Carla Bruni se confie sur son attirance pour les femmes : “Oui, ça m’est arrivé”
Vous pensez tout savoir de Carla Bruni ? Les podiums, les guitares, l’Élysée, les juges… Trente ans d’une vie exposée, des couvertures de Vogue jusqu’aux juges d’instruction. Et pourtant, elle trouve encore le moyen de surprendre.

La scène n’a rien d’un plateau de JT. Pas de tailleur, pas de brushing d’apparat : l’ancienne Première dame s’est installée en pyjama face à une influenceuse qui porte le même prénom qu’elle. Ce format tient davantage de la conversation entre copines que de l’interview officielle.
Au fil des questions, l’échange glisse. La famille, l’éducation, les réseaux sociaux… puis vient LA question. Celle qu’on imagine mal poser à une femme qui a partagé la vie d’un président de la République.
Elle aurait pu esquiver. Elle a répondu, très directement, et ses mots ont fait le tour de la presse people, de Paris à Bruxelles. Pour mesurer ce qu’ils signifient, il faut remonter loin. Jusqu’à une interview de 2007 que Nicolas Sarkozy n’avait peut-être jamais lue…
Avant l’Élysée, elle se rêvait « prédatrice »
En février 2007, Carla Bruni n’est pas encore la compagne du président. Elle est chanteuse, ex-top model, et elle accorde au Figaro Madame un entretien d’une franchise rare, que le quotidien luxembourgeois L’Essentiel ressortira quelques mois plus tard. Le sujet ? Sa réputation sentimentale.
Le surnom de « mangeuse d’hommes » lui colle à la peau, rappelle L’Essentiel. Loin de s’en offusquer, elle en rit : « Je préfère qu’on me traite de prédatrice plutôt que de sac à puces ». Avant de théoriser : « Prédatrice, ce n’est pas si mal pour une femme : ça déplace le jeu. Normalement, une fille est une proie. »
Et ce n’est qu’un début. Sur la fidélité, elle dégaine une pirouette : « Je suis fidèle… à moi-même ! » Puis lâche la phrase qui fera le tour des rédactions : « Je m’ennuie follement dans la monogamie ». Elle se dit « monogame de temps en temps », mais préfère, assure-t-elle, « la polygamie et la polyandrie ».

L’Essentiel prend même soin de préciser, entre parenthèses, ce que signifie la polyandrie : une femme qui a plusieurs maris. Venant d’une future Première dame, la formule fait sourire avec le recul. À l’époque, personne n’imagine où elle sera un an plus tard.
Sur le désir, elle livre une équation implacable : « L’amour dure longtemps, mais le désir brûlant, deux à trois semaines. » Et elle enfonce le clou : « l’amour et le couple ne me rassurent pas ». Une profession de foi d’esprit libre, à des années-lumière des codes du protocole.
Le timing de la ressortie, lui, est savoureux. L’Essentiel republie ces propos le 19 décembre 2007, au moment même où son idylle avec Nicolas Sarkozy fait jaser. Le journal ose la question qui tue : le président avait-il lu cette interview avant de s’éprendre de la chanteuse ? Mais pour comprendre d’où vient une telle liberté, il faut revenir à l’enfance.
Une enfance dorée… et un secret de famille vertigineux
Tout commence à Turin, le 23 décembre 1967. Carla naît chez les Bruni Tedeschi, une dynastie d’industriels qui a fait fortune dans les pneumatiques avec la CEAT, fondée dans les années 1920. À la maison, on respire la musique : le père est compositeur d’opéra, la mère actrice et pianiste concertiste.
Une enfance de rêve ? Pas tout à fait. En 1975, la famille fait ses valises pour la France, par peur des enlèvements par les Brigades rouges. Une fortune pareille fait aussi de vous une cible.
La fillette a 7 ans. Elle grandit à Paris, passe par le lycée Janson-de-Sailly et l’École bilingue Jeannine-Manuel, puis par des internats privés en Suisse et en France. Le piano d’abord, la guitare ensuite : elle griffonne déjà des textes de chansons entre deux activités.

