Les 8 fromages les plus consommés en France : le n°1 n’est pas le camembert
La France, pays aux 1 200 fromages, en consomme environ 27 kg par habitant et par an selon le CNIEL. Mais si tu devais parier sur le fromage préféré des Français, tu miserais probablement sur le camembert. Erreur. Le classement officiel des ventes réserve au moins deux surprises majeures — et le n°1 écrase tout le monde avec plus de 200 000 tonnes écoulées chaque année.
Voici les huit fromages qui dominent réellement les assiettes françaises, du 8ᵉ au 1ᵉʳ. Certains noms vont te paraître évidents. D’autres beaucoup moins.

Positions 8 et 7 : deux rescapés que personne n’attend
En 8ᵉ position, le Saint-Nectaire. Ce fromage auvergnat à croûte grise écoule environ 14 000 tonnes par an selon l’AOP Saint-Nectaire. Sa texture fondante et son prix accessible — autour de 15 € le kilo — lui permettent de résister face aux mastodontes industriels.
Le Saint-Nectaire est d’ailleurs le premier fromage fermier AOP de France en volume. Près de 200 producteurs le fabriquent encore à la main dans le Puy-de-Dôme et le Cantal, souvent à plus de 1 000 mètres d’altitude.
En 7ᵉ position, le Coulommiers. Ce cousin discret du brie se vend à environ 16 000 tonnes par an. Plus petit, plus crémeux, il séduit les familles par son format pratique et son goût moins prononcé que le brie classique.
Beaucoup le confondent d’ailleurs avec un petit brie. Mais le Coulommiers n’a jamais obtenu d’AOP, ce qui lui permet d’être fabriqué partout en France — et de rester bien moins cher que ses rivaux protégés.
Positions 6 et 5 : deux poids lourds du plateau
En 6ᵉ position, le Roquefort. Le roi des bleus représente environ 16 500 tonnes vendues par an selon la Confédération de Roquefort. C’est peu comparé à son prestige, mais le Roquefort souffre d’un problème : son goût puissant divise.

Seules sept entreprises au monde ont le droit de l’affiner dans les caves naturelles de Roquefort-sur-Soulzon, dans l’Aveyron. Ces caves, creusées dans la roche calcaire, maintiennent une température constante de 10 °C toute l’année grâce à des failles géologiques appelées « fleurines ».
En 5ᵉ position, on retrouve le Reblochon avec environ 15 000 à 17 000 tonnes annuelles selon le Syndicat Interprofessionnel du Reblochon. Ce fromage savoyard doit son existence à une fraude médiévale : les fermiers « reblochaient » — trayaient une seconde fois — leurs vaches après le passage du collecteur d’impôts.
Ce lait de seconde traite, plus gras et plus riche, donnait un fromage onctueux. Résultat : le Reblochon titre à 45 % de matière grasse. C’est aussi l’ingrédient central de la tartiflette, plat qui a fait exploser ses ventes dans les stations de ski françaises depuis les années 1980. Mais deux fromages le dominent encore largement.
Position 4 : le mal-aimé qui écrase les AOP
En 4ᵉ position, le Comté. Premier fromage AOP de France en volume avec environ 66 000 tonnes produites par an, selon le Comité Interprofessionnel de Gestion du Comté. Un chiffre colossal pour un fromage au lait cru.
Le Comté est fabriqué exclusivement dans le massif du Jura, à partir du lait de vaches Montbéliardes ou Simmental. Chaque meule pèse environ 40 kg et nécessite 450 litres de lait. Son affinage varie de 4 à 24 mois, ce qui explique l’éventail de prix : de 13 € à plus de 30 € le kilo.
Détail peu connu : les 2 600 producteurs de lait à Comté ne peuvent pas dépasser un rendement de 4 600 litres par hectare de prairie. C’est l’une des contraintes les plus strictes de toutes les AOP fromagères européennes. Et pourtant, le Comté reste loin du podium.
Position 3 : l’usurpateur que tout le monde croit n°1
En 3ᵉ position, le camembert. Oui, seulement troisième. Les Français en consomment environ 80 000 tonnes par an, un chiffre en baisse régulière depuis quinze ans selon FranceAgriMer.
Le problème du camembert, c’est sa guerre interne. Le « camembert de Normandie » AOP au lait cru ne représente que 5 000 tonnes. Les 75 000 tonnes restantes sont du « camembert fabriqué en Normandie » — ou ailleurs — au lait pasteurisé. Les puristes hurlent, mais les consommateurs votent avec leur caddie.
Un camembert industriel coûte moins de 2 € la boîte en supermarché. Le vrai AOP dépasse souvent 5 €. Cette bataille de prix explique en partie pourquoi le camembert recule face aux deux monstres qui le précèdent. Et le n°2 va probablement te surprendre autant que le premier.
Position 2 : le discret qui pèse plus que le camembert
En 2ᵉ position, le râpé industriel — principalement de l’emmental râpé vendu en sachet. Selon FranceAgriMer et les données de panels distributeurs, les Français en achètent environ 150 000 tonnes par an. C’est presque le double du camembert.
L’emmental râpé a un avantage décisif : il est partout. Gratins, pizzas, croque-monsieur, pâtes, sandwichs chauds. En grande surface, un sachet de 200 g coûte moins d’un euro. Aucun autre fromage ne peut rivaliser en termes de rapport quantité-prix.
Précision importante : l’emmental français n’a rien à voir avec l’Emmentaler suisse AOP. Le premier est un fromage doux, souple et industriel. Le second est affiné 4 mois minimum et pèse jusqu’à 120 kg par meule. Les Français consomment quasi exclusivement la version française. Mais même lui s’incline face au véritable n°1.
Position 1 : le fromage qui domine la France avec plus de 200 000 tonnes
Le fromage le plus consommé en France, c’est la mozzarella. Selon les données de FranceAgriMer et les chiffres publiés par le Syndicat National des Fabricants de Fromages, la mozzarella a dépassé les 200 000 tonnes de ventes annuelles en France, surpassant l’emmental râpé ces dernières années.
Comment un fromage italien a-t-il pu conquérir le pays du Comté et du Roquefort ? La réponse tient en trois lettres : pizza. Les Français consomment environ 10 kg de pizza par habitant et par an, selon Gira Conseil. Et la mozzarella est l’ingrédient de base de chaque pizza.
À cela s’ajoutent les salades, les burgers, les wraps et les plats cuisinés industriels. La mozzarella est devenue un ingrédient universel. Son goût neutre, son prix bas — souvent sous 1 € les 125 g — et sa texture fondante en font le passe-partout absolu.
Autre facteur : 85 % de la mozzarella vendue en France n’est pas importée d’Italie. Elle est fabriquée dans des usines françaises, notamment dans le Grand Ouest, à partir de lait de vache et non de bufflonne. Ce détail fait grincer des dents outre-Alpes, mais il réduit considérablement les coûts de production et de transport.
Ce que ce classement dit de nos assiettes
La tendance est claire : les Français ne consomment plus le fromage comme il y a trente ans. Le plateau en fin de repas recule. Les fromages « ingrédients » — mozzarella, emmental râpé — progressent parce qu’ils s’intègrent dans des plats cuisinés rapides.
Selon le CNIEL, 60 % du fromage acheté en grande surface sert aujourd’hui à cuisiner, contre 40 % consommé « tel quel ». Les AOP résistent grâce à leur image premium, mais elles ne représentent que 12 % du volume total.
La France reste le deuxième consommateur mondial de fromage derrière le Danemark. Mais le roi, désormais, n’a plus un accent normand ni jurassien. Il parle italien — et il est fabriqué à Rennes.