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Club Med en 1950 : 200 tentes sans eau ni électricité, et un collier pour payer le bar

Publié par Ambre Détoit le 25 Oct 2026 à 18:03

Imagine des vacances sans eau courante, sans électricité, dans une tente de l’armée américaine, avec un collier de boules autour du cou pour régler ton verre. C’est ce que vivaient les tout premiers vacanciers du Club Méditerranée, en 1950.

Aujourd’hui, la marque exploite près de quatre-vingts villages dans le monde. Entre les deux, une histoire de faillites, de sauvetages et d’une idée simple. Et le détail du collier est encore plus étrange qu’il n’y paraît.

Un terrain vide à Majorque et du matériel de l’armée américaine

Le Club Méditerranée naît le 27 avril 1950, sous forme d’association loi 1901. Son fondateur, Gérard Blitz, est un Belge, ancien membre de l’équipe nationale de water-polo. Comme il n’a pas la nationalité française, c’est un certain Tony Hatot qui dépose les statuts.

L’idée lui vient en 1949, lors d’une visite à sa sœur Didy au Club olympique de Calvi, en Corse. Il reprend le principe avec ses amis sportifs d’avant-guerre et d’anciens résistants. Ce n’est pas un projet de businessman, plutôt un rêve de camaraderie, à peine cinq ans après la guerre.

Camp de tentes militaires à Majorque en 1950

Pour cette première saison, il loue un terrain à Alcúdia, un petit village de pêcheurs du nord de Majorque. Le lieu n’a ni eau ni électricité. On y envoie par train 200 tentes et du matériel de cuisine acheté dans un surplus de l’armée américaine stationnée en Allemagne.

Et le confort ? Il se résume à peu près à ça. Mais ce qui se passe entre les tentes va pourtant faire date.

Des vacances où tout le monde se tutoie

Sur place, les premiers vacanciers participent à l’invention d’une formule. Blitz veut abolir, le temps d’un séjour, les barrières de l’argent grâce au forfait tout compris. Il veut aussi gommer celles des classes sociales et des religions, par le sport, la table commune et la vie au grand air.

Le tutoiement est obligatoire pour tout le monde. L’esprit se veut « grec », résumé par la formule « un esprit sain dans un corps sain ». Rien à voir avec un hôtel où l’on garde ses distances.

Côté activités, c’est artisanal. Un car censé emmener les vacanciers à des excursions culturelles ou des corridas tombe en panne. Il n’y a que douze paires de palmes et de fusils harpons à se partager, quarante l’année suivante.

Au programme aussi : ski nautique, plongée, volley-ball, pétanque et une troupe espagnole qui vient chanter et danser. Le Club propose même des concerts classiques en pleine nature, des conférences de philosophie et des tournois de bridge. Loin de l’image « sable chaud et fête » qui lui collera à la peau plus tard.

Vacanciers tutoyés autour d'une table commune en bord de mer

Mais comment payer son verre quand on vit en maillot de bain, sans poche ? La réponse est la plus drôle de toute l’histoire.

Le collier qui servait de porte-monnaie

En 1957, Jean-Pierre Bécret invente le « collier bar » et dépose un brevet. Il s’agit de boules de couleur, chacune ayant une valeur fiduciaire internationale. Les « GM », les clients du club, peuvent ainsi régler leurs consommations même en se baignant.

Le système dure jusqu’au milieu des années 1990. Il est alors remplacé par un carnet bar, lui-même disparu une dizaine d’années plus tard avec les formules all inclusive. Aujourd’hui, les achats à la boutique se règlent avec une carte magnétique, le Club Med Pass.

Autre invention qui a fait le tour du monde : à Corfou, en 1953, le Club ouvre son village emblématique, avec des cases inspirées du fare polynésien. Claudine Blitz, l’épouse d’un des cofondateurs, y lance la mode du paréo et des colliers de fleurs, après un séjour à Tahiti dans les années 1940. Les tentes de 9 m² d’Alcúdia ont déjà un air de préhistoire.

Pourtant, derrière les sourires, les comptes ne suivent pas. Et c’est là que l’histoire se complique.

Faillite, sauvetage et naissance d’un géant

Dans le fond, Blitz est meilleur animateur que comptable. Il est déclaré en faillite en 1953. Le matériel supplémentaire vient alors de la société familiale Trigano et Fils, fabricant de tentes, dont le fils aîné, Gilbert Trigano, entre au Club en 1954.

Gilbert Trigano en devient le PDG en 1963 et introduit l’entreprise en Bourse trois ans plus tard. Le Club ouvre Djerba, Tahiti en 1955 puis son premier village d’hiver à Leysin, en Suisse, en 1957. Dans les années 1960, il frôle pourtant encore la faillite : Edmond de Rothschild entre au capital pour le sauver.

À partir de 1966, finies les tentes : à Agadir, le Club ouvre son premier village de bungalows en dur. En 1967 naît le Mini Club pour les enfants. La planche à voile arrive en 1978, l’année où sort le film Les Bronzés.

Le logo actuel, un trident, représente depuis 1980 l’attribut de Poséidon. Le groupe a changé de mains plusieurs fois et appartient désormais majoritairement au conglomérat chinois Fosun. Des croisières aux bungalows, il est loin, le champ de tentes sans eau d’Alcúdia.

Ce que 1950 nous dit de 2026

Si tu comparais les deux époques, le contraste serait vertigineux. En 1950 : 200 tentes, du matériel militaire et un camp rustique. Aujourd’hui : près de quatre-vingts villages tout compris, aux quatre coins du monde, payés par carte.

Ce qui n’a pas changé ? Le tutoiement et le tout compris, deux idées nées sur un terrain sans eau ni électricité. Cette philosophie du collectif a survécu aux modes, aux crises et aux changements de propriétaire.

Pas de nostalgie béate : en 1950, personne n’aurait rêvé de climatisation ni de Wi-Fi. Et dans trente ans, nos vacances de 2026 feront sans doute sourire, comme ces colliers de boules nous font sourire aujourd’hui.

Pour voir d’autres bouleversements, jette un œil à ce supermarché de 1963 qui a effrayé la France. Ou découvre le ticket d’entrée de Disney World en 1971, qui va te faire sourire.

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