Puis vient le coup de tonnerre, des décennies plus tard. Le 9 janvier 2008, en pleine idylle présidentielle, un homme d’affaires installé depuis trente ans à São Paulo, Maurizio Remmert, révèle être son père biologique. Il a vécu, à Turin, une relation amoureuse durable avec sa mère.
Le plus troublant ? Elle savait. Sa mère le lui avait appris peu avant la mort de son père, Alberto Bruni Tedeschi, en 1996. Et selon Maurizio Remmert, ce dernier connaissait la vérité depuis de nombreuses années, ce qui ne l’a jamais empêché de traiter Carla comme sa fille.
La suite tient du scénario. Au début de 2008, Carla Bruni se montre en compagnie de ce père biologique, et Maurizio Remmert accompagne même le président lors d’un voyage officiel en Roumanie, en février. Dans cette famille, les secrets ne font pas exploser le clan : ils finissent par s’assumer au grand jour.
Il y a aussi les blessures. Son frère aîné, Virginio, marin et photographe, meurt à Paris le 4 juillet 2006 des suites du sida. Un drame intime qui éclaire, a posteriori, ses engagements futurs. Mais avant tout cela, il y a eu des milliers de flashs.
Dix ans de podiums… et des photos qui piègent le G20

À 19 ans, elle plaque l’architecture. Un seul semestre à la Sorbonne, sur le campus de Tolbiac, aura suffi : direction l’agence parisienne City Models. Dès 1988, la voilà dans le cercle très fermé des top models.
Les années 1990 lui appartiennent. Chanel, Dior, Versace, Yves Saint Laurent, Karl Lagerfeld, John Galliano : elle défile et pose pour les plus grands. Elle devient même égérie de la lingerie Victoria’s Secret et fait la une de Vogue, Elle ou Harper’s Bazaar.

Helmut Newton, Pamela Hanson ou Michel Comte la photographient souvent dénudée. Ces images ne disparaîtront jamais vraiment : rééditées, mises aux enchères en 2008, 2009 et 2010, exposées en galerie ou dans des festivals de photo de mode.
En 2011, ces clichés connaissent un destin surréaliste. Des hackers s’en servent pour s’introduire dans les ordinateurs de diplomates venus au sommet du G20 à Paris. Pendant que son mari occupe l’Élysée, les photos de jeunesse de son épouse servent d’appât informatique : on n’invente pas ça.
Le cinéma lui fait aussi de l’œil : elle joue son propre rôle dans Prêt-à-porter de Robert Altman en 1994, puis dans Paparazzi d’Alain Berberian. Mais en 1997, à 29 ans, elle tourne la page. Dix ans de mannequinat, et une seule obsession désormais : la musique.
Le monde de la mode ne l’oubliera pas pour autant. En 2013, à 45 ans, elle revient au mannequinat en devenant l’égérie de la marque de luxe italienne Bulgari. Mais entre-temps, une autre carrière l’a rendue célèbre, et tout a commencé autour d’une table.
Un texte glissé à Julien Clerc, et tout bascule
1999. Lors d’un dîner, elle croise Julien Clerc et lui confie qu’elle écrit des chansons. Quelques semaines plus tard, elle lui envoie un texte intitulé Si j’étais elle. Le chanteur le met en musique.
L’album qui porte ce titre sort en 2000, et la moitié des chansons sont signées de sa plume. Il est certifié disque de platine. L’ex-mannequin vient de prouver qu’elle n’est pas qu’un visage de papier glacé.

En 2002, elle passe de l’autre côté du micro. Avec Louis Bertignac, elle compose Quelqu’un m’a dit, un disque où elle s’accompagne seule à la guitare. Il se vend à deux millions d’exemplaires dans le monde.
La consécration tombe aux Victoires de la musique : artiste interprète féminine de l’année en 2004. La SACEM lui décerne aussi le prix Raoul-Breton. Plus tard, la chanson Quelqu’un m’a dit se retrouvera même dans la bande originale du film américain (500) jours ensemble.
Le 15 janvier 2007, elle récidive avec No Promises, où elle met en musique des poètes anglophones : Yeats, Auden, Emily Dickinson. L’album s’écoule à 200 000 exemplaires. Mais derrière cette discographie impeccable, une autre partition se joue, bien plus commentée.
Elle ne s’arrêtera plus. Little French Songs en 2013, French Touch en 2017, puis en octobre 2020 un album à son nom, réalisé par Albin de la Simone, avec un duo aux côtés de sa sœur Valeria Bruni Tedeschi. Sur la tournée de 2013, à l’Olympia, elle enregistre même un duo avec Marianne Faithfull.
Louis Bertignac n’est pas seulement un complice de studio. Son nom figure aussi dans la longue liste des hommes que la presse à sensation a associés à Carla Bruni. Et cette liste a de quoi donner le tournis.
Mick Jagger, Clapton, Trump : la liste qui donne le vertige
Les couvertures des magazines l’ont montrée avec Mick Jagger, Eric Clapton ou Jean-Jacques Goldman. Avec le cinéaste Leos Carax, les acteurs Charles Berling et Vincent Pérez, l’avocat Arno Klarsfeld. Un casting de rêve, version presse people.

