Anémone, la rebelle qui fustigeait l’argent : sept ans après sa mort, son fils révèle ce qu’elle a vraiment laissé
Elle avait le verbe qui griffe et la colère contre les puissants chevillée au corps. Elle taillait les riches, les stars qu’elle accusait de fuir le fisc, le show-business et son « fétichisme à la con ». Sept ans après sa mort, son fils a décidé de parler. Et ce qu’il raconte bouscule sérieusement la légende.
Jeudi 8 octobre 2026, Jacob Bourguignon était l’invité de Jordan De Luxe. Le fils d’Anémone, l’inoubliable Thérèse du Père Noël est une ordure, a tout déroulé : la carrière immense, les rencontres, la troupe du Splendid. Mais aussi le caractère difficile, les excès, et ces derniers mois dont personne ne parlait.
Vous pensez la connaître, la permanente de SOS Détresse Amitié ? Attendez. Derrière la frondeuse, il y a une fille de bonne famille, une mère qui regrettait de l’être, une femme qui a claqué toutes les portes. Et un héritage que personne n’avait vu venir.
Car la vraie surprise n’est pas dans ses coups de gueule. Elle est dans ce qu’elle a laissé derrière elle. Pour la comprendre, il faut remonter loin. Jusqu’à un château du Bordelais.
Une enfant de la grande bourgeoisie qui « haïssait » l’école
Anne Madeleine Louise Bourguignon voit le jour le 9 août 1950, dans le 15e arrondissement de Paris. Son père, André Bourguignon, est psychiatre. Sa mère s’appelle Claire Justin-Besançon. Rien, dans ce berceau feutré, ne laisse deviner la gouaille qui fera hurler de rire la France entière.
L’enfance se joue en Gironde, au château Mauras, la propriété familiale. Purepeople parle d’une famille « bourgeoise fortunée ». Retenez bien ce détail. Il ressurgira des décennies plus tard, au moment où on l’attend le moins.
Un petit frère, Claude, arrive en décembre 1951. Lui deviendra ingénieur agronome. Elle, elle va surtout collectionner les établissements scolaires. Et la liste donne le tournis.
Sainte-Marie-des-Invalides, le lycée Victor-Duruy, le cours Gaudéchaux, le cours Jaillard, le collège Sévigné. Puis des maisons tenues par des chanoinesses, à Megève et à Brunoy, et un institut à Épernay. Difficile de ne pas y lire le parcours d’une gamine rétive à tout cadre.
Elle-même ne prendra jamais de gants. En 2010, elle résume ses années d’élève d’un cri : « Un cauchemar, un cauchemar ! J’ai haï l’école […] ». Ça ne l’empêche pas de pousser jusqu’à l’université, à Paris-III puis à Paris-X. Mais son vrai terrain de jeu, elle va le trouver ailleurs.
Selon Purepeople, elle s’inscrit très tôt aux cours de Robert Hossein, à Reims. Et peu après 1968, elle vit une « petite histoire brève » avec un certain Brice Lalonde, futur ministre de l’Environnement de François Mitterrand. La jeune fille rangée n’a déjà plus grand-chose de rangé.
L’anecdote, elle la sortira elle-même sur le plateau d’On n’est pas couché, raconte Purepeople. « Brice, c’est marrant, c’était un copain. On s’est connus quand on était tout gamin, 18, 20 ans », s’amuse-t-elle. Laurent Ruquier insiste : « Ça a été un amant ? » Réponse du tac au tac : « Ouais, rapide… »
Une ancienne menuiserie, un film confidentiel et un nom de fleur

Les années 1970 sont celles du café-théâtre. En 1975, elle participe avec Martin Lamotte et Gérard Lanvin à la création d’une salle au nom improbable : La Veuve Pichard. Le lieu ? Une ancienne menuiserie, très loin des salons du château Mauras.
Son nom de scène, elle le doit à un film. Le tout premier qu’elle tourne s’intitule tout simplement Anémone, signé Philippe Garrel, en 1966 à 16 ans selon Europe 1 (Purepeople le date de 1968). Elle en fait son pseudonyme, et c’est, d’après Europe 1, le seul film de sa carrière où son vrai nom figure au générique. Une fleur, pour une fille qui pique.
