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Deux ans après la mort d’Alain Delon, ses enfants se déchirent : ce que cache un papier signé à Genève

Publié par Hannah le 11 Août 2026 à 10:21
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Dans quelques jours, cela fera exactement deux ans. Le 18 août 2024, Alain Delon s’éteignait à Douchy-Montcorbon, dans le Loiret, à 88 ans, entouré de ses chiens et de son domaine. La France pleurait un monstre sacré. Personne n’imaginait ce qui allait suivre.

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Parce que depuis, il ne s’est pas passé une saison sans que le nom Delon revienne dans les colonnes judiciaires. Trois enfants. Deux camps. Des tribunaux à Paris, puis à Genève. Et un document, signé un jour de novembre 2022, dont le contenu empoisonne encore tout.

Vous croyez connaître cette histoire ? Vous avez lu les gros titres, vu les plateaux télé, entendu les avocats. Mais ce que le plus jeune des fils Delon a fini par formuler noir sur blanc devant la justice suisse va bien plus loin qu’une simple querelle d’héritage.

Il faut remonter le fil. Depuis le début. Depuis le gamin de Bourg-la-Reine jusqu’au silence du domaine de Douchy. Parce que sans ce chemin-là, la fin ne veut rien dire.

Le gamin qu’on renvoyait de partout et qui n’aimait rien

Alain Fabien Maurice Marcel Delon naît le 8 novembre 1935 à Sceaux, à trois heures vingt-cinq du matin. Son père Fabien est projectionniste au Régina Palace de Bourg-la-Reine. Sa mère Édith travaille à la pharmacie du coin. Petite bourgeoisie tranquille, avenir tout tracé.

Sauf que le tracé se déchire vite. Ses parents divorcent en décembre 1940. L’enfant a quatre ans. Ni le père, mobilisé et sans cesse muté, ni la mère, qui reprend son poste de préparatrice, ne se sentent capables de l’élever.

On le confie donc à la famille Nérot, rue de la Terrasse, à deux pas de la prison de Fresnes. Le père Nérot est un ancien gardien. Le petit Alain grandit là, dans un milieu modeste mais chaleureux, et joue parfois dans les cours mêmes de la prison. Imaginez le décor.

Sous l’Occupation, Fresnes se remplit de résistants et de futurs déportés. Les tortures et les exécutions se multiplient derrière les murs. Les jeux d’enfants dans l’enceinte deviennent impossibles. Delon gardera de cette période des souvenirs qui ne s’effacent pas.

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M. Nérot meurt en 1946, sa femme le suit peu après. Le gosse retourne chez sa mère, remariée en 1941 avec Paul Boulogne, et mère d’une petite fille née en 1943. Son père aussi a refondé une famille. Dans ces deux foyers recomposés, il se sent partout de trop.

Six renvois, un CAP de charcutier et une envie de partir

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La scolarité tourne au désastre organisé. Saint-Nicolas d’Issy-les-Moulineaux, Buzenval à Rueil-Malmaison, Saint-Gabriel à Bagneux, puis Saint-Nicolas d’Igny. Indiscipliné, provocateur, il se fait renvoyer six fois. Six.

Ce qu’il aime, c’est ailleurs. C’est quand son père l’emmène au Cinéac-Montparnasse et qu’il découvre les westerns, Michèle Morgan, Ava Gardner dans Les Tueurs. Il dévore les revues de cinéma. Personne ne fait le lien à l’époque. Comment l’auraient-ils fait ?

À 14 ans, il tourne son premier bout de rôle : un voyou, vingt-deux secondes, dans un court-métrage muet intitulé Le Rapt, signé Olivier Bourguignon. Vingt-deux secondes. C’est le premier plan de la légende, et absolument personne ne s’en aperçoit.

Les études terminées, sa mère lui trouve une place dans la charcuterie familiale à Bourg-la-Reine. Il décroche un CAP de charcutier-traiteur, travaille aussi à L’Haÿ-les-Roses et rue Saint-Charles à Paris. Le futur Samouraï de Melville, derrière un étal, à découper du jambon.

À côté, il pédale. Beaucoup. Il court des compétitions au Vélodrome d’Hiver, où il croise un certain André Pousse, qui deviendra acteur et ami. Le hasard commence à poser ses pions, très discrètement.

