Le stand de tir de la fête foraine dans les années 60 : ces carabines à plomb ont totalement disparu
Il y a soixante ans, on entendait le stand de tir avant même de le voir. Le crépitement sec des carabines à plomb, les rires des gagnants, l’odeur de poudre mélangée à celle de la barbe à papa.
C’était le passage obligé de toute fête foraine française, celui devant lequel les pères s’arrêtaient pour épater leurs enfants. Aujourd’hui, ce stand a presque disparu, remplacé par autre chose de bien plus lisse.
Le décor sonore et visuel d’une fête foraine des années 60
Le stand de tir occupait une place centrale, juste après le manège à chevaux de bois et avant la loterie. Il fallait suivre le bruit métallique des plombs qui frappaient les cibles en fer-blanc.
La devanture était peinte à la main, souvent par le forain lui-même, avec des animaux exotiques ou des vedettes de music-hall grossièrement esquissés. Les couleurs criardes attiraient l’œil de loin, entre le rouge vif et le jaune canari.
Sur le comptoir en bois patiné par des milliers de coudes, les carabines à air comprimé étaient alignées, reliées par une chaîne pour éviter le vol. Chacune avait son propre défaut, un canon légèrement tordu que seuls les habitués connaissaient.

Le forain, souvent une femme d’ailleurs dans beaucoup de baraques foraines de l’époque, chargeait les armes une à une avec des gestes mécaniques appris depuis l’enfance. Elle connaissait chaque client, chaque triche possible, chaque regard de gamin qui rêvait de repartir avec la grosse peluche accrochée tout en haut.
Les cibles étaient une véritable institution en elles-mêmes. Pipes en argile qui explosaient dans un nuage de poussière blanche, ballons de baudruche gonflés à ras, œufs peints suspendus à des ficelles qui tournoyaient dans le vent.
Le clou du spectacle restait la petite marguerite en métal qu’il fallait découper pétale par pétale sans toucher le centre. Réussir cet exploit garantissait le respect de toute la file d’attente derrière soi, un statut presque héroïque le temps d’une soirée.
Ce qui reste des stands de tir aujourd’hui
Dans les fêtes foraines de 2026, le stand de tir traditionnel s’est fait rare. Beaucoup ont été remplacés par des simulateurs électroniques avec écran tactile et système de points affichés en temps réel.
Quand il subsiste encore, comme à la Foire du Trône à Paris ou dans certaines fêtes de village du Sud-Ouest, le décor a radicalement changé. Les carabines à plomb ont cédé la place à des fusils laser plus sûrs, sans munitions réelles ni risque de blessure.

Les cibles en fer-blanc ont presque toutes disparu au profit d’écrans LED qui réagissent au moindre tir avec des effets sonores numériques. Le charme artisanal du métal cabossé a laissé place à une esthétique bien plus aseptisée.
Les prix aussi ont explosé. Il fallait quelques centimes de franc pour dix plombs en 1965, contre 3 à 5 euros aujourd’hui pour le même nombre de tirs, une inflation qui dépasse largement celle du coût de la vie.
Et les lots ont changé de nature. Fini les peluches cousues main ou les bouteilles de mousseux bon marché, place aux figurines sous licence, aux écouteurs sans fil ou aux bons d’achat dans les enseignes partenaires de la fête.
Pourquoi ce jeu culte s’est-il vidé de sa substance
La première explication tient à la réglementation sur les armes, même factices. Depuis les années 2000, les normes de sécurité se sont durcies partout en Europe, rendant l’usage de vraies carabines à plomb bien plus contraignant pour les forains.
Beaucoup ont préféré investir dans du matériel laser, moins cher à entretenir sur le long terme et surtout sans risque juridique en cas d’accident, même minime.
La deuxième raison est purement générationnelle. Les enfants nés avec une manette de jeu vidéo dans les mains trouvent les stands de tir classiques trop lents, trop imprécis face aux graphismes ultra-réalistes qu’ils connaissent déjà.
Les forains ont dû s’adapter ou disparaître. Certains ont carrément transformé leur stand en arcade tactile connectée, abandonnant l’idée même du tir physique pour coller aux attentes du public jeune.
Enfin, le coût d’exploitation a joué un rôle décisif. Un stand traditionnel demandait un entretien constant, des cibles à repeindre, des carabines à réviser, alors qu’un système électronique tourne des années sans intervention lourde.
Dans 30 ans, on rigolera aussi de nos fêtes foraines actuelles
Les stands laser d’aujourd’hui, avec leurs écrans tactiles et leurs sons numériques, sembleront probablement aussi datés dans trois décennies que les carabines à plomb nous paraissent aujourd’hui.
La nostalgie fonctionne toujours par cycles de trente ou quarante ans. Ce qui nous semble banal maintenant deviendra, à son tour, un souvenir attendrissant que l’on racontera à ses petits-enfants avec un sourire en coin.