Le vrai coup d’accélérateur porte un nom célèbre. En 1977, Coluche lui offre son premier grand rôle au cinéma dans Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine. Une porte s’ouvre, en grand.
Dans Gala, en 2014, elle reviendra sans fard sur ces années. Coluche, chez qui elle dînait tous les soirs, n’était pas vraiment un pote : « C’était le chef, ultra-autoritaire. » Elle raconte aussi avoir traîné avec la bande à Warhol dans les lofts new-yorkais, entre acide et déguisement d’Indienne, rapporte Purepeople. Mais à l’héroïne, elle a su dire « non merci ».
Dans cette bande-là, tout le monde se connaît. Thierry Lhermitte le racontera dans le livre du Splendid : « On la connaissait depuis le début. Elle avait été, dans la troupe de Martin Lamotte, la veuve Pichard. » Les copains ont repéré la pépite. Reste à lui trouver le rôle de sa vie.
AlloCiné la décrit comme un vrai pilier des succès de la bande. De Je vais craquer à Viens chez moi, j’habite chez une copine, en passant par Les Babas-cool, elle est partout. Et elle est drôle à se rouler par terre.
Gardez ceci en tête : au début de cette histoire, il y a une bande, des fous rires, des projets en commun. À la fin, il y aura une couronne de fleurs et des décennies de silence. Entre les deux ? Un rôle de vieille fille coincée.
Thérèse, le rôle qui devait revenir à une autre
En 1979, le Splendid sort des Bronzés et s’attaque à une nouvelle pièce. L’osmose des débuts s’est fissurée : Michel Blanc quitte la troupe pour faire carrière en solo. Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte achèvent l’écriture, et le premier titre envisagé ? Le Père Noël s’est tiré une balle dans le cul.
L’écriture s’étale sur trois mois. Lhermitte résumera la méthode d’une formule : « On s’est appliqué à ce qu’il n’y ait pas de phrases normales. » C’est Josiane Balasko qui a l’idée de situer l’action à Noël, quand les gens sont censés être les plus généreux. Elle imagine aussi une association contre la détresse.
Le rôle de Thérèse, justement, est écrit pour Balasko. Mais l’actrice, prise par le cinéma, n’est pas disponible. Il faut une remplaçante, et vite. Lhermitte raconte : « C’est Christian qui a pensé assez vite à Anémone, sa partenaire dans Je vais craquer. »
Le choix s’impose. « On ne pouvait rêver meilleure Thérèse, cette pauvre vieille fille coincée pleine de bonne volonté mais qui fait plus de ravages que de bienfaits ! », écrit Lhermitte. Et il ajoute : « Chaque soir, j’étais épaté par ce que faisait Anémone. Elle était extraordinaire. Du génie pur ! »
Un détail que peu de gens connaissent : selon Paris Match Belgique, dans la pièce originale, Thérèse et Katia, le personnage de Christian Clavier, étaient mariés. La bande invente, ajuste, réinvente sans cesse. Qui a écrit quoi ? La question deviendra bientôt explosive.
Le public suit immédiatement, malgré les doutes de la troupe sur un humour jugé « trop spécial ». Le succès est tel que le Splendid doit déménager à la Gaîté-Montparnasse. Près de 200 représentations s’enchaînent, avant une tournée dans toute la France.
Petit clin d’œil du destin : sur scène, Marie-Anne Chazel est un temps remplacée par Tonie Marshall. Celle-là même que Purepeople présentera comme la meilleure amie de la comédienne. Et l’une des trois seules personnalités présentes, des décennies plus tard, à ses obsèques.
Un titre interdit d’affiches, un démarrage poussif… et un film devenu culte

En 1982, Jean-Marie Poiré porte la pièce au cinéma, et il refuse le théâtre filmé. Quand le producteur lui propose de reprendre les décors de la scène, il réclame au contraire, raconte-t-il sur Europe 1, « un grand décor avec beaucoup de pièces, un grand couloir et un ascenseur… un truc ultra cher ».
