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Ce médicament vendu en pharmacie était en réalité un antigel pour voitures détourné

Publié par Elsa Fanjul le 15 Sep 2026 à 10:01

Un sirop rose, une odeur de framboise, un goût sucré pensé pour les enfants. Rien d’inquiétant en apparence. Sauf que ce médicament vendu en pharmacie américaine en 1937 contenait un ingrédient qu’on retrouve aujourd’hui dans le liquide de refroidissement des voitures.

Cette histoire a fait plus de 100 morts en quelques semaines. Et elle a changé pour toujours la manière dont les médicaments sont fabriqués dans le monde entier.

Pharmacie américaine des années 1930 avec flacons de sirop

Un sirop miracle pensé pour les enfants malades

Dans les années 1930, la sulfanilamide est un antibiotique révolutionnaire. Elle traite efficacement les infections à streptocoques, une avancée majeure avant l’ère de la pénicilline.

Le laboratoire S.E. Massengill, basé dans le Tennessee, décide de créer une version liquide pour les enfants qui n’arrivent pas à avaler des comprimés. Un chimiste de l’entreprise, Harold Watkins, cherche alors un solvant pour dissoudre la poudre.

Son choix se porte sur le diéthylène glycol. Un composé sucré, facile à mélanger, qui donne au sirop sa texture agréable et son parfum de framboise apprécié des plus jeunes patients.

L’ingrédient qu’on retrouve dans les radiateurs de voiture

Le diéthylène glycol n’a jamais été testé sur l’humain avant sa commercialisation. Aucune loi américaine de l’époque n’exige ce genre de vérification avant la mise sur le marché d’un médicament.

Ce composé chimique est aujourd’hui un ingrédient courant… dans l’antigel automobile et certains liquides de refroidissement industriels. Il est toxique pour les reins et le système nerveux, même à petites doses.

Comparaison sirop médicament et antigel automobile

Le sirop, baptisé « Elixir Sulfanilamide », part en distribution dans plusieurs États américains à l’automne 1937. Des centaines de flacons atterrissent dans les pharmacies sans qu’aucun contrôle sanitaire n’ait été effectué.

Les premiers cas troublants apparaissent quelques semaines plus tard. Des patients, souvent des enfants, développent des douleurs abdominales violentes, puis une insuffisance rénale foudroyante.

Plus de 100 morts et une industrie pharmaceutique bouleversée

Le bilan final atteint au moins 105 décès, principalement des enfants traités pour de simples infections de gorge. La Food and Drug Administration (FDA) de l’époque n’a quasiment aucun pouvoir légal pour retirer le produit du marché.

Elle parvient finalement à faire interdire le sirop grâce à une faille technique : l’étiquetage était jugé trompeur, pas le poison lui-même. C’est le seul levier juridique disponible à l’époque.

Ce scandale sanitaire pousse le Congrès américain à voter le Federal Food, Drug, and Cosmetic Act en 1938. Cette loi impose pour la première fois des tests de sécurité obligatoires avant toute mise sur le marché d’un médicament.

Harold Watkins, le chimiste responsable de la formule, se suicide avant même le procès. Le fondateur de l’entreprise, lui, ne sera condamné qu’à une amende symbolique de 26 100 dollars.

Le twist que personne ne connaît

Le plus fou dans cette histoire ? Aucune loi américaine n’obligeait à l’époque de prouver qu’un médicament était sûr avant de le vendre. Seule son efficacité comptait, jamais sa toxicité potentielle.

C’est exactement le même vide juridique qui a permis, des décennies plus tard, à d’autres scandales sanitaires d’éclater dans le monde entier. La FDA moderne, avec ses procédures d’essais cliniques ultra strictes, est née directement de ce drame évitable.

Aujourd’hui, chaque médicament que tu avales a traversé des années de tests uniquement grâce à cet épisode tragique de 1937. Une leçon amère payée par des dizaines de familles américaines.

Maintenant tu sais pourquoi ton médecin te parle toujours d’« essais cliniques » avant de prescrire un nouveau traitement. Raconte ça à un pote pharmacien, il risque de blêmir.

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