L’Indochine, la prison militaire et un retour cabossé

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En 1953, à 17 ans, il s’engage dans la Marine nationale pour trois ans. Matelot de 3e classe, numéro 1203 T 53, sans spécialité. Formation à Pont-Réan, puis il prolonge pour cinq ans et part en Indochine avec l’accord de ses parents.

Formation radio aux Bormettes, embarquement sur le Gustave Zédé, puis affectation à terre à Saïgon, caserne Francis-Garnier, après Diên Biên Phu. Il adore la camaraderie. Il déteste l’obéissance. Le résultat est mécanique : les sanctions s’accumulent.

Insubordination, retards, absences, un vol de matériel, un accident de jeep non autorisé qui blesse un camarade. Promu matelot de 2e classe en décembre 1954, il est rétrogradé au grade de mousse, interdit de séjour en Indochine et renvoyé en France.

Son contrat est annulé. Il doit rembourser une partie de la prime, que sa mère prend en charge. De retour en juin 1955, il est arrêté à Marseille pour port d’arme illégal et condamné à 45 jours de prison, ce qui prolonge encore son service.

Bilan de l’aventure militaire : 1 195 jours sous l’uniforme, dont près d’un an en détention. Ni certificat de bonne conduite, ni prime. Son livret militaire sera expurgé, ne mentionnant plus que « sept jours pour mauvaise conduite ». Retenez bien ce détail des armes. Il reviendra. Bien plus tard, et bien plus lourdement.

Le hasard, le seul vrai agent d’Alain Delon

Après l’armée, il rompt avec ses parents et débarque à Paris. Il vit chez un ancien quartier-maître près de Pigalle, fréquente les milieux les plus interlopes, enchaîne les petits boulots : manutentionnaire aux Halles, serveur sur les Champs-Élysées.

En 1957, nouvelle affaire d’arme : il tire dans une vitrine avec un 9 mm et écope de deux mois de prison, amnistiés en 1959. Puis il découvre Saint-Germain-des-Prés, ses cafés, ses jeunes comédiens. Parmi eux, un certain Jean-Paul Belmondo.

anouchka delon @france 5

Il rencontre l’actrice Brigitte Auber, qui l’introduit dans les cercles du cinéma et du théâtre. Ils ont une liaison. En 1957, il monte à Cannes et attire l’œil de l’agent américain Henry Willson, spécialiste des jeunes premiers.

Willson le vante auprès du producteur David O. Selznick, comme un nouveau French lover à la Louis Jourdan. Delon décroche un bout d’essai malgré un anglais approximatif. On lui demande d’enchaîner plusieurs émotions dans une même scène. Il prend l’exercice à la légère, mais la caméra, elle, ne le lâche pas.

Selznick envisage un contrat de sept ans, à une condition : qu’il apprenne l’anglais. Delon s’y met. Puis la vie fait un autre choix pour lui. De retour à Paris, il rencontre Michèle Cordoue, compagne du réalisateur Yves Allégret, qui le présente à son mari.

Allégret lui confie le rôle de Jo, un jeune gangster, dans Quand la femme s’en mêle, sorti en novembre 1957. Delon accepte plus par reconnaissance que par vocation. Et quinze jours plus tard, tout bascule.

« Je suis tombé amoureux de mon métier »

Le tournage révèle son naturel désarmant et une photogénie hors norme. Le succès reste modeste, moins d’un million d’entrées, mais la presse renifle quelque chose. Cinémonde lui consacre deux articles. Lui-même racontera plus tard ce basculement.

« Je ne connaissais rien de ce métier-là. Tout ce que je connaissais du cinéma c’était Jean Gabin, Michèle Morgan, Jean Marais. Et je ne me sentais pas capable, je ne savais pas dans quoi j’allais me fourrer… Quinze jours après avoir commencé je suis tombé amoureux de mon métier, c’est-à-dire amoureux de la caméra. »

Edwige Feuillère l’encourage et lui présente son agent, Olga Horstig. Il enchaîne avec Sois belle et tais-toi en 1958, aux côtés de Belmondo et Henri Vidal. Près de deux millions d’entrées. Il passe même une audition pour Les Tricheurs de Marcel Carné, qui lui préfère Jacques Charrier.

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En mai 1958, il revient à Cannes. Cette fois, il n’est plus l’intrus. Il fait partie de la maison. En fin d’année, la presse publie la photo des espoirs du cinéma français, millésime 1958 : Brialy, Pierre Brice, Charrier, Poujouly. Et lui.