Le réalisateur réécrit énormément la pièce pour l’écran, et la collaboration avec la troupe n’est pas toujours simple. « J’avais demandé trop de changements et d’ailleurs, j’ai pensé que je me faisais virer », se souvient-il. Retenez cette phrase : la question de savoir qui a écrit quoi va bientôt empoisonner la bande.
Sur le plateau, pourtant, Poiré décrit un tournage « idyllique ». Marie-Anne Chazel se souvient sur Europe 1 d’un « marrage » non-stop : certaines prises ont dû être coupées parce qu’on entendait le réalisateur rire. Il mordillait même des foulards pour se retenir.
Le titre, lui, fait grincer des dents. « On était interdit d’affiches à la RATP », confie Poiré, et certaines scènes sont tournées en cachette depuis des camions, faute d’autorisation près des grands magasins. Sorti le 25 août 1982, le film « a moyennement démarré », reconnaît-il.
En salles, il tourne autour d’un million et demi d’entrées. Ce sont les rediffusions télé, presque chaque année, qui en font un film culte pour plusieurs générations, note Purepeople. Et avec lui les répliques de Thérèse : « C’est fin, c’est très fin, ça se mange sans faim » ou « Non Pierre, c’est un gilet ! »
Pour celle qui l’incarne, c’est une place dans la mémoire collective, pour toujours. Mais pendant que la France rit, quelque chose s’est joué en coulisses. Et c’est là que tout se fissure.
Pas un centime : la blessure qu’elle n’a jamais refermée
Cette même année 1982, une société anonyme est constituée par une partie des acteurs du Splendid, notamment pour gérer les droits. Problème : d’autres comédiens ne sont pas prévenus. Elle en fait partie.
Après la sortie du film, elle constate les dégâts. Ni droits sur les éditions vidéo, ni sur les télédiffusions de la pièce, ni sur le film. Selon AlloCiné, elle est même la seule à ne pas toucher de pourcentage sur les recettes. Pour un film qui reprend une bonne part de ce qu’elle avait créé sur scène.
Elle va le dire, et le redire. « C’est une fâcherie définitive car je suis têtue comme une mule », lâche-t-elle à France Dimanche. Puis le coup de grâce, celui qui fera le tour des rédactions : « En plus, j’ai découvert avec stupéfaction qu’ils étaient tous de droite. »
Le triomphe lui-même lui pèse. « C’est devenu fou, j’avais 32 ans et ça m’a fait chier », balancera-t-elle, citée par Purepeople. L’étiquette lui colle à la peau : « Comme j’étais étiquetée comique, pour les gens j’étais forcément moche. Et comme j’étais drôle, on me trouvait vulgaire. »
En face, on ne partage pas du tout sa version. Dans le livre Le Splendid par le Splendid, paru en 2024, Bruno Moynot la conteste frontalement : « Quoi qu’elle dise, elle n’avait pas participé à l’écriture ni de la pièce, ni du film ». Quelques répliques ajoutées ne font pas un auteur, estime-t-il.
Sa conclusion sonne comme une épitaphe : « C’est dommage que cela se soit terminé comme ça. » Thierry Lhermitte, lui, parlera dans France Dimanche d’une brouille « pour des raisons obscures ». Deux récits, un seul constat : la rupture est consommée.
Retenez bien le paradoxe. Une femme qui, toute sa vie, dénoncera l’argent roi a vu filer sous son nez celui d’un triomphe populaire. Dans cette histoire, l’argent n’a pas fini de jouer des tours. Et pas forcément dans le sens que l’on croit.
Un César, un costume de soldat… et une statuette abandonnée

Pour échapper à Thérèse, il faut des cinéastes qui osent. Michel Deville avec Péril en la demeure, puis Jean-Loup Hubert, lui confient des rôles plus graves à partir de 1985. Dans Le Grand Chemin, elle devient Marcelle. Le film dépasse les 3 millions de spectateurs, selon AlloCiné.