On lui a aussi prêté une relation avec Laurent Fabius, puis avec Denis Olivennes, avant Nicolas Sarkozy. Et même avec Donald Trump en 1991, une rumeur dont il serait lui-même à l’origine… alors qu’elle était avec Mick Jagger.
Jagger, justement. Le biographe Christopher Andersen, dans son livre Mick, Sex and Rock’n’Roll dont Atlantico a publié des extraits en 2012, évoque une liaison de huit ans entre la chanteuse et le leader des Rolling Stones. Selon lui, cette histoire aurait intéressé, voire obsédé, Nicolas Sarkozy lors de sa rencontre avec Carla.
Sauf que l’intéressée raconte une tout autre version. Interrogée par Billboard en 2017 sur sa reprise de Miss You, elle a balayé toute arrière-pensée, selon les propos relayés par Bénin Web TV : « Ça n’a rien à voir avec mon amitié pour Mick. Ce n’était pas une liaison. C’était une amitié. »
Une amitié de huit ans, donc ? Le mari, lui, n’aurait pas résisté à l’ironie. Dans l’ouvrage Premières dames, cité par Bénin Web TV, Nicolas Sarkozy aurait lancé sur le ton de la plaisanterie : « Comment t’es restée 8 ans avec un homme qui a des mollets aussi ridicules ? »
Jalousie rétrospective ou simple taquinerie ? Les récits y voient surtout la tonalité parfois taquine de leurs échanges. Mais l’histoire la plus explosive de ces années-là ne se joue pas dans le rock : elle se joue en famille, chez les Enthoven.
Le père, puis le fils : le roman qui a secoué Saint-Germain
Le scénario a fait couler des litres d’encre. Carla Bruni partage la vie de l’éditeur Jean-Paul Enthoven, puis y met fin… pour une relation avec son fils, le philosophe Raphaël Enthoven. Lequel est alors marié à Justine Lévy, la fille de Bernard-Henri Lévy.

Le 20 juin 2001 naît Aurélien, fruit de cette histoire. Raphaël Enthoven situe leur couple de 2000 à 2007, selon ses confidences à la RTBF. Une relation née au cœur d’un séisme mondain, qui ne laissera personne indemne.
En 2004, la blessure devient livre. Justine Lévy publie Rien de grave, son premier best-seller, où elle raconte son grave passage à vide et sa reconstruction après le divorce. Carla Bruni y apparaît sous les traits de l’ancienne rivale, dans un portrait franchement peu flatteur.
Pendant des années, une version colle aux protagonistes : elle aurait quitté le père pour le fils. Une lecture que Raphaël Enthoven conteste frontalement dans le podcast Face à la juge Gruwez, diffusé par la RTBF. Quand la juge évoque « celle qui était alors la compagne de votre père », il corrige aussitôt.
« Oh non, c’est ce que l’histoire raconte. Elle n’était plus la compagne de mon père depuis un moment quand on s’est aimé », assure-t-il. Il ajoute qu’elle « a été la petite amie de mon père pendant 48 heures ». Quarante-huit heures, contre des années de rumeurs.
Le philosophe assume tout, sans regret : « J’ai rencontré la femme de ma vie, celle qui l’était à ce moment-là, et j’ai honoré ce sentiment. » Leur histoire s’achève en 2007. L’année où un certain dîner va tout changer.
« Je refuse même de lui serrer la main » : le dîner qui va tout renverser

Novembre 2007. Le publicitaire Jacques Séguéla organise un repas. Autour de la table, Carla Bruni fait la connaissance de Nicolas Sarkozy, président de la République, récemment divorcé de Cécilia Ciganer.

