Il y a deux phénomènes océaniques dans le monde qui peuvent changer l’hiver : en 2019-2020, l’un d’eux a rendu le nord de l’Europe exceptionnellement doux

Depuis des mois, tout le monde parle d’El Niño. Dès qu’on évoque l’hiver à venir, le Pacifique accapare l’attention. Pourtant, un autre cycle naturel, bien moins médiatisé, est en train de jouer sa partition, et il pourrait avoir un effet presque aussi fort sur nos températures. Son nom est loin d’être célèbre, mais son rôle pourrait vous surprendre.
El Niño n’est pas le seul chef d’orchestre de notre hiver
Quand on parle de variabilité naturelle du climat, les météorologues comme les journalistes se tournent presque toujours vers le cycle ENSO, qui alterne El Niño et La Niña. C’est logique : il s’agit a priori du phénomène le plus puissant, celui dont les impacts sont les plus étendus.
Mais l’atmosphère est un système où tout se tient. De récentes études scientifiques tendent à montrer qu’un autre cycle, qui se joue lui aussi dans un océan lointain, pourrait exercer une influence quasiment aussi forte sur la météo mondiale.
Il y a aussi la toile de fond que personne ne discute vraiment : le réchauffement climatique lié aux activités humaines rend les hivers de plus en plus doux. Les cycles naturels viennent se superposer à cette tendance de fond, pour l’amplifier ou la contrarier.
Pour mesurer à quel point la météo de l’hiver reste un casse-tête, il suffit de relire la prudence affichée par Météo-France face à El Niño. Les prévisions saisonnières ne se résument jamais à un seul coupable.
Alors, quel est ce cycle discret qui s’invite dans la partie ? Et pourquoi un océan situé si loin de chez nous peut-il changer la douceur de nos mois de novembre ?
Un océan qui bascule entre chaud et froid, de l’Afrique à l’Indonésie
Ce cycle s’appelle le dipôle de l’océan Indien, ou IOD pour Indian Ocean Dipole. L’océan Indien se découpe en deux zones : l’ouest, côté Afrique, et l’est, côté Indonésie et Australie.
En phase positive, l’eau est plus chaude à l’ouest et plus froide à l’est. En phase négative, c’est l’inverse : plus chaude à l’est, plus froide à l’ouest. Ce balancier modifie directement les précipitations qui tombent sur les pays voisins.
Et ses effets ne s’arrêtent pas là. Ces contrastes de température modifient les ondes atmosphériques, ces perturbations de pression, de température ou de vitesse du vent qui se propagent vers le nord, notamment vers l’Europe.
Ces ondes finissent par toucher le jet stream, ce courant de haute altitude qui régit une grande partie de notre météo et le déplacement des masses d’air. C’est ainsi, de proche en proche, qu’un océan tropical peut influencer les conditions hivernales européennes.
Pour comprendre l’ampleur des enjeux saisonniers, ce que les modèles saisonniers confirment sur le vortex polaire montre que d’autres pièces du puzzle sont à surveiller.
Reste à savoir ce que ce dipôle prépare concrètement. Plusieurs études ont établi un lien précis, et le calendrier actuel colle étrangement bien.
Selon ces travaux, un dipôle positif en automne favorise une circulation atmosphérique plus douce en Europe au début de l’hiver. Or, nous sommes précisément en pleine phase positive, à son maximum d’intensité.
Le précédent de 2019-2020 et le calendrier qui s’annonce
Ce n’est pas la première fois. Lors de l’hiver 2019-2020, le dipôle positif a contribué à un hiver exceptionnellement doux et humide sur le nord de l’Europe et au Royaume-Uni, selon une étude parue dans la Royal Meteorological Society.
Cette phase positive est aussi associée à davantage d’humidité en Europe sur la même période. Douceur et pluie font donc souvent route ensemble.

Novembre et décembre : la fenêtre où le lien est le plus fort
Avant le détail décisif, un petit détour par les prévisions de long terme, que le modèle européen détaille pour novembre et décembre. Le calendrier du dipôle s’y inscrit parfaitement.
Ce lien entre dipôle positif et douceur serait plus fort en novembre et décembre, et moins marqué pour la suite de l’hiver. La phase positive actuelle devrait prendre fin en décembre, avant l’installation d’une phase neutre en janvier.
En cette fin 2026, deux phases naturelles semblent donc s’organiser dans le même sens : El Niño et le dipôle de l’océan Indien. Toutes deux plaident pour des conditions douces et humides en Europe.
Mais attention, d’autres facteurs entrent dans l’équation, qu’ils soient naturels ou liés aux activités humaines, comme le réchauffement dû aux émissions de gaz à effet de serre. C’est leur combinaison qui façonne le scénario global de l’hiver.
Le verdict, lui, est assez net : ces différents facteurs ont tous pour conséquence d’apporter un temps doux à très doux, au moins pour novembre et décembre. Pour janvier et la suite, rien n’est acquis.
Ce que ça change pour les semaines qui viennent
Concrètement, la douceur attendue au début de l’hiver ne dit rien de la fin. Le dipôle devant s’effacer en janvier, son influence s’estompe justement quand l’hiver s’installe vraiment.
C’est pourquoi les rêves de neige ne sont pas forcément enterrés. Pour savoir ce que le phénomène ne garantit pas, les précédents d’hivers doux et de vagues de froid rappellent qu’un Noël blanc reste possible ou impossible selon bien d’autres paramètres.
Il y a aussi un enjeu plus pratique, celui de la préparation. Un hiver humide et doux ne dispense pas de s’organiser, et les gestes à faire pour préparer sa maison gardent tout leur intérêt si la météo bascule brutalement.
Le sujet est loin d’être clos : la phase neutre de janvier ouvrira une période plus incertaine, où El Niño et les autres facteurs resteront seuls en lice. Une chose est sûre, il faudra surveiller l’évolution de ces océans lointains.
Ne regarder que le Pacifique, c’était oublier la moitié de l’histoire. Le vrai second acteur de notre hiver se cache dans l’océan Indien.
Et si vous vous demandez ce que cette douceur peut encore réserver, la tempête qui promet un week-end agité avec des rafales à 140 km/h montre que le calme n’est jamais garanti.
Et pour savoir si l’électricité tiendra le choc des grands froids, les créneaux où le réseau est le plus tendu pourraient bien vous intéresser.