Alice Taglioni, 15 ans après la mort de Jocelyn Quivrin : « J’ai demandé à ma meilleure amie de vivre avec moi »
Le 15 novembre 2009, Alice Taglioni roulait sur l’A13, pas très loin du tunnel de Saint-Cloud. Elle ne sait pas encore que quelques mètres plus loin, la voiture de son compagnon vient de prendre feu. Jocelyn Quivrin, 30 ans, ne survivra pas.

Quinze ans plus tard, l’actrice accepte enfin de raconter cette nuit et tout ce qui a suivi. Invitée du podcast Lueurs, elle lâche une phrase qui résume à elle seule des mois de survie : « J’ai demandé à ma meilleure amie de vivre avec moi ».
Une nuit que rien n’annonçait
Le couple s’était rencontré en 2003, sur un tournage. Leur fils Charlie était né le 18 mars 2009, à peine huit mois avant l’accident.
Ce soir de novembre, Jocelyn Quivrin perd le contrôle de sa voiture de sport dans le tunnel de Saint-Cloud. Le véhicule s’embrase. Alice Taglioni, qui circule plus loin sur la même route, encaisse un choc qu’elle décrit aujourd’hui comme totalement hors du réel.
Elle se souvient s’être répété « C’est fini » et « ce n’est pas possible », en boucle, sans parvenir à y croire vraiment.
Le corps qui protège avant l’esprit
Face à l’ampleur du drame, quelque chose d’étrange se produit. Alice Taglioni raconte que son organisme a agi comme un filtre, absorbant la douleur par petites doses plutôt que d’un seul coup.
« Le corps est capable de distiller l’information et la douleur petit à petit », confie-t-elle à Gala. Une manière de survivre à l’insupportable, sans jamais l’affronter d’un seul bloc.
Impossible, à ce moment-là, d’imaginer qu’elle tiendrait debout. Et pourtant, un point fixe allait rapidement s’imposer dans son quotidien.
Charlie, le fil qui l’a empêchée de sombrer
Avec un nourrisson de huit mois à élever seule, l’effondrement total n’était simplement pas une option. Alice Taglioni décrit la maternité comme « quelque chose de sacré, sublime », un ancrage presque physique dans le chaos.
Donner le biberon, se relever la nuit, organiser une maison désormais silencieuse : ces gestes répétitifs sont devenus son fil de secours. Elle avance jour après jour, sans se poser la question de savoir si elle en a la force.
Mais les nuits, elles, restent un mur. Et c’est là qu’intervient une décision que peu de gens connaissent.
« J’ai demandé à ma meilleure amie de vivre avec moi »
Alice Taglioni ne se tourne quasiment vers personne à cette époque. Sauf vers deux femmes : sa mère, très présente, et une amie d’enfance qui a l’âge de la sienne.

« Je demandais à personne, sauf à, oui, ma meilleure amie, qui a l’âge de ma maman, et à qui je demandais de vivre avec moi, parce que les nuits étaient trop compliquées », confie-t-elle dans Lueurs.
Cette cohabitation improvisée, couplée à des « rêves et des signes » où elle croit percevoir la présence de Jocelyn, lui permet de traverser les mois les plus durs. Longtemps, elle refuse pourtant que cette histoire soit racontée à sa place, comme elle le confie à Voici : « C’était l’histoire de Jocelyn, c’est la mienne, c’est celle de notre fils, et ça n’appartenait qu’à nous ».
Transformer l’épreuve plutôt que la fuir
Avec le temps, Alice Taglioni choisit de mettre son vécu au service des autres. En 2023, elle publie le roman jeunesse Un papa vivant, inspiré d’une phrase d’enfant, pour parler de la mort aux plus jeunes lecteurs.
Elle revient aussi à sa passion première, le piano, avec l’album ADN sorti en juin. Une manière détournée de continuer à dire ce que les mots seuls ne suffisent pas toujours à exprimer.
« Les épreuves, je sais pas ce qu’elles viennent raconter, mais en tout cas, il faut les vivre […] c’est accepter l’inacceptable », résume-t-elle. Une phrase qui pourrait aussi valoir pour d’autres proches de disparus, comme Lio après la mort tragique de son fils Diego.
Une nouvelle vie, protégée mais bien réelle
Sur le plan personnel, Alice Taglioni a retrouvé l’amour aux côtés du journaliste Laurent Delahousse. De leur union sont nés Swann en 2016 puis Lino en 2019, qui rejoignent les deux filles du présentateur.

« Il passe énormément de temps avec eux », confiait-elle à La Tribune Dimanche, le décrivant comme un « papa extrêmement investi et dont j’aurais rêvé enfant ». Comme d’autres stars qui se sont recasées après une épreuve, elle a su reconstruire un foyer sans effacer ce qui a précédé.
Aujourd’hui, l’actrice revendique une existence resserrée sur l’essentiel. « Ma protection, c’est d’être solitaire. Je me suis tellement protégée que finalement j’ai assez peu d’amis et ma vraie bulle, c’est ma famille, mon amoureux et mes enfants », confie-t-elle. Certaines blessures ne s’effacent jamais vraiment, elles trouvent simplement leur place dans cette bulle qu’elle a mis quinze ans à construire.