Romy, les fiançailles au bord du lac et le début du mythe

En 1958, il décroche le rôle masculin principal de Christine, de Pierre Gaspard-Huit, adapté de Schnitzler. La star européenne du film, c’est Romy Schneider, déjà immense grâce à Sissi. C’est elle qui le choisit.

Leur première rencontre à Orly est mise en scène par la production. Barrière de la langue, photographes partout, sourires commandés : tout sonne artificiel. Puis le tournage commence, et l’artifice s’effondre. Une idylle naît, bien réelle celle-là.

Ils s’installent ensemble quai Malaquais, puis à Tancrou. On les surnomme « les fiancés de l’Europe ». Le 8 mars 1959, sur le plateau, Delon annonce leurs fiançailles. Deux semaines plus tard, elles sont officialisées en Suisse, au bord du lac de Lugano.

La Suisse. Retenez ce pays aussi. Soixante-sept ans plus tard, c’est là qu’un tribunal se penchera sur les dernières volontés d’Alain Delon, et sur les accusations que son plus jeune fils adressera à sa propre sœur.

Côté carrière, la machine s’emballe : Faibles Femmes en 1959, plus de 2,3 millions d’entrées, puis Le Chemin des écoliers avec Bourvil et Lino Ventura, plus de 2,5 millions. En moins de deux ans, le charcutier de Bourg-la-Reine est devenu un jeune premier incontournable.

Le jour où il refuse le beau rôle pour prendre celui du monstre

1959. René Clément prépare l’adaptation du roman de Patricia Highsmith, The Talented Mr. Ripley, qui deviendra Plein Soleil. Delon n’est même pas dans la liste de départ. C’est son agent Georges Beaume qui pousse le réalisateur à visionner Faibles Femmes.

Clément lui propose le rôle de Philippe Greenleaf, le riche héritier. Jacques Charrier est pressenti pour Ripley. Réunion chez le réalisateur, en présence de Bella Clément et des frères Hakim. Delon a lu le scénario. Il dit non.

Non à Greenleaf. Il veut Ripley, l’usurpateur, le tueur, le type qui prend la place d’un autre. Les producteurs s’insurgent. Bella Clément prend sa défense. René Clément finit par céder. Cachet : 35 millions de francs.

Le tournage a lieu d’août à octobre 1959 dans le sud de l’Italie. À la sortie, en mars 1960, l’affiche montre Delon torse nu sur fond de ciel bleu. La critique s’enflamme, 2,4 millions de spectateurs suivent. Une star mondiale vient de naître.

Ce choix dit tout de lui. Il ne voulait pas être aimé, il voulait être fascinant. C’est le premier d’une longue série de paris qui feront de lui l’acteur le plus insaisissable de sa génération.

Visconti, Melville, Verneuil : la fabrique de l’icône

Olga Horstig présente Delon à Luchino Visconti après une représentation de Don Carlos à Londres. Le cinéaste prépare Rocco et ses frères, et affirme qu’il renoncerait au film sans lui : il a écrit le rôle-titre pour cet acteur français.

Le tournage démarre le 22 février 1960 à Milan. Delon devient le favori de Visconti et bénéficie d’une liberté rare sur le plateau. Le film attire plus de deux millions de spectateurs en France et impose définitivement son nom en Italie.

anouchka delon @afp

Suivent Quelle joie de vivre en 1961 avec Clément, un début au théâtre sous la direction de Visconti dans Dommage qu’elle soit une putain avec Romy Schneider, et Les Amours célèbres de Michel Boisrond. David Lean pense même à lui pour Lawrence d’Arabie, mais le calendrier du Guépard tranche à sa place.

En 1962, il tourne L’Éclipse d’Antonioni face à Monica Vitti. Accueil critique excellent, succès public plus modéré en France, mais carton au Japon où sa popularité fait exploser les entrées. Puis vient Le Guépard, avec Burt Lancaster et Claudia Cardinale, tournage lancé le 14 mai 1962 à Palerme.

Le film le consacre mondialement et lui vaut une nomination au Golden Globe de la révélation masculine en 1963. Mais un conflit éclate avec Visconti. Delon déclinera ses projets suivants, dont Sandra. Chez lui, la rupture est toujours définitive.

