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15 janvier 2009 : 155 personnes, un Airbus sans moteurs et 208 secondes pour se poser sur l’Hudson

Publié par Ambre Détoit le 08 Nov 2026 à 18:30

Il est 15 h 24, ce 15 janvier 2009, à New York. Un Airbus A320 vient de décoller de l’aéroport de LaGuardia avec 155 personnes à bord, direction Charlotte, en Caroline du Nord.

Dans le cockpit, tout est routinier. Deux minutes plus tard, plus rien ne l’est. Ce qui suit va durer 208 secondes, entre la panne des moteurs et l’impact avec l’eau, selon les chiffres du rapport du NTSB, le bureau américain d’enquête sur les accidents. Accroche-toi.

Un décollage banal, un ciel qui devient dangereux

Le vol US Airways 1549 est piloté par le commandant Chesley « Sully » Sullenberger, 57 ans, ancien pilote de chasse et vétéran de plus de 19 000 heures de vol. À sa droite, le copilote Jeffrey Skiles, 49 ans, est aux commandes pour ce décollage.

L’appareil grimpe dans le froid de janvier. Le ciel est dégagé, la visibilité excellente. Rien ne laisse présager que l’avion va croiser, dans quelques instants, la pire rencontre possible pour un réacteur.

Un détail change tout, et on le comprend seulement après coup : à ce moment précis, une volée d’oiseaux s’est déjà installée sur la trajectoire de l’avion. Les pilotes ne les voient pas encore.

Le choc : des oies et 2 moteurs qui lâchent

Avion posé sur l'Hudson, passagers sur les ailes

Vers 15 h 27, à environ 975 mètres d’altitude, l’avion percute un groupe de bernaches du Canada. Ce sont de grosses oies sauvages, qui peuvent peser plusieurs kilos chacune.

Les pilotes aperçoivent une masse sombre juste avant l’impact. Puis viennent des bruits sourds, une odeur de brûlé dans le cockpit et une perte de poussée immédiate. Les deux réacteurs ont avalé des oiseaux et se sont éteints presque en même temps.

Un Airbus A320 est un avion lourd, plein de kérosène. Sans moteurs, il devient un planeur de plus de 60 tonnes. Et il est à peine au-dessus de la ville la plus dense des États-Unis.

Sullenberger prend les commandes. Sa phrase est restée dans les mémoires : « Mes commandes. » Mais c’est ce qu’il va dire à la radio qui change vraiment la suite.

Les échanges radio qui racontent la panique sans la montrer

Le commandant appelle le contrôle aérien : il vient de percuter des oiseaux, il a perdu les deux moteurs et demande à revenir à LaGuardia. Le contrôleur lui indique aussitôt la piste 13, à quelques kilomètres.

Le ton de Sullenberger reste calme, presque administratif. Mais dans sa tête, le calcul est brutal : l’avion descend vite et l’aéroport est trop loin pour être sûr de l’atteindre.

On propose alors l’aéroport de Teterboro, dans le New Jersey, comme alternative. Sullenberger refuse aussi. Sa réponse, d’une sobriété glaçante : « Nous ne pourrons pas. Nous allons finir dans l’Hudson. »

Cette phrase ne laisse aucune place au doute. Mais pourquoi un fleuve plutôt qu’une piste ? Parce qu’une erreur au-dessus de Manhattan ou du Bronx aurait pu faire des centaines de victimes au sol.

Les secondes où tout se joue : la décision de Sully

Sullenberger et Skiles ont très peu de temps. Skiles ouvre le manuel de procédure pour relancer les moteurs, une liste prévue pour des pannes à haute altitude, pas pour quelques minutes de vol.

Pendant ce temps, Sullenberger fait ce que le manuel ne dit pas : il garde l’avion stable, choisit sa trajectoire et allume le groupe auxiliaire de puissance, un petit générateur qui maintient l’électricité et les commandes en état de marche.

Ce choix, simple en apparence, a été déterminant. Il a gardé les systèmes de l’Airbus fonctionnels, ce qui l’a aidé à contrôler la descente jusqu’au bout.

Reste la question de l’approche finale. Un avion de ligne n’est pas fait pour se poser sur l’eau. Et pourtant, c’est exactement ce qu’ils s’apprêtent à tenter.

Les derniers instants avant l’impact

Pilote concentré aux commandes dans le cockpit

À 15 h 30 environ, l’avion passe au-dessus du pont George-Washington, à une altitude dangereusement basse. Les voitures sont visibles depuis le cockpit, et le silence des moteurs rend la scène encore plus étrange.

Dans la cabine, les passagers ont reçu une consigne courte et sèche de la voix du commandant : « Préparez-vous à l’impact. » Les hôtesses crient en boucle les instructions de protection.

Le plus délicat reste la configuration de l’avion. Il faut le poser le nez légèrement relevé, les ailes parfaitement à plat, à une vitesse contrôlée. Si une aile touche l’eau avant l’autre, l’appareil peut cartwheeler et se disloquer.

Le contact se produit à environ 15 h 31, à la hauteur de la 48e rue de Manhattan. L’avion glisse sur l’eau, ralentit, puis s’arrête enfin. Les 208 secondes sont écoulées.

Ce que personne n’avait prévu : un fleuve gelé et 155 survivants

L’eau de l’Hudson est à environ 2 °C, l’air autour de -6 °C. Dans ces conditions, quelques minutes d’immersion peuvent suffire à provoquer une hypothermie grave.

L’équipage ouvre les issues de secours. Les passagers sortent sur les ailes, certains sur les toboggans transformés en radeaux, d’autres avec de l’eau jusqu’aux genoux dans la cabine qui se remplit lentement.

Et c’est là que New York a fait ce que New York sait faire. Moins de quelques minutes plus tard, les premiers ferries de la zone sont déjà à côté de l’avion. Les équipages jettent des cordes, des échelles, et sortent des dizaines de personnes de l’eau glacée.

Bilan officiel : les 155 personnes à bord sont sauvées, passagers et équipage compris. Quelques blessés, dont certains graves, mais aucun mort. Un résultat que beaucoup d’experts auraient jugé improbable dans un tel scénario.

Pourquoi on parle encore de « miracle » 17 ans après

Oies du Canada en vol près d'un réacteur d'avion

Le rapport du NTSB confirme que l’amerrissage a été exécuté dans des conditions quasi parfaites, grâce à la décision rapide du commandant et à la coordination de l’équipage. Il pointe aussi le rôle déterminant de la réactivité des secours.

Les enquêteurs ont aussi retrouvé des traces d’oiseaux dans les deux réacteurs, confirmant que la panne simultanée était bien due à l’ingestion de bernaches du Canada. Un phénomène rarissime, à cette altitude et à cet endroit.

L’histoire a ensuite inspiré un film, des livres et des études sur la gestion de crise. Mais au-delà du récit, elle rappelle une chose simple : en 208 secondes, des décisions calmes et précises peuvent changer le sort de 155 personnes.

Si tu aimes ces histoires où l’aviation frôle la catastrophe, jette un œil à ce que cet incident avec un Boeing à 900 mètres a révélé sur les risques dans le ciel. Et pour remonter encore plus loin dans les tragédies aériennes, cette date du 28 mai en dit long sur ce qu’un avion en feu peut provoquer.

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