Le rôle est à mille lieues de la bénévole coincée. Marcelle est l’épouse du personnage de Richard Bohringer, et l’une de ses répliques reste gravée : « T’as peur que je te mette du rouge ? », lance-t-elle à un enfant, les mains pleines de sang de lapin, rappelle Purepeople.
Le 12 mars 1988, soir des César, son nom tombe : meilleure actrice. Richard Bohringer est sacré meilleur acteur pour le même film. Elle monte sur scène… habillée en soldat de l’an II.
Elle ne dit pas un mot du Grand Chemin. Elle présente sa tenue et déclare sa flamme à Richard Anconina, son partenaire d’Envoyez les violons, raconte AlloCiné. Puis elle lance : « Bonne nouvelle ère du Verseau. Vous savez qu’on vient d’entrer dans l’ère du Verseau. Salut les mecs ! »
Elle quitte la scène sans son prix. Et elle ne le récupérera jamais, malgré les nombreuses relances de Georges Cravenne, le créateur des César. Une lauréate qui abandonne sa propre récompense, en direct, devant tout le métier.
Quelques jours plus tard, elle s’explique dans Paris Match : « À force de fréquenter ce milieu, j’ai de plus en plus envie de faire la révolution. » Elle précise : « J’ai pensé qu’un déguisement convenait mieux à une actrice qu’un discours. »
Le reste est un réquisitoire. « Les Césars, je trouve ça rasoir ! », tranche-t-elle, fustigeant une « séance d’auto-félicitations » pendant que le cinéma français, dit-elle, est en train de crever. Si la statuette avait été en or, elle l’aurait offerte aux Restos du cœur. L’argent, déjà, au cœur de ses colères.
Verte, rouge et rebelle : la militante qui ne lâchait rien
Côté écran, les années 1990 sont plus discrètes. Elle tourne pour Tonie Marshall (Pas très catholique, Enfants de salaud), Romain Goupil ou Christine Pascal dans Le petit prince a dit. En 1996, l’adaptation des Bidochon, où elle joue, est un échec. Écran Noir parlera plus tard d’une « raréfaction des grands rôles depuis plus de 20 ans ».
Elle passe aussi de l’autre côté du rideau. Elle met en scène Un caprice de Musset au Splendid en 1983, On purge bébé de Feydeau en 1987, puis La Fille de madame Angot à l’Opéra de Lausanne en 2010. Mais c’est ailleurs que se joue son vrai combat.
En politique, elle ne fait pas semblant. En 1988, elle soutient Antoine Waechter, candidat des Verts à la présidentielle. En 1989, elle devient marraine de la première version de Reporterre, un journal consacré aux questions environnementales et sociales.
En 1995, elle va plus loin et se présente aux municipales à Paris, dans le 20e arrondissement. En 2002, on la retrouve au Forum social mondial. L’année suivante, elle arrache du soja génétiquement modifié avec la Confédération paysanne, aux côtés de Lambert Wilson et Robert Guédiguian.
En 2005, elle défend le « non » au traité constitutionnel européen. En 2012, elle soutient Jean-Luc Mélenchon. Et le 14 février 2009, sur le plateau d’On n’est pas couché, elle s’indigne de vignes de Champagne cultivées sur des débris de plastique bleu.
Sud Radio rappellera aussi son engagement auprès des Gilets jaunes. Le portrait semble limpide : une femme de gauche, écolo, qui a tourné le dos aux codes de son milieu. C’est en tout cas l’image qu’elle a laissée au public.
Et c’est précisément pour ça que la suite va secouer. Une fille de château devenue militante anticapitaliste, soit, mais que reste-t-il, au bout du compte, de l’argent de la famille ? La réponse ne tombera qu’après sa mort. Avant, il faut entrer dans l’intime, et chez elle, l’intime n’a rien d’une carte postale.
« Je regrette d’avoir été mère » : l’aveu que si peu osent faire

1979, l’année de Thérèse, est aussi celle d’une naissance. Elle met au monde Jacob alors qu’elle ne voulait pas d’enfant, rappelle Paris Match. En 1983 arrive Lily, « tout aussi peu désirée… et tout aussi aimée », écrivait le magazine en 2019.
