Goldman pulvérise Céline Dion : « elle ne m’intéresse pas »
Samedi 12 septembre 2026, début d’après-midi. La voiture qui doit conduire Céline Dion à la Plénitude Arena, à Nanterre, s’arrête net devant le Royal Monceau, à Paris. Sur le trottoir, une foule attend depuis des heures.

Elle descend. Elle s’approche. Elle signe, elle pose, elle échange avec un public venu de partout, dans un désordre joyeux que personne n’avait plus vu depuis des années.
Puis vient le moment de remonter dans le véhicule. Et là, le trottoir entier se met à chanter Pour que tu m’aimes encore, à l’unisson. Elle s’arrête. Elle écoute sa propre chanson lui revenir en pleine figure.
Sauf que cette chanson-là, ce n’est pas elle qui l’a écrite. C’est un homme qui, un jour, sur un plateau de télévision, assis à quelques mètres d’elle, a lâché à son sujet une phrase que personne n’avait vue venir. Accrochez-vous.
Le soir même, elle a craqué dès la première note
Quelques heures plus tard, la salle de Nanterre est pleine. Le concert démarre avec 47 minutes de retard et se termine à 23h14, rapporte Billboard. Personne dans les gradins ne râle. Personne ne part.
La soirée dure environ 2h25, selon Sortiraparis. Une durée de marathon pour une femme dont on se demandait encore, quelques mois plus tôt, si elle remonterait un jour sur une scène.
Elle attaque avec On ne change pas. Et elle pleure. Tellement, raconte Billboard, qu’elle en perd le fil des paroles au beau milieu de son propre morceau.
Ce qu’elle dit alors à la salle, en s’essuyant les yeux, a fait le tour du monde en quelques heures : « Je m’étais promis de ne pas pleurer. Je ne tiens pas mes promesses », rapporte le magazine américain.
Puis cette phrase, plus dure encore à entendre sans frissonner : « Ça y est, on est là. C’était une promesse. Je suis debout sur scène, dans cette ville que j’aime tant. »
Il faut se rappeler ce que représentait ce soir-là. D’après la fiche de setlist.fm, il s’agissait du premier concert de Céline Dion depuis mars 2020. Six ans de silence, refermés en une note.
Une scène nue, aucun feu d’artifice : le pari le plus risqué de sa carrière
Le plus étonnant, c’est ce qu’il n’y avait pas. Pas de pyrotechnie, un décor volontairement dépouillé : tout, écrit Billboard, avait été pensé pour qu’on n’entende que la voix.
La direction créative du spectacle a été confiée à Willo Perron, connu pour ses concepts de grandes salles. Un choix assumé de sobriété, à l’opposé du faste de ses années Las Vegas.
Au milieu du concert, virage à 180 degrés : une séquence disco sous boule à facettes, décrite par Billboard. La diva qui danse, après tout ce qu’elle a traversé.
Plus tard, elle interprète l’air d’opéra La Wally sous une neige artificielle. Puis un chœur gospel l’entoure, juste avant le grand moment que toute la salle attendait.
Pour que tu m’aimes encore, reprise en chœur par une arena entière. La même chanson que sur le trottoir du Royal Monceau, quelques heures plus tôt. La boucle.
Elle a aussi chanté All by Myself a cappella, et refermé la soirée, selon Consequence, par Des milliers de baisers, après un rappel en quatre titres. Mais un autre détail de cette setlist en dit bien plus long.
Neuf millions de personnes se sont battues pour une place
Rembobinons. Le 30 mars 2026, jour de ses 58 ans, Céline Dion publie une vidéo tournée au pied de la tour Eiffel pour confirmer son retour. Elle y décrit ces concerts comme le plus beau cadeau d’anniversaire imaginable.
Quelques semaines avant, une campagne d’affichage énigmatique avait envahi les rues de Paris. Personne ne savait. Tout le monde soupçonnait.
Dix concerts sont d’abord annoncés, du 12 septembre au 14 octobre. Face à la demande, six dates supplémentaires sont ajoutées dans la foulée.
