Pourquoi les avions volent presque toujours vers l’ouest en zigzag au-dessus de l’Atlantique
Regarde une carte de vol Paris-New York sur l’appli de ton siège d’avion. Tu t’attends à une ligne droite, la route la plus courte entre deux points. Sauf que la trajectoire dessine des courbes, des décrochages, parfois un vrai zigzag au-dessus de l’océan.
Ton cerveau te dit que c’est absurde : pourquoi rallonger un vol de plusieurs heures pour rien ? La réponse n’a rien à voir avec un pilote fatigué ou une erreur de calcul. Elle tient à un système invisible, recalculé chaque jour, que quasiment personne ne connaît.

Des autoroutes qui changent de tracé toutes les 24 heures
Au-dessus de l’Atlantique Nord, il n’existe pas de radars au sol comme sur terre. Les contrôleurs ne peuvent pas suivre les avions en direct comme ils le font au-dessus de la France.
Pour éviter le chaos, ils ont créé des couloirs aériens fixes appelés NAT Tracks (North Atlantic Tracks). Ce sont des routes précises, avec des points de passage GPS obligatoires, que tous les avions doivent suivre à la lettre.
Ce qui change tout : ces couloirs sont redessinés deux fois par jour, en fonction du vent en altitude. Et c’est là que ça devient contre-intuitif.
Le vent, ce passager clandestin qui dicte la route
À 10 000 mètres d’altitude, le jet-stream souffle parfois à plus de 300 km/h d’ouest en est. Un avion qui vole face à ce courant perd un temps monstrueux et brûle un carburant inutile.
Les météorologues calculent chaque nuit où se trouve ce courant-jet, puis dessinent de nouveaux couloirs qui l’exploitent ou l’évitent selon le sens du vol. Direction l’Europe : on cherche à profiter du vent dans le dos.

Direction les États-Unis : on slalome pour éviter de foncer droit dedans. Résultat, la route optimale n’est presque jamais une ligne droite, mais une courbe qui suit un fleuve d’air invisible.
Un vol Paris-New York peut ainsi durer plus de 8h30, quand le retour ne prend que 7h30 avec le même avion, dans les mêmes conditions. La différence tient uniquement à ce jeu du chat et de la souris avec le vent.
Et ça devient encore plus dingue une fois qu’on regarde les chiffres
Un jet-stream bien placé peut faire gagner jusqu’à 30 minutes de vol et plusieurs tonnes de kérosène sur un long-courrier. Certaines compagnies ont même battu des records de vitesse au sol grâce à des courants exceptionnels, sans que l’avion aille plus vite dans l’air.
En février 2020, un vol British Airways reliant New York à Londres a atterri en un peu plus de 4h56, porté par un jet-stream à plus de 400 km/h. Un temps de trajet digne d’un vol domestique, pour traverser tout un océan.
Les compagnies aériennes économisent ainsi des millions de litres de carburant chaque année rien qu’en jouant avec ces courants. C’est aussi pour ça que la trajectoire affichée sur ton écran de siège semble parfois n’avoir aucun sens géographique.
Pourquoi la Terre ronde change tout à l’équation
Il y a une deuxième explication, moins connue, qui s’ajoute à celle du vent. Sur une carte plate, la ligne droite paraît évidente. Mais la Terre est une sphère, et la route la plus courte entre deux points s’appelle une orthodromie.
Sur un globe, cette route optimale forme une courbe qui remonte souvent vers le nord avant de redescendre. C’est pour ça qu’un vol Paris-Los Angeles semble frôler le Groenland sur la carte de vol, alors que ça paraît complètement illogique au premier regard.
Les avions volent toujours au-dessus des nuages pour éviter les turbulences, mais ce choix d’altitude influence aussi directement quels couloirs de vent ils peuvent emprunter.
Le saviez-vous : les pilotes n’ont même pas le choix de leur route
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le commandant de bord ne décide pas librement de son trajet une fois en vol. Le couloir NAT est assigné avant le décollage par le contrôle aérien océanique, en fonction de l’heure et de la destination.
Une fois engagé dans son couloir, l’avion doit y rester, avec une précision de navigation qui frôle le mètre grâce au GPS satellite. Changer de route en cours de vol nécessite une autorisation, comme changer de file sur une autoroute très surveillée.
Ce système explique aussi pourquoi deux vols partis à la même heure vers des villes proches peuvent emprunter des trajectoires radicalement différentes. Ils ne sont simplement pas dans le même couloir de vent ce jour-là.
La réponse en une phrase
Les avions ne suivent pas une ligne droite au-dessus de l’Atlantique parce qu’ils empruntent des couloirs aériens redessinés chaque jour pour surfer sur les courants-jets et gagner du temps et du carburant. La prochaine fois que tu regardes la carte de vol pendant un long-courrier, tu sauras que ce zigzag apparent est en réalité l’itinéraire le plus intelligent possible. Et toi, tu avais déjà remarqué cette trajectoire bizarre sans jamais oser demander pourquoi ?