Cette plante à fleurs blanches pousse dans votre jardin, et 10 grammes suffisent pour en mourir

Une balade en forêt, un joli bouquet cueilli au passage… et un aller simple pour les urgences. Ce scénario n’a rien d’exagéré : une plante aux fleurs blanches en forme d’abat-jour pousse tranquillement dans les jardins, les champs et même les terrains vagues français. Son surnom donne le ton : herbe du diable. Et son fruit contient de quoi tuer, sans même que vous vous en rendiez compte.
Une plante commune qui porte bien son surnom
Le datura stramoine ne se cache pas dans des zones reculées. On le trouve dans les jardins, les potagers, les champs cultivés et les friches, partout en France. Il appartient à la famille des Solanacées, la même que la tomate ou la pomme de terre, mais aussi que la belladone et la mandragore, deux cousines tristement célèbres pour leurs effets psychotropes.
Ses fleurs blanches en forme de trompette et ses feuilles dentelées lui ont valu des surnoms éloquents : herbe aux fous, pomme-épineuse, herbe du diable. Rien d’anodin là-dedans. Selon l’Agence de santé du Grand Est, cette plante contient des alcaloïdes, des substances qui peuvent devenir très toxiques dès que la dose tolérée est dépassée.
Le pire se cache dans les graines. Un seul fruit peut en contenir jusqu’à 500, et elles survivent jusqu’à 10 ans dans le sol. Résultat : toute la terre autour d’un plant reste contaminée bien après sa disparition. L’affaire a d’ailleurs pris une tournure spectaculaire dans le parc naturel régional du Golfe du Morbihan, où près de 200 kilos de datura ont dû être arrachés récemment.
Dix grammes suffisent à tuer un adulte
Certains cherchent volontairement les effets du datura. Selon le site drogues-info-service, la plante se consomme en décoction, parfois via les graines seules ou les feuilles fumées, dans l’espoir d’un état de rêve éveillé et d’hallucinations. Un pari extrêmement risqué.
Car même à petite dose, le datura peut provoquer des troubles hépatiques, nerveux et sanguins plus ou moins sévères, alerte l’ARS Grand Est. Des intoxications accidentelles surviennent aussi en respirant les fumées d’un plant brûlé, ou en consommant du miel issu de ses fleurs.
Selon le ministère de l’Agriculture, les alcaloïdes du datura entraînent une intoxication modérée pendant 8 à 12 heures, ou une forme sévère qui dure 2 à 3 jours, avec des pupilles dilatées particulièrement longues à revenir à la normale. Le ministère est formel : « les symptômes nécessitent en général une hospitalisation ».
Et le seuil fatal est bas. Toujours selon l’ARS Grand Est, entre 10 et 12 grammes de la plante suffisent à tuer un adulte. Chez un enfant, la dose létale chute à seulement 2 à 5 grammes. Autant dire qu’une poignée de feuilles mal identifiées peut virer au drame.

Le piège qui a failli coûter la vie à toute une famille
Le vrai danger, c’est que le datura sait se faire discret dans les assiettes. En 2024, des lots de farine de blé noir ont été rappelés dans toute la France après une contamination au datura. En 2026, ce sont des salades jeunes pousses qui ont déclenché une alerte pour la même raison : la plante s’était glissée dans le mélange.
Autre piège redoutable : le datura ressemble beaucoup au tétragone cornue de Nouvelle-Zélande, une plante comestible qui se cuisine comme des épinards et se récolte de juillet à octobre. La confusion peut coûter cher.
En juillet 2020, une famille du Grand Est en a fait l’amère expérience. Ils avaient confondu, dans leur propre potager, la plante comestible avec le datura. Résultat, selon l’Anses : des signes d’intoxication graves ayant nécessité « une hospitalisation en réanimation pour chacune d’entre elles ». Les quatre membres de la famille ont fini par s’en sortir, mais l’un d’eux a dû suivre un traitement médical prolongé pendant des mois.
Pour éviter le même sort, l’Anses recommande d’observer attentivement la forme des feuilles, leur texture et l’odeur avant toute cueillette dans un potager. Et surtout, ne jamais toucher une plante suspecte sans gants, en tenant les animaux à distance.
Une fleur blanche, un jardin familier, et pourtant l’un des végétaux les plus dangereux de France. Au moindre doute face à une plante ressemblant au datura, la règle est simple : on ne cueille pas, on ne cuisine pas, on s’abstient. Avez-vous déjà croisé cette plante sans le savoir ?