Anne-Sophie Lapix : le lourd secret que vient de dévoiler son mari
Le 3 novembre 2026 à 21h10, M6 diffusera un documentaire de 90 minutes dont le titre ne laisse personne indifférent : Cancer, la vie devant. Florent Pagny, Carla Bruni, Clémentine Célarié, Jarry ou Yaël Braun-Pivet y racontent leur traversée de la maladie. Au milieu de ce casting rare se trouve un homme qu’on n’attendait pas forcément là. Un grand patron.

Cet homme, c’est Arthur Sadoun, PDG de Publicis Groupe et mari d’Anne-Sophie Lapix depuis 2010. Face caméra, il revient sur le cancer qui l’a frappé en 2022 : les opérations, la chimio, les rayons, la perte de poids. Mais surtout, il lâche un détail que personne ne connaissait vraiment.
Ce détail concerne sa femme. Il renvoie aussi à un soir de télévision précis, que des millions de Français ont vu sans rien comprendre de ce qui se jouait en coulisses. Ce soir-là, l’une des journalistes les plus redoutées du PAF portait un poids dont elle n’avait le droit de parler à personne.
Vous pensez connaître Anne-Sophie Lapix, sa voix posée, ses interviews qui font transpirer les ministres ? Attendez. Pour comprendre ce qu’elle a vraiment vécu en 2022, il faut remonter le fil. Et ce fil commence par un déjeuner barbant à New York.
Le couple le plus puissant que personne ne voit
Leur histoire démarre en 2008, autour d’une table. Selon Purepeople, Anne-Sophie Lapix et Arthur Sadoun se rencontrent lors d’un dîner chez des amis communs. Pas de tapis rouge, pas de plateau télé. Juste un dîner, comme il en existe des milliers chaque soir à Paris.
Deux ans plus tard, le 26 juin 2010, ils se disent oui à la mairie du 16e arrondissement de Paris. Elle arrive avec deux garçons nés d’une précédente relation, et la famille recomposée se construit loin des objectifs. Ou presque : les photographes les croisent surtout dans les tribunes de Roland-Garros.
Et puis il y a ce mois de mai 2017, qui ressemble à un scénario trop parfait pour être vrai. France 2 annonce qu’Anne-Sophie Lapix remplacera David Pujadas aux commandes du 20 heures. Au même moment, son mari est propulsé à la tête de Publicis. Le même printemps, chacun atteint le sommet de sa pyramide.
Le 4 septembre 2017, pour son tout premier journal, elle dépasse en audience celui de TF1 présenté par Gilles Bouleau. Un démarrage canon. De son côté, Arthur Sadoun a officiellement pris les rênes du groupe le 1er juin 2017. Il n’est que le troisième patron de l’histoire de Publicis, après le fondateur Marcel Bleustein-Blanchet et Maurice Lévy.
Lui, on le surnomme « le roi Arthur » : c’est le titre d’un portrait que lui consacrent Les Echos en 2017, et Purepeople le reprend encore aujourd’hui. Elle, ce sont ses interviews qui font sa légende. Et les politiques en savent quelque chose.
Celle qui fait trembler les politiques

Car Anne-Sophie Lapix a une réputation. En 2012, sur le plateau de Dimanche +, elle interroge Marine Le Pen sur son projet économique, et la candidate perd son calme. Elle lui reproche de vouloir lui donner une « leçon d’économie », une séquence vue et revue sur les réseaux sociaux. La même année, Anne-Sophie Lapix reçoit le prix Philippe-Caloni du meilleur intervieweur.
Au 20 heures, elle ne change pas de méthode. Emmanuel Macron, Jordan Bardella, Éric Zemmour, Anne Hidalgo, Édouard Philippe : ses interviews sont remarquées pour ses réparties et parce qu’elle ne ménage personne. Le genre de journaliste qu’on respecte. Et qu’on évite si on peut.
La preuve ? En 2022, Emmanuel Macron et Marine Le Pen refusent qu’elle co-anime le débat de l’entre-deux-tours de la présidentielle. Les deux finalistes sont d’accord sur un seul point : pas elle. Pour une journaliste, difficile d’imaginer plus beau compliment déguisé en mise à l’écart.
Retenez bien cette année 2022. Pendant que la France entière la voyait pilonner les candidats, commenter la guerre et tenir l’antenne soir après soir, Anne-Sophie Lapix menait une autre bataille. Une bataille dont elle ne pouvait rien dire, ni à l’antenne ni même à sa propre rédaction.
Pour comprendre, il faut d’abord regarder du côté de l’homme qui partage sa vie. Sur le papier, il semblait intouchable. Né le 23 mai 1971 à Dourdan, dans une famille aisée d’industriels, il a toujours foncé. Sauf qu’un jour, c’est son corps qui a dit stop.
Le roi Arthur, ce gamin pressé devenu géant

