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La salle de classe française d’il y a 60 ans : l’encrier a disparu, mais pas que lui

Publié par Elsa Fanjul le 10 Juil 2026 à 18:01

Ferme les yeux et imagine une salle de classe en 1965. Des rangées de bureaux en bois vissés au sol, un encrier dans un trou rond, et un maître qui tape sur l’estrade avec une règle en fer. Aujourd’hui, cette même salle ressemble à un openspace avec tablettes tactiles et tableau numérique. Entre les deux, six décennies ont tout balayé — sauf peut-être l’angoisse du contrôle surprise.

Salle de classe française des années 1960 avec encriers

Avant : l’encre, la règle et le silence de plomb

Dans les années 60, chaque élève avait sa place attitrée, dans un pupitre en bois avec un couvercle qui grinçait. Au coin supérieur droit, un petit trou circulaire accueillait l’encrier en porcelaine blanche, rempli chaque matin par le plus discipliné de la classe.

Écrire à la plume Sergent-Major relevait de l’exploit quotidien. Un pâté d’encre sur la copie, et c’était la note qui plongeait, parfois accompagnée d’une remarque cinglante à l’encre rouge du maître.

Le tableau noir trônait, unique support visuel, nettoyé à coups de brosse en feutre qui soulevait des nuages de craie. Pas de photocopieuse : le maître recopiait à la main les leçons que les élèves devaient dupliquer dans leur cahier du jour.

La discipline, elle, ne discutait pas. Bonnet d’âne pour les cancres, doigts sur la table pour les bavards, et parfois la fameuse règle en bois qui claquait sur les phalanges récalcitrantes. Un climat qu’on n’imaginerait plus une seconde aujourd’hui dans l’organisation quotidienne des villages français.

Le poêle à charbon chauffait péniblement la pièce en hiver, et c’était souvent le fils du concierge qui avait la corvée d’aller chercher les bûches. Les fenêtres à petits carreaux laissaient filtrer une lumière blafarde sur les cahiers Séyès à grands carreaux.

Après : tablettes, tableaux numériques et bureaux mobiles

Direction 2026. La même salle de classe, version modernisée, ressemble davantage à un espace de coworking qu’à l’ancien clapier scolaire. Les bureaux individuels ont cédé la place à des tables modulables, parfois disposées en îlots pour favoriser le travail de groupe.

Classe moderne avec tablettes numériques et tableau interactif

Le tableau noir a laissé place au tableau numérique interactif, ou TNI, connecté à Internet et piloté depuis l’ordinateur du professeur. Un simple clic affiche une vidéo, une carte animée ou un exercice corrigé instantanément.

L’encrier a totalement disparu, remplacé par des stylos-billes jetables, voire des tablettes numériques distribuées dans certains établissements pilotes. Selon les chiffres du ministère de l’Éducation nationale, plus de 90% des écoles françaises disposaient d’un accès Internet en classe dès 2020.

Côté discipline, le changement est radical. Punitions corporelles interdites depuis 1887 en théorie, mais réellement bannies des pratiques depuis les années 70-80. Aujourd’hui, on parle de sanction éducative, de dialogue, parfois de médiation avec les parents.

Le chauffage central a remplacé le poêle à charbon depuis longtemps, et certaines salles disposent même de capteurs de qualité de l’air, un détail qui aurait semblé de la science-fiction pure à l’écolier de 1965.

Ce qui a vraiment provoqué cette bascule

Le premier grand tournant date de 1969, avec la suppression officielle du certificat d’études primaires et une refonte des programmes scolaires. L’école devient obligatoire jusqu’à 16 ans, et l’ambiance pédagogique commence doucement à s’assouplir.

Mai 68 joue aussi un rôle décisif. La contestation étudiante rejaillit sur l’enseignement primaire et secondaire, avec une remise en cause frontale de l’autorité verticale à l’ancienne.

Les années 80 apportent l’informatique dans les écoles avec le plan « Informatique pour tous » lancé en 1985, qui équipe 100 000 établissements en ordinateurs Thomson. Une révolution balbutiante mais annonciatrice de ce qui allait suivre.

Puis vient Internet, dans les années 2000, qui change radicalement l’accès à l’information. Fini le seul manuel scolaire : Wikipédia, les vidéos éducatives et les plateformes numériques transforment la manière d’apprendre.

Enfin, la crise sanitaire de 2020 a accéléré brutalement la numérisation. Les écoles ont dû s’équiper en urgence pour l’enseignement à distance, et beaucoup d’outils adoptés temporairement sont restés en place durablement.

Dans 30 ans, on rigolera de nos salles de classe actuelles

Les tablettes tactiles d’aujourd’hui feront peut-être sourire les écoliers de 2056, tout comme l’encrier fait sourire les collégiens actuels. L’intelligence artificielle personnalisée en classe, encore balbutiante, pourrait devenir la norme dans quelques décennies.

Une chose reste pourtant immuable : l’angoisse de la copie rendue en retard, elle, semble traverser les générations sans jamais prendre une ride.

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