Le plus savoureux, c’est ce qui précède. Invité de Quelle époque ! sur France 2, le 1er juin 2024, Jacques Séguéla a raconté les coulisses de cette soirée, rapporte Purepeople. Selon son récit, quand il a pensé à elle pour le président, la chanteuse aurait d’abord opposé une fin de non-recevoir : « Pour rien au monde ! Je refuse même de lui serrer la main ».
Le soir venu, l’histoire s’emballe pourtant. Séguéla, assis en face du président, décrit un homme totalement déstabilisé : « Il transpirait, il ne savait plus où il était, il hésitait… » Toujours selon lui, Nicolas Sarkozy aurait lancé : « Trois minutes, j’ai quelque chose à dire à cette dame ». Les trois minutes, raconte Séguéla, ont duré jusqu’à 2 heures du matin.
Et la chute vaut son pesant d’or. À 2h15, un quart d’heure à peine après s’être quittés, Carla Bruni aurait appelé le publicitaire, selon son récit : « Il est quand même formidable, mais c’est un personnage grossier. Je lui ai donné mon téléphone, il ne m’a toujours pas appelée… » Celle qui ne voulait pas lui serrer la main attend déjà son coup de fil.
La suite va à une vitesse folle. Les fiançailles sont rapides. Le week-end suivant, en décembre, le couple visite Disneyland Paris avec Aurélien, le fils de Carla, entouré de paparazzis.
Le Net, lui, s’en donne à cœur joie. En décembre 2007, L’Essentiel recense déjà les vidéos parodiques consacrées au nouveau couple qui circulent sur Dailymotion. Et le mariage, lui, ne va pas traîner.
Du Salon vert à « ultra-sarkozyste » : la grande volte-face
Le 2 février 2008, quelques mois à peine après leur rencontre, ils se marient à l’Élysée. La cérémonie a lieu dans le Salon vert, une petite salle de conférences du premier étage du palais. C’est le maire du 8e arrondissement, François Lebel, qui les unit.

Le contraste donne le vertige. Un an plus tôt, elle confiait s’ennuyer « follement dans la monogamie ». La voilà épouse du chef de l’État, dans l’un des rôles les plus codifiés de la République.
Et ce n’est pas la seule volte-face. En 2007, alors italienne et donc sans droit de vote, elle déclarait au Sunday Herald : « Je ne voterai jamais à droite ». Quelques années plus tard, elle se dira « ultra-sarkozyste » et « plus du tout, du tout de gauche ».
Le 9 juillet 2008, elle annonce avoir obtenu la nationalité française. Deux jours plus tard sort son troisième album, Comme si de rien n’était, porté par L’Amoureuse. Il atteint les 400 000 ventes, et elle en reverse les bénéfices à la Fondation de France.
À l’Élysée, elle dispose d’un bureau dans l’aile est, surnommée « aile de Madame », qui donne sur le parc. Elle accompagne son mari en visite d’État, notamment au Royaume-Uni, où sa présence est très médiatisée. Mais la Première dame va vite montrer qu’elle n’a rien d’une potiche.
Une Première dame qui ne rentre dans aucune case
En août 2008, c’est elle qui représente le président auprès du dalaï-lama, au temple Lérab Ling, dans l’Hérault. En 2010, elle écrit une lettre pour soutenir Sakineh Mohammadi Ashtiani, une Iranienne condamnée à mort. Les insultes d’un quotidien iranien contre elle indignent le Quai d’Orsay.
Il y a aussi les polémiques. En 2008, elle intervient pour que Marina Petrella, ancienne membre des Brigades rouges condamnée à perpétuité en Italie, ne soit pas extradée. L’ironie est cruelle : c’est par peur de ce même groupe que sa famille avait quitté Turin.