Le parcours d’Arthur Sadoun ressemble à une course. En 1992, son diplôme de l’European Business School en poche, il part au Chili et y fonde sa propre agence de publicité, Z Group. Il la revend en 1997 au géant américain BBDO. Il n’a pas encore 30 ans et a déjà bâti puis cédé une entreprise sur un autre continent.
La suite va encore plus vite. MBA à l’INSEAD en 1997, puis TBWA, dont il devient le patron en 2003. En décembre 2006, il prend la tête de Publicis Conseil, l’agence historique du groupe. Échelon après échelon, il grimpe jusqu’à Publicis Communications, un pôle de près de 30 000 salariés, avant d’atteindre le sommet en 2017.
Aujourd’hui, Publicis est présenté comme le troisième groupe mondial de publicité et de relations publiques, avec près de 100 000 collaborateurs selon Europe 1. Dans un empire pareil, l’image est tout, et la moindre faiblesse du patron peut faire trembler le cours de Bourse. Gardez ce détail en tête : il pèsera lourd dans la suite.
Parce qu’un patron du CAC 40, ça ne tombe pas malade. En tout cas, pas officiellement. C’est précisément contre ce mur-là qu’Arthur Sadoun va se cogner. Et tout commence par un geste anodin, presque bête, au beau milieu d’un repas d’affaires.

Ce repas, il le raconte lui-même dans le documentaire de M6 : il se déroule à New York et, selon ses propres termes rapportés par la presse, il s’y ennuie mortellement. Le genre de déjeuner où l’on regarde sa montre en cachette. Sauf que cette fois, sa main ne va pas vers sa montre.
Un déjeuner mortel à New York, une main sur le cou
Machinalement, il pose la main sur son cou. Sous ses doigts, il sent quelque chose d’inhabituel : « un petit ganglion ». Rien de spectaculaire, le genre de bosse qu’on oublie dans la journée. Beaucoup d’hommes pressés auraient haussé les épaules et seraient passés à la réunion suivante.
Lui en parle à une collègue, et c’est elle qui le pousse à consulter. Arrêtons-nous une seconde sur ce détail : sans cette collègue, l’histoire aurait peut-être pris une tout autre tournure. Car selon MediaPost, Arthur Sadoun s’estimera chanceux que tout soit allé si vite.
S’enclenche alors ce qu’il décrit comme une mécanique : les rendez-vous, les examens, les attentes. Et cette phrase, qu’il prononce face caméra et qui dit tout de ce que vivent des milliers de malades : « Il n’y a pas un moment où on vous dit que vous avez un cancer. »
Il poursuit : « C’est hélas une longue phase d’examens, d’incertitudes, de doutes, de bonnes nouvelles, de mauvaises nouvelles… » Une zone grise où l’on ne sait rien, où l’on n’ose rien dire, où l’on continue de travailler en faisant semblant. Selon le magazine Forbes, le diagnostic tombe en mars 2022 : un cancer lié au papillomavirus humain.
Plus précisément, un cancer des amygdales lié au HPV, qui frappe Arthur Sadoun à 50 ans. Il apprend qu’il va devoir affronter une chirurgie, des rayons et une chimiothérapie. Le problème, c’est que ce printemps 2022 n’a rien d’un printemps ordinaire. Ni pour lui, ni pour sa femme.
24 février 2022 : le monde bascule, eux aussi
Car au cœur de cette période d’incertitude, la guerre éclate : le 24 février 2022, la Russie envahit l’Ukraine. À France 2, c’est le branle-bas de combat. Au premier jour du conflit, la chaîne bouscule ses plans et monte en urgence une spéciale Ukraine de son émission Élysée 2022, raconte Puremédias.
Pour Arthur Sadoun, la guerre n’est pas qu’un sujet de JT. Publicis a des équipes en Ukraine et en Russie, et le patron doit gérer les deux en même temps, avec tout ce que cela suppose de décisions délicates. Le tout pendant que les examens s’enchaînent et que l’incertitude sur sa santé s’éternise.

