11 000 : le nombre de guerres que l’humanité a menées en 5 000 ans — et le temps de paix est ridicule
Depuis que l’humanité sait écrire, elle sait aussi se battre. Les historiens ont compté : en 5 000 ans d’histoire documentée, notre espèce a déclenché plus de 11 000 conflits armés. Et quand on regarde le temps qu’il reste sans guerre… le résultat est à peine croyable.
Un chiffre que personne ne veut regarder en face
11 000 guerres en 5 000 ans. Ça donne une moyenne vertigineuse : plus de deux conflits déclenchés chaque année, quelque part sur la planète, depuis l’invention de l’écriture en Mésopotamie. Ce décompte, compilé par plusieurs historiens et repris par le New York Times, couvre l’ensemble des conflits armés documentés.

Mais le chiffre le plus brutal, ce n’est pas celui-là. C’est l’autre face de la pièce : sur ces 5 000 ans d’histoire, l’humanité n’a connu que 268 années de paix totale. Soit environ 8 % du temps. Autrement dit, 92 % de notre histoire écrite s’est déroulée pendant qu’au moins un conflit faisait rage.
Pour te donner une échelle, c’est comme si sur une année complète, tu ne vivais en paix que pendant 29 jours. Le reste du calendrier, quelqu’un, quelque part, se bat.
Ce que ces guerres ont coûté en vies humaines
Le bilan humain est tout aussi difficile à digérer. Selon les estimations croisées de plusieurs instituts de recherche, dont l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo, ces 11 000 conflits ont causé entre 1 et 3,5 milliards de morts au total. La fourchette est large parce que les données anciennes sont fragmentaires.
Rien qu’au XXe siècle, les deux guerres mondiales ont tué environ 80 millions de personnes à elles seules. Et ce siècle est considéré comme le plus meurtrier de toute l’histoire humaine, alors même qu’il a vu naître l’ONU, la Croix-Rouge moderne et les conventions de Genève.

Un détail frappe : les guerres les plus meurtrières ne sont pas toujours celles auxquelles on pense. La révolte des Taiping en Chine, entre 1850 et 1864, a fait entre 20 et 30 millions de morts. Peu de Français la connaissent, et pourtant son bilan dépasse celui de la Première Guerre mondiale.
Pourquoi la paix est un accident statistique
Tu te demandes peut-être quand ces fameuses 268 années de paix ont eu lieu. C’est là que ça devient encore plus troublant : elles ne forment pas un bloc continu. Ce sont des années dispersées, souvent isolées, coincées entre deux conflits.
Aucune période prolongée de paix mondiale n’a jamais duré plus de quelques décennies. La plus longue séquence sans conflit majeur entre grandes puissances, souvent appelée Pax Romana, a duré environ 200 ans. Mais même pendant cette période, Rome menait des guerres aux frontières de son empire.
Aujourd’hui, malgré l’impression que le monde est plus pacifique, les données de l’Uppsala Conflict Data Program recensent plus de 50 conflits armés actifs en 2024. Le chiffre le plus élevé depuis la fin de la Guerre froide. Et la tendance ne baisse pas.
Des comparaisons qui donnent le vertige
Pour mesurer ce que représentent 11 000 guerres, quelques comparaisons s’imposent. Si chaque conflit avait duré en moyenne un an — ce qui est une estimation basse —, cela signifie que la guerre a occupé plus du double du temps disponible. Autrement dit, plusieurs guerres se chevauchaient en permanence.
En termes économiques, le coût cumulé est presque impossible à calculer. Mais pour donner un ordre d’idée, les dépenses militaires mondiales en 2023 ont atteint 2 440 milliards de dollars selon le SIPRI, l’institut suédois de recherche sur la paix. C’est plus que le PIB de l’Italie.
Et si tu empilais les 268 années de paix bout à bout, tu obtiendrais une période qui commencerait en 1757 et se terminerait aujourd’hui. Sauf que ces années n’ont jamais été consécutives. La paix n’a jamais eu le temps de s’installer vraiment.
Le XXIe siècle change-t-il la donne ?
On entend souvent que le monde n’a jamais été aussi pacifique qu’aujourd’hui. C’est en partie vrai : le nombre de morts par conflit a diminué par rapport à la population mondiale. Steven Pinker, professeur à Harvard, défend cette thèse dans son livre The Better Angels of Our Nature.
Mais cette lecture optimiste masque une réalité plus nuancée. Le nombre de conflits actifs, lui, augmente. Guerres civiles, conflits régionaux, affrontements par procuration : la violence armée s’est fragmentée au lieu de disparaître. Elle tue moins par conflit, mais elle est partout.
En 2024, des combats faisaient rage en Ukraine, à Gaza, au Soudan, en Birmanie, en Éthiopie et dans une dizaine d’autres zones. Le monde n’est pas en paix. Il ne l’a presque jamais été, et les chiffres le prouvent avec une clarté brutale.
Un dernier chiffre pour la route
Voici peut-être le plus fascinant. Un chercheur de l’université de Durham a estimé que si l’on répartissait les morts de toutes les guerres de l’histoire sur la population actuelle, chaque être humain vivant aujourd’hui porterait le poids statistique d’au moins un ancêtre mort au combat.
268 années de paix sur 5 000 ans d’histoire. Ça fait 5,36 % du temps. Moins d’un vingtième. Et encore, cette paix n’a jamais été mondiale au sens strict. Elle concernait certaines régions, certaines périodes, certains peuples.
La prochaine fois que quelqu’un te dit que la nature humaine est fondamentalement bonne, tu pourras lui répondre avec un chiffre : 11 000. Et lui demander combien il en faut pour changer d’avis. 🤷