En 1963, il rencontre Jean Gabin sur Mélodie en sous-sol d’Henri Verneuil. Il y joue Francis, le jeune complice de M. Charles. Plus de 3,5 millions d’entrées à la sortie en mars. Deux films dans le top 10 annuel : Delon est au sommet.

Une altercation avec un photographe qui change tout

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En 1964, il tourne La Tulipe noire de Christian-Jaque en Espagne, dans un double rôle. Pendant le tournage, une altercation avec un photographe rend publique sa relation avec Francine Canovas, qui deviendra Nathalie Delon.

Le film cartonne : 3 millions d’entrées en France, et un succès international proprement hallucinant. En Union soviétique, il cumule 47 millions d’entrées. Quarante-sept millions. En Hongrie, il finit sixième de l’année avec 1 470 000 spectateurs.

Il épouse Nathalie le 13 août 1964. De cette union naîtra Anthony, la même année. Le premier enfant. Le premier des trois qui, soixante ans plus tard, se retrouveront face à des juges.

anouchka delon @Lionel Guericolas

Delon s’associe alors à Georges Beaume pour créer sa société de production, Delbeau, et finance L’Insoumis d’Alain Cavalier, où il joue un déserteur de la Légion étrangère. Le film, qui touche à la guerre d’Algérie, fait l’objet d’une plainte et reste interdit en France jusqu’en 1967.

Découragé, il tente l’Amérique. Contrat de cinq films avec la MGM à partir de 1964, un segment de La Rolls-Royce jaune avec Shirley MacLaine, puis Once a Thief en 1965. La MGM l’invite même aux Oscars 1965 pour remettre un prix.

Il signe ensuite chez Columbia, tourne Les Centurions de Mark Robson avec Anthony Quinn et Claudia Cardinale, plus de 4 millions d’entrées en France. Puis Paris brûle-t-il ? de René Clément, où il incarne Jacques Chaban-Delmas, et le western parodique Texas, nous voilà avec Dean Martin.

Le Samouraï, ou l’homme réduit à un imperméable et un silence

De retour en Europe, il tourne Les Aventuriers de Robert Enrico en 1967, aux côtés de Lino Ventura. Plus de trois millions de spectateurs, critique conquise. L’amitié virile, les rêves d’aventure, une certaine idée du cinéma populaire français.

Puis arrive le film qui va le figer dans le marbre. Jean-Pierre Melville conçoit Le Samouraï spécialement pour lui : un tueur à gages trahi par ses commanditaires et traqué par la police. Un incendie détruit les décors des studios de la rue Jenner en plein tournage.

Delon met alors son hôtel particulier à disposition pour certaines scènes. Le film sort en octobre 1967. Le public boude d’abord, moins de deux millions d’entrées. Puis il devient un classique absolu, cité par des générations de cinéastes du monde entier.

La suite est un défilé : Diaboliquement vôtre de Duvivier, qui meurt un mois après la fin du tournage — Delon supervise lui-même le montage. La Motocyclette avec Marianne Faithfull, sixième au box-office britannique. Adieu l’ami en 1968 avec Charles Bronson, plus de 2,6 millions d’entrées.

anouchka delon

Le 24 août 1967, en plein tournage de Diaboliquement vôtre, il dépose une demande de divorce. Le divorce d’avec Nathalie sera prononcé le 14 février 1969. Un fils, Anthony, cinq ans. Premier acte d’une famille qui ne cessera jamais de se recomposer.

Markovic : le scandale qui aurait pu tout emporter

Octobre 1968. Stevan Markovic, son secrétaire et garde du corps yougoslave, est retrouvé mort. L’affaire secoue la France entière et déborde très vite du fait divers : rumeurs, lettres, noms de personnalités, ambiance de fin de règne gaulliste.

Pour Delon, c’est un séisme personnel et professionnel. Sa vie privée est étalée, disséquée, commentée. Il décline plusieurs projets. Le mythe du beau ténébreux se double d’un parfum de soufre qui ne le quittera plus jamais.

Beaucoup de carrières n’auraient pas survécu. La sienne, si. Mieux : elle explose. En 1969, il tourne La Piscine de Jacques Deray, sur un scénario de Jean-Claude Carrière, et impose Romy Schneider pour le rôle de Marianne, Maurice Ronet pour celui d’Harry.

Tournage lancé le 16 août 1968 au domaine de l’Oumède, près de Saint-Tropez. Sortie en janvier 1969. Succès international. Le couple Delon-Schneider redevient, à l’écran, l’obsession de l’Europe entière.