Elle n’enrobera jamais rien. « J’ai regretté toute ma vie d’avoir des gosses », répétera-t-elle. « Les enfants, ça bouffe, ça bouffe, et après ça fout le camp ! » Avant cette pirouette : « Mais ça ne m’a jamais empêchée d’adorer les miens. »
Dans Gala, en janvier 2014, elle va encore plus loin. « À 22 ans, je voulais me faire ligaturer les trompes. Je me suis dégonflée », confie-t-elle. Elle dit aussi n’avoir jamais trouvé d’homme qui ne soit pas macho, et lâche une autre bombe : « J’aurais mieux vécu si j’avais été lesbienne. »
L’essayiste Mona Chollet, dans Sorcières. La puissance invaincue des femmes, cite un entretien vidéo où elle décrit la maternité comme une rupture vécue douloureusement. Les mots sont d’une brutalité rare : « la maternité a ruiné [s]a vie ». Et : « Je regrette d’avoir été mère. Si c’était à refaire, je ne le referais pas. »
Elle assure pourtant que ses enfants ne lui en veulent pas. « Ils m’aiment bien. Je leur ai apporté la gentillesse et l’amour. J’ai fait mon devoir, la mort dans l’âme et sans rien leur faire payer. » Ce « sans rien leur faire payer » prendra, des années plus tard, un relief bien étrange.
La télé s’en mêle aussi. Dans un épisode diffusé en 2017 de Recherche appartement ou maison, l’émission de Stéphane Plaza sur M6, elle accompagne son fils. Et elle balance face caméra : « Jacob est plutôt chiant à vivre, même s’il y a des efforts ! […] L’idée qu’il se barre me réjouit ! »
Dans Closer, elle glisse même que son fils aurait pu s’appeler Tanguy, rapporte Purepeople. C’est drôle, c’est cruel, c’est elle. Mais derrière la vanne, il y a un lien bien plus compliqué. Et un mystère : celui du père.
Le père mystère, le test ADN et « deux pères »
Jacob a été adopté et élevé par Philippe Galland, le réalisateur que fréquentait sa mère et père de Lily. C’est lui qui la dirige dans Le Quart d’heure américain, sorti en 1982 et vu par 1,3 million de spectateurs selon AlloCiné. Et dans Le Mariage du siècle, dont elle écrit en grande partie le scénario.
Mais la comédienne a longtemps prétendu ignorer qui était le père biologique de son fils, selon Paris Match. Jacob le racontera au Parisien : « Ma mère ne m’a jamais caché qu’elle pensait que mon ‘vrai’ père était Pascal Aubier. Tout en me disant que ce pouvait aussi être un Américain… »
Dans Gala, en 2014, elle racontait que son premier enfant lui était « arrivé comme ça ». Selon Purepeople, poussée par son entourage à lui trouver un père, elle rencontre alors un homme qui lui paraît avoir le bon profil et qui veut lui aussi un enfant. Un arrangement presque pragmatique, très loin des contes de fées.
Pascal Aubier, cinéaste passé par la Nouvelle Vague comme assistant de Jean-Luc Godard, auteur de Valparaiso et du Chant du départ. « Pascal me ressemblait et on rigolait souvent avec ça », confie Jacob. En 2021, deux ans après la mort de sa mère, le test ADN tranche : c’est bien lui.
La phrase de Jacob est d’une douceur désarmante : « Je n’ai plus ma maman, donc je suis content d’avoir deux pères. » Le répit sera court. Pascal Aubier meurt le 5 avril 2025, à 82 ans, rapporte Purepeople.
Le fils a donc perdu sa mère, puis ce père retrouvé sur le tard. Cet automne 2026, c’est lui qui reprend la parole pour raconter la femme que le public croyait connaître. Avec, au bout, une confession qui va surprendre jusqu’à ses plus fidèles admirateurs.
