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38 millions : le nombre de arbres que la France perd chaque année — et la raison n’est pas celle que tu crois

Publié par Ambre Détoit le 27 Juin 2026 à 8:01

On imagine la France comme un pays vert, couvert de forêts à perte de vue. Et c’est vrai : avec 17 millions d’hectares boisés, l’Hexagone est l’un des pays les plus forestiers d’Europe. Pourtant, chaque année, environ 38 millions d’arbres sont abattus sur le territoire national.

Le chiffre donne le vertige. Mais le plus étonnant, ce n’est pas le nombre lui-même. C’est la raison principale pour laquelle ces arbres tombent — et elle n’a rien à voir avec ce que la plupart des gens imaginent.

Un arbre coupé toutes les secondes en France

Fais le calcul. 38 millions d’arbres par an, ça représente plus de 104 000 arbres abattus chaque jour. Soit environ 72 arbres par minute. En gros, pendant que tu lis cette phrase, un arbre vient de tomber quelque part en France.

Clairière avec souches d'arbres coupés dans une forêt française

Ce chiffre provient des données de l’Office National des Forêts (ONF) et de l’IGN (Institut national de l’information géographique et forestière). La récolte annuelle de bois en France tourne autour de 40 à 50 millions de mètres cubes, ce qui correspond à cette estimation.

Pour te donner une comparaison parlante : si tu alignais ces 38 millions d’arbres les uns derrière les autres, la file ferait plus de 100 000 km. Soit environ deux fois et demie le tour de la Terre. Et ça, c’est juste pour une seule année.

Mais attention, le plus surprenant n’est pas là. Car quand on pense « arbres abattus », on pense immédiatement déforestation sauvage, béton, zones commerciales. Et c’est précisément là qu’on se trompe.

Le vrai coupable n’est pas le béton

En France, la première cause d’abattage d’arbres, ce n’est pas l’urbanisation. Ce n’est pas non plus l’agriculture. C’est… le chauffage. Le bois-énergie représente à lui seul près de 40 % de la récolte de bois française, selon les chiffres du ministère de la Transition écologique.

Feu de cheminée avec bûches dans un salon français

Concrètement, ça veut dire que des millions d’arbres finissent chaque année dans des cheminées, des poêles et des chaudières à bois. La France est d’ailleurs le premier consommateur de bois de chauffage en Europe, avec environ 7,4 millions de foyers équipés.

Le bois de construction arrive en deuxième position, suivi par l’industrie papetière. L’urbanisation, elle, ne représente qu’une fraction marginale de l’abattage total. Quand tu vois un chantier raser quelques arbres pour construire un lotissement, tu assistes en réalité à une goutte d’eau dans l’océan.

Ce qui est encore plus contre-intuitif, c’est que malgré ces 38 millions d’arbres abattus par an, la forêt française… grandit. Et ce depuis plus d’un siècle.

Plus d’arbres coupés, et pourtant plus de forêt

Oui, tu as bien lu. La surface forestière française a doublé depuis 1850. À l’époque, la France ne comptait que 9 millions d’hectares de forêts. Aujourd’hui, on en est à 17 millions. C’est le résultat direct de l’exode rural : quand les paysans ont quitté les campagnes, les terres agricoles abandonnées se sont naturellement reboisées.

Chaque année, la forêt française gagne en moyenne 80 000 hectares nets, soit l’équivalent de la superficie de la ville de Paris multipliée par huit. L’IGN estime que la France replante ou laisse repousser naturellement bien plus d’arbres qu’elle n’en coupe.

Autrement dit, on récolte environ 50 % de ce que la forêt produit chaque année en croissance naturelle. C’est comme si tu retirais la moitié des intérêts d’un compte épargne sans jamais toucher au capital. Le stock augmente quand même.

Mais ce tableau encourageant cache une réalité bien moins rose. Car tous les arbres ne se valent pas — et ce qui repousse n’a souvent rien à voir avec ce qui a été coupé.

Ce que les chiffres ne montrent pas

Le problème, c’est la qualité. Quand une forêt ancienne de chênes centenaires est abattue, on replante souvent des résineux à croissance rapide. Des pins Douglas, des épicéas. Ces arbres poussent vite, mais ils créent des écosystèmes bien plus pauvres en biodiversité.

Un chêne centenaire abrite en moyenne 500 espèces d’insectes, de champignons et de lichens. Un pin Douglas de 30 ans en accueille à peine 50. Remplacer l’un par l’autre, c’est comme remplacer un récif corallien par une piscine municipale : sur le papier, il y a toujours de l’eau, mais la vie n’est plus la même.

En Morvan, par exemple, des forêts de feuillus vieilles de plusieurs siècles ont été rasées pour être remplacées par des monocultures de résineux. Le phénomène est documenté depuis les années 1960, et il s’accélère sous l’effet de la demande croissante en bois-énergie et en bois de construction.

Et puis il y a le changement climatique, qui complique encore la donne. Les sécheresses répétées affaiblissent les arbres et les rendent vulnérables aux parasites. En 2022, les forêts françaises ont connu un taux de mortalité record, avec des peuplements entiers d’épicéas décimés par le scolyte, un insecte ravageur.

Comment la France se compare au reste du monde

À l’échelle planétaire, les 38 millions d’arbres français sont presque anecdotiques. Chaque année, la Terre perd environ 15 milliards d’arbres, selon une étude publiée dans la revue Nature en 2015. Ça représente 475 arbres abattus par seconde dans le monde.

Le Brésil, l’Indonésie et la République démocratique du Congo concentrent à eux seuls plus de la moitié de la déforestation mondiale. En comparaison, la France fait figure de bon élève, puisque sa forêt continue de s’étendre.

Mais il y a un paradoxe que peu de gens connaissent. La France importe massivement du bois — notamment du Brésil et d’Afrique de l’Ouest — pour compenser ce qu’elle ne produit pas en bois exotiques et en bois tropicaux. En 2023, les importations françaises de bois ont atteint 8,5 milliards d’euros.

Résultat : même si la forêt française grandit, l’empreinte forestière réelle des Français dépasse largement les frontières hexagonales. Quand tu achètes un meuble en teck ou un parquet en iroko, l’arbre qui l’a fourni a probablement poussé à 6 000 km de chez toi.

Un chiffre qui dit plus qu’il n’en a l’air

38 millions d’arbres, ça semble énorme. Et ça l’est. Mais ce chiffre raconte surtout une histoire que personne ne soupçonne : celle d’un pays qui coupe massivement ses arbres pour se chauffer, tout en voyant sa forêt grandir quand même.

C’est un équilibre fragile, qui tient en partie au hasard de l’histoire — l’exode rural du XIXe siècle — et en partie à une gestion forestière qui prélève moins que la nature ne produit. Mais avec le réchauffement climatique et la demande croissante en bois, cet équilibre pourrait basculer.

La prochaine fois que tu allumes un feu de cheminée, tu sauras exactement ce qu’il y a dans les flammes. Et pourquoi ce geste anodin, répété par des millions de Français chaque hiver, représente la première cause d’abattage d’arbres du pays. 🪓

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