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Le Bibendum Michelin est blanc depuis 1898 pour une raison simple : à l’époque, les pneus n’étaient pas noirs

Publié par Ambre Détoit le 30 Sep 2026 à 8:41

Vous le croisez sur les guides, les panneaux, les stands de course. Bibendum, le bonhomme Michelin, est partout depuis plus d’un siècle. Pourtant, une question simple reste presque toujours sans réponse.

Pourquoi ce bonhomme, fait de pneus, est-il tout blanc ? Les pneus qu’on connaît sont noirs. Très noirs. Alors d’où vient cette drôle d’exception ? L’explication est plus simple qu’on ne le croit, mais elle passe par une histoire qui commence dans une foire, à Lyon.

Une pile de pneus et une phrase lancée entre frères

Nous sommes en 1894, à l’Exposition universelle, internationale et coloniale de Lyon. Michelin y tient un stand. Pour signaler l’entrée, les équipes ont empilé des pneumatiques, les uns sur les autres. Rien de plus banal, en apparence.

Mais Édouard Michelin s’arrête devant cette pile. Il se tourne vers son frère André et lâche : « Regarde, avec des bras, cela ferait un bonhomme ! » Une remarque en passant, presque une blague. Personne ne se doute qu’elle va devenir l’une des mascottes les plus célèbres du monde.

L’idée dort ensuite quelques années. Il manque encore un visage, un nom et une histoire. Et le déclic va venir d’un endroit totalement inattendu : une affiche refusée par une brasserie.

L’affiche recalée qui a tout changé

Un jour, le dessinateur O’Galop vient présenter ses projets d’affiches à André Michelin. Parmi eux, une image que la brasserie visée a refusée. On y voit un homme bien en chair, qui brandit une chope de bière en s’écriant « Nunc est bibendum ! ».

C’est une expression tirée du poète antique Horace, qui veut dire « c’est maintenant qu’il faut boire ». André Michelin regarde ce gros buveur et repense aussitôt à la phrase de son frère. Et si on remplaçait l’homme par un personnage fait de pneus ?

Bibendum levant une coupe de clous et verre brisé

L’esquisse voit le jour en avril 1898. Le gros personnage est constitué de pneus. La chope de bière laisse place à une coupe remplie de débris de verre et de clous. Autour de lui, les autres convives se « dégonflent ». Le slogan maison reste en place : le pneu Michelin « boit l’obstacle ».

Le message est limpide pour l’époque. Là où les autres pneus crèvent au moindre clou, celui de Michelin avale tout sans broncher. Et le nom, lui, n’est pas encore trouvé. Il va arriver d’une façon spontanée, en pleine course.

Un mécanicien de 18 ans baptise la mascotte

En juin 1898, un imposant bonhomme Michelin fait des débuts remarqués au salon de l’automobile de Paris. Puis vient juillet, et la course Paris-Amsterdam-Paris. Un jeune mécanicien de 18 ans, Léon Théry, futur coureur illustre, voit André Michelin s’approcher.

Il s’écrie aussitôt : « Voilà Bibendum, vive Bibendum ! » Une interpellation peut-être désinvolte, lancée sans arrière-pensée. Mais l’industriel comprend que le nom colle parfaitement au personnage. Il est adopté.

Le bonhomme a désormais tout : une idée née dans une foire, une affiche recalée, un slogan et un nom. Reste le mystère de sa couleur. Et pour le comprendre, il faut regarder à quoi ressemblaient les pneus de l’époque.

Le vrai secret de sa couleur blanche

Voici la réponse, et elle tient en une ligne. À la fin du XIXe siècle, les pneus ne sont pas noirs. Ils sont clairs, souvent beiges ou blanchâtres.

Leur teinte vient du caoutchouc naturel, mélangé à de l’oxyde de zinc, la recette classique des débuts de l’industrie. Si vous avez déjà vu de vieux films avec des voitures d’époque, vous avez sûrement remarqué ces pneus pâles et fins. Bibendum a donc tout simplement été dessiné avec la couleur de ses modèles.

À l’origine, il est même fait d’anneaux bien plus fins qu’aujourd’hui. C’est logique : le marché d’alors n’est pas d’abord celui de l’automobile, mais celui des roues de vélo, et Michelin a commencé par là. Un bonhomme de pneus de vélo ne pouvait pas être massif.

Pile de pneus clairs à l'exposition de Lyon en 1894

Et le noir, alors, il arrive quand ? Tout bascule en 1912. À partir de cette date, les fabricants ajoutent du noir de carbone au caoutchouc. Ce petit ingrédient rend les pneus plus solides et beaucoup plus durables. Sur ce point, Goodyear a d’ailleurs publié sa propre explication, dans un guide consacré à la couleur des pneus.

En quelques années, les pneus passent du clair au noir. Mais Bibendum, lui, ne bouge plus. Il garde la teinte de ses origines, celle d’un temps où le pneu n’avait pas encore trouvé sa couleur. Il est devenu, sans le vouloir, un témoin vivant de l’histoire du caoutchouc.

Cigare, couteau et régime : les vies secrètes de Bibendum

Si sa couleur n’a pas changé, tout le reste a pris un sacré coup de jeune. Sur les premières affiches, Bibendum porte des lorgnons et fume le cigare, comme un bon bourgeois de la Belle Époque. Un look qui en dit long sur l’époque de sa naissance.

Plus surprenant : il lui arrive même d’être armé d’un couteau face à ses concurrents. Une image agressive, vite abandonnée. Michelin comprend que sa mascotte sera bien plus sympathique en bon vivant qu’en bagarreur.

Les années passent, et le bonhomme évolue avec son temps. Dans les années 1960, il arrête de fumer et perd du poids. Un vrai virage santé, bien avant l’heure. Pour son centenaire, un nouveau logo le rend encore plus élancé.

Aujourd’hui, Bibendum est bien plus qu’un simple dessin. Il est devenu un élément familier du sport automobile, au même titre que le dirigeable Goodyear ou les passerelles Dunlop. Son nom vit aussi ailleurs : il a donné son nom à la catégorie « Bib Gourmand » du guide, pour les tables à prix doux, comme le rappelle le guide Michelin lui-même.

En plus d’un siècle, il a arrêté le cigare, rangé son couteau et perdu quelques kilos. Il a tout changé, sauf sa couleur. Et si vous aimez ces histoires de marques dont l’origine cache une surprise, jetez un œil à celle des trois bandes d’Adidas : l’histoire est tout aussi folle.

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