La même année, il retrouve Verneuil pour Le Clan des Siciliens, face à Lino Ventura et Jean Gabin. Trois monstres dans le même cadre. Le cinéma français ne refera jamais ça.

Borsalino, Belmondo, et le début d’une autre guerre

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Avec sa société Adel Productions, fondée après le choc de Mai 68 pour gagner en contrôle artistique, il produit Borsalino de Jacques Deray. Tournage lancé le 15 septembre 1969, après une reconstitution minutieuse du Marseille des années 1930.

Delon et Belmondo, les deux fauves, dans le même film. Sortie le 20 mars 1970 : records battus à Paris dès la première semaine, plus de 4,7 millions d’entrées en France, succès international, nomination aux Golden Globes du meilleur film étranger.

Il retrouve Melville la même année pour Le Cercle rouge, avec Yves Montand et Bourvil. Trois succès majeurs coup sur coup. Robert Evans pense même à lui pour Le Parrain, avant que Coppola n’impose Al Pacino.

Tout ne réussit pas, cependant. En 1970, il produit et interprète Madly, réalisé par Roger Kahane. Mireille Darc, sa compagne, y est actrice et co-scénariste sous son vrai nom, Mireille Aigroz. Le film est un échec commercial.

Mireille Darc, justement. Elle sera l’une des grandes histoires de sa vie, l’une de celles qu’il évoquera toujours avec une tendresse particulière. Mais aucun des enfants qui se déchirent aujourd’hui n’est né de cette union.

Les femmes, les fils, les silences

Alain-Fabien Delon publie la photo de son chien mort et accuse son frère Anthony d'avoir ordonné de le tuer

Il y eut Romy, l’amour incandescent et la culpabilité qui a suivi. Il y eut Nathalie, la mère d’Anthony, épousée en 1964 et quittée en 1967. Il y eut Mireille Darc, la compagne des années fastes. Et puis, bien plus tard, il y eut Rosalie van Breemen.

Mannequin néerlandais, elle lui donne deux enfants : Anouchka, née en 1990, et Alain-Fabien, né le 18 mars 1994 à Gien, dans le Loiret. Les voilà, les deux protagonistes du drame contemporain. Séparés par quatre ans. Et bientôt par bien plus.

Alain Delon et sa fille

Les enfants grandissent principalement au domaine de Douchy, dans le Loiret. Les chiens, les allées, le silence de la campagne. Un royaume clos, très loin des studios et des flashs, où Delon a choisi de se retirer du monde.

Puis, en 2001, la séparation d’avec Rosalie van Breemen. Alain-Fabien a sept ans. Il part vivre aux Pays-Bas avec sa mère, y poursuit sa scolarité, et ne voit plus son père que l’été. Les relations deviennent distantes.

Un fils longtemps éloigné, une réconciliation tardive, et bien plus tard un roman qui, entre les lignes, disait déjà presque tout. Vous allez voir à quel point ce livre prend un autre relief aujourd’hui.

Le 30 juin 2011 : la nuit qui a tout fait dérailler

En 2010, après des années d’éloignement, Alain-Fabien renoue avec son père. Alain Delon décide de le scolariser dans un établissement privé en Suisse. Les tensions, elles, ne disparaissent pas pour autant.

Le 30 juin 2011, une fête est organisée par Alain-Fabien dans l’appartement genevois de son père, en l’absence de ce dernier. Au cours de la soirée, un coup de feu part. Une jeune fille de 16 ans est grièvement blessée au ventre.

Les armes, encore. Elles traversent cette famille depuis le Marseille de 1955 et cette vitrine parisienne de 1957. Ce soir-là, à Genève, elles ne blessent plus une vitre, mais une adolescente.

La justice met deux ans à trancher. En novembre 2013, le Tribunal des mineurs de Genève condamne Alain-Fabien à cinq mois de prison avec sursis pour lésions corporelles graves par négligence, non-assistance à personne en danger, induction de la justice en erreur et infraction à la loi sur les armes.

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Il est en revanche acquitté de mise en danger de la vie d’autrui : le tribunal retient la thèse de l’accident. Mais le mal est fait. Après l’événement, le jeune homme se retrouve sans domicile fixe et enchaîne les petits boulots. Le fils du plus grand acteur français, à la rue.

