9 novembre : le jour où un mur est tombé par erreur, et où Carl Sagan est né
Il est 18 h 53 ce soir de 1989 quand un porte-parole communiste lâche, hésitant, quelques mots qu’il n’aurait jamais dû prononcer. Quelques heures plus tard, une frontière gardée depuis 28 ans cède sous la foule. Et ce n’est que l’un des visages du 9 novembre.
Cette date a vu naître des tragédies, des chutes de régimes et des destins hors normes. Voici ce que cache ce lundi 9 novembre, et un détail que presque personne ne connaît.
La phrase de trop qui a fait tomber le Mur de Berlin
Le 9 novembre 1989, Günter Schabowski, porte-parole du régime est-allemand, tient une conférence de presse. Il lit une note sur l’assouplissement des voyages à l’étranger, qu’il n’a pas vraiment eu le temps de lire.
Un journaliste demande à partir de quand la mesure s’applique. Schabowski feuillette ses papiers, hésite, puis répond : « Immédiatement, sans délai. » Il se trompait : le texte prévoyait une application le lendemain, avec des formalités.
Les images passent à la télévision ouest-allemande. Dès le soir, des milliers d’habitants de Berlin-Est se pressent aux points de passage. Les gardes-frontières, sans ordres clairs, finissent par ouvrir les barrières vers 23 h 30.
Le Mur, qui avait séparé la ville depuis 1961, devenait poreux en une nuit. Mais cette nuit joyeuse porte une date qui, en Allemagne, évoque aussi un souvenir bien plus sombre.
Le 9 novembre, la date que l’Allemagne n’arrive pas à fêter

Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, les nazis déclenchent la Nuit de Cristal. Des synagogues sont incendiées, des milliers de commerces juifs saccagés, et environ 30 000 hommes juifs sont arrêtés puis déportés vers des camps.
Le nom vient des éclats de verre qui jonchaient les trottoirs au matin. Le prétexte officiel était l’assassinat d’un diplomate allemand à Paris par un jeune Juif, mais la violence avait été organisée bien avant.
C’est aussi la raison pour laquelle l’Allemagne n’a jamais choisi le 9 novembre comme fête nationale, malgré la chute du Mur. Elle a préféré le 3 octobre, jour de la réunification.
Cette date n’en a pas fini de peser sur l’histoire allemande. Et en 1923 déjà, elle avait failli faire basculer le pays.
Munich, 1923 : le putsch raté qui a servi de leçon à Hitler
Le 9 novembre 1923, Adolf Hitler et ses partisans marchent sur le centre de Munich pour tenter de renverser le gouvernement bavarois. La police ouvre le feu. Seize nazis et quatre policiers meurent.
Hitler est arrêté, jugé, et condamné à cinq ans de prison, dont il purge à peine neuf mois. Pendant sa détention, il dicte Mein Kampf.
Il en tire surtout une conclusion : on ne prend pas le pouvoir par la force brute, mais par les urnes. Dix ans plus tard, il devenait chancelier.
Un échec qui a donc fabriqué la méthode du pire. Et pour changer d’atmosphère, direction la France de 1970, où une autre disparition a plongé le pays dans le silence.
De Gaulle meurt dans sa maison de Colombey, en pleine réussite d’une patience
Le 9 novembre 1970, Charles de Gaulle s’éteint à Colombey-les-Deux-Églises d’une rupture d’anévrisme, à 79 ans. Il faisait une réussite, un jeu de cartes, quand il s’est plaint d’une violente douleur dans le dos.
Il avait tout prévu : ses obsèques devaient être simples, dans le village, sans chef d’État ni ministre. Seuls ses compagnons de la Libération et les habitants de Colombey devaient l’accompagner.
Pendant ce temps, une cérémonie nationale a lieu à Notre-Dame, en présence de dizaines de chefs d’État. Le contraste est total entre l’humilité voulue et l’hommage mondial.
Un autre homme du 9 novembre a lui aussi pris le contre-pied de la modestie, mais au cinéma de l’espace.
Le Cambodge s’affranchit de la France en 1953
Le 9 novembre 1953, le Cambodge obtient son indépendance de la France. Le roi Norodom Sihanouk avait mené une campagne diplomatique de plusieurs mois, y compris un exil volontaire en Thaïlande pour faire pression sur Paris.
Ce jour-là, il rentre triomphalement à Phnom Penh. Il sera surnommé « le père de l’indépendance », un titre qu’il portera jusqu’à sa mort en 2012.
Mais l’indépendance obtenue sans guerre n’a pas protégé le pays de ce qui allait suivre, des décennies plus tard. Voyons maintenant qui est né un 9 novembre.
Ces célébrités nées un 9 novembre
Carl Sagan voit le jour le 9 novembre 1934 à Brooklyn. Astronome et vulgarisateur, il a fait découvrir le cosmos à des centaines de millions de téléspectateurs avec la série Cosmos, diffusée en 1980.
Eric Dane, l’inoubliable « docteur Mamour » de Grey’s Anatomy, est né le 9 novembre 1972 à San Francisco. Sa carrière a ensuite pris un nouveau tournant avec la série Euphoria.
Côté musique, Nicky Minaj… non : c’est la chanteuse Nelly Furtado qui n’est pas de cette date, mais Anne Sexton, poétesse américaine, l’est bien (1928). Et Tyler Perry, l’acteur et réalisateur, est né le 13 septembre, pas ce jour-là. Les nés de ce jour ont donc surtout un point commun : ils ont regardé loin, vers les étoiles ou vers l’écran.
Une dernière anecdote, plus légère, pour conclure cette date chargée.
L’anecdote : le jour où Londres a élu son Lord-maire en grande pompe

Chaque deuxième samedi de novembre, Londres célèbre le Lord Mayor’s Show, un défilé fluvial et terrestre dont l’origine remonte à 1215. Le roi Jean sans Terre avait autorisé la City à choisir son maire, à condition qu’il vienne jurer fidélité au souverain.
Le cortège compte encore aujourd’hui plus de 6 000 participants et dure plusieurs heures. Il est l’un des plus vieux défilés civils au monde, né d’un simple serment d’allégeance.
De quoi rappeler qu’un 9 novembre, l’histoire peut aussi bien s’écrire dans la rue que dans une phrase malheureuse prononcée devant les caméras.
Si ce plongeon dans le calendrier vous a plu, la veille réservait elle aussi ses surprises : des rayons invisibles surgis dans un laboratoire, pour une découverte qui a changé la médecine.
Et pour remonter encore un peu le fil, vous retrouverez le 7 novembre et la naissance de Marie Curie, avant de découvrir le 6 novembre et les ruines qui ont coûté un million de dollars à Napoléon.