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Subway : pourquoi les sandwichs de 30 cm ne mesurent en réalité que 28 — et le procès qui a suivi

Publié par Elsa Fanjul le 24 Juin 2026 à 10:01

Un adolescent, une règle de classe et un sandwich. Il n’en a pas fallu plus pour déclencher l’un des scandals alimentaires les plus absurdes de la décennie. Subway, la chaîne aux 37 000 restaurants dans le monde, a vu sa promesse la plus célèbre voler en éclats à cause de deux malheureux centimètres.

Un ado, une règle et une photo qui fait le tour du monde

En janvier 2013, un jeune Australien du nom de Matt Corby commande un Footlong chez Subway. Pour ceux qui ne parlent pas le jargon de la chaîne, un Footlong, c’est censé mesurer un pied — soit exactement 30,48 centimètres. Sauf que Matt, ce jour-là, a une idée.

Adolescent mesurant un sandwich Subway avec une règle

Il pose une règle à côté de son sandwich et prend une photo. Le résultat est sans appel : 28 centimètres. Pas 30. Pas 29. Vingt-huit. Il poste le cliché sur Facebook avec une légende laconique : « Subway Footlong is not a foot long. »

En quelques heures, la photo devient virale. Des milliers d’internautes à travers le monde sortent leur mètre ruban au comptoir. Et les résultats tombent, tous identiques : les Footlong font systématiquement entre 27 et 29 cm. Jamais 30. Le hashtag #SubwayFootlong explose sur les réseaux.

Subway réagit d’abord par un communiqué qui restera dans les annales du bad buzz. La chaîne explique que « Footlong » est une « marque déposée descriptive » et non une « promesse de mesure ». Autrement dit : quand on vous vend un sandwich de 30 cm, ça ne veut pas dire qu’il fait 30 cm. Logique, non ?

Le procès le plus absurde de l’histoire de la restauration rapide

Aux États-Unis, quand une grande entreprise ment sur un produit, les avocats ne mettent jamais longtemps à dégainer. Dès 2013, une class action est lancée contre Subway dans plusieurs États américains. Les plaignants réclament des millions de dollars de dommages et intérêts pour publicité mensongère.

Avocat présentant un sandwich comme preuve au tribunal

Le dossier rassemble des dizaines de témoignages et de mesures. Les avocats démontrent que le problème n’est pas un accident isolé mais un défaut systémique. Subway utilise la même quantité de pâte dans tous ses restaurants — et cette quantité ne produit tout simplement pas un sandwich de 30 cm.

La raison est d’une banalité déconcertante. La pâte est préparée et congelée en usine, puis envoyée dans chaque franchise sous forme de pâtons standardisés. Chaque pâton pèse exactement le même poids. Mais selon la façon dont il est étiré, la température du four et le temps de cuisson, le résultat varie. Et il varie toujours vers le bas.

Subway aurait pu corriger le tir en augmentant la taille des pâtons. Mais 2 cm de pâte en plus, multipliés par les 7,6 millions de sandwichs vendus chaque jour dans le monde, ça représente des tonnes de farine et des millions de dollars par an. Les deux centimètres manquants n’étaient pas un oubli — c’était une économie silencieuse. Et c’est exactement ce type de calcul discret que pratiquent aussi les fabricants de dentifrice sur leurs tubes.

525 000 dollars pour les avocats, 0 pour les clients

En 2016, après trois ans de procédure, un accord est trouvé. Subway accepte de payer… mais pas les consommateurs. Les avocats des plaignants empochent 525 000 dollars d’honoraires. Les clients floués, eux, ne reçoivent strictement rien. Pas un centime. Pas un cookie. Pas un demi-centimètre de pain supplémentaire.

En échange, Subway s’engage à mettre en place des « procédures de contrôle qualité » pour garantir que ses sandwichs atteignent bien la taille annoncée. L’accord est validé par un tribunal fédéral de l’Illinois.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En 2017, une cour d’appel fédérale annule l’accord. Le juge estime que le règlement ne profite qu’aux avocats et constitue un « accord coupon » déguisé — un terme juridique pour désigner les accords où les consommateurs n’obtiennent rien de concret. La décision est cinglante : le juge écrit que « deux centimètres de pain ne causent aucun préjudice nutritionnel mesurable ».

En clair : oui, Subway mentait. Non, personne n’a été indemnisé. Comme quoi, les secrets de fabrication des géants de l’alimentation réservent souvent des surprises.

Le détail que personne n’a remarqué depuis

Depuis le scandale, Subway a discrètement modifié ses procédures. Les pâtons sont désormais légèrement plus grands dans la plupart des marchés. Mais la chaîne n’a jamais officiellement reconnu que ses sandwichs étaient trop courts. Le mot « Footlong » figure toujours sur les menus — sans astérisque, sans mention légale, sans la moindre précision sur la taille réelle.

Et voici le twist le plus savoureux de l’affaire. Matt Corby, l’ado australien qui a tout déclenché, n’a jamais participé au procès américain. Il n’a jamais touché un dollar. Il n’a même jamais été contacté par les avocats. Sa photo a généré un demi-million de dollars d’honoraires juridiques — et lui n’a eu droit qu’à un sandwich de 28 cm.

D’ailleurs, Subway n’est pas la seule enseigne à jouer sur les mots. On a découvert que certaines marques cultes ont bâti leur empire sur des appellations trompeuses devenues tellement courantes que plus personne ne les questionne.

Et si tu te poses la question : oui, le Sub de 15 cm (le « Six Inch ») est lui aussi plus court que promis. Il mesure en moyenne 14 cm. Proportionnellement, l’arnaque est exactement la même.

La prochaine fois que tu commandes un Footlong, emporte ta règle. Au pire, tu auras un sujet de conversation. Au mieux, tu pourras briller en soirée avec l’histoire du sandwich le plus mesuré de l’histoire.

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