En 1982, un 747 traverse un nuage de cendres volcaniques : ses 4 moteurs s’éteignent, et le commandant annonce « un petit problème »
Une nuit de juin 1982, au-dessus de l’océan Indien. Des centaines de passagers dorment, lisent ou fument dans la pénombre de la cabine. Rien ne laisse présager ce qui arrive.
Et puis, un à un, les moteurs du géant se mettent à lâcher. Quatre sur quatre. Ce que le commandant dira ensuite aux passagers est entré dans la légende de l’aviation.
Une nuit tranquille, jusqu’à ces drôles de lueurs
Le vol British Airways 9 relie Londres à Auckland, avec plusieurs escales. Ce soir-là, le Boeing 747 vole entre Kuala Lumpur et Perth, en Australie. À bord, 248 passagers et 15 membres d’équipage, soit 263 personnes.
Tout est calme. Le pilote automatique fait son travail, les cabines sont sombres. Sauf que, dehors, quelque chose cloche.
Les équipages remarquent d’étranges lueurs sur le pare-brise et autour des moteurs. Un phénomène lumineux, comme des feux de Saint-Elme, que personne n’avait vraiment l’habitude de voir ainsi. Et ce n’est que le début.
Quand les moteurs se taisent un par un
La cabine se remplit peu à peu d’une fumée à l’odeur de soufre. Les passagers toussent, s’inquiètent, regardent par les hublots. On aperçoit des flammes bleutées sur les moteurs.
Puis le moteur numéro 4 tombe en panne. L’équipage applique la procédure et le coupe. Quelques instants plus tard, le numéro 2 lâche à son tour. Puis le 1. Puis le 3.
Quatre moteurs éteints, en quelques minutes seulement. Un 747 chargé à bloc, soudain transformé en planeur géant. Que faire quand la machine ne pousse plus ?
« Nous avons un petit problème »
C’est là que le commandant Eric Moody prend le micro. Il doit rassurer sans mentir, et il le fait avec un flegme tout britannique. Sa phrase est restée dans les annales.
« Mesdames et messieurs, c’est votre commandant qui vous parle. Nous avons un petit problème. Les quatre moteurs se sont arrêtés. Nous faisons de notre mieux pour les relancer. J’espère que vous n’êtes pas trop angoissés. »
Voilà une annonce qui restera dans l’histoire comme un chef-d’œuvre de sang-froid. Un « petit problème »… avec quatre moteurs en panne. Et ce n’est pas le plus étonnant de l’histoire.

La descente : un géant qui glisse dans le noir
Sans moteurs, le 747 ne s’écrase pas comme une pierre. Il plane. L’équipage calcule : à cette vitesse de descente, l’avion peut parcourir une certaine distance avant de toucher l’eau. Environ 23 minutes de vol plané, selon les estimations les plus citées.
L’appareil perd de l’altitude depuis près de 11 000 mètres. Dans la cabine, des masques à oxygène tombent. Certains passagers écrivent des messages d’adieu à leurs proches. D’autres prient.
Dans le cockpit, personne ne panique. Les pilotes tentent de relancer les moteurs, encore et encore, en suivant la procédure. Chaque seconde compte, chaque tentative aussi.
Le coupable : un nuage invisible sur le radar
Que s’est-il passé ? L’avion venait de traverser un nuage de cendres volcaniques craché par le Galunggung, en Indonésie. Invisible sur le radar météo, invisible de nuit.
Ces particules, fines comme du verre pilé, ont tout abîmé. Elles ont sablé le pare-brise, érodé les aubes des moteurs et fait fondre la poussière à l’intérieur des turbines. Le tout a fini par étouffer les réacteurs.
Le plus fou ? Personne ne connaissait vraiment ce danger à l’époque. Cet incident va tout changer pour l’aviation civile. Mais il fallait d’abord survivre.

Le miracle : un moteur qui repart, puis les trois autres
À mesure que l’avion descend, il sort du nuage. À environ 4 000 mètres d’altitude, un signe d’espoir : le moteur numéro 4 redémarre enfin. Puis le numéro 3. Puis les deux autres.
Soulagement dans le cockpit, mais le calvaire n’est pas fini. Le pare-brise est devenu quasi opaque, rayé et dépoli par les cendres. Les pilotes y voient à peine.
En plus, les moteurs relancés restent fragiles. Un des quatre va de nouveau tomber en panne en approchant du sol. Il reste donc à atterrir à Jakarta avec un appareil malade, et presque sans visibilité.
Atterrir à l’aveugle, quasiment
Le commandant ne voit pratiquement rien par le pare-brise. Il se concentre sur les instruments et sur un petit coin de vitre resté relativement net sur le côté. Un défi de pilotage hors norme.
Autre détail inquiétant : le système d’atterrissage aux instruments de l’aéroport de Jakarta ne fonctionnait pas correctement ce soir-là. L’équipage a donc dû improviser, en s’appuyant sur ses propres repères et sur les lumières de la piste.
Au bout de la nuit, les roues touchent enfin le sol. L’avion s’immobilise. Pas un mort, pas un blessé grave. À bord, c’est la liesse. Mais la suite de l’histoire est tout aussi marquante.

Ce que ce vol a changé pour tous les passagers du monde
Après cet incident, les autorités et les compagnies ont pris les cendres volcaniques très au sérieux. Les procédures ont évolué, les zones à risque sont désormais surveillées de près et les avions les contournent.
Aujourd’hui, des centres spécialisés suivent en continu les panaches de cendres dans le monde entier. Ils alertent les pilotes avant que le pire n’arrive. Un héritage direct de cette nuit de 1982.
Et le « petit problème » du commandant, lui, n’a jamais quitté les mémoires. Il reste le symbole d’un calme à toute épreuve face à l’impensable. Curieux d’autres histoires où le ciel réserve des surprises ? Jetez un œil à ce pilote qui a volé des centaines de fois sans le diplôme requis, ou à l’éruption de l’Etna qui paralyse les vols.