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Pourquoi les bébés ne cillent presque jamais des yeux avant plusieurs mois de vie ?

Publié par Ambre Détoit le 19 Sep 2026 à 9:01

Observe un nourrisson qui te fixe pendant une tétée ou une sieste : ses yeux restent grands ouverts, presque sans ciller. Un adulte cligne environ 15 à 20 fois par minute. Un bébé, lui, descend parfois à une ou deux fois sur la même durée.

Ce détail, la plupart des parents ne le remarquent même pas. Et pourtant, la raison derrière ce clignement quasi absent est bien plus étonnante qu’un simple retard de développement.

Un réflexe qui n’a rien à voir avec la fatigue

On pourrait croire que les bébés clignent peu parce que leurs yeux sont encore « immatures » ou parce qu’ils dorment beaucoup. Faux. Le clignement chez l’adulte sert principalement à étaler le film lacrymal sur la cornée, mais aussi à réguler l’activité du cerveau.

Des chercheurs ont montré que le clignement adulte est lié à la dopamine, ce neurotransmetteur impliqué dans l’attention et la récompense. Plus le taux de dopamine est actif dans certaines zones cérébrales, plus on cligne fréquemment.

Nourrisson aux yeux grands ouverts sans cligner

Chez le nourrisson, ce système dopaminergique n’est tout simplement pas encore assez développé. Résultat : le réflexe de clignement « spontané », celui qu’on fait sans y penser, tourne au ralenti pendant les premiers mois.

Le clignement dit « réflexe » — celui qui protège l’œil d’un objet qui approche ou d’un courant d’air — fonctionne, lui, dès la naissance. C’est uniquement le clignement spontané et régulier qui met du temps à s’installer.

Et en fait, c’est encore plus étrange que ça

Le plus surprenant, c’est que ce faible clignement ne pose aucun problème de confort oculaire chez le bébé. Son film lacrymal se renouvelle différemment, avec une production de larmes basale plus stable que chez l’adulte.

Les scientifiques ont aussi remarqué que le taux de clignement augmente progressivement avec l’âge, en suivant presque une courbe de maturation cérébrale. Un enfant de 4 ans cligne encore deutéros fois moins qu’un adolescent.

Ce n’est qu’à l’adolescence, autour de 14-15 ans, que le rythme de clignement atteint son niveau adulte, soit près de 15 à 20 clignements par minute. Le cerveau met donc plus d’une décennie à « caler » ce réflexe.

Mère tenant son bébé qui la fixe sans ciller

Autre fait troublant : des études sur des enfants avec certains troubles neurologiques ont montré des taux de clignement anormalement bas ou élevés. Ce chiffre est même devenu, pour certains chercheurs, un indicateur indirect de l’activité dopaminergique cérébrale.

Des indices qu’on retrouve ailleurs dans le règne animal

Ce lien entre clignement et dopamine ne concerne pas que les humains. Chez les primates, les chercheurs observent la même corrélation : plus l’espèce a un système dopaminergique actif, plus elle cligne fréquemment des yeux au repos.

Les chimpanzés, par exemple, clignent à une fréquence proche de la nôtre. Les singes plus petits, avec un cerveau moins complexe sur ce plan, clignent beaucoup moins souvent.

Chez les nouveau-nés humains, ce faible clignement pourrait aussi avoir un rôle indirect : rester les yeux grands ouverts maximise le temps passé à observer le visage des parents, un élément crucial pour le développement social et affectif du tout-petit.

D’ailleurs, les nourrissons ne pleurent pas de vraies larmes avant plusieurs semaines de vie, un autre décalage de maturation qui suit une logique similaire : certains réflexes biologiques se mettent en place bien après la naissance, sur un calendrier propre à chaque fonction.

On retrouve aussi ce type de démarrage progressif ailleurs dans le corps humain : le nez continue de changer de forme et de taille tout au long de la vie, preuve que le développement humain ne s’arrête jamais vraiment à la naissance.

Ce qu’il faut retenir

Les bébés clignent peu parce que leur cerveau, et plus précisément leur système dopaminergique, n’est pas encore assez mature pour déclencher ce réflexe automatique.

Et toi, la prochaine fois que tu observeras un nourrisson te fixer sans ciller, tu te demanderas peut-être combien d’autres réflexes aussi discrets mettent des années à s’installer dans notre corps sans qu’on s’en rende jamais compte.

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