« Qu’on me lâche le pull ! » : l’adieu au vitriol de 2017

Tout commence à l’été 2017, à Avignon, où elle joue Les Nœuds au mouchoir de Denis Cherer. Elle y annonce qu’elle met fin à sa carrière, près de 50 ans après ses débuts, rapporte Écran Noir. À Culturebox, elle s’explique : « Autrefois il n’y avait pas la pub, il n’y avait pas les promos et ça se passait bien. J’arrête à cause de ça : moi j’ai choisi actrice comme métier, pas marchande ».
Décembre 2017. À 67 ans, elle enfonce le clou. L’interview qu’elle donne au Parisien, publiée le 22 décembre, est qualifiée par Atlantico d’entretien « aussi surréaliste que désabusé ». Personne n’est épargné.
François Mitterrand ? Un « camembert pourri » qui n’est pas de gauche. Les hommages à Jean d’Ormesson ? Elle ironise : « Des funérailles nationales à Marc Lévy ? » Puis, sans que personne ne lui pose la question selon Purepeople, elle s’en prend à Johnny Hallyday.
La charge est féroce. « Johnny, il a fait quoi ? », attaque-t-elle, avant d’enchaîner : « Voter à droite et fuir le fisc ? Il n’a fait que se marier, divorcer, se marier. C’était un pantin médiatique. » Fuir le fisc. Gardez ces trois mots en tête : ils prendront un drôle de relief à la fin de cette histoire.
Elle se dit « assez déprimée », trouve le monde « trop con » et n’attend plus que « la fin du monde ». Elle dénonce l’argent qui a pris le contrôle de tout. Sa retraite ? « Bon débarras. »
Puis cette confidence, presque en passant, sur sa pension : « Elle n’est pas bien grasse, heureusement j’ai un loyer par ailleurs qui me rapporte. » Sur la célébrité, même dégoût : elle dit avoir « failli mourir étouffée par le fan-club ». Et elle conclut : « Être populaire, c’est pénible. Mais qu’on me lâche le pull ! »
Après Avignon, Les Nœuds au mouchoir passe par le Palais des glaces, à Paris : ce sera sa dernière pièce. Une soirée hommage pour ses 50 ans de carrière y est même organisée le 29 novembre 2017, selon Purepeople. Le rideau tombe. Mais son fils, lui, garde de cette période un tout autre souvenir.
Cascais, le Poitou et une maladie gardée secrète
Ses dernières années, elle les passe loin de Paris : une ancienne ferme à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, et le Portugal. Jacob l’a précisé face à Jordan De Luxe : « Dans le Poitou-Charentes et aussi à côté de Lisbonne, à Cascais, au Portugal. »
Pourquoi cet exil ? Son fils ne cherche pas de coupable. « Elle n’a peut-être pas rencontré les meilleures personnes dans sa vie… Et elle a voulu elle-même s’isoler », confie-t-il, selon Paris Match. « Elle en a eu marre. »
Ce retrait éclaire aussi, à ses yeux, la rupture avec ses anciens camarades. Il ne tient pas rigueur aux artistes qui n’ont pas gardé le contact, Splendid compris. Sa mère, estime-t-il, avait sa part de responsabilité. Un regard d’une lucidité rare.
Elle-même avait donné sa version, sans détour, dans Gala en 2014. Pourquoi ne voyait-elle plus Balasko, Blanc, Clavier ou Lhermitte ? « Non, parce que je n’ai pas de pourcentage sur Le Père Noël est une ordure. On a essayé de s’expliquer mais bon… »
Le travail, pourtant, ne s’arrête pas : son dernier long-métrage, La Monnaie de leur pièce d’Anne Le Ny, sort en 2018. « Regardez sa filmographie. Elle a tourné jusqu’à la toute fin », insiste Jacob. Il évoque sa dernière pièce, « et là c’était vraiment ses derniers mois d’existence ». Pendant ce temps, le cancer du poumon progresse.
Elle se reconnaissait elle-même « fumeuse invétérée », et Purepeople évoque deux paquets par jour, hérités de ses années hippies. À ses enfants, elle n’a rien caché du diagnostic. « Elle nous l’a dit, par la force des choses. Elle n’a rien caché là-dessus », raconte Jacob.
