Goldman pulvérise Céline Dion : « elle ne m’intéresse pas »
Samedi 12 septembre 2026, début d’après-midi. La voiture qui doit conduire Céline Dion à la Plénitude Arena, à Nanterre, s’arrête net devant le Royal Monceau, à Paris. Sur le trottoir, une foule attend depuis des heures.
Elle descend. Elle s’approche. Elle signe, elle pose, elle échange avec un public venu de partout, dans un désordre joyeux que personne n’avait plus vu depuis des années.
Puis vient le moment de remonter dans le véhicule. Et là, le trottoir entier se met à chanter Pour que tu m’aimes encore, à l’unisson. Elle s’arrête. Elle écoute sa propre chanson lui revenir en pleine figure.
Sauf que cette chanson-là, ce n’est pas elle qui l’a écrite. C’est un homme qui, un jour, sur un plateau de télévision, assis à quelques mètres d’elle, a lâché à son sujet une phrase que personne n’avait vue venir. Accrochez-vous.

Le soir même, elle a craqué dès la première note
Quelques heures plus tard, la salle de Nanterre est pleine à craquer. Le concert démarre avec 47 minutes de retard et se termine à 23h14, rapporte Billboard. Personne dans les gradins ne râle. Personne ne part.
La soirée dure environ 2h25, selon Sortiraparis. Une durée de marathon pour une femme dont on se demandait encore, quelques mois plus tôt, si elle remonterait un jour sur une scène.
Il faut se souvenir d’où elle revient. Le syndrome de la personne raide, cette maladie neurologique rare qui rigidifie les muscles, l’a arrachée aux projecteurs en pleine gloire. Elle en avait parlé elle-même, en larmes, dans une vidéo qui avait fait le tour de la planète.
Alors ce soir-là, chaque note est un pari. Elle attaque avec On ne change pas. Et elle pleure. Tellement, raconte Billboard, qu’elle en perd le fil des paroles au beau milieu de son propre morceau.
Ce qu’elle dit alors à la salle, en s’essuyant les yeux, a fait le tour du monde en quelques heures : « Je m’étais promis de ne pas pleurer. Je ne tiens pas mes promesses », rapporte le magazine américain.
Puis cette phrase, plus dure encore à entendre sans frissonner : « Ça y est, on est là. C’était une promesse. Je suis debout sur scène, dans cette ville que j’aime tant. »
D’après la fiche de setlist.fm, il s’agissait du premier concert de Céline Dion depuis mars 2020. Six ans de silence, refermés en une note. Mais le plus troublant de cette soirée n’était pas dans ses larmes.

Une scène nue, aucun feu d’artifice : le pari le plus risqué de sa carrière
Le plus étonnant, c’est ce qu’il n’y avait pas. Pas de pyrotechnie, un décor volontairement dépouillé : tout, écrit Billboard, avait été pensé pour qu’on n’entende que la voix.
Pour qui a connu ses années Las Vegas, le choc est réel. Là-bas, c’était l’orchestre pléthorique, les écrans géants, la mécanique de spectacle réglée à la seconde. Ici, presque rien. Juste elle.
La direction créative du spectacle a été confiée à Willo Perron, connu pour ses concepts de grandes salles. Un choix assumé de sobriété, à l’opposé total du faste américain.
Au milieu du concert, virage à 180 degrés : une séquence disco sous boule à facettes, décrite par Billboard. La diva qui danse, après tout ce qu’elle a traversé. Dans la salle, certains n’en croient pas leurs yeux.
Plus tard, elle interprète l’air d’opéra La Wally sous une neige artificielle. Puis un chœur gospel l’entoure, juste avant le grand moment que toute la salle attendait.
Pour que tu m’aimes encore, reprise en chœur par une arena entière. La même chanson que sur le trottoir du Royal Monceau, quelques heures plus tôt. La boucle se referme.
Elle a aussi chanté All by Myself a cappella, et refermé la soirée, selon Consequence, par Des milliers de baisers, après un rappel en quatre titres. Mais un autre détail de cette setlist en dit bien plus long.
