Cette fleur jaune que l’on voit partout en France est formellement interdite par la loi depuis 2018

Elle est magnifique, avec ses quatre pétales d’un jaune éclatant en forme de cœur. On la croise au bord des rivières, dans les marais, parfois même dans les bassins de jardin. Pourtant, la ludwigie à grandes fleurs est formellement interdite en France depuis 2018. Et les raisons de cette prohibition sont bien plus graves qu’on ne l’imagine.
Introduite par erreur en 1822, la ludwigie a colonisé la moitié du pays
L’histoire commence comme un malentendu botanique. Originaire du Brésil, cette plante aquatique aux allures tropicales a longtemps fasciné les voyageurs occidentaux. Sa beauté ornementale faisait rêver. En 1822, elle est introduite au jardin botanique de Montpellier, probablement sans arrière-pensée.
Huit ans plus tard, elle s’échappe. Des spécimens se retrouvent sur les rives du Lez, dans l’Hérault. C’est le début d’une invasion silencieuse qui dure depuis deux siècles. La ludwigie se naturalise d’abord dans le Gard et l’Hérault, puis s’enracine dans tout le bassin méditerranéen.
Aujourd’hui, sa progression est spectaculaire. L’ouest du pays, de la Bretagne aux Landes, est touché. La Loire, le nord et le nord-est sont en train de céder. On la voit partout, au bord des étangs, le long des canaux, dans les zones humides. Même les jardiniers amateurs en plantent parfois dans leurs bassins privés, sans savoir qu’ils commettent une infraction.
Car oui, depuis février 2018, c’est illégal. Mais avant de comprendre la loi, il faut mesurer les dégâts que cette jolie fleur provoque là où elle s’installe.
Ce que dit la loi de 2018 — et pourquoi les autorités ont frappé fort
L’arrêté du 14 février 2018 relatif à la prévention des espèces végétales exotiques envahissantes ne laisse aucune ambiguïté. Il est formellement interdit de détenir, commercialiser, transporter, cultiver, planter ou introduire dans la nature la ludwigie à grandes fleurs. Ce texte abroge un précédent arrêté de 2007 qui ciblait déjà cette plante et sa cousine, la jussie rampante.
Pourquoi une telle sévérité ? Le Centre de ressources sur les espèces exotiques envahissantes le résume en une phrase glaçante : les herbiers denses de ludwigie immobilisent les eaux, favorisent le dépôt de sédiments et accélèrent le comblement des milieux aquatiques. En clair, là où elle s’installe, les cours d’eau s’asphyxient lentement.
Les conséquences en cascade sont redoutables. La biodiversité chute dans les zones colonisées. La qualité physico-chimique de l’eau se dégrade. Les poissons et les amphibiens perdent leur habitat. L’irrigation et le drainage sont perturbés, ce qui affecte directement les activités agricoles.
La France n’est d’ailleurs pas seule à combattre ce fléau jaune. La Caroline du Sud l’a inscrite sur sa liste des plantes nuisibles. Le Canada aussi. L’Union européenne l’a intégrée à sa réglementation contre les espèces envahissantes. Au Portugal, la municipalité d’Arganil a même lancé des campagnes d’éradication sur la rivière Alva. Partout, le constat est le même : cette plante est une machine à coloniser.

L’arracher ne suffit pas — et les résultats montrent à quel point c’est un combat de longue haleine
Le problème, c’est que cette fleur amphibie est extrêmement difficile à déloger. L’arrachage simple, aussi massif soit-il, produit souvent l’effet inverse de celui recherché. Le site Doris, référence en identification de la faune et flore subaquatique, prévient : l’arrachage entraîne fréquemment du bouturage. Autrement dit, chaque fragment arraché peut donner naissance à une nouvelle plante.
Dans le Marais poitevin, colonisé par deux espèces de jussies, un programme d’arrachage manuel et mécanique a été lancé dès 1994. Résultat : il a fallu vingt ans pour réduire considérablement leur présence. Vingt ans de lutte, herbier par herbier, saison après saison.
Un autre cas documenté, sur les étangs d’Acigné en Ille-et-Vilaine, illustre l’ampleur du chantier. L’un des étangs était colonisé à 70 %, l’autre à 90 %. Six étapes ont été nécessaires : arrachage mécanique, vidange complète, curage, enfouissement des jussies, comblement et végétalisation du site. Sur l’un des étangs, plus aucune repousse n’a été observée. Sur l’autre, une dizaine de repousses ont été détectées puis éliminées.
Ces exemples locaux sont encourageants mais révèlent une réalité : éradiquer la ludwigie demande des moyens considérables, une vigilance de plusieurs décennies et une coordination entre collectivités.
La prochaine fois que vous croiserez cette jolie fleur jaune au bord d’un étang, vous saurez ce qu’elle cache sous ses pétales séduisants. Et si quelqu’un autour de vous envisage d’en glisser une dans son bassin de jardin, rendez-lui service : expliquez-lui que c’est illégal, et surtout, dites-lui pourquoi.