Au public, en revanche, rien. « Elle était très pudique sur sa vie privée. Pour elle, son public, c’était ce qui comptait le plus. Et, même malade, elle luttait pour conserver bonne figure. » Le 30 avril 2019, elle meurt à Poitiers. Elle avait 68 ans.
Des obsèques presque désertes, des adieux à distance

Le 9 mai 2019, les obsèques ont lieu au crématorium de Poitiers. Stricte intimité : la famille et une trentaine d’amis, selon Purepeople. Trois personnalités seulement font le déplacement : Agnès Soral, Luis Rego et Tonie Marshall.
L’absence des stars intrigue. Jacob s’en explique dans Femme Actuelle en juin 2019 : l’enterrement était à Poitiers, et surtout, « ma mère a intentionnellement préféré s’éloigner de tout ça ». Il ajoute : « Ma mère a toujours été une femme très sauvage. »
Le Splendid, lui, a parlé à distance. Thierry Lhermitte sur Twitter : « Je suis bouleversé en apprenant la nouvelle, tu étais une grande actrice, puisse Dieu te garder. Adieu mon amie. » Christian Clavier salue des « fous rires exceptionnels ». Sur RTL, Josiane Balasko confie : « Je ne savais pas qu’elle était malade. »
Balasko ajoute une phrase qui serre la gorge : « C’est la première d’entre nous qui disparaît, le Splendid a perdu un de ses membres honoraires, c’est triste. » Marie-Anne Chazel salue une femme « rebelle, révoltée », avec « un talent fou ».
Patrice Leconte, qui l’avait dirigée dans Viens chez moi, j’habite chez une copine et Ma femme s’appelle reviens, ose le mot sur RTL : « Elle était largement fêlée. » Et il précise aussitôt : « c’est un compliment parce qu’elle était ailleurs, elle était barrée mais c’est pour ça qu’on l’aimait, parce qu’elle était hors norme ».
Michel Blanc, sur RTL, parle d’« une sorte de génie brut de la comédie ». Puis ce souvenir glaçant : « Quand on avait 25 ans, on se demandait qui de la troupe partirait en premier. Maintenant, on sait. » Lui-même s’est éteint en 2024, à 72 ans, des suites d’un choc anaphylactique.
Les anciens camarades ont malgré tout fait parvenir une couronne de fleurs. Jacob le raconte aujourd’hui : il y a été sensible. Un geste discret, après des décennies de froid. Mais ce qu’il révèle sur les derniers mois de sa mère va bien plus loin.
« À la fin, elle a tout fait pour être odieuse »
Face à Jordan De Luxe, Jacob ne cache rien des excès. « Elle aimait faire la fête », euphémise-t-il pudiquement pour évoquer l’alcool. Mais avec une discipline de fer : « Jamais avant 17 heures et arriver clean sur les tournages. »
Il ne maquille rien pour autant. « Par moments, c’était difficile », concède-t-il, évoquant « des phases dures ». Leur relation a connu deux âges : « J’étais très complice avec elle, fusionnel, jusqu’à l’âge de 32-33 ans. Après, c’était nettement plus compliqué », rapporte La Minute du Buzz.
Le rapprochement viendra d’un diagnostic. Jacob apprend à 39 ans qu’il est autiste Asperger, et sa mère l’a su avant de partir : « ça nous a aussi réconciliés ». Aujourd’hui, dit-il, il compatit.
Ce lâcher-prise ne datait pas d’hier. Dès 2014, dans Gala, elle assumait : « Jeune, je me suis martyrisée pour être belle. Aujourd’hui plus du tout ! » Josiane Balasko, sur RTL, y voyait un choix : « volontairement, elle a décidé de ne plus rentrer dans ce genre de critères, je crois ».