Neuf millions de personnes se sont battues pour une place
Rembobinons. Le 30 mars 2026, jour de ses 58 ans, Céline Dion publie une vidéo tournée au pied de la tour Eiffel pour confirmer son retour. Elle y décrit ces concerts comme le plus beau cadeau d’anniversaire imaginable.
Quelques semaines avant, une campagne d’affichage énigmatique avait envahi les rues de Paris. Aucun nom, aucun visage. Personne ne savait. Tout le monde soupçonnait.
Dix concerts sont d’abord annoncés, du 12 septembre au 14 octobre. Face à la demande, six dates supplémentaires sont ajoutées dans la foulée, presque en catastrophe.
Les chiffres donnent le vertige : plus de neuf millions de fans se sont inscrits à la loterie d’accès à la billetterie. Les seize spectacles, soit plus de 480 000 billets, sont partis en quelques heures.
Neuf millions de candidats pour 480 000 places. Autrement dit : dix-huit personnes déçues pour un heureux élu. Des familles entières se sont organisées, plusieurs comptes, plusieurs téléphones, pour multiplier les chances.
En juin, dix dates de mai 2027 s’ajoutent encore. Total : 26 concerts, jusqu’au 29 mai 2027, à la Paris La Défense Arena, devenue Plénitude Arena.
La ruée a laissé des traces, et pas que des bonnes. À la suite d’abus liés à la tarification dynamique pratiquée par les plateformes de billetterie, la DGCCRF a ouvert une enquête, selon le ministre du Commerce Serge Papin.

Ce que la setlist du premier soir trahissait sans le dire
Le programme de cette première, selon Sortiraparis, penchait massivement du côté français. Un choix qui n’a rien d’anodin pour une artiste qui a conquis la planète en anglais, avec My Heart Will Go On et le reste.
Le relevé publié par setlist.fm est éloquent : quatre titres tirés du seul album D’eux, avec Destin, J’irai où tu iras, Les derniers seront les premiers et Pour que tu m’aimes encore.
Ajoutez quatre chansons issues de S’il suffisait d’aimer et trois de 1 fille & 4 types. Faites le calcul. Onze morceaux, trois albums, une seule et même plume.
Une énorme partie de la soirée la plus attendue de sa vie portait la signature d’un seul homme. Un homme qui, lui, n’est pas monté sur cette scène. Et qui ne monte plus sur aucune scène depuis très, très longtemps.
Il n’était pas dans la salle. Aucune photo de lui en coulisses. Aucun message public. Rien. Le silence total, comme toujours.
Elle a même créé ce soir-là, pour la toute première fois en public, la chanson de son retour. Elle aussi signée de sa main. Une chanson qui dormait dans un tiroir depuis six ans.
Le titre de son grand retour dormait depuis 2020
Dansons est sorti le 17 avril 2026 chez Sony Music. C’est la première collaboration entre les deux artistes depuis Encore un soir, en 2016. Dix ans d’attente.
La chanson a été enregistrée en septembre 2025, au studio At the Palms, à Las Vegas. Une information qui, à elle seule, raconte le chantier silencieux mené pendant des mois, pendant que le monde la croyait à l’arrêt.
La production est partagée avec Luc Leroy et Yann Macé, le duo français Trak Invaders. Les mêmes qui avaient produit les albums hommages Génération Goldman, en 2012.
Malgré son titre, ce n’est pas un morceau de dancefloor. C’est une ballade de 3 minutes 26, qui s’ouvre sur un piano nu et une voix presque a cappella, sans structure couplet-refrain classique.
Le plus troublant est ailleurs. Le morceau a été composé en 2020, en plein confinement, pour des gens enfermés chez eux. Il est resté dans un tiroir pendant six ans.
Dans le communiqué accompagnant la sortie, cité par La Presse, son auteur explique que six ans plus tard, il n’y a plus de virus, mais qu’il n’a pas eu un mot à changer : le monde ne va pas mieux.