De l’autre côté des Alpes, la décision de ne pas extrader passe très mal. L’écrivain Claudio Magris et d’autres intellectuels italiens la jugent « indigne d’un État de droit ». Pour beaucoup, c’est le signe d’une arrogance française.
Le combat contre le sida, surtout, lui tient à cœur. Le 1er décembre 2008, Journée mondiale de lutte contre la maladie, elle devient ambassadrice mondiale pour la protection des mères et des enfants contre le VIH auprès du Fonds mondial. Deux ans après la mort de son frère, l’engagement prend une résonance particulière.
Pour ce Fonds, elle se rend au Burkina Faso et au Bénin. Mais en 2012, cette implication déclenche une polémique autour de financements controversés. Le directeur du Fonds, Michel Kazatchkine, un proche, est contraint à la démission.
Elle lance aussi, en avril 2009, la Fondation Carla-Bruni-Sarkozy, pour l’accès à la culture et au savoir. Son site internet, lui, la rattrapera plus tard : en 2013, son coût de 437 000 euros est critiqué. Avec elle, rien n’est jamais tout blanc ou tout noir.
Adorée, agaçante… et toujours là où on ne l’attend pas
Les classements s’emballent. En 2010, Forbes la classe 35e femme la plus puissante du monde. L’année suivante, Vanity Fair la sacre « femme la mieux habillée au monde », devant Kate Middleton.
L’opinion française, elle, souffle le chaud et le froid. En 2010, un sondage du Nouvel Observateur lui accorde 54 % d’opinions favorables. Quelques semaines plus tard, l’institut Harris la désigne comme l’artiste qui « agace » le plus les Français, à 52 %.

Sur les sujets de société aussi, elle détonne. En décembre 2012, dans Vogue, elle se dit « plutôt pour le mariage homosexuel et l’adoption » par les couples de même sexe. Elle estime même que les parents homosexuels s’investissent davantage, à cause du regard de la société.
Elle trouve même le temps de tourner pour Woody Allen. Dans Minuit à Paris, elle incarne la guide du musée, et la distribution du film est nommée pour le Screen Actors Guild Award de la meilleure distribution.
Même ses victoires judiciaires finissent en dons. Les 60 000 euros de dommages et intérêts reçus de la compagnie Ryanair partent ainsi aux Restos du Cœur.
Entre-temps, sa vie a encore changé. Pendant le quinquennat, elle donne naissance à une fille, une grossesse qu’elle avait qualifiée auprès de Nice-Matin de bonheur « inattendu et inespéré ». Une naissance vécue sous les ors de la République.
Le 15 mai 2012, après la passation de pouvoirs avec François Hollande, elle quitte l’Élysée aux côtés de Nicolas Sarkozy. Le couple s’installe dans la résidence qu’elle loue rue Pierre-Guérin. Personne ne le sait encore, mais les épreuves les plus rudes restent à venir.
Le combat qu’elle a mené en silence
Fin 2019, le diagnostic tombe : cancer du sein. Carla Bruni ne dit rien. Pendant quatre ans, elle garde le secret, raconte Paris Match.

Il faut attendre Octobre rose 2023 pour qu’elle parle, dans une vidéo de campagne pour le dépistage. Elle y révèle avoir été touchée quatre ans plus tôt. Depuis, elle est devenue ambassadrice de la campagne.
Le traitement s’étire sur cinq ans : une hormonothérapie au tamoxifène, précise Paris Match. En décembre 2025, elle annonce l’avoir terminée. « Je termine cinq ans d’hormonothérapie », titrait alors la RTBF en relayant ses mots.
Et cette semaine, elle va plus loin que jamais. Dans Merci pour le non, le livre de la chanteuse Elisa Tovati paru le mercredi 21 octobre aux éditions du Rocher, elle revient sur le jour de l’annonce : « L’annonce est toujours brutale. Même quand on pense être forte. »
Elle explique aussi pourquoi elle s’est tue si longtemps : « Je ne voulais pas être réduite à ça. Je ne voulais pas être regardée comme une malade. » Elle voulait, dit-elle, continuer à exister comme artiste, comme femme, comme une vivante.
Le silence a un prix. « Mais cacher, cela isole aussi. On traverse ça seule », confie-t-elle. Avant cette phrase qui glace : « Et la solitude, quand on a déjà un fond de solitude ancienne, c’est très violent. »
L’alcool, le tabac, et une promesse faite à sa fille

Une solitude ancienne. L’aveu est rare chez une femme qu’on croyait cuirassée. Et dans le même livre, elle ouvre une autre porte, plus intime encore : celle de ses addictions.