Les chiffres donnent le vertige : plus de neuf millions de fans se sont inscrits à la loterie d’accès à la billetterie. Les seize spectacles, soit plus de 480 000 billets, sont partis en quelques heures.
En juin, dix dates de mai 2027 s’ajoutent encore. Total : 26 concerts, jusqu’au 29 mai 2027, à la Paris La Défense Arena, devenue Plénitude Arena.
La ruée a laissé des traces. À la suite d’abus liés à la tarification dynamique pratiquée par les plateformes de billetterie, la DGCCRF a ouvert une enquête, selon le ministre du Commerce Serge Papin.
Ce que la setlist du premier soir trahissait sans le dire
Le programme de cette première, selon Sortiraparis, penchait massivement du côté français. Un choix qui n’a rien d’anodin pour une artiste qui a vendu la planète en anglais.
Le relevé publié par setlist.fm est éloquent : quatre titres tirés du seul album D’eux, avec Destin, J’irai où tu iras, Les derniers seront les premiers et Pour que tu m’aimes encore.
Ajoutez quatre chansons issues de S’il suffisait d’aimer et trois de 1 fille & 4 types. Faites le calcul.
Une énorme partie de la soirée la plus attendue de sa vie portait la signature d’un seul et même homme. Un homme qui, lui, n’est pas monté sur cette scène. Et qui ne monte plus sur aucune scène depuis très longtemps.
Elle a même créé ce soir-là, pour la toute première fois en public, la chanson de son retour. Elle aussi signée de sa main.
Le titre de son grand retour dormait depuis 2020
Dansons est sorti le 17 avril 2026 chez Sony Music. C’est la première collaboration entre les deux artistes depuis Encore un soir, en 2016. Dix ans d’attente.
La chanson a été enregistrée en septembre 2025, au studio At the Palms, à Las Vegas. Une information qui, à elle seule, raconte le chantier silencieux mené pendant des mois.
La production est partagée avec Luc Leroy et Yann Macé, le duo français Trak Invaders. Les mêmes qui avaient produit les albums hommages Génération Goldman, en 2012.
Malgré son titre, ce n’est pas un morceau de dancefloor. C’est une ballade de 3 minutes 26, qui s’ouvre sur un piano nu et une voix presque a cappella, sans structure couplet-refrain classique.
Le plus troublant est ailleurs. Le morceau a été composé en 2020, en plein confinement. Dans le communiqué accompagnant la sortie, cité par La Presse, son auteur explique que six ans plus tard, il n’y a plus de virus, mais qu’il n’a pas eu un mot à changer : le monde ne va pas mieux.
Le public, lui, a suivi. Numéro un au Québec, troisième en Wallonie, septième au classement radio français et vingt-cinquième des ventes de singles en France.
Un clip lyrique réalisé par Maxime Allouche, tourné dans les rues de Paris, montre des couples qui dansent et s’enlacent dans la capitale. Belle image. Mais l’auteur du texte, lui, est resté invisible.
L’homme qui écrit ses plus grands tubes et qu’on ne voit jamais
Il a 74 ans. Sa dernière tournée remonte à 2002, et le disque en public Un tour ensemble reste son dernier album à ce jour. Depuis, plus rien sur scène.
En 2005, lors d’une longue interview à Marseille, il confie sa décision d’arrêter sa carrière à son ami et biographe Fred Hidalgo, créateur du mensuel Paroles et musique.
Le paradoxe, c’est que ce retrait n’a rien enlevé à sa cote. Les sondages du Journal du dimanche et du Parisien l’ont désigné quatorze fois personnalité préférée des Français, des années après son dernier concert.
Il avait même demandé à être retiré de la liste, par respect pour l’abbé Pierre, longtemps en tête du classement. Il n’a accepté d’y revenir qu’après la mort de l’ecclésiastique.
En décembre 2025, une étude Ifop pour LCI et TF1 le désignait encore personnalité préférée des Français. Toujours numéro un. Toujours absent.