Pour Anne-Sophie Lapix, c’est l’actualité d’une vie. Une guerre aux portes de l’Europe, en pleine campagne présidentielle : le genre de séquence qui définit une carrière. Elle est en première ligne chaque soir. Et elle va bientôt aller beaucoup plus loin que le plateau parisien.
Vous voyez la scène ? D’un côté, un mari plongé dans les examens, qui gère des salariés pris dans un conflit armé. De l’autre, une épouse qui couvre ce même conflit pour des millions de téléspectateurs. Deux urgences qui se superposent, et un couple pris en étau.
Ce qui va suivre, les téléspectateurs de France 2 l’ont vu en direct. Ils ont même remarqué que quelque chose clochait. Mais ce qu’ils ont cru comprendre ce soir-là n’était qu’une partie de l’histoire. L’autre partie, il aura fallu attendre plus de quatre ans pour l’entendre.
Lviv, 14 mars 2022 : les sirènes, puis le direct
Le 14 mars 2022 au matin, Laurent Guimier, directeur de l’information de France 2, annonce sur Twitter qu’Anne-Sophie Lapix présentera le 20 heures le soir même, en direct de Lviv, en Ukraine. C’est une première pour le 20 heures de France 2. L’équipe et les envoyés spéciaux ont passé trois jours sur place pour rencontrer les autorités et la population.
Le voyage s’est fait dans le plus grand secret, pour des raisons de sécurité. Selon Purepeople, elle est allée avec ses équipes à la rencontre de la population, au milieu de ruines et entre plusieurs frappes aériennes. À Paris, c’est Karine Baste qui doit développer en plateau les autres titres de l’actualité.
Et puis vient l’ouverture du journal. Anne-Sophie Lapix apparaît debout, à l’entrée de la gare de Lviv. Ses premiers mots glacent les téléspectateurs : « Il y a quelques instants, les sirènes ont retenti, et nous avons dû nous réfugier dans un des souterrains de la gare. »
Elle ajoute que l’alerte a été levée quelques minutes à peine avant l’antenne. Purepeople note qu’elle parle plus vite que d’ordinaire et que ses mains tremblent sensiblement sur ses fiches. Pour une professionnelle de sa trempe, connue pour son sang-froid, le détail n’est pas passé inaperçu.
Quelques heures avant le JT, le maire de Lviv, Andriy Sadovy, lui accorde une interview. Il remercie les équipes de France Télévisions d’être venues et lâche une phrase forte, rapportée par Purepeople : « Le fait que vous soyez là est une petite victoire pour nous : cela veut dire que vous n’êtes pas effrayés. »
Pas effrayés, vraiment ? À l’écran, on voyait une journaliste de 49 ans secouée par une alerte aérienne, sans deviner ce qu’elle laissait derrière elle en partant. Retenez cette date du 14 mars 2022. Et regardez ce qui se passe quelques jours plus tard à Paris.