En juin dernier, rappelle Paris Match, Carla Bruni avait révélé s’être lancé un défi : arrêter l’alcool. Dans le podcast Sens et confidences de Judith Beller, elle racontait que l’impulsion était venue de sa fille : « J’ai fait une promesse à ma fille qui m’a dit « Tiens, ne bois pas d’alcool pendant un an. » J’ai dit « D’accord ». »
Dans Merci pour le non, elle va plus loin : « Pendant longtemps, mes addictions au tabac et à l’alcool ont été pour moi un véritable soutien. » Elles lui permettaient, explique-t-elle, d’anesthésier certaines émotions, certaines douleurs, et de tenir debout.
Elle ne se raconte pas d’histoires pour autant. « Le seul vrai traitement contre les addictions, c’est l’abstinence et la sobriété », tranche-t-elle, citant la méthode des Alcooliques anonymes, dont elle dit utiliser la technique sans l’avoir pratiquée directement. Et elle assure ressentir « un grand plaisir à la sobriété ».
Le cancer, l’alcool, la solitude : en quelques pages, l’ancienne Première dame lâche ce qu’elle avait gardé pour elle pendant des années. Mais pendant qu’elle se soignait loin des regards, un autre orage grondait déjà. Judiciaire, celui-là.
« Sauver Sarko » : l’ex-Première dame face aux juges
L’affaire porte un surnom digne d’un film d’espionnage : « Sauver Sarko ». En novembre 2020, Ziad Takieddine, principal témoin à charge dans le dossier des soupçons de financement libyen de la campagne de 2007, fait volte-face. Depuis Beyrouth, il affirme à BFMTV et Paris Match que Nicolas Sarkozy n’a « pas touché un centime, cash ou pas cash ».
Les juges soupçonnent une opération destinée à tromper la justice. Une douzaine de personnes sont mises en examen, selon l’AFP. Parmi elles, Michèle Marchand, dite « Mimi », ex-papesse de la presse people et amie de Carla Bruni-Sarkozy.

Le personnage mérite un roman. Selon le portrait dressé par l’AFP en mai 2025, Mimi Marchand a été garagiste, tenancière de nightclubs, dont Le Cirque, une boîte gay fréquentée par les célébrités. Elle entre au magazine Voici en 1995, avant de se hisser jusqu’aux ors élyséens, proche des Sarkozy puis gardienne de l’image des Macron.
Son parcours a aussi ses zones d’ombre. Dans les années 1980, rappelle l’AFP, elle fait de la détention provisoire en raison de ses liens avec son compagnon surnommé « Hafed le rouge », accusé du plus gros braquage de France.
Ses biographes, auteurs de Mimi chez Grasset en 2019, résument sa méthode d’une formule cinglante citée par l’AFP : « Les histoires sont parfois vraies, souvent fausses. Une seule règle: rester, à peu près, vraisemblable ». C’est cette femme-là qui se retrouve au cœur du dossier. Et l’enquête va bientôt frapper à la porte de son amie.
Une ligne occulte et une audition sous haute tension
En juillet 2024, c’est au tour de l’ancienne Première dame. Elle est mise en examen pour recel de subornation de témoin et association de malfaiteurs en vue de commettre une escroquerie au jugement en bande organisée. Placée sous contrôle judiciaire, elle a interdiction de contacter les protagonistes du dossier, à l’exception de son mari.
Ce n’était pas sa première audition. L’AFP rappelle qu’elle avait déjà été entendue par l’OCLCIFF comme témoin en juin 2023, avant de l’être comme suspecte au printemps 2024. Sollicités par l’agence, ses avocats Paul Mallet et Benoît Martinez n’avaient pas répondu dans l’immédiat.
Ce que les enquêteurs la soupçonnent d’avoir fait ? Demander fin 2019 une ligne téléphonique occulte, qui aurait servi au couple à recevoir des messages de Mimi Marchand sur le déroulement de l’opération. Devant les enquêteurs, début mai 2024, elle nie détenir cette ligne et dit tout ignorer du voyage de son amie à Beyrouth.