Voilà le fantôme qui hante la scène de Nanterre. Pour comprendre la phrase qu’il a prononcée sur elle, il faut remonter très loin. Jusqu’à un couloir de coulisses, en 1983.
1983 : ils se croisent en coulisses et ne s’en souviennent même pas
Le 29 janvier 1983, une Québécoise de 14 ans chante au Midem, en France. Le même mois, elle passe chez Michel Drucker dans Champs Élysées, sur Antenne 2, avec D’amour ou d’amitié.
Cette chanson-là fait d’elle la première Canadienne à décrocher un disque d’or en France. Elle a l’âge d’être en troisième.
Monique Le Marcis, alors directrice de la programmation musicale de RTL, a raconté la scène au site de référence Parler d’sa vie : « Au MIDEM 83, j’avais choisi une petite qui démarrait tout juste (Céline Dion), qui avait quatorze ans. »
Et dans la même émission, précise-t-elle, il y avait aussi le futur auteur de D’eux. La suite est savoureuse : « Mais ils n’ont aucun souvenir de cette rencontre. »
Deux futurs monuments, dans les mêmes coulisses, chacun de son côté. Il faudra onze ans pour que l’un décroche son téléphone. Et ce ne sera pas elle.
« Je la trouvais mal employée » : le jugement qui dit tout
Les mots qu’il a employés pour expliquer sa démarche sont rapportés par le site Parler d’sa vie. Ils sont plus tranchants qu’on ne l’imagine.
« Je connaissais sa voix et je savais que c’était la chanteuse francophone, que c’était la plus grande chanteuse francophone », dit-il. Jusque-là, c’est un compliment.
La suite l’est beaucoup moins : « Je la trouvais mal employée, je pensais savoir ce qu’il lui fallait, je pensais pouvoir l’aider. » Traduction : à ses yeux, la plus grande voix francophone du monde chantait mal ses chansons.
Toujours selon le même site, il assume l’initiative : « C’est moi qui ai fait la démarche. » Il y situe leur déjeuner en avril 1994.
Petite bizarrerie de l’histoire : dans Libération, en mars 1995, il déclarait « Nous avons déjeuné au mois de février ». Les deux récits ne collent pas tout à fait. Les mémoires de studio sont comme ça.
Elle, de son côté, a résumé la chose à Libération avec une sobriété presque froide : « Je connaissais un peu les chansons de Jean-Jacques, il voulait travailler avec moi. » Pas un mot de plus.
Chez Angelina, un mont-blanc et une interview très étrange
En mars 1995, Libération les réunit tous les deux chez Angelina, le salon de thé parisien, pour un entretien croisé signé Hélène Hazera. Décor : crème de marron, meringue, chantilly.
Détail délicieux : le journal note que lui profite de l’interview pour poser lui-même des questions à sa chanteuse. Ce n’est pas une promo. C’est un interrogatoire amical.
Et le quotidien remarque autre chose : quand elle s’échauffe, l’accent canadien remonte en flèche. On y est.
Elle y lâche alors une vraie colère sur la France : « s’il y a un endroit où j’ai rêvé que ça marche, c’est ici ! Ça marche au Québec, en Angleterre, aux Etats-Unis… et ici, ça marche pas ! »
Il explique de son côté sa méthode : « J’ai travaillé pendant huit mois à peu près, entre-temps ma vision de sa voix a évolué. » Il la croyait « chanson française traditionnelle ». Il découvre un registre rhythm’n’blues.
Et il donne le chiffre exact du chantier : « Fin septembre, je lui ai fait écouter neuf chansons, et à la fin il y en a eu douze. » Reste à savoir comment s’est passée la première rencontre. Elle l’a racontée. Trente ans plus tard.
Le vélo, le yaourt en tube et la peur de dire non
Le 3 septembre 2025, M6 diffuse un documentaire événement, Céline Dion raconte D’eux, pour les trente ans de l’album. Elle y est interviewée en français, ce qu’elle n’avait plus fait depuis longtemps.