Le public, lui, a suivi. Numéro un au Québec, troisième en Wallonie, septième au classement radio français et vingt-cinquième des ventes de singles en France. Pas mal, pour une chanson écrite avant-hier.
Un clip lyrique réalisé par Maxime Allouche, tourné dans les rues de Paris, montre des couples qui dansent et s’enlacent dans la capitale. Belle image. Mais l’auteur du texte, lui, est resté invisible. Comme d’habitude.
L’homme qui écrit ses plus grands tubes et qu’on ne voit jamais
Il a 74 ans. Sa dernière tournée remonte à 2002, et le disque en public Un tour ensemble reste son dernier album à ce jour. Depuis, plus rien sur scène. Vingt-quatre ans de rideau baissé.
En 2005, lors d’une longue interview à Marseille, il confie sa décision d’arrêter sa carrière à son ami et biographe Fred Hidalgo, créateur du mensuel Paroles et musique. Pas de conférence de presse, pas de tournée d’adieux. Juste une conversation entre amis.
Le paradoxe, c’est que ce retrait n’a rien enlevé à sa cote. Les sondages du Journal du dimanche et du Parisien l’ont désigné quatorze fois personnalité préférée des Français, des années après son dernier concert.
Quatorze fois. Des acteurs, des sportifs, des humoristes se sont succédé dans ces classements. Lui, il ne faisait rien. Il ne disait rien. Et il gagnait quand même.
Il avait même demandé à être retiré de la liste, par respect pour l’abbé Pierre, longtemps en tête du classement. Il n’a accepté d’y revenir qu’après la mort de l’ecclésiastique.
En décembre 2025, une étude Ifop pour LCI et TF1 le désignait encore personnalité préférée des Français. Toujours numéro un. Toujours absent.
Voilà le fantôme qui hante la scène de Nanterre. Pour comprendre la phrase qu’il a prononcée sur elle, il faut remonter très loin. Jusqu’à un couloir de coulisses, en 1983.

1983 : ils se croisent en coulisses et ne s’en souviennent même pas
Le 29 janvier 1983, une Québécoise de 14 ans chante au Midem, en France. Le même mois, elle passe chez Michel Drucker dans Champs Élysées, sur Antenne 2, avec D’amour ou d’amitié.
Cette chanson-là fait d’elle la première Canadienne à décrocher un disque d’or en France. Elle a l’âge d’être en troisième. Des dents encore appareillées, une robe trop sage, une voix déjà monstrueuse.
Monique Le Marcis, alors directrice de la programmation musicale de RTL, a raconté la scène au site de référence Parler d’sa vie : « Au MIDEM 83, j’avais choisi une petite qui démarrait tout juste (Céline Dion), qui avait quatorze ans. »
Et dans la même émission, précise-t-elle, il y avait aussi le futur auteur de D’eux. Les deux étaient dans le même bâtiment, le même soir, au même moment.
La suite est savoureuse : « Mais ils n’ont aucun souvenir de cette rencontre. » Deux futurs monuments, dans les mêmes coulisses, chacun de son côté. Zéro étincelle.
Il faudra onze ans pour que l’un décroche enfin son téléphone. Et ce ne sera pas elle. Ce qu’il pensait d’elle à ce moment-là ? Vous allez être surpris.
« Je la trouvais mal employée » : le jugement qui dit tout
Nous sommes au début des années 90. Elle cartonne partout dans le monde anglophone. En France, c’est plus compliqué. On la respecte, on l’admire techniquement, mais on ne l’aime pas vraiment.
Les mots qu’il a employés pour expliquer sa démarche sont rapportés par le site Parler d’sa vie. Ils sont beaucoup plus tranchants qu’on ne l’imagine.
« Je connaissais sa voix et je savais que c’était la chanteuse francophone, que c’était la plus grande chanteuse francophone », dit-il. Jusque-là, tout va bien. C’est même un compliment énorme.
