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Œillets d’Inde, bourrache, capucine : ces plantes que les anciens associaient toujours aux tomates en juin

Publié par Elodie le 07 Juin 2026 à 9:59

Nos grands-parents ne plantaient jamais un pied de tomate isolé. Autour, il y avait toujours du basilic, des fleurs orange, parfois même des plantes qu’on prendrait aujourd’hui pour de la mauvaise herbe. Ce n’était ni du hasard ni de la décoration.

C’était du compagnonnage végétal. Un savoir transmis de bouche à oreille pendant des générations, que l’arrivée des pesticides a presque fait disparaître. En juin, au moment où les pieds de tomates s’installent vraiment, c’est le moment idéal pour remettre en pratique ces associations oubliées.

Pourquoi les anciens ne laissaient jamais une tomate seule

Le principe est simple : certaines plantes, cultivées côte à côte, se rendent mutuellement service. L’une repousse les parasites de l’autre. Une troisième attire les insectes pollinisateurs qui améliorent la nouaison. Une quatrième enrichit le sol en azote.

Jardinier plantant du basilic au pied des tomates

Ce n’est pas de l’ésotérisme de jardinier. Des études d’agronomie confirment que les associations végétales réduisent la pression des ravageurs de 30 à 60 % selon les combinaisons. Les maraîchers bio s’en servent quotidiennement.

Le problème, c’est que trois générations de jardinage « en rang d’oignon » — chaque légume dans sa ligne, chaque espèce séparée — ont effacé ces réflexes. On achète des plants de tomates, on les aligne, on arrose. Et on se demande pourquoi les pucerons débarquent en juillet.

Pourtant, il suffit parfois d’une fleur au bon endroit pour changer toute la dynamique d’un potager. Et ça commence par une plante que tout le monde connaît, mais que peu de gens placent au bon endroit.

Le basilic : bien plus qu’un condiment à pizza

C’est l’association la plus classique, et aussi la plus sous-estimée. Le basilic planté au pied des tomates ne sert pas uniquement à avoir de quoi faire une salade caprese à portée de main.

Ses composés volatils — le linalol et l’eugénol — agissent comme un répulsif naturel contre les mouches blanches (aleurodes) et certains pucerons. Des travaux publiés dans le Journal of Chemical Ecology montrent que la présence de basilic réduit significativement la colonisation par les aleurodes sur les plants voisins.

Mais l’astuce que les anciens connaissaient et qu’on a oubliée, c’est le placement. Pas un pot de basilic posé à côté. Non : un pied de basilic planté à 20-30 cm de chaque plant de tomate, directement en terre. C’est la proximité racinaire qui maximise l’effet protecteur.

Le basilic bénéficie aussi de l’ombre partielle créée par le feuillage des tomates en plein été. Un échange gagnant-gagnant que même les jardiniers modernes redécouvrent. Mais le basilic, c’est la partie visible de l’iceberg.

Les œillets d’Inde : la barrière invisible sous terre

Si vous ne deviez retenir qu’une seule association, ce serait celle-ci. Les œillets d’Inde (Tagetes patula) sont probablement la plante compagne la plus efficace jamais documentée pour les tomates.

Œillets d'Inde en fleur au pied de plants de tomates

En surface, leurs fleurs orange vif attirent les syrphes et les coccinelles, prédateurs naturels des pucerons. Leur odeur puissante désoriente les aleurodes et éloigne certains coléoptères. C’est déjà pas mal.

Mais le vrai pouvoir des œillets d’Inde se joue sous terre. Leurs racines sécrètent de la thiophène, une substance nématicide naturelle. Les nématodes à galles — ces vers microscopiques qui attaquent les racines des tomates et provoquent des déformations — sont littéralement empoisonnés par cette sécrétion racinaire.

Des chercheurs de l’INRA ont montré que la présence d’œillets d’Inde dans un potager pendant une saison réduit la population de nématodes du sol de manière mesurable l’année suivante. Les anciens, eux, les plantaient aussi entre les pommes de terre pour la même raison.

Plantez-les à 30-40 cm de vos pieds de tomates. Ils ne leur font aucune concurrence en eau ou en nutriments. Et en bonus, ils transforment un potager triste en massif coloré. Mais il existe une autre fleur, moins connue, dont l’effet est encore plus spectaculaire sur les pollinisateurs.