Le vendredi où tout a fuité

Le vendredi 8 avril 2022, Le Figaro Économie sort une information qui surprend le monde des affaires. Arthur Sadoun a adressé une vidéo interne à tous les salariés de Publicis. Il y explique avoir été opéré quinze jours plus tôt pour retirer une petite tumeur cancéreuse au niveau du cou.
Faites le calcul : quinze jours avant le 8 avril, c’est la fin du mois de mars. Autrement dit, une dizaine de jours seulement après que sa femme a présenté le 20 heures sous la menace des sirènes de Lviv. Le timing donne le vertige, mais à ce stade, personne ne fait le lien.
Dans cette vidéo, que MediaPost décrit en détail, il apparaît en chemise col ouvert, une cicatrice de plusieurs centimètres bien visible sur le cou. Il plaisante à moitié : il aurait aimé que les médecins soient « un peu plus discrets » avec cette cicatrice, mais il fera avec. Europe 1 le décrit apparu amaigri.
Il se veut surtout rassurant. Selon Europe 1, il affirme face caméra : « Toutes les cellules cancéreuses ont été retirées. Aujourd’hui il n’y a aucune inquiétude à avoir. » Il annonce aussi un traitement complémentaire de sécurité qui le retiendra à Paris en mai et en juin.
D’après MediaPost, il confie à ses équipes que la décision de parler a été difficile, vu le caractère intime du sujet. Mais il a préféré qu’ils l’apprennent de sa bouche plutôt que par la rumeur. Et il reconnaît que les dernières semaines ont été dures, des semaines qui coïncident avec le premier mois de la guerre en Ukraine.
Pendant ce temps, Anne-Sophie Lapix est partout. En 2022, elle coprésente les soirées de la présidentielle sur France 2 avec Laurent Delahousse. Purepeople la décrit comme l’un des visages phares de la couverture électorale de France Télévisions. Des heures de direct, des résultats à commenter, des candidats à cuisiner.
Et pas un mot, rien qui filtre à l’antenne. Purepeople le résumera plus tard : pendant cette campagne, elle épaulait son mari atteint d’un cancer, une épreuve gardée discrète durant des mois. Pour le public, elle était la journaliste imperturbable ; pour son mari, bien autre chose.
Sept semaines en enfer, un bureau transformé en infirmerie
Puis arrivent mai et juin, les mois du traitement complémentaire. Et ce que le patron de Publicis avait présenté comme un simple traitement complémentaire de sécurité va se révéler bien plus rude. Il le dira lui-même des années plus tard, avec des mots qui tranchent avec le ton rassurant de sa vidéo d’avril.

Dans un entretien à l’AFP relayé par Europe 1 en janvier 2023, il raconte un traitement de sept semaines de rayons et de chimiothérapie. Pendant tout ce temps, il est resté aux manettes du groupe, entouré de matériel médical.
En février 2026, face à Brut, il en dira davantage, depuis ce même bureau. « Je suis parti en enfer d’un point de vue physique », confie-t-il, avant de relativiser aussitôt : il estime avoir eu beaucoup de chance comparé à beaucoup d’autres malades. Le patron ne se plaint pas, il constate.
Puis il désigne la pièce où il se trouve : « Vous êtes dans mon bureau, c’était une infirmerie ici à un moment. Il y avait des trucs partout. Mon assistante était quasiment mon infirmière. » Le bureau du troisième patron de l’histoire de Publicis, transformé en salle de soins : l’image est saisissante.
Il ajoute, toujours chez Brut : « Le fait de le partager avec tout le monde, d’être soutenu par tout le monde, d’avoir un quotidien avec des gens et ne pas être seul avec ma maladie, ça a fait une énorme différence. » Ne pas être seul : ce sera le fil rouge de tout ce qui va suivre.
Dans le documentaire de M6, il évoque aussi la perte de poids et cette angoisse permanente qui ne le quittait pas, une souffrance qu’il refuse d’enjoliver. Et à ses côtés, il y a une épouse qui, elle, n’a encore rien dit publiquement de ce qu’elle traverse.
Mais n’allons pas trop vite. Avant de lever ce voile-là, Arthur Sadoun va faire quelque chose d’inattendu pour un patron du CAC 40 : il va transformer sa maladie en campagne publicitaire. Et pas n’importe laquelle, puisqu’elle met en scène une star hollywoodienne.
Michael Douglas, 24 millions de vues et un tabou qui explose
Chaque fin d’année, Publicis diffuse un film de vœux devenu une tradition, avec le patriarche du groupe, Maurice Lévy. En décembre 2022, le ton change radicalement : selon Campaign Brief Asia, le groupe utilise ce rendez-vous pour alerter sur le papillomavirus. Arthur Sadoun y pose une question déroutante, rapportée par Europe 1 : « Vous savez que 80% des adultes ont le papillomavirus ? »
Puis surgit un invité de taille : l’acteur américain Michael Douglas, qui avait lui-même lutté contre un cancer de la gorge causé par le même virus, rappelle Europe 1. Le message est limpide : vaccinez-vous. « On a eu 24 millions de vues sur YouTube quand même », se félicitera Arthur Sadoun auprès de l’AFP.
Le pari est osé, car le HPV est un virus sexuellement transmissible et beaucoup de malades préfèrent taire l’origine de leur cancer. Lui, au contraire, la revendique : « Il n’y a pas à avoir honte ! », martèle-t-il dans les médias, comme le rapporte Purepeople. Le patron assume tout, y compris ce qui gêne.