L’AFP rapporte un échange tendu. Acculée sur les incohérences de sa version, elle répond : « Tout à fait. Je comprends bien. Mais ce n’est pas mon numéro ». Puis : « J’essaie d’échafauder des explications. » Son amie de longue date ? Une personne « maligne, mais pas forcément dans la vérité ».
Carla Bruni-Sarkozy reste présumée innocente, tout comme son mari, qui a toujours vigoureusement contesté les faits. Mais l’étau judiciaire ne se desserre pas. Et bientôt, la France va découvrir une image sans précédent.
Le jour du verdict, elle arrache un micro
Le 25 septembre 2025, dans le dossier principal des soupçons de financement libyen, Nicolas Sarkozy est condamné en première instance à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs. Il nie toute faute et fait appel. Il doit pourtant entrer en détention dans l’attente de son procès en appel.
Ce jour-là, Carla Bruni est à ses côtés. Purepeople la décrit tenant la main de son mari dans les couloirs du tribunal. Lui réagit sans détour, selon Starmag : « S’ils veulent absolument que je dorme en prison, je dormirai en prison. Mais la tête haute, je suis innocent. »
Elle, elle a du mal à contenir sa colère. Devant la salle d’audience, rapporte Starmag, l’ancienne mannequin est filmée en train d’arracher la bonnette du micro de Mediapart, avant de la jeter au sol. Le geste n’est pas passé inaperçu.
Sur Instagram, elle publie une photo d’elle au tribunal, aux côtés de son mari, avec trois mots en anglais : « Love is the answer ». Selon Starmag, elle ajoute que la haine n’aura pas le dessus, et prend soin de désactiver les commentaires. Une femme qui ne lit pas ce qu’on dit d’elle, et qui le prouve.

Le 21 octobre, il devient, selon l’agence AP, le premier ancien chef d’État français des temps modernes envoyé derrière les barreaux. Il descend l’allée près de leur domicile main dans la main avec Carla Bruni-Sarkozy, en saluant ses soutiens.
Elle relaie alors le message de son mari, rapporte M Radio. Une phrase y claque comme un défi : « ce n’est pas un ancien Président de la République que l’on enferme ce matin c’est un innocent ». Il y écrit aussi ne pas être à plaindre, parce que sa femme et ses enfants sont à ses côtés.
Cinq mètres carrés, un néon, et un fou rire
Il passe vingt jours à la prison de la Santé. Le 10 novembre, la cour d’appel de Paris accepte sa remise en liberté sous contrôle judiciaire. Son épouse et deux de ses fils assistent à l’audience.
Ces vingt jours, il les raconte ensuite dans Le Journal d’un prisonnier, cité par Starmag. En dix-huit ans de mariage, écrit-il, ils n’avaient « jamais été éloignés l’un de l’autre plus de deux ou trois jours ». Au réveil du 21 octobre, les premiers mots de Carla auraient été : « Quel cauchemar ! Qu’avons-nous fait pour subir toute cette horreur ? »
Puis vient le premier parloir. « Carla m’attendait devant la porte. Elle se jeta littéralement dans mes bras. Ses traits étaient marqués. Elle était blanche », raconte l’ancien président. La pièce, selon lui, fait cinq mètres carrés à peine, sans fenêtre, avec un néon au plafond.
Il décrit une table en Formica, deux chaises en plastique, « pas une once d’humanité ». Il s’excuse auprès d’elle de la recevoir ainsi. Et c’est là que tombe le détail le plus inattendu : « Elle éclata de rire tant la situation lui paraissait improbable. »

Le répit est de courte durée. Le 26 novembre 2025, deux semaines après sa sortie de prison, la Cour de cassation confirme sa condamnation dans l’affaire Bygmalion, rapporte Euronews. Quant au dossier libyen, la cour d’appel de Paris doit rendre son arrêt le 30 novembre 2026, et Nicolas Sarkozy y reste présumé innocent.
Mais rembobinons. Car les mots qui font aujourd’hui parler d’elle ont été prononcés bien avant la prison, bien avant le verdict. À une époque où personne n’imaginait encore l’ancien président derrière les barreaux.
Avril 2025 : un pyjama, un micro et des règles d’or

