Les 8 villes françaises où les habitants possèdent le plus de voitures par foyer : la n°1 n’est pas en zone rurale
En France, on compte environ 39 millions de voitures particulières pour 30 millions de ménages. Mais cette moyenne nationale cache des écarts spectaculaires d’une ville à l’autre. Certaines agglomérations affichent un taux de motorisation qui dépasse largement celui des grandes métropoles.
Ce qui frappe dans ce classement basé sur les données INSEE du recensement et de l’enquête mobilité, c’est que les villes les plus motorisées ne sont pas celles qu’on imagine. Et la première du palmarès risque de bousculer quelques certitudes.
Des agglomérations où la voiture n’est pas un luxe, mais une nécessité
Avant de plonger dans le classement, un chiffre pour poser le décor. En Île-de-France, à peine 68 % des ménages possèdent au moins une voiture, selon l’INSEE. À Paris intra-muros, ce taux tombe à 35 %. Le métro, le RER et le bus font le reste.

Mais dès qu’on s’éloigne des grandes métropoles connectées en transports en commun, la donne change radicalement. Dans certaines villes moyennes, plus de 90 % des foyers possèdent au moins un véhicule. Et beaucoup en possèdent deux, voire trois.
Le taux de multi-motorisation — c’est-à-dire les foyers équipés de deux voitures ou plus — est le vrai révélateur. Il grimpe en flèche là où les trajets quotidiens dépassent 40 km et où les alternatives sont quasi inexistantes. Voici les villes où ce phénomène atteint son maximum.
Positions 8 à 6 : le Grand Ouest en tête de peloton
En 8e position, Laval (Mayenne) affiche un taux de motorisation de 88 % des ménages, avec 1,4 voiture par foyer en moyenne. La ville ne dispose que de quelques lignes de bus urbain, et les zones d’emploi s’étalent sur tout le bassin mayennais.
En 7e position, Cholet (Maine-et-Loire) fait encore mieux : 89 % des ménages motorisés, et un taux de multi-motorisation de 41 %. La ville est un bassin industriel où les usines sont dispersées en périphérie. Sans voiture, accéder à son poste de travail relève du parcours du combattant.

La 6e place revient à Albi (Tarn). Ici, 1,45 voiture par ménage en moyenne. La préfecture tarnaise combine un centre historique classé à l’UNESCO avec une aire urbaine très étendue. Les habitants qui vivent en couronne périurbaine n’ont souvent aucune alternative au véhicule personnel.
Point commun de ces trois villes : aucune ne possède de tramway ni de réseau ferré urbain. Mais ce n’est pas le seul facteur qui pousse le taux de motorisation vers le haut.
Positions 5 et 4 : là où deux voitures par foyer deviennent la norme
En 5e position, Montauban (Tarn-et-Garonne) surprend avec 1,47 voiture par ménage. La ville de 62 000 habitants est coincée entre Toulouse et Cahors, sans liaison ferroviaire performante vers les zones d’emploi périphériques.
Résultat : 43 % des foyers montalbanais possèdent au moins deux véhicules. Le coût annuel automobile par ménage y dépasse 5 800 € selon l’Automobile Club Association, un poste budgétaire plus lourd que le loyer pour certains foyers modestes.
La 4e place est occupée par Niort (Deux-Sèvres), capitale française de l’assurance. Paradoxe savoureux : les habitants de la ville qui assure la France entière sont eux-mêmes parmi les plus gros détenteurs de voitures du pays, avec 1,48 véhicule par ménage.
À Niort, le réseau de bus couvre mal les zones résidentielles pavillonnaires qui se sont développées depuis les années 1990. Le vélo progresse en centre-ville, mais reste marginal pour les trajets domicile-travail au-delà de 5 km. Et c’est justement cette logique pavillonnaire qui propulse les deux premières villes du classement.
Le podium : des villes moyennes que personne n’attendait
La 3e place revient à Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Avec 1,51 voiture par ménage, la sous-préfecture corrézienne confirme une tendance forte du Massif central. L’aire urbaine de Brive s’étend sur plus de 30 communes, et les trajets moyens domicile-travail atteignent 22 km.
Ici, les ménages qui s’installent achètent une maison avec jardin à 15 ou 20 minutes du centre. Le prix de l’immobilier, très accessible (autour de 1 500 €/m²), encourage l’étalement. Et qui dit étalement dit deuxième voiture obligatoire.
La 2e place est pour Rodez (Aveyron), avec 1,53 voiture par ménage. La préfecture aveyronnaise culmine à 600 mètres d’altitude, au cœur d’un territoire très étendu. Le taux de multi-motorisation y atteint 47 % des foyers.
Rodez est typique de ces villes où le relief et la dispersion de l’habitat rendent tout transport collectif structurellement déficitaire. La communauté d’agglomération a bien lancé un réseau de bus, mais avec des fréquences de 30 à 45 minutes, la voiture reste imbattable en temps de trajet. Reste la première place, et elle défie tous les pronostics.
N°1 : la ville qui roule plus que toutes les autres
La ville française où les habitants possèdent le plus de voitures par foyer est Vitré, en Ille-et-Vilaine. Avec 1,58 voiture par ménage et un taux de motorisation de 93 %, cette commune de 19 000 habitants explose tous les compteurs.
Vitré n’est pas un village isolé au milieu de nulle part. La ville se situe à seulement 35 minutes de Rennes en TER. Elle fait même partie de l’aire d’attraction rennaise. Alors pourquoi un tel score ?
La réponse tient en trois facteurs. D’abord, un tissu industriel dense — Vitré est le siège de grands groupes agroalimentaires comme Lactalis et SVA Jean Rozé — avec des usines et entrepôts répartis sur un large périmètre. Ensuite, un habitat presque exclusivement pavillonnaire : 78 % des logements sont des maisons individuelles.
Enfin, un profil sociologique particulier. Le taux d’emploi y est très élevé (parmi les plus bas taux de chômage de France, sous les 5 %), et les ménages sont souvent biactifs. Deux emplois dans deux directions différentes, zéro transport en commun viable entre les zones d’activité : la deuxième voiture n’est pas un confort, c’est une obligation.
Le budget automobile annuel moyen d’un foyer vitréen dépasse 6 200 €, soit près de 12 % du revenu médian local. Un poids considérable, surtout quand la hausse du carburant vient rogner encore davantage le pouvoir d’achat.
Ce que ce classement dit vraiment de la France
Aucune de ces huit villes ne dépasse 65 000 habitants. Aucune ne possède de tramway, de métro ou de réseau de transport lourd. Toutes partagent un urbanisme pavillonnaire étalé et une économie locale dynamique qui pousse les deux adultes du foyer à travailler.
Le paradoxe, c’est que ces villes affichent souvent un coût de la vie parmi les plus bas de France. Mais l’argent économisé sur le loyer ou l’alimentation est en grande partie absorbé par les dépenses automobiles : carburant, assurance, entretien, décote.
Selon l’Automobile Club Association, un foyer possédant deux voitures en zone périurbaine dépense en moyenne 11 000 € par an pour ses véhicules. C’est le premier poste de dépenses, devant le logement. Et toi, tu aurais deviné Vitré en numéro 1 ?