Ce n’est qu’un échauffement. Quelques semaines plus tard, il monte sur l’une des scènes les plus prestigieuses de la planète économique. Et ce qu’il y annonce va largement dépasser les murs de son groupe.
Davos, le coup d’éclat d’un patron malade
Le 17 janvier 2023, au Forum économique mondial de Davos, Arthur Sadoun lance avec la Fondation Publicis une coalition baptisée « Working with Cancer ». L’objectif, selon Forbes : pousser les entreprises à créer un environnement plus ouvert et solidaire pour les salariés malades et pour ceux qui les accompagnent.
Publicis montre l’exemple. Selon Europe 1, le groupe s’engage à garantir l’emploi et le salaire de chaque salarié touché pendant au moins un an. Une trentaine de multinationales, de Walmart à Toyota en passant par L’Oréal, ont déjà répondu favorablement au lancement. Ce n’est plus une confidence : c’est un mouvement.
Le chiffre qui le révolte vient de l’association Cancer@Work : la moitié des gens ont peur de dire à leur employeur qu’ils sont atteints d’un cancer. « Quand on mène un combat pour sa vie, on ne devrait jamais avoir à s’inquiéter pour son travail », assène-t-il auprès de l’AFP.
En février 2025, deux ans après le lancement, Publicis revendique plus de 2 500 entreprises signataires. Selon Arthur Sadoun, l’initiative a touché la vie de plus de 35 millions de salariés. Une machine de guerre contre le silence, née d’un petit ganglion découvert à New York.
Mais derrière la belle mécanique de communication, il y a un aveu plus intime : parler n’a pas été simple. Et la personne qu’il a consultée avant de se mettre à nu devant la planète entière n’est autre que la journaliste qui partage sa vie.
« Inventer une histoire ou dire la vérité »

Le 2 février 2023, dans le magazine Elle, Arthur Sadoun raconte ce dilemme, rapporté par AlloCiné : « J’avais le choix : inventer une histoire ou dire la vérité. » Il choisit la vérité, parce qu’il estime devoir « donner l’exemple ». Mais il ne cache pas le prix de ce choix.
« Quand un personnage un tant soit peu médiatique révèle quelque chose d’aussi intime, il expose sa famille : sa mère, sa femme, ses enfants… », explique-t-il. Sa femme, justement, est l’une des personnalités les plus exposées de France. Chaque soir à 20 heures, des millions de regards se posent sur elle.

Avant de se lancer, il a demandé conseil : « J’ai pris trois avis, dont celui de ma femme, Anne-Sophie, qui a été incroyable. » Il avoue aussi ses doutes, toujours dans Elle : « Je me suis demandé jusqu’au bout si ce n’était pas une connerie. » Puis les témoignages ont afflué, et son histoire personnelle est devenue, selon ses mots, « une cause qui me dépasse ».
À l’AFP, il ajoute un détail qui en dit long sur la pression : « En plus, ça m’est arrivé 4 mois avant la fin de mon mandat. » Il dit s’être « fait violence au nom de la transparence ». Pour lui, parler de son cancer à la tête d’un groupe du CAC 40, c’est « mettre sur la place publique votre vulnérabilité ».
Et elle, dans tout ça ? Celle qu’il décrit comme « incroyable » est restée muette pendant des mois, jusqu’à une rare interview fin janvier 2023. Ce jour-là, la reine de l’interview accepte, pour une fois, de répondre aux questions sur sa propre vie.
Quand la reine du 20h brise enfin sa règle
Dans Télé-Loisirs, interview relayée par Purepeople le 29 janvier 2023, Anne-Sophie Lapix commence par prévenir : « Je n’ai pas l’habitude de parler de ma vie privée, mais c’est un combat que je trouve admirable. » Venant d’elle, qui parle si rarement des siens, la phrase pèse lourd.
Elle développe : « Il y a une sorte de mise à nu quand vous parlez d’une chose aussi intime que la maladie. C’est courageux et cela fait bouger les choses. » Puis : « Il a transformé cette épreuve en leçon de vie et en volonté d’être utile. Je suis admirative de cela. »
Mais relisez bien ses mots : elle parle de lui, de son courage, de son utilité. Elle ne dit encore rien de ce qu’elle a traversé, elle, au printemps 2022. Pas un mot sur ses propres peurs.
Le même mois, Purepeople annonce qu’elle doit retourner en Ukraine, à Kiev, le 16 février 2023, pour une édition spéciale consacrée à un an de guerre. Le terrain l’appelle encore. Et l’Ukraine reste associée chez elle, sans que personne ne le sache, à un souvenir bien plus intime que celui d’un simple reportage.
Il faudra encore plus d’un an et demi pour qu’elle accepte d’aller plus loin. Et ce sera sur un plateau, en direct, un soir où France 5 lui consacre au même moment un portrait qui n’a rien de tendre pour les politiques.
Le soir où elle a craqué l’armure, à la télé

