qui a remplacé ce spectacle bruyant

Aujourd’hui, le rayon poissonnerie d’un supermarché ressemble à une salle blanche aseptisée. Des vitrines réfrigérées à température contrôlée électroniquement, sans une goutte d’eau qui coule, sans odeur qui dépasse les vitres.

Le poisson entier a presque disparu au profit du filet préemballé sous atmosphère protectrice. Saumon, cabillaud, dorade : tout arrive déjà découpé, souvent congelé puis décongelé en usine avant d’atterrir sur l’étal.

Vitrine réfrigérée moderne de poissonnerie en supermarché

Le choix a explosé : crevettes d’Équateur, tilapia du Vietnam, thon rouge en pavé sous vide, sushis préparés le matin même dans un laboratoire annexe. Le supermarché vend désormais une offre mondiale, plus une pêche locale.

La glace pilée a quasiment disparu des linéaires classiques. Elle survit uniquement sur les stands « marée » haut de gamme, où elle joue désormais un rôle presque décoratif plutôt que fonctionnel.

Le poissonnier lui-même s’est raréfié. Beaucoup d’enseignes ont remplacé le métier par du personnel polyvalent, formé à la mise en rayon plutôt qu’à la découpe et à l’écaillage traditionnels.

Pourquoi ce rayon a autant changé en 50 ans

La première explication tient à la réglementation sanitaire. Les normes européennes sur la chaîne du froid, durcies à partir des années 90, ont rendu la glace pilée traditionnelle difficile à justifier face aux vitrines réfrigérées certifiées.

La deuxième raison est économique : le poisson préemballé sous vide se conserve plus longtemps, génère moins de perte, et ne nécessite pas de main-d’œuvre qualifiée coûteuse derrière chaque comptoir.

La mondialisation du commerce a aussi bouleversé l’offre. L’aviation cargo et les chaînes du froid internationales permettent d’acheminer en 48 heures un poisson pêché à l’autre bout du monde, ce qui était impensable en 1970.

Enfin, les habitudes des consommateurs ont changé. On veut aujourd’hui du poisson prêt à cuisiner, sans arêtes ni écailles, alors qu’en 1970 la découpe à la maison faisait partie du quotidien de nombreuses familles françaises.

Dans 30 ans, on trouvera notre époque tout aussi dingue

Le rayon poissonnerie de 2026, avec ses vitrines connectées et ses filets sous vide, semble déjà le sommet de la modernité. Pourtant, il finira probablement par paraître aussi désuet que la glace pilée de 1970.

Impression 3D de protéines marines, traçabilité par QR code jusqu’au bateau de pêche, poisson cultivé en laboratoire sans jamais avoir nagé : la prochaine rupture est peut-être déjà en cours dans les rayons de demain.

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