Avant la citrouille, Halloween se sculptait dans un légume bien moins spectaculaire
Chaque année, dès les premiers frimas de fin septembre, les vitrines se couvrent de citrouilles à la mine patibulaire. C’est LE symbole d’Halloween, celui qu’on retrouve sur toutes les décos. Sauf que ce gros légume orange n’a pas toujours été la star du jeu.
Avant lui, il y avait un autre légume. Beaucoup moins glamour, beaucoup plus dur à sculpter, et surtout : irlandais.
Le vrai héros oublié d’Halloween

Retour plusieurs siècles en arrière, en Irlande. Là-bas, la fête d’origine celtique de Samain marque le passage entre l’été et l’hiver, entre le monde des vivants et celui des morts. On pense déjà que les esprits rôdent cette nuit-là.
Pour les tenir à distance, les habitants ont une idée : sculpter des visages menaçants dans des légumes-racines, et y glisser une braise ou une bougie à l’intérieur. Le but ? Effrayer les mauvais esprits avant qu’ils ne s’installent chez vous.
Le légume choisi n’est pas la citrouille, inconnue en Europe à l’époque. C’est le navet. Parfois aussi la betterave ou la pomme de terre, selon ce qui pousse dans le jardin.

Jack, l’homme qui a donné son nom à la lanterne
Cette tradition du légume sculpté porte un nom bien précis dans le folklore irlandais : Jack-o’-lantern, littéralement « Jack à la lanterne ». Et Jack, c’est tout un personnage.
La légende raconte l’histoire d’un forgeron rusé et alcoolique, un certain Stingy Jack, qui aurait réussi à piéger le diable en personne à deux reprises. À sa mort, ni le paradis ni l’enfer ne veulent de lui : trop malhonnête pour l’un, trop malin pour l’autre.
Condamné à errer éternellement dans le noir, Jack obtient tout de même une braise du diable pour éclairer son chemin. Il la glisse dans un navet évidé, et devient ainsi le premier Jack-o’-lantern de l’histoire.
Depuis, les Irlandais sculptent des navets à visage menaçant chaque année pour repousser l’esprit errant de Jack et ses semblables. Un rituel de protection qui a traversé les siècles avant de traverser l’Atlantique.
Le grand tournant : l’arrivée en Amérique
Au 19e siècle, la grande famine irlandaise pousse des centaines de milliers de personnes à émigrer vers les États-Unis. Elles emportent avec elles leurs traditions, dont celle du légume sculpté pour Halloween.
Problème : le navet européen n’est pas la star des jardins américains. En revanche, un autre légume pousse en abondance sur le nouveau continent, et il a un avantage de taille sur son cousin irlandais.
La citrouille est plus grosse, plus tendre à creuser, et surtout beaucoup plus facile à sculpter qu’un navet dur comme du bois. Les immigrants irlandais adoptent rapidement ce nouveau support, bien plus pratique pour reproduire leurs visages grimaçants.
C’est ainsi que la citrouille détrône progressivement le navet dans la culture populaire américaine, avant de s’exporter à son tour dans le monde entier avec la mondialisation d’Halloween.
Pourquoi le navet a totalement disparu des radars
Si la citrouille a gagné la bataille, ce n’est pas un hasard. Sa chair moelleuse permet de creuser des motifs bien plus détaillés qu’un navet, dont la texture ferme limite les possibilités de sculpture.
Sa taille joue aussi énormément. Une citrouille peut atteindre plusieurs kilos, offrant une bien meilleure visibilité une fois posée sur le pas de la porte, bougie allumée à l’intérieur.
Enfin, la couleur orange vif de la citrouille est devenue indissociable de l’imagerie d’Halloween, aux côtés du noir. Le navet, plus terne, n’avait clairement pas ce pouvoir visuel.

Aujourd’hui, en Irlande et en Écosse, certains continuent malgré tout à perpétuer la tradition originelle en sculptant des navets, souvent lors de fêtes folkloriques ou d’événements culturels dédiés à Samain. Une manière de rappeler que la citrouille n’a pas toujours été reine de la fête.
Si l’envie vous prend de célébrer Halloween sans dépenser un centime, sachez que des décorations gratuites se fabriquent facilement avec des branches et feuilles du jardin. Une jolie façon de renouer avec l’esprit bricolage des origines de la fête.
Et si vous cherchez un décor grandeur nature pour frissonner en famille, un village de l’Aveyron se transforme chaque année en véritable décor de film pour l’occasion. De quoi prolonger la magie bien au-delà du perron.