Le samedi 5 octobre 2024, le magazine C l’hebdo diffuse un reportage intitulé Anne-Sophie Lapix : le cauchemar des politiques ? Le même soir, elle est invitée de C l’hebdo la suite, face à Aurélie Casse. Selon Purepeople, elle y évoque pour la première fois cette épreuve gardée discrète durant des mois.
L’ironie est savoureuse. D’un côté, le portrait de la femme qui fait trembler les candidats. De l’autre, la même femme qui raconte avoir eu peur. Quand on la qualifie d’« incroyable », elle balaie : « C’est normal d’être à son chevet et d’essayer de tenir le choc à ses côtés. »
Selon Purepeople, elle explique que la peur et l’angoisse de perdre un être cher sont des sentiments auxquels on ne se prépare jamais. Pourtant, elle a tenu une ligne : « Je n’ai jamais pensé que ça allait être fatal. » Un optimisme qui ressemble à une discipline.
Puis vient le compliment qui dit tout de leur couple : « Si moi, je suis une battante, lui, c’est bien au-dessus. » Venant de la journaliste qui a tenu tête à Marine Le Pen et affronté les sirènes de Lviv, l’aveu a de quoi surprendre. Elle se place elle-même un cran en dessous.
La même année, dans une interview accordée au site Entrevue, elle parle d’une « énorme épreuve ». Elle y décrit la peur de perdre son mari et son rôle d’aidante, obligée de rester forte devant les caméras. Obligée de rester forte : retenez ces mots, ils sont la clé de ce qui va suivre.
Évincée du 20h, accueillie sur M6 : le grand chamboulement
En 2025, nouveau séisme, professionnel cette fois. Le 26 mai, Delphine Ernotte-Cunci, présidente de France Télévisions, lui annonce qu’elle est évincée du 20 heures à la fin juin. Le 26 juin 2025, elle fait ses adieux après huit ans aux commandes, et Léa Salamé lui succède.
Auprès de TV Mag, relayé par AlloCiné, elle ne cache rien : « C’est vrai que je n’ai pas décidé de partir du 20 heures et, sur le moment, ce n’est jamais agréable d’être écartée. » La raison invoquée par sa patronne ? « Elle m’a dit qu’elle voulait du changement. C’est la raison qu’elle m’a donnée. »
Elle rebondit aussitôt. Le groupe M6 la recrute pour des entretiens et des primes, et elle reprend sur RTL la tranche d’information du soir laissée par Yves Calvi. C’est un retour aux sources : c’est sur M6 qu’elle avait présenté Zone interdite en 2005, en succédant à Bernard de La Villardière.
Et voici une coïncidence qui ne s’invente pas. Dans Cancer, la vie devant, réalisé par Juliette Paquin pour M6, Bernard de La Villardière figure aussi parmi les témoins, aux côtés d’Arthur Sadoun. L’homme qu’elle avait remplacé il y a plus de vingt ans et son propre mari se retrouvent dans le même film, sur sa nouvelle chaîne.

