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Pourquoi les Français disent « quatre-vingt-dix » quand Belges et Suisses disent « nonante » ?

Publié par Ambre Détoit le 05 Oct 2026 à 9:01

Soixante-dix, c’est soixante plus dix. Quatre-vingts, c’est quatre fois vingt. Quatre-vingt-dix, c’est quatre fois vingt, plus dix.

Pour un enfant ou un étranger qui apprend le français, ce système ressemble à une blague. À quelques centaines de kilomètres de Paris, pourtant, des gens disent « septante » et « nonante » sans se tromper une seule fois. Alors qui a eu l’idée de compliquer les choses ?

Un reste de calcul par vingt qui a refusé de partir

Au Moyen Âge, nos ancêtres ne comptaient pas qu’avec des dizaines. Ils utilisaient aussi un système en base vingt, dit « vigésimal ». On disait ainsi « vingt et dix » pour 30, « deux vingts » pour 40 et « trois vingts » pour 60.

D’où vient cette habitude ? Les spécialistes ne sont pas tous d’accord. Selon le Guichet du Savoir, elle serait probablement héritée des Celtes et des Gaulois. Une autre explication, citée par la même source, parle de la numération normande, d’origine germanique, adoptée dès le XIIe siècle.

Le latin, lui, comptait en dizaines : vingt, trente, quarante, cinquante, soixante viennent tous de là. Le français a donc mélangé deux logiques dans le même panier. Mais ça n’explique pas pourquoi le mélange s’est arrêté pile à 70.

Le jour où deux grammairiens ont tranché

La réponse tient en deux noms : Claude Favre de Vaugelas (1585-1650) et Gilles Ménage (1613-1692). Ces deux grammairiens ont pesé lourd sur l’Académie française et les auteurs de dictionnaires au XVIIe siècle. Ils ont préféré les formes soixante-dix, quatre-vingts et quatre-vingt-dix.

Résultat, la norme est devenue un système mixte. Jusqu’à 60, on compte en dizaines. Ensuite, on retombe dans les paquets de vingt, avec un peu de dix par-dessus.

La France n’a donc jamais vraiment choisi. Elle a gardé les traces de deux systèmes concurrents, comme un vieux meuble réparé avec des pièces de deux époques. Et le plus drôle, c’est que le choix n’était même pas évident à l’époque.

Septante, huitante, nonante : ils existaient bel et bien en France

Voilà le détail qui change la perspective : les mots « septante » et « nonante » n’ont pas été importés de Suisse. Septante vient du latin septuaginta et a existé en français. Il s’est effacé au profit de soixante-dix à partir des XVIe et XVIIe siècles, au moment où les normes des dictionnaires se fixaient.

Autrement dit, les Belges et les Suisses n’ont rien inventé. Ils ont simplement gardé des mots que la France a laissés tomber. Ceux qui paraissent « bizarres » sont en réalité les plus logiques.

D’ailleurs, le système vigésimal n’a pas disparu d’un coup. Au XVIIe siècle encore, Racine écrivait à Boileau qu’il y avait la veille « six vingt mille hommes » sur quatre lignes. Soit 120 000, dit comme au Moyen Âge.

Et la Belgique dans tout ça ?

Le cas belge est savoureux. Les Belges disent « septante » et « nonante », mais « quatre-vingts » pour 80. Le Guichet du Savoir y voit un reste de l’héritage celtique du comptage par vingt, préféré ici au système décimal.

En Suisse romande, c’est selon les cantons : certains disent « huitante », d’autres « quatre-vingts ». Le français est une langue qui ne s’est jamais laissé ranger dans une seule case. Et la prochaine surprise tient à un simple signe de ponctuation.

Ce que ça nous apprend sur notre langue

Le français est truffé de ces bizarreries nées d’un choix arbitraire. Les historiens de la langue le savent bien : il reste toujours une part de hasard. Cela vaut aussi pour le petit point sur le « i », dont l’origine remonte elle aussi au Moyen Âge.

Enfant perplexe qui compte sur ses doigts en classe

Une hypothèse, citée par le Guichet du Savoir, voudrait que ce système ait été gardé pour un « calcul mental » plus pratique avec les grands nombres : 70 = 60 + 10, 80 = 4 x 20, 90 = 80 + 10. Ce n’est qu’une hypothèse, pas une certitude. Mais elle explique pourquoi personne n’a vraiment réclamé de réforme.

Notre manière de nommer les choses cache souvent des histoires comme celle-ci. C’est le cas du « déjeuner » qui revient deux fois par jour, ou des numéros de train pairs et impairs, qui obéissent à une règle de 1842. Même nos habitudes de table, comme dîner à 20 heures, ont leur propre histoire.

Vendeur souriant rendant la monnaie sur un marché

Pourquoi la réponse tient en une phrase

Si les Français disent quatre-vingt-dix, c’est parce que le français a gardé un vieux comptage par vingt et que, au XVIIe siècle, des grammairiens ont fixé cette version dans les dictionnaires. Et si la Belgique et la Suisse disent nonante, c’est simplement parce qu’elles ont conservé un mot que la France avait aussi.

Reste une question : si on devait tout recommencer, voudrais-tu vraiment dire « nonante-neuf » en France ? Pour continuer dans les bizarreries du français, direction cet espace avant le point d’exclamation que aucune autre langue ne s’autorise.

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