Un roman comme une lettre ouverte à son père

Il finit par remonter. En 2013, il débute au cinéma dans Les Rencontres d’après minuit de Yann Gonzalez, présenté à la Semaine de la critique du Festival de Cannes. En 2014, il tourne un court-métrage pour Vogue Italia aux côtés de Daphne Guinness.

En 2015, il devient l’un des visages de Dior pour la campagne Dior Homme signée Willy Vanderperre. Le nom, le visage, la mâchoire : impossible de ne pas voir le père derrière le fils. Il le sait. Ça le poursuit.

En 2016, ironie savoureuse, il joue un jeune homme sans domicile fixe dans un épisode de Capitaine Marleau, face à Corinne Masiero et Muriel Robin. Il rejoue à l’écran ce qu’il a vécu pour de vrai cinq ans plus tôt.

Et puis, le 6 février 2019, il publie chez Stock un roman autofictionnel de 252 pages : De la race des seigneurs. L’ouvrage, salué pour sa maturité littéraire, raconte la relation complexe entre un fils et un père célèbre, nourrie d’éléments autobiographiques.

Le titre, à lui seul, est une gifle affectueuse. Personne, à l’époque, n’imagine que ce livre sera relu sept ans plus tard comme une pièce à conviction émotionnelle dans la plus grande bataille d’héritage du cinéma français.

Cannes 2019 : la standing ovation, puis le silence

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En mai 2019, le Festival de Cannes lui remet une Palme d’honneur. Salle debout, émotion palpable, une carrière entière saluée d’un bloc. Il pleure. La France le regarde comme on regarde un monument qu’on sait fragile.

Un mois plus tard seulement, en juin 2019, il est victime d’un accident vasculaire cérébral, suivi d’une hémorragie cérébrale. L’ordre des choses compte, ici : d’abord l’apothéose, ensuite l’effondrement.

Il se retire. Douchy devient sa forteresse. Les apparitions publiques se raréfient jusqu’à disparaître. Ses trois enfants, eux, prennent des positions publiques de plus en plus différentes sur son état de santé.

Le bilan d’une vie, pourtant, donne le vertige. Sur la période 1956-1990, il cumule 55,8 millions d’entrées, sixième acteur français de l’histoire derrière de Funès, Bourvil, Belmondo, Gabin et Fernandel.

Les films auxquels il a participé ont attiré plus de 136 millions de spectateurs en France, sans compter les dizaines de millions à l’étranger. Quatre de ses films figurent dans le fameux ouvrage 1001 films à voir avant de mourir. Rocco, L’Éclipse, Le Guépard, Le Samouraï.

2023 : l’année où la famille explose au grand jour

Alain Fabien Delon

Au domaine, une femme est présente depuis des années : Hiromi Rollin, présentée comme sa dame de compagnie. En 2023, la situation dégénère. Des plaintes croisées sont déposées entre les enfants Delon et Hiromi Rollin.

Le pays découvre alors, effaré, l’intimité d’une famille en guerre étalée dans les médias. Chaque camp donne sa version. Les versions se contredisent. Le public ne sait plus qui croire, et c’est précisément le problème.

Il faut le dire clairement : toutes ces plaintes croisées de 2023 ont été classées sans suite, pour infractions insuffisamment caractérisées. Aucune condamnation, aucune vérité judiciaire établie de ce côté-là.

Mais le pli est pris. La famille est désormais coupée en deux, avec d’un côté les deux frères, de l’autre la sœur. Et le père, au milieu, dont l’état se dégrade dans le silence de Douchy.

Ce qui suit est plus grave encore, parce que cette fois, ce sont des documents médicaux et notariés qui parlent. Et ils vont devenir le socle de tout ce que le plus jeune des fils osera formuler.

Janvier 2024 : une expertise médicale qui change la donne

En janvier 2024, une expertise médicale est remise. Ses conclusions sont sans ambiguïté : altération majeure de la santé mentale d’Alain Delon et abolition totale du discernement. Ce sont les mots des experts, pas ceux d’un fils en colère.

Dans la foulée, en janvier 2024, l’acteur est placé sous sauvegarde de justice. Puis, en avril 2024, le tribunal de Montargis prononce une curatelle renforcée. La star la plus autonome du cinéma français est désormais protégée juridiquement.

Ces deux décisions constituent aujourd’hui la clé de voûte de l’argumentaire d’Alain-Fabien. Car si le discernement était aboli en janvier 2024, la question qui hante toute l’affaire devient : dans quel état était-il en novembre 2022 ?

