Fioul : avant de valider votre commande, le livreur doit désormais vous donner un chiffre précis, et peu de clients pensent à le demander
Depuis le 1er novembre, la baisse liée aux stocks stratégiques de l’État s’applique aussi au fioul domestique. Mais son montant n’est fixé nulle part : c’est à chaque livreur de l’annoncer, au litre, avant la vente. Encore faut-il savoir quoi lui demander, et à quel moment.

Un litre qui a pris 76 % en un an
Avant de parler de baisse, il faut mesurer d’où l’on part. Le 16 octobre 2026, le litre de fioul domestique valait 1,9308 € toutes taxes comprises, d’après le relevé de la DGEC pour une livraison de 2 000 à 4 999 litres. Un an plus tôt, le 17 octobre 2025, il s’affichait à 1,0984 €, soit une hausse de 76 %.
Sur une cuve, l’écart se compte en centaines d’euros. Remplir 2 000 litres revenait à environ 2 200 € à la mi-octobre 2025. Un an plus tard, la même livraison dépasse 3 860 €. Selon franceinfo, près de 3 millions de foyers seraient concernés par la baisse annoncée.
C’est dans ce contexte que le gouvernement a choisi une mesure inédite : revendre une partie des stocks stratégiques de produits pétroliers aux distributeurs, à prix coûtant. En contrepartie, ces derniers doivent faire profiter leurs clients de l’écart. Sur le papier, la mécanique est simple. Dans la pratique, elle laisse au client un rôle que peu de gens imaginent.
Ce que le décret du 23 octobre change pour votre cuve
Le texte de référence est le décret n° 2026-981 du 23 octobre 2026, publié au Journal officiel le samedi 24 octobre. Il vise le gazole carburant, le pétrole lampant et les fiouls domestiques. Les ménages chauffés au fioul sont donc concernés au même titre que les automobilistes.
Le mécanisme fonctionne en trois temps. L’État cède jusqu’à 1,6 million de mètres cubes de produits, soit environ 10 millions de barils, jusqu’au 31 janvier 2027. Ces ventes se font au coût moyen pondéré des stocks, et non au prix du marché. La différence entre les deux constitue un avantage que les distributeurs doivent reverser intégralement à leurs clients, sous forme de baisse du prix de vente. Cette baisse peut s’appliquer dès le 1er novembre 2026 et doit avoir été entièrement répercutée au plus tard le 31 mars 2027. Le décret reste en vigueur jusqu’au 15 avril 2027.
Un arrêté daté du 27 octobre et publié au Journal officiel du 28 précise la suite. Le fioul domestique y figure explicitement, sous l’appellation « FOD combustible », et les 1,6 million de mètres cubes y sont répartis entre 336 entreprises, identifiées par leur numéro SIREN. La répartition suit les ventes de chacune avant la crise. Toutes les entreprises ne reçoivent donc pas la même part, et la baisse ne sera pas la même chez tous les livreurs.
Beaucoup de clients en tirent une conclusion logique : il suffirait de commander comme d’habitude et d’attendre que la remise apparaisse sur la facture. C’est justement le réflexe à éviter.
Le chiffre à exiger avant de dire oui

Le point central du dispositif se trouve à l’article 3 du décret. Avant la vente, le vendeur doit informer le client du montant de la baisse appliquée, exprimé en euros par litre. Un second arrêté, daté du 26 octobre, en fixe la forme : la réduction s’affiche en centimes par litre toutes taxes comprises, avec une décimale. Le chiffre doit donc vous être donné avant que vous validiez la commande, pas une fois le camion reparti.
Ce chiffre n’est fixé par aucun texte, car l’État n’a pas défini de montant. Le seul repère public est l’annonce de TotalEnergies : une remise de 200 € par mètre cube, soit 20 centimes par litre, pour ses clients chauffés au fioul, du 1er novembre au 31 janvier. Cela représente 200 € sur 1 000 litres et 400 € sur 2 000 litres. C’est le chiffre d’un seul distributeur, pas un barème qui s’imposerait aux autres.
Il y a un second piège. Chez TotalEnergies, les commandes passées avant le 1er novembre mais livrées après cette date ne bénéficient pas de la remise. Le décret, lui, fixe le début de la baisse au 1er novembre sans préciser si c’est la date de commande ou la date de livraison qui compte. La réponse dépend donc de chaque livreur. Un client qui a commandé fin octobre pour être tranquille peut très bien voir arriver sa livraison en novembre au prix d’avant.
Autrement dit, la remise ne tombe pas toute seule sur la facture. C’est au client de la faire chiffrer avant de signer.
Les quatre questions à poser à votre livreur
Avant de fixer la date de livraison, quatre questions suffisent :
- Votre entreprise figure-t-elle parmi les 336 de l’arrêté du 27 octobre ?
- De combien baisse mon litre, en centimes toutes taxes comprises ?
- Pour bénéficier de la baisse, est-ce la date de commande ou la date de livraison qui compte ?
- Pouvez-vous l’inscrire sur le devis ?
Un dernier réflexe : comparez le prix au litre avant remise. Une baisse de 20 centimes sur un tarif de départ plus élevé que celui du concurrent ne fait rien gagner. Le bon chiffre à retenir est le prix final au litre, remise déduite, frais de livraison compris.
Si le livreur ne donne aucun montant avant la vente, ou refuse de l’écrire, l’obligation d’information n’est pas respectée. Gardez une trace de l’échange et signalez-le à la DGCCRF, qui contrôle les pratiques commerciales.
Une fois la cuve remplie, l’entretien de l’installation compte autant que le prix du litre. Une chaudière mal réglée consomme davantage, et le conduit doit être ramoné : comme pour un poêle ou une cheminée, le ramonage obligatoire conditionne aussi l’indemnisation par l’assurance en cas de sinistre. Et pour ne pas laisser filer la chaleur qu’on paie si cher, certaines astuces pour aérer son logement en hiver sans le refroidir méritent d’être connues.