Deux cochons de 5 mois filent d’un abattoir anglais à la nage en 1998 : le Daily Mail les rachète, et ils finissent leurs jours dans un refuge
Imaginez la scène. Un matin de janvier, un camion se gare devant un abattoir. Deux jeunes cochons en descendent. Quelques secondes plus tard, ils ont disparu.
Ce qui ressemble à un gag de dessin animé est une histoire vraie. Elle a tenu l’Angleterre en haleine, fait débarquer des journalistes du monde entier dans une petite ville du Wiltshire, et fini par atterrir dans un parlement. Oui, un parlement.
Le matin où deux cochons ont raté leur rendez-vous
Nous sommes le 8 janvier 1998. Leur propriétaire, Arnoldo Dijulio, conduit deux cochons Tamworth de cinq mois, un frère et une sœur, jusqu’à l’abattoir V & G Newman’s de Malmesbury, dans le Wiltshire. Le programme est tout tracé, et il n’a rien de joyeux.
Sauf que les deux jeunes bêtes ont d’autres plans. Juste après avoir été déchargées du camion, elles se faufilent sous une clôture. Direction la rivière.
Et là, le détail qui change tout : ils la traversent à la nage. La rivière Avon, rien que ça. Les voilà dans les jardins voisins, hors de portée, libres. Et ce n’est que le début.

Une semaine de cavale dans un fourré
Où se cache-t-on quand on pèse quelques dizaines de kilos et que tout un comté vous cherche ? Dans un fourré dense, près de Tetbury Hill. C’est là que Butch et Sundance passent l’essentiel de leur semaine de liberté.
Ces prénoms, ils ne les ont pas reçus de leur éleveur. Ce sont les journalistes qui les leur ont donnés, en référence aux hors-la-loi américains Butch Cassidy et le Sundance Kid. Un duo de bandits, version porcelets.
Alors que les recherches s’éternisent, une question se pose : comment une histoire de deux cochons peut-elle devenir un événement national ? La réponse tient en un mot, les médias. Et ils ne se sont pas fait prier.
Quand une centaine de journalistes traquent deux porcs
L’affaire explose dans la presse britannique. Très vite, elle déborde les frontières. Le réseau américain NBC et plusieurs médias japonais envoient des reporters sur place.
Le 16 janvier 1998, la BBC compte près de 100 journalistes sur la piste de ce « porc rebelle ». Parmi eux, la reporter de NBC Donatella Lorch, qui filme pour le journal américain du vendredi soir. Elle résume l’étonnement général : « Ces cochons sont devenus des célébrités. »
Elle ajoute que c’est la réaction britannique qui a attiré l’attention de sa chaîne. Et elle glisse, avec un clin d’œil, que les Américains sont après tout « les créateurs de Babe », le célèbre film du cochon devenu berger.
Le plus fou ? Dans ce tourbillon, une question reste en suspens : que va devenir le duo une fois retrouvé ? Car leur propriétaire n’a pas changé d’avis.
40 à 50 livres : le prix de deux vies

Les deux cochons sont estimés entre 40 et 50 livres sterling pièce. Pas de quoi faire fortune. Arnoldo Dijulio, cantonnier municipal, affirme pourtant qu’il compte toujours les envoyer à l’abattoir s’ils sont repris.
Cette déclaration fait l’effet d’une bombe. Les offres d’argent pleuvent, de la part de médias comme d’amoureux des animaux, pour sauver les deux fugitifs de l’assiette. L’enjeu a changé de nature : ce n’est plus une évasion, c’est une bataille pour deux vies.
Alors, qui a gagné ? C’est là que l’histoire prend un virage que personne n’avait vu venir.
Le journal qui a acheté deux cochons
C’est le Daily Mail qui l’emporte. Le quotidien britannique rachète les deux cochons à leur propriétaire, en échange des droits exclusifs sur leur histoire. Une transaction aussi étrange que logique pour un titre de presse.
L’affaire est restée dans les annales du journalisme. La Press Gazette l’a classée parmi les plus grands scoops de la presse britannique, en citant le travail du Daily Mail en 1998. Le tout pour une cavale de cochons.

L’évasion est même évoquée au Parlement. Quand une histoire de porcelets atteint les bancs des élus, on peut dire qu’elle a dépassé le cadre du fait divers. Mais le récit ne s’arrête pas là, et la suite est plus douce.
Une statue, un refuge et 13 ans de tranquillité
Butch et Sundance ne sont jamais retournés à l’abattoir. Ils ont ensuite vécu dans un centre qui les a accueillis pendant 13 ans. Pour deux bêtes promises à la découpe à cinq mois, c’est une sacrée revanche.
En juin 2004, une campagne est même lancée pour leur ériger une statue à Malmesbury. Deux cochons, immortalisés dans la pierre ou le bronze, dans la ville même d’où ils s’étaient enfuis à la nage.
Cette histoire rappelle que les animaux ont parfois plus de caractère qu’on ne le croit. Si vous aimez ces récits où la nature prend le dessus, jetez un œil à cette histoire sur un autre cochon devenu symbole, ou à celle de cette conductrice qui a sauvé un chaton.