Le 5 janvier 2024, à Douchy, une conversation privée entre Anouchka Delon et son père est enregistrée à son insu. Ce détail, qui semble anecdotique à ce stade, deviendra deux ans plus tard un procès correctionnel à part entière.

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Et pendant ce temps, une autre affaire couve au domaine, qui va rappeler à tout le monde l’obsession de toute une vie.

72 armes et 3 000 munitions dans le domaine de Douchy

En 2024, une perquisition est menée à Douchy. Les enquêteurs y saisissent 72 armes à feu et plus de 3 000 munitions, détenues sans autorisation. Soixante-douze armes. Dans la maison d’un homme de 88 ans sous protection juridique.

Le fil rouge de toute une existence se referme là. Le port d’arme illégal de Marseille en 1955. La vitrine de 1957. Le coup de feu de Genève en 2011. Et pour finir, cet arsenal dormant dans le Loiret.

La procédure est classée sans suite par le procureur de Montargis, qui ordonne la destruction des armes. Pas de poursuites, mais une image qui reste : celle d’un domaine devenu forteresse, au sens le plus littéral du terme.

Car Douchy n’est pas une maison, c’est un monde. Un domaine fermé, des chiens partout, un cimetière privé où reposent les compagnons à quatre pattes de l’acteur, et une chapelle. Cette chapelle a son importance pour la suite.

C’est là qu’il voulait finir. C’est là qu’il a fini. Le 18 août 2024, Alain Delon meurt à Douchy-Montcorbon, à 88 ans. Il est inhumé dans la chapelle privée du domaine, à l’abri des regards, sur une propriété fermée au public.

Septembre 2025 : le fils cadet attaque

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Un an passe. Puis, en 2025, un dernier acte judiciaire vient rouvrir la blessure familiale que beaucoup croyaient refermée avec les funérailles.

En septembre 2025, Alain-Fabien Delon assigne en France, devant le tribunal judiciaire de Paris. Son objectif est double : faire annuler un testament rédigé en 2022, et une donation intervenue en février 2023.

Il faut ici distinguer deux actes, souvent confondus dans les résumés hâtifs. Le premier est un testament, daté du 24 novembre 2022 et signé à Genève. Le second est une donation, en février 2023, portant sur 51 % de la société ADID.

ADID, pour Alain Delon International Distribution, c’est la structure qui gère la marque Delon et les droits d’image. Autrement dit : la valeur commerciale du nom le plus vendeur du cinéma français. Ce n’est pas rien.

Un point capital, souvent oublié : Alain-Fabien ne conteste pas le testament de 2015. Ce document-là prévoyait 50 % de la succession pour Anouchka et 25 % pour chacun des deux fils. Il l’accepte. Ce n’est donc pas l’argent qui est au cœur du conflit.

Alors quoi ? Ce que contient le papier de novembre 2022, et ce qu’il transfère à une seule personne. C’est là que tout se joue.

Décembre 2025 : le cadet change de pays et de ton

Document juridique signé à Genève, symbole du litige d'héritage

Trois mois plus tard, la stratégie bascule. En décembre 2025, Alain-Fabien Delon saisit la justice suisse. Et il ne se contente plus de demander l’annulation d’un acte : il évoque publiquement l’indignité successorale de sa sœur.

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L’indignité successorale, en droit, c’est l’arme lourde. C’est la procédure par laquelle on demande qu’un héritier soit purement et simplement écarté de la succession, comme s’il n’avait jamais eu de droits.

Vous mesurez ce que cela signifie entre un frère et une sœur, à peine un an après l’enterrement du père ? Il ne demande plus une part. Il demande l’exclusion.

Anouchka Delon, elle, a publiquement contesté les accusations de son frère. Elle affirme avoir agi dans l’intérêt de la santé de leur père, et rappelle qu’aucune juridiction n’a à ce jour reconnu le moindre abus de faiblesse. Sa position n’a jamais varié sur ce point.

Et pourtant, ce que son frère a formulé devant la justice suisse en décembre 2025 dépasse tout ce que la famille s’était jusqu’ici jeté au visage. C’est maintenant.