La bourrache : l’aimant à abeilles que trois générations ont oublié

Avec ses petites fleurs bleues en étoile, la bourrache (Borago officinalis) est une plante que les anciens semaient systématiquement au potager. Aujourd’hui, la plupart des jardiniers ne savent même plus la reconnaître.

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C’est pourtant l’un des meilleurs attracteurs d’insectes pollinisateurs du règne végétal. Ses fleurs produisent un nectar abondant qui attire abeilles, bourdons et syrphes en masse. Or, les tomates sont autogames mais bénéficient considérablement de la pollinisation croisée par les insectes : les fruits sont plus gros, plus nombreux et mieux formés.

La bourrache a un autre atout. Ses feuilles, riches en potassium et en calcium, se décomposent rapidement au sol et enrichissent la terre. Certains maraîchers la coupent en cours de saison et l’utilisent comme paillage vivant directement au pied des tomates.

Semez-la en place en juin, elle pousse vite et se ressème toute seule les années suivantes. Zéro entretien, zéro coût. Il reste pourtant une plante compagne que les anciens adoraient — et qui joue un rôle de sacrifice volontaire assez malin.

La capucine : la plante-piège que vos pucerons vont adorer (à vos dépens)

La capucine est une plante-piège. Son principe est contre-intuitif : au lieu de repousser les pucerons, elle les attire. Volontairement.

L’idée, c’est de détourner les ravageurs. Les pucerons adorent la sève de la capucine, bien plus que celle des tomates. En la plantant à 1 ou 2 mètres de vos pieds, vous créez une diversion naturelle. Les colonies se concentrent sur la capucine plutôt que sur vos légumes.

Capucine couverte de pucerons servant de plante-piège au potager

Les anciens savaient ça. Ils laissaient les capucines se faire dévorer sans sourciller — c’était leur rôle. Et une fois les pucerons concentrés, les coccinelles et les chrysopes débarquaient naturellement pour le festin. Un écosystème miniature, autogéré, sans aucun traitement.

Attention à ne pas la planter trop près des tomates. La capucine est vigoureuse, elle s’étale. Gardez au moins un mètre de distance pour éviter la compétition racinaire. Et n’oubliez pas : ses fleurs et ses feuilles sont comestibles. Les anciens les ajoutaient dans les salades.

Les oubliées : persil, carotte et souci

Au-delà des quatre grandes classiques, il existe des associations moins connues mais tout aussi malines. Le persil, par exemple, planté au pied des tomates, attire des micro-guêpes parasitoïdes qui pondent dans les chenilles ravageuses. C’est un allié discret mais redoutable.

La carotte, semée entre les rangs de tomates, utilise l’espace vertical différemment : ses racines pivotantes décompactent le sol en profondeur, améliorant le drainage autour des plants. Les deux plantes ne se font aucune concurrence, car elles n’exploitent pas la même strate du sol.

Le souci (Calendula officinalis), cousin de l’œillet d’Inde, sécrète lui aussi des substances qui perturbent les nématodes. Ses fleurs attirent les auxiliaires et son odeur déroute les mouches mineuses. Les anciens en bordaient systématiquement les planches de tomates.

En combinant trois ou quatre de ces plantes autour de vos tomates, vous recréez exactement ce que faisaient les potagers d’autrefois : un système où chaque plante protège sa voisine. Pas besoin de traitement contre le mildiou, pas besoin de pesticides.

Comment s’y prendre concrètement en juin

Si vos tomates sont déjà en terre — et après les Saints de glace, elles devraient l’être — il n’est pas trop tard. Vous pouvez encore planter du basilic en godet, semer de la bourrache (elle germe en 8 jours) et installer des œillets d’Inde achetés en jardinerie pour moins de 3 euros le lot.

Pensez aussi à ébourgeonner vos tomates pendant que vous y êtes : les gourmands retirés laissent plus de lumière aux plantes compagnes installées au pied. Certains jardiniers récupèrent même ces gourmands pour en faire des boutures gratuites.

L’essentiel, c’est de casser la monoculture. Un potager où chaque légume pousse seul dans son coin, c’est un buffet à ciel ouvert pour les ravageurs. Un potager mélangé, c’est un écosystème. Les anciens le savaient. Il suffit de les écouter à nouveau.

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