Printemps 2025. Le jugement de première instance n’est pas encore tombé. Carla Bruni est l’invitée de Carla pour toi, le podcast de l’influenceuse Carla Ghebali. L’épisode est diffusé sur YouTube le vendredi 25 avril, selon Europe 1.
Pour l’occasion, l’ancienne Première dame a troqué ses élégantes tenues contre un pyjama en soie, raconte Europe 1, et semble visiblement à l’aise. Deux Carla face à face, un ton de confidence, aucune langue de bois. Le décor idéal pour lâcher prise.
Ses convictions sur l’éducation, elle les avait déjà martelées ailleurs. En 2024, lors de la Women’s Empowerment Convention à Dubaï, elle expliquait répéter à sa fille, selon Gala cité par Planet : « tu es une fille, tu vas devenir une femme, tu dois avoir un emploi, pas un mari ». La vidéo a refait surface sur les réseaux sociaux en octobre.
« La priorité pour une jeune fille aujourd’hui, c’est de trouver un emploi », insistait-elle à la tribune. Avant de justifier : « Parce que quand tu as une place dans la société, ça te donne beaucoup de force. » Venant de la femme qui affirmait en 2007 que le couple ne la rassurait pas, la cohérence est frappante.

Elle ne renie pas pour autant les sentiments : « il n’y a rien de plus important que l’amour », assure-t-elle, en célébrant « la tendresse et l’affection ». Le mariage doit simplement rester un choix du cœur : « Tu as le mari si tu tombes amoureuse. »
Et les critiques ? Elle affirme ne jamais lire les commentaires, ni regarder les émissions qui parlent d’elle. Une indifférence revendiquée, qui explique peut-être la suite. Car au détour de l’échange avec Carla Ghebali, la conversation devient beaucoup plus intime.
La question qu’on n’ose pas poser à une ex-Première dame
La question porte sur son passé amoureux et sur ses désirs. Le genre de sujet qu’on imagine mal aborder sur un plateau de journal télévisé avec l’épouse d’un ancien président.
Silence gêné, esquive ? Rien de tout ça. Celle qui revendiquait « la polygamie et la polyandrie » près de vingt ans plus tôt répond très directement. Et sa réponse, écrira Paris Match Belgique, va créer la surprise.
Elle nuance, elle précise, mais elle ne recule pas. Voici ses mots, tels que rapportés par la presse.
« Je trouve les femmes très attirantes, mais je ne suis pas homosexuelle », déclare Carla Bruni. Puis, dans la version citée par Paris Match Belgique : « J’ai toujours été attirée par des femmes, oui, je ne suis pas amoureuse de femmes. »
Aussitôt, elle trace la frontière : « J’ai toujours été amoureuse seulement d’hommes. » L’attirance d’un côté, l’amour de l’autre. Et sur son identité, elle conclut : « Moi, je suis hétérosexuelle, maintenant, à mon âge, je l’ai constatée en quelque sorte. »
« Des prisons que la société met sur les gens »
Pour elle, rien n’est écrit d’avance. « Je ne suis pas sûre qu’on soit si prédéterminé », explique-t-elle, évoquant le hasard des rencontres. Puis vient la phrase la plus forte de l’échange : il y a, selon elle, « des prisons que la société met sur les gens ».
« Quand on n’est pas emprisonné par sa place dans la société, sa place dans la famille et tout ça, je pense que ça peut être plus fluctuant », poursuit-elle. Le mot « prison », prononcé six mois avant l’incarcération de son mari, résonne aujourd’hui d’une drôle de manière.
Paris Match Belgique souligne que ces confidences ont surpris, chez une femme qu’il décrit comme parfaitement heureuse dans sa vie amoureuse et familiale. Car rien, dans ses mots, ne remet en cause son couple : elle parle d’attirance, jamais d’amour.
Relues à la lumière de son parcours, ces phrases n’ont pourtant rien d’un coup de tonnerre. La femme qui préférait « la polygamie et la polyandrie » en 2007, et qui se disait « plutôt pour le mariage homosexuel » dans Vogue en 2012, refuse simplement les cases. Une constance, au fond.
Les commentaires des internautes, les émissions consacrées à sa personne ? Elle ne lit pas les uns et ne regarde pas les autres. À 58 ans, l’ancienne Première dame semble appliquer à elle-même la règle qu’elle transmet à sa fille : tracer sa route sans attendre la permission de personne.
Reste un automne chargé. Un livre où elle raconte son cancer et ses addictions, un arrêt d’appel attendu le 30 novembre pour son mari, une procédure qui la vise toujours. Une chose est sûre : Carla Bruni n’a pas fini de parler sans filtre.