Elle y raconte sa première rencontre avec lui, dans un extrait relayé par M Radio. Et elle avoue ce qu’elle imaginait : « il va arriver avec son chauffeur, ses assistants ».
La réalité : « Non, il arrive à vélo avec son yaourt en tube. » Le plus grand auteur français du moment, à vélo, avec un yaourt à boire.
Elle poursuit, hilare : « Je lui dis : ‘Tu manges de la pâte à dents [dentifrice, ndlr], qu’est-ce que c’est que ça ?’ » Choc des cultures, version snack.
Puis la scène se met en place : « il mange son yaourt, il arrive avec son vélo, il s’installe avec son computer, sa guitare, on est assis dans un coin », décrit-elle.
Et là, l’aveu qui fait basculer l’anecdote : « J’avais un petit peu peur, car je ne voulais pas dire à un monument comme Jean-Jacques Goldman : ‘Je ne suis pas sûre de la chanson.’ » La diva mondiale terrorisée à l’idée de vexer le type au yaourt.
Il avait passé des mois à enquêter sur elle
Ce qu’elle découvre en écoutant les maquettes la sidère. Elle s’est demandé comment un inconnu pouvait écrire aussi juste sur sa propre vie.
Ses mots, rapportés par le site Parler d’sa vie, valent le détour : « Moi, je n’écris pas mes chansons. Mais j’ai des émotions. Quand j’ai lu ses textes et écouté les musiques, j’ai dû y faire face. »
Elle ajoute : « Je me suis demandé comment il était possible d’écrire comme ça, sans me connaître ! Je lui ai posé la question. » La réponse est presque inquiétante.
Selon elle, il avait tout écouté et tout lu sur elle : « Vérités ou mensonges, émissions de radio, de télévision… Il a fait un super travail de recherche. »
Lui décrit la même opération de l’intérieur, dans Libération : « Je me demandais : que peut-elle dire, Céline Dion ? Que veut-elle dire ? J’essayais de me mettre à sa place… »
Elle lui coupe la parole dans l’article : « Il a pas essayé, il a réussi ! » Et elle savoure : c’est tellement bon, dit-elle, de sentir que quelqu’un a pris le temps de vous étudier.
Le compliment de studio qu’il n’avait jamais fait à personne
Dans ce même entretien de Libération, il lâche une phrase qui, dans le métier, vaut une médaille : « Je n’ai jamais travaillé avec des gens d’un tel niveau technique. »
Il détaille : « Pas de problème de justesse, de tempo, elle se chauffe toute seule. » Autrement dit, elle n’a besoin de personne pour être prête.
Et il enfonce le clou : « quand on lui donne une ligne mélodique, elle en improvise deux, quatre, toutes crédibles ». Un auteur qui écrit pour une machine de guerre vocale.
Elle, interrogée sur les chanteuses québécoises qui poussent la voix en permanence, répond du tac au tac : « Je mets le volume à fond parce que je fais tout à fond ! »
Et pourtant, sur cet album, il va lui demander exactement l’inverse. Moins de mélismes, moins de fioritures, une diction modernisée. Elle dira qu’il l’a fait « déchanter ».
Novembre 1994 : un studio parisien et une bombe qui se prépare
L’album est enregistré en novembre et décembre 1994, au studio Méga, à Paris, avec Erick Benzi à la réalisation aux côtés de l’auteur.
Résultat : D’eux sort en mars 1995 et devient l’album francophone le plus vendu de l’histoire. En France, il reste 44 semaines numéro un.
Pour que tu m’aimes encore grimpe à la première place du Top 50. Le single suivant, Je sais pas, fait exactement pareil.
La critique, d’habitude peu tendre avec elle, salue des textes « plutôt bons » et estime que « l’artiste s’impose enfin au détriment de l’athlète ». Le pari est gagné.
Mais celui qui a écrit ce tube planétaire n’en pensait pas grand bien. Et il l’a dit à la télévision.
