Un ferrailleur paie 14 000 dollars un œuf en or aux puces pour le fondre : dix ans plus tard, un Fabergé impérial vendu 33 millions
Un homme en jean et chemise à carreaux entre chez un joaillier de Mayfair. Il tient un classeur de photos. Dedans, l’un des objets les plus recherchés du monde de l’art, qu’il gardait dans un placard de cuisine.
Cet homme, c’est un ferrailleur du Midwest américain. Il voulait seulement faire un petit bénéfice sur de l’or.
Le jour où il croit faire l’affaire de sa vie
En 2004, sur un stand de marché aux puces, ce ferrailleur tombe sur un drôle d’objet. Un œuf en or serti de pierres, haut de 8,2 cm, posé sur un petit trépied et contenant une horloge.
Il le paie 14 000 dollars selon Wartski, 13 302 selon Barnebys. Pour des puces, c’est une somme énorme. Mais il connaît son métier : il compte revendre l’or à la fonte, avec une marge.
Sauf que la marge ne vient pas. Et ça, il ne s’y attendait pas du tout.
Un placard, un prix trop élevé, zéro acheteur

Les acheteurs potentiels jugent le prix demandé trop haut. Il espérait revendre autour de 15 000 dollars, vite fait. Personne ne mord.
L’œuf finit donc au fond d’un placard de cuisine. Pour lui, c’est un mauvais achat de plus, un poids financier qui dort entre deux casseroles.
Un mauvais achat qui va rester là pendant des années. Et pendant ce temps, l’objet a déjà derrière lui une histoire que personne n’a encore reconstituée.
L’œuf que tout le monde avait perdu de vue
Remontons à 1887. Le tsar Alexandre III commande à Peter Carl Fabergé un œuf de Pâques pour son épouse, Maria Fedorovna. C’est le troisième de la série : le Troisième œuf impérial.
Conçu par l’orfèvre finlandais August Holmström, il cache une surprise : une montre signée Vacheron Constantin. Il est exposé en 1902 à Saint-Pétersbourg, lors d’une exposition de charité.
Puis il disparaît des radars. À partir de 1922, il est considéré comme perdu.
Une vente à 2 450 dollars que personne n’a comprise
Le plus étonnant arrive ensuite. En mars 1964, l’objet passe en vente chez Parke Bernet, à New York. Le catalogue le décrit comme une « montre en or dans un étui en forme d’œuf ».
Prix de vente : 2 450 dollars. Personne dans la salle ne reconnaît un Fabergé. L’œuf retombe dans l’anonymat, avant d’atterrir, quarante ans plus tard, sur un stand du Midwest.
Reste à savoir comment le ferrailleur a fini par comprendre ce qu’il avait entre les mains.
Un mot gravé, une recherche Google

En 2012, il décide d’en avoir le cœur net. Il ne lui reste qu’un indice : le nom gravé sur l’horloge, « Vacheron Constantin ».
Il tape ce nom sur Google avec le mot « egg ». Un article du Daily Telegraph de 2011 remonte : il décrit la « recherche frénétique » d’un Fabergé impérial disparu.
Il tombe aussi sur la photo de l’exposition de 1902, où l’on devine le fameux œuf. Là, il comprend. Son objet à fondre ressemble étrangement à celui qu’on cherche depuis presque un siècle.
« La bouche sèche de peur »
Il contacte Kieran McCarthy, spécialiste de Fabergé chez Wartski, à Londres. Puis il prend l’avion.
McCarthy n’a reçu aucun avertissement. Un homme en jean, chemise à carreaux et baskets entre dans la boutique, la bouche sèche de peur, au point d’avoir du mal à parler. Il sort un classeur de photos.
« Et là, il y avait l’œuf, le Saint Graal de l’art et des antiquités », raconte l’expert. L’objet est authentifié.
De la fonte à 33 millions de dollars
Le ferrailleur espérait environ 500 dollars en fondant l’or. Son œuf est finalement vendu en 2014 pour 33 millions de dollars, selon la presse spécialisée.
Il est ensuite exposé chez Wartski, à Londres, du 14 au 17 avril, pour la deuxième fois seulement devant le public.
Au passage, il a évité la fonderie de peu. Quelques rayures faites pour tester la teneur en or, et c’est tout ce qu’il aurait laissé derrière lui.
Et vous, qu’est-ce qui dort dans vos placards ?

L’histoire fait rêver, mais elle n’a rien d’unique. Les vide-greniers et les puces cachent régulièrement des trésors que personne ne reconnaît sur le moment.
Si ça vous démange, jetez un œil à ces objets à 2 euros qui cachent une fortune. Ou à cet homme qui avait payé un vieux tableau pour son seul cadre, avant de trouver un document historique derrière la toile.