Ce qu’Alain-Fabien accuse réellement sa sœur d’avoir fait

Voici ce qu’il affirme, et il faut le lire attentivement, car chaque mot compte. Alain-Fabien Delon estime être convaincu que sa sœur aurait « profité de la faiblesse » de leur père pour lui faire rédiger ce second testament de 2022.

Un testament dans lequel Alain Delon ferait d’Anouchka Delon l’unique héritière de son droit moral. Le droit moral : ce pouvoir de décider, pour toujours, de ce qu’on fait de l’œuvre d’un artiste, de son image, de son nom, de sa mémoire.

Ce n’est pas une part d’héritage. C’est le contrôle du mythe Delon lui-même. Qui décidera demain des rétrospectives, des usages de son visage, de ce qu’on peut ou non faire de son nom. Une seule personne, selon ce document.

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Et Alain-Fabien conteste désormais l’intégralité de ce second testament devant la justice suisse. Pas un article, pas une clause. Le document entier.

Il faut le redire avec la plus grande netteté : il s’agit de ce qu’il estime et affirme. Aucune juridiction n’a reconnu d’abus de faiblesse à ce jour, et Anouchka Delon conteste formellement ces accusations.

2026 : les désistements, le procès, et une condamnation

La suite s’est écrite cette année, et elle a surpris tout le monde. Le 9 mars 2026, quelques heures seulement avant l’audience prévue à Paris, Alain-Fabien Delon se désiste de sa procédure française.

L’explication est stratégique : concentrer ses efforts sur la procédure suisse et éviter deux actions parallèles sur le même document. Ce désistement n’est toutefois pas définitif. Il pourra relancer l’action en France selon l’évolution du dossier suisse.

Huit jours plus tard, le 17 mars 2026, un autre procès s’ouvre devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris. L’objet : l’enregistrement à son insu et la diffusion de cette conversation privée entre Anouchka Delon et son père, captée le 5 janvier 2024 à Douchy.

Seul Alain-Fabien se présente à la barre. Il affirme avoir agi pour protéger son père. Son frère aîné Anthony, lui, n’est pas venu s’expliquer devant les juges ce jour-là.

Le 3 juin 2026, le verdict tombe. Anthony et Alain-Fabien Delon sont condamnés chacun à 1 000 euros d’amende avec sursis. S’y ajoutent 2 000 et 3 000 euros de dommages et intérêts au profit de leur sœur.

Anthony doit en outre supprimer l’enregistrement de son compte Instagram sous quinze jours. Absente au jugement, Anouchka Delon se dit « soulagée » par communiqué, et appelle à l’apaisement.

À Douchy, deux ans plus tard, il ne reste que le silence

Aujourd’hui, la bataille se joue donc en Suisse, et uniquement là. La procédure française a été abandonnée en mars, même si la porte n’est pas totalement refermée. La question du testament du 24 novembre 2022 reste entière.

Le 18 août prochain, cela fera deux ans jour pour jour. Aucun rassemblement public, aucune foule attendue : le domaine est fermé, la chapelle est privée, et le monument repose loin des regards, comme il l’avait voulu.

Reste cette ironie terrible. L’homme qui a passé sa vie à contrôler son image, ses contrats, ses sociétés de production, à choisir Ripley plutôt que Greenleaf, a laissé derrière lui le contrôle de son propre mythe en suspens devant un tribunal.

Il avait quatre ans quand ses parents ont divorcé et qu’on l’a confié à d’autres. Il a passé son enfance à se sentir de trop dans deux familles recomposées. Soixante-dix ans plus tard, ses trois enfants se disputent son nom devant des juges.

Les 136 millions de spectateurs français, les 55,8 millions d’entrées cumulées, les quatre films au panthéon des œuvres à voir avant de mourir : rien de tout cela n’apparaît dans les dossiers d’audience. Ce qui s’y trouve, ce sont des expertises médicales et des dates de signature.

Anouchka appelle à l’apaisement. Alain-Fabien maintient sa procédure à Genève. Anthony a été condamné à effacer un enregistrement. Trois trajectoires qui ne se croisent plus qu’au greffe des tribunaux.

Et Alain Delon, lui, dort dans sa chapelle, sur son domaine, entouré du silence qu’il avait choisi. Il aura fallu deux ans pour comprendre que le dernier rôle du plus grand acteur français était celui-là : un homme dont on se dispute la mémoire.

La justice suisse tranchera. Un jour. En attendant, la saga continue, et personne dans cette famille ne semble prêt à baisser la garde.

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