Adieu les ciseaux : ce coiffeur de Tarascon rafle 5 millions de francs au tout premier tirage
Imaginez la scène. Un matin de novembre 1933, un coiffeur de province se réveille avec un papier dans la poche qui vaut plus que toute sa boutique, sa maison et son quartier réunis. Il s’appelle Paul Bonhoure, il vit à Tarascon, et il vient de devenir, sans le savoir encore tout à fait, le visage d’une nouvelle France qui rêve de gros lots.
Le jeu qu’il vient de gagner n’existait pas quelques semaines plus tôt. Et son histoire va faire le tour du pays avant même que l’encre des journaux soit sèche.
Un pays qui n’avait jamais joué comme ça
Pour comprendre l’emballement, il faut se replacer dans le contexte. En 1933, la France sort à peine d’années difficiles, la crise économique mondiale pèse sur les porte-monnaie et l’argent manque partout. L’idée d’un tirage national, organisé par l’État, avec des lots énormes, tombe donc à pic.
La Loterie nationale est officiellement lancée cette année-là. Elle a un objectif assez prosaïque : renflouer les caisses publiques, notamment pour aider les anciens combattants et les victimes de calamités agricoles. Le jeu doit servir une cause, ce qui rassure les autorités comme les joueurs.
Le premier tirage a lieu le 7 novembre 1933. Les billets se sont vendus dans tout le pays, des grandes villes aux villages, et chacun espère être celui sur qui le sort va tomber. Le suspense, lui, ne fait que commencer.
Mais qui est le chanceux qui décroche la timbale ? Et surtout, qui est-il vraiment ?
Le coiffeur qui n’avait rien demandé à personne

Paul Bonhoure n’a rien d’une vedette. C’est un coiffeur de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, un homme du coin qui tient son salon et vit de ses clients. Le genre de profil que tout le monde connaît dans sa commune, celui à qui on confie son crâne et ses petites histoires.
Il a acheté son billet comme des milliers d’autres Français. Pas de martingale, pas de stratégie, juste l’envie de tenter sa chance pour quelques francs. C’est précisément ce côté ordinaire qui va rendre son histoire si irrésistible.
Quand les résultats tombent, son numéro sort. Le gros lot de cette toute première édition lui revient : 5 millions de francs, une somme vertigineuse pour l’époque. De quoi changer une vie entière, et même plusieurs.
Reste un détail que beaucoup ignorent. Ce qui a fait de lui une star ne tient pas seulement à la somme.
Du salon de coiffure à la une des journaux
Dès l’annonce, la presse s’empare du sujet. Un coiffeur de province qui devient millionnaire du jour au lendemain, c’est exactement le type d’histoire qui fait vendre du papier. Les journalistes accourent à Tarascon, les photographes aussi.
Bonhoure devient une figure publique à son corps défendant. On raconte son quotidien, on décrit sa boutique, on s’interroge sur ce qu’il va faire de son argent. Tout le pays veut savoir, et chacun projette un peu de son propre rêve sur ce nouveau héros.
L’emballement dépasse largement la simple curiosité. Le gagnant incarne la promesse même de la Loterie nationale : n’importe qui, n’importe où, peut basculer d’un coup dans une autre vie. Pour l’État, c’est la meilleure publicité possible, et elle ne lui coûte rien.
Les ventes de billets ne vont pas s’arrêter là. Et la fortune de Bonhoure, justement, soulève une question que tout le monde se pose : qu’est-ce qu’on fait quand on gagne 5 millions ?
Que devient un gagnant quand les caméras s’éteignent ?

C’est la partie la plus délicate du récit, et aussi celle où il faut rester prudent. Les archives de presse de l’époque détaillent largement l’annonce du gain et l’agitation qui l’entoure, mais le devenir précis de Paul Bonhoure, une fois la frénésie retombée, est bien moins documenté que son moment de gloire.
Ce que l’on sait, c’est que le gain a fait de lui une célébrité locale puis nationale, le temps d’une saison. Ce que l’on ignore souvent, c’est la suite concrète : placements, achats, projets, retour ou non derrière les ciseaux. Sur ce point, mieux vaut ne rien inventer.
Cette zone d’ombre est d’ailleurs typique des histoires de gagnants. La lumière est braquée sur eux pendant quelques jours, puis ils retournent à l’anonymat, parfois avec bonheur, parfois avec davantage de soucis qu’avant. Les exemples ne manquent pas, d’hier comme d’aujourd’hui.
D’ailleurs, certaines histoires de gains récents racontent exactement le revers de la médaille, comme celle de cette jeune gagnante britannique dont la vie a vite déraillé.
Ce que ce premier tirage a vraiment lancé
Au-delà de l’anecdote, le tirage du 7 novembre 1933 a posé les bases d’une habitude nationale. La Loterie nationale s’installe durablement dans le paysage, avec ses billets, ses tirages et ses gros titres. On y joue en famille, entre amis, parfois avec des superstitions bien ancrées.
Cette tradition de jeu d’État se prolonge ensuite sous d’autres formes. Quarante-trois ans plus tard, en 1976, c’est le Loto qui fait son apparition, avec ses bulletins à cocher et son propre petit théâtre de l’espoir. Vous pouvez d’ailleurs revoir comment se déroulait ce premier tirage du Loto, et mesurer à quel point le jeu a changé.
Aujourd’hui, l’idée d’un coiffeur de province qui gagne 5 millions de francs paraît presque pittoresque. Pourtant, le mécanisme est resté le même : un billet, un numéro, et un rêve à portée de main. Les tirages se suivent, comme le gros jackpot de l’EuroMillions qui fait encore vibrer les joueurs.
Pourquoi on aime tant ces histoires de gagnants

Il y a quelque chose de profondément humain dans le destin de Paul Bonhoure. On aime l’idée que la chance puisse frapper n’importe qui, même un coiffeur de Tarascon qui n’avait rien demandé. C’est une histoire qui rassure autant qu’elle fait rêver.
Et puis il y a cette question que chacun se pose en lisant ce genre de récit : et moi, qu’est-ce que je ferais ? Acheter une maison, voyager, aider ses proches, ou disparaître discrètement ? Les gagnants d’hier et d’aujourd’hui répondent chacun à leur manière.
Certains gardent le silence, d’autres se montrent. Le moment où l’on se manifeste est parfois crucial, comme l’illustre ce gagnant du Loto recherché par la FDJ qui avait un délai très serré pour réclamer ses millions.
Paul Bonhoure, lui, restera dans l’histoire pour une raison simple : il a été le premier. Le tout premier à découvrir ce que ça fait de voir son nom associé à un chiffre à sept zéros. Et ça, aucun gagnant suivant ne pourra le lui prendre.