Puis vient la phrase la plus bouleversante. « Quand on perd le plaisir de la vie, on lâche prise. Elle en avait marre, elle voulait partir. À la fin elle a tout fait pour être odieuse, comme ça on souffrirait moins quand elle partirait. »
Elle lui laisse une lettre, à n’ouvrir qu’après sa mort. Dedans, selon son récit : « Je m’excuse de t’avoir mal aimé, de ne pas avoir su comment faire avec toi. » Cette lettre l’a aidé à faire son deuil. Mais elle ne disait pas tout de ce qu’elle laissait derrière elle.
Deux millions d’euros et un compte en Suisse : l’héritage que personne n’attendait
Jordan De Luxe pose alors la question qui fâche : qu’a-t-il hérité ? On imagine une maison, des cachets accumulés, le fruit d’un demi-siècle de carrière. La réponse surprend son interlocuteur.
Pour mesurer le choc, il faut se rappeler qui elle était. La pourfendeuse des riches. Celle qui raillait les stars accusées de fuir le fisc. Celle qui n’avait pas touché un centime de pourcentage sur le film qui l’a rendue célèbre.
« Beaucoup de dettes ! C’était dans les deux millions d’euros », lâche Jacob, selon La Minute du Buzz. Des dettes fiscales, issues d’une vie de bohème : « C’était une autre époque, elle ne pensait pas trop à ses impôts, elle ne les réglait pas. » Selon lui, l’administration fiscale aurait même glissé à la famille : « On vous a fait une fleur, ça aurait pu être plus. »
Et ce n’est pas tout. En novembre 2019, quelques mois après sa mort, l’Administration fédérale suisse des contributions lance un appel pour que ses héritiers se fassent connaître. La Tribune de Genève évoque alors, selon Sud Radio, des « comptes bancaires secrets en Suisse ». La rebelle anticapitaliste, avec de l’argent en Suisse ?
Jacob s’explique à l’époque sur Sud Radio. L’argent venait de sa grand-mère : « Notre grand-mère, qui résidait en Suisse, nous a fait un don de son vivant à ma mère. » Et c’est la succession qui l’a fait sortir de l’ombre : « On avait besoin de liquidités pour les droits de succession, et à partir de là, on a fait appel à ce compte. »
L’agent de la comédienne enfonce le clou dans un communiqué relayé par un journaliste de l’AFP. Les comptes résultent de « donations en nue propriété, récentes et déclarées à l’administration fiscale française », consenties par la mère d’Anémone, résidente suisse. Rien de caché, donc.
« Elle n’est pas dans l’illégalité, elle n’a pas planqué d’argent là-bas », martèle Jacob. « C’est en gros l’argent de la famille. » Sept ans plus tard, il confirme que l’héritage de sa grand-mère a permis d’affronter une grande partie des difficultés : « On a pu rattraper les meubles et pas complètement se faire piler, mais ça n’a pas été facile. »
« Une vraie hippie » : le dernier combat de son fils

Voilà donc ce qui se cachait derrière le mythe. Pas de fortune planquée, mais un trou de deux millions d’euros, et l’argent de la grand-mère pour sauver les meubles. Difficile de ne pas y voir une ironie : la famille bourgeoise qu’elle avait fuie a fini par amortir la chute.
Son fils refuse pourtant qu’on en fasse une hypocrite. En 2019 déjà, il s’indignait sur Sud Radio : « Ce n’est pas parce qu’on est issu d’une famille bourgeoise qu’on ne peut pas être de gauche et avoir de l’empathie pour les autres. » Avant d’ajouter : « C’était totalement sincère chez elle. »
« Elle ne s’est jamais cachée d’avoir une famille plutôt bourgeoise », rappelait-il. « Même si elle était issue d’un milieu bourgeois, elle a toujours fait la rebelle, c’était une vraie hippie ! » Une femme qui oubliait ses impôts, pas une exilée fiscale : pour lui, toute la nuance est là.
« Je ne vois pas pourquoi aujourd’hui on traînerait son image dans la boue en s’imaginant des choses », lançait-il en 2019. En 2026, il a choisi de tout raconter lui-même : la fête, les phases dures, la dette, la lettre. Et ce qu’il veut qu’on retienne tient en une phrase : « Quand elle était bien, c’était une personne incroyable, exceptionnelle. »