« Ce n’était pas ma préférée » : le camouflet du plus gros tube
En 1995, il est l’invité d’Envoyé spécial, sur France 2. Une intervention télévisée rarissime, exhumée depuis par l’INA.
Sa confidence sur Pour que tu m’aimes encore : « Ce n’était pas ma préférée alors que Céline l’aimait beaucoup, dès les maquettes. » La chanteuse avait mieux flairé le coup que l’auteur.
Il ajoute, désarmé : « Je ne m’attendais pas à un tel phénomène. » Le mot « phénomène » est faible.
Le lendemain de la diffusion de ce reportage d’Envoyé spécial consacré à D’eux, pas moins de 57 000 exemplaires de l’album se sont écoulés, rapporte le site Parler d’sa vie. En une journée.
Sur ce que l’album a révélé d’elle, il a cette analyse, citée par le même site : « Je pense qu’avec l’album ‘D’Eux’, Céline Dion s’est réalisée comme interprète comme jamais elle ne l’avait fait auparavant. »
Vole, Karine, et les liens qui ne se voient pas
Sur cet album figure Vole, dédiée à sa nièce Karine, morte de la mucoviscidose dans ses bras en 1993, à 16 ans. La chanteuse est liée à ce combat depuis 1982.
L’année précédant l’album, en 1994, elle participait pour la première fois au spectacle des Enfoirés, au Grand Rex, où elle interprétait notamment Là-bas. Avec lui.
La machine ne s’arrête plus. En 1998, il signe la quasi-totalité de S’il suffisait d’aimer, porté par Zora sourit, On ne change pas et En attendant ses pas.
En 2003 arrive 1 fille et 4 types, réalisé avec Gildas Arzel, Erick Benzi et Jacques Veneruso. L’album est enregistré en quelques jours seulement, du 2 au 11 mai 2003, à Las Vegas.
En 2007, il supervise encore le double album D’elles, dont tous les textes sont signés par des femmes. Mais cette fois, il n’écrit ni ne compose une seule ligne.
Et puis, le silence. Long. Très long.
Le drame qui les a refait travailler ensemble
Le 14 janvier 2016, René Angélil meurt d’un cancer de la gorge à leur domicile de Las Vegas. Deux jours plus tard, le 16 janvier, son frère Daniel meurt lui aussi d’un cancer, à 59 ans.
Deux deuils en 48 heures. Elle remonte pourtant sur scène à Las Vegas quelques semaines après les obsèques.
Le 24 mai 2016 sort Encore un soir, écrite par lui en hommage à son mari. En trois jours seulement, le titre est numéro un en France et signe le meilleur démarrage de l’année.
Puis, de nouveau, plus rien entre eux. Dix ans de blanc, jusqu’à ce fameux single d’avril 2026.
Et pendant ce temps, la France entière se met à raconter leur histoire à leur place. Y compris en prime time.
Le soir où M6 a raconté leur histoire… sans lui
Le documentaire diffusé le 3 septembre 2025 promettait des révélations sur cette collaboration. Une seule question taraudait les téléspectateurs avant la diffusion : allait-il, pour une fois, parler ?
Réponse : non. Selon M Radio, il apparaît bien dans le film, mais uniquement à travers des images d’archives.
Le média note la déception des fans, qui espéraient enfin l’entendre commenter lui-même l’aventure. Trente ans après, il n’a pas bougé d’un centimètre.
À la place, ce sont les autres qui parlent. D’après So Busy Girls, le film fait témoigner Michel Drucker, Nagui, mais aussi Garou et Pierre Lapointe.
Du côté québécois, Radio-Canada a lancé une série balado animée par Stéphane Leclair, avec des anecdotes de studio, des maquettes jamais entendues et les souvenirs de Patrick Bruel et Véronique Cloutier.
Tout le monde raconte leur duo. Lui se tait. Alors on relit ce qu’il a dit quand, exceptionnellement, il ouvrait la bouche. Et c’est là que ça devient brutal.