C’est donc sur M6 qu’Arthur Sadoun a choisi de raconter ce qu’il n’avait jamais vraiment dit jusqu’ici. Ni la maladie, que tout le monde connaît, ni la cicatrice, ni Davos, ni Michael Douglas. Il revient sur ce printemps 2022 et sur ce que sa femme vivait en réalité, pendant que la France la regardait.
« Un moment de grande souffrance » : le patron baisse la garde

Quatre ans plus tard, Arthur Sadoun résume cette période d’une formule qui claque : « C’était un moment très chaotique, très difficile, qui évidemment nous a renforcés dans notre couple mais qui restera comme un moment de grande souffrance. » Le couple tient. Mais la cicatrice ne se voit pas seulement sur son cou.
Dans le film, il assume aussi, une fois de plus, l’origine de sa tumeur liée au HPV : « Je ne vois pas pourquoi j’aurais à en rougir. » Il se dit en rémission et espère devenir un « cancer survivor ». Dans la bouche d’un patron mondial, l’expression anglaise sonne comme un pied de nez à la peur.
Face à Brut en février 2026, il relativisait pourtant : « J’ai eu énormément de chance. Ça m’est arrivé assez tard, j’avais déjà 50 ans. » Il confiait aussi que presque tout le monde lui avait conseillé de ne surtout pas en parler. Il a fait exactement l’inverse.
Tout cela, on le savait plus ou moins. Mais au détour du documentaire, il lâche une phrase qui change la lecture de toute cette histoire. Une phrase sur sa femme, sur l’Ukraine, et sur ce qu’elle a dû taire au pire moment.
Le secret de Lviv enfin dévoilé
Dans le documentaire, il raconte ce qu’Anne-Sophie Lapix ne pouvait pas dire à l’époque, alors qu’elle couvrait la guerre pour le 20 heures de France 2. Sa phrase, la voici : « Elle n’avait évidemment pas pu dire, parce qu’à l’époque c’était encore un tabou pour nous, que j’étais souffrant et qu’il fallait qu’elle reste avec moi. »
Relisez bien. Pendant qu’elle couvrait le conflit, son mari traversait cette longue phase d’examens et de doutes, faite de bonnes et de mauvaises nouvelles. Rester auprès de lui aurait supposé de dire pourquoi. Et c’était impossible : pour eux aussi, le cancer était encore un mot qu’on ne prononçait pas.
Il poursuit : « Donc je la tenais au courant, il fallait souvent qu’elle reste dans des abris… » Lui, malade, donnait des nouvelles à distance. Elle, parfois réfugiée dans des abris, les recevait entre deux alertes. Les rôles semblaient s’inverser : c’était l’aidante qui se trouvait sous la menace.
Impossible, désormais, de ne pas repenser à cette ouverture du 14 mars 2022, à l’entrée de la gare de Lviv. Les sirènes, le souterrain, le débit plus rapide, les mains qui tremblent sur les fiches. Les téléspectateurs y ont vu le stress d’une alerte aérienne. Ils ignoraient tout de l’autre angoisse que, selon le récit de son mari, elle portait au même moment.
Voilà ce que cachait l’« énorme épreuve » évoquée dans Entrevue, et cette obligation de rester forte devant les caméras. Le tabou ne pesait pas seulement sur le patron de Publicis : il pesait sur elle aussi. Au point de couvrir une guerre sans pouvoir dire qu’elle aurait dû être auprès de son mari.
Cinq millions d’aidants, et désormais un visage connu
Son combat, lui, n’a pas faibli. Dans les colonnes de Gala, il s’indigne encore : « Un salarié sur deux a peur d’en parler avec son employeur, c’est dingue, non ? » À leur échelle, sa femme et lui ont vécu exactement cela au printemps 2022 : ne pas pouvoir dire.
Le documentaire porte un message résolument positif. Selon Serie News, 67 % des cancers se guérissent aujourd’hui, et l’Institut Gustave Roussy estime que ce chiffre pourrait atteindre 80 % à l’horizon 2040. En France, près de quatre millions de personnes vivent ou ont vécu avec un cancer, entourées de quelque cinq millions d’aidants.
Cinq millions d’aidants. Parmi eux, une journaliste qui a présenté le 20 heures sous la menace des sirènes, tenu les soirées électorales et affronté des candidats sans jamais trahir ce qu’elle vivait. Son mari a enfin choisi de lui rendre cette part d’histoire, et le public la découvrira le 3 novembre sur M6.
Le film est déjà disponible en avant-première sur M6+. Et une chose est sûre : la prochaine fois que vous reverrez les images de Lviv, vous ne les regarderez plus du tout de la même façon.