La salle de rédaction du journal télévisé en 1975 : ce mur d’engins que 80% des plus de 50 ans ont oublié
En 1975, présenter le journal de 20 heures relevait presque de l’exploit industriel. Derrière le presentateur figé face caméra, une armée de techniciens s’agitait autour de machines aussi lourdes que bruyantes.
Aujourd’hui, un JT peut être bouclé par une poignée de personnes avec des logiciels de montage sur ordinateur portable. Le contraste entre les deux époques donne le vertige.
Un studio encombré de machines aussi grosses que des armoires
Dans les années 70, la salle de rédaction de l’ORTF puis d’Antenne 2 ressemblait à un atelier mécanique plus qu’à un plateau télé. Les téléscripteurs crachaient en continu les dépêches de l’AFP, avec ce bruit de clic-clic caractéristique que toute une génération de journalistes a connu.
Pour monter un reportage, il fallait manipuler des bobines de pellicule 16mm, découper physiquement la bande avec une lame de rasoir, puis la recoller avec du scotch spécial. Une seule erreur de coupe et il fallait tout recommencer depuis le début.

Le prompteur, lui, n’existait pas encore sous sa forme moderne. Les présentateurs lisaient souvent leurs textes sur de grandes feuilles cartonnées, parfois écrites à la main quelques minutes avant l’antenne.
Autour du plateau, on comptait facilement une trentaine de techniciens : cadreurs, ingénieurs du son, monteurs, scriptes, chefs opérateurs. Chacun avait un poste ultra-spécialisé et personne ne touchait au matériel d’un autre corps de métier.
Aujourd’hui, un JT tient dans un sac à dos
La bascule vers le numérique dans les années 90-2000 a tout changé. Les caméras, jadis énormes et fixées sur des rails, tiennent désormais dans une main et filment en 4K.
Le montage se fait sur des logiciels comme Adobe Premiere ou Avid, directement sur un ordinateur portable. Un reportage qui nécessitait une journée entière de manipulation physique de pellicule se boucle maintenant en une heure, parfois moins.

Le prompteur est devenu un simple écran transparent posé devant l’objectif, relié à un logiciel qui défile automatiquement au rythme de la voix du présentateur. Fini les grandes feuilles cartonnées qui tremblaient parfois entre les mains des chroniqueurs stressés.
Côté effectifs, la révolution est tout aussi radicale. Certaines chaînes d’info en continu fonctionnent aujourd’hui avec une équipe réduite de cinq à dix personnes pour boucler un JT complet, contre trente ou quarante il y a cinquante ans.
Pourquoi une telle mutation en si peu de temps
Le vrai déclencheur, c’est l’arrivée du numérique dans les années 90. La vidéo remplace la pellicule, ce qui supprime d’un coup tout le processus physique de développement et de découpe.
Puis Internet bouleverse la collecte d’informations. Les téléscripteurs disparaissent au profit des flux numériques instantanés, consultables directement sur écran par n’importe quel journaliste.
La miniaturisation des caméras a aussi joué un rôle décisif. Une caméra qui pesait quinze kilos dans les années 70 pèse aujourd’hui moins d’un kilo, avec une qualité d’image largement supérieure.
Enfin, la pression économique a poussé les chaînes à réduire drastiquement leurs effectifs. Un poste occupé autrefois par trois techniciens spécialisés est désormais assuré par une seule personne polyvalente, formée sur plusieurs logiciels à la fois.
Et dans 30 ans ?
Les intelligences artificielles génèrent déjà des voix de présentateurs virtuels dans certains pays, capables de lire un JT sans aucun humain à l’écran. Ce qui nous semble aujourd’hui être le comble de la modernité fera peut-être sourire nos enfants.
D’ici quelques décennies, on regardera sans doute nos studios actuels, avec leurs caméras et leurs présentateurs en chair et en os, comme on regarde aujourd’hui les téléscripteurs des années 70 : un vestige touchant d’une époque révolue.