Une voix que même les chefs d’orchestre n’arrivent pas à classer
Un jour, lors d’une audition privée pour le chef d’orchestre Kent Nagano, en vue d’incarner Maria Callas au cinéma, elle se présente comme mezzo-soprano et chante deux airs de Carmen.
Nagano la recadre sèchement : « Je ne pense pas. Tout ce que vous venez de chanter, c’est soprano. » Même les spécialistes se trompent sur elle.
Interrogée un autre jour par Denise Bombardier sur le fait de savoir si elle aime sa propre voix, elle reste muette pendant quinze secondes. Un silence interminable à la télévision.
Sa réponse, quand elle revient, n’est ni oui ni non : « Je pense qu’avec cet instrument qu’est ma voix, je réussis à faire des choses que, normalement, je ne devrais pas arriver à faire. »
Elle-même a frôlé la catastrophe. Elle raconte à Libération avoir perdu la voix en plein concert, à cause de nodules, et être restée muette trois semaines, sans même chuchoter, en écrivant ce qu’elle voulait dire.
Et sur son rapport aux légendes, elle a cette formule imparable dans le même journal : « J’ai chanté pour Pavarotti. Pas avec lui. »
La phrase qu’il a osé dire avec elle assise juste à côté
Et puis il y a cet entretien dans l’émission Spécial dimanche. Les deux sont là, ensemble, sur le plateau. On lui demande sa rencontre avec la star québécoise.
Il aurait pu servir la réponse polie, celle qu’on attend d’un auteur devant sa muse. Il a fait l’inverse.
« Elle ne m’intéressait pas tellement sur le plan personnel. Moi, j’étais intéressé par sa voix », a-t-il confié. Dit comme ça. Devant elle.
Et il ne s’arrête même pas là : « Je peux vraiment travailler avec des gens antipathiques à partir du moment où ils m’intéressent sur le plan artistique. » Le mot est lâché. Antipathiques.
La réaction de l’intéressée, assise à côté, ne s’est pas fait attendre. Avec humour, elle a répliqué : « C’est effrayant. Tu en as encore à apprendre, on va te montrer comment ça marche au Québec. »
Ce qu’il a ajouté juste après change complètement le tableau
Car la suite de son intervention, dans le même entretien, dit exactement l’inverse de la première phrase. Le personnage est comme ça : il commence par le pire et finit par le plus tendre.
« Quand on parle avec Céline, on apprend beaucoup de choses. C’est quelqu’un de très spontané, qui ne se cache pas », a-t-il déclaré.
Il précise que même en deux ou trois heures de conversation, on comprend déjà beaucoup de ses valeurs et de ce qui compte pour elle.
Puis il évoque ce qui l’a désarmé : « Quand elle parle de son mari, de son enfance, on arrive vite à se faire une opinion non pas sur les faits mais sur le fond de la personne et on n’est pas trop déçu après. »
Sa conclusion sonne comme une reddition : « C’est la même que la personne qu’elle montre. » Chez un homme qui fuit les faux-semblants, c’est le plus grand des compliments.
Et enfin, l’aveu complet : « Peu à peu, je suis entré dans son personnage, qui est un personnage très attachant et très touchant. »
Trente ans plus tard, un trottoir parisien a tranché
Revenons au Royal Monceau, ce samedi 12 septembre 2026. La chanson que la foule lui a offerte en pleine rue, c’est la sienne à lui. Celle qu’il n’aimait « pas tellement ».
Quelques heures plus tard, sur la scène de Nanterre, elle créait en public Dansons, écrit par ce même homme pendant le confinement de 2020.
Vingt-six concerts sont programmés jusqu’au 29 mai 2027. Des centaines de milliers de spectateurs vont reprendre en chœur des textes signés par quelqu’un qui ne viendra probablement jamais saluer.
C’est peut-être ça, la vraie morale de cette histoire. Il a commencé par dire qu’elle ne l’intéressait pas. Elle finit par remplir la plus grande salle d’Europe avec ses mots à lui.