La suite l’est beaucoup moins : « Je la trouvais mal employée, je pensais savoir ce qu’il lui fallait, je pensais pouvoir l’aider. »
Traduction en langage clair : à ses yeux, la plus grande voix francophone du monde chantait mal ses chansons. Un diagnostic de mécanicien posé sur une Ferrari mal conduite.
Toujours selon le même site, il assume totalement l’initiative : « C’est moi qui ai fait la démarche. » Il y situe leur déjeuner en avril 1994.
Petite bizarrerie de l’histoire : dans Libération, en mars 1995, il déclarait « Nous avons déjeuné au mois de février ». Les deux récits ne collent pas tout à fait. Les mémoires de studio sont comme ça.
Elle, de son côté, a résumé la chose à Libération avec une sobriété presque froide : « Je connaissais un peu les chansons de Jean-Jacques, il voulait travailler avec moi. » Pas un mot de plus.
Chez Angelina, un mont-blanc et une interview très étrange
En mars 1995, Libération les réunit tous les deux chez Angelina, le salon de thé parisien de la rue de Rivoli, pour un entretien croisé signé Hélène Hazera. Décor : crème de marron, meringue, chantilly.
Imaginez le tableau. La plus grande voix du monde et l’homme le plus discret de la chanson française, au milieu des pâtisseries, entourés de touristes qui ne comprennent rien à ce qui se joue.
Détail délicieux : le journal note que lui profite de l’interview pour poser lui-même des questions à sa chanteuse. Ce n’est pas de la promo. C’est un interrogatoire amical.
Et le quotidien remarque autre chose : quand elle s’échauffe, l’accent canadien remonte en flèche. Le vernis de la star internationale craque. On y est.
Elle y lâche alors une vraie colère sur la France : « s’il y a un endroit où j’ai rêvé que ça marche, c’est ici ! Ça marche au Québec, en Angleterre, aux Etats-Unis… et ici, ça marche pas ! »
Il explique de son côté sa méthode : « J’ai travaillé pendant huit mois à peu près, entre-temps ma vision de sa voix a évolué. » Il la croyait « chanson française traditionnelle ». Il découvre un registre rhythm’n’blues.
Et il donne le chiffre exact du chantier : « Fin septembre, je lui ai fait écouter neuf chansons, et à la fin il y en a eu douze. »
Reste à savoir comment s’est passée leur toute première rencontre en chair et en os. Elle l’a racontée. Trente ans plus tard. Et c’est à mourir de rire.

Le vélo, le yaourt en tube et la peur de dire non
Le 3 septembre 2025, M6 diffuse un documentaire événement, Céline Dion raconte D’eux, pour les trente ans de l’album. Elle y est interviewée en français, ce qu’elle n’avait plus fait depuis très longtemps.
Elle y raconte sa première rencontre avec lui, dans un extrait relayé par M Radio. Et elle avoue ce qu’elle imaginait avant d’ouvrir la porte : « il va arriver avec son chauffeur, ses assistants ».
Normal. À l’époque, elle vit dans un univers de limousines, de gardes du corps et de suites d’hôtel. Elle s’attend au même protocole en face.
La réalité : « Non, il arrive à vélo avec son yaourt en tube. » Le plus grand auteur français du moment, à vélo, avec un yaourt à boire dans la main.
Elle poursuit, hilare : « Je lui dis : ‘Tu manges de la pâte à dents [dentifrice, ndlr], qu’est-ce que c’est que ça ?’ » Choc des cultures, version snack.
Puis la scène se met en place : « il mange son yaourt, il arrive avec son vélo, il s’installe avec son computer, sa guitare, on est assis dans un coin », décrit-elle.
Et là, l’aveu qui fait tout basculer : « J’avais un petit peu peur, car je ne voulais pas dire à un monument comme Jean-Jacques Goldman : ‘Je ne suis pas sûre de la chanson.’ »
Relisez bien. La diva mondiale, celle qui remplit les stades, était terrorisée à l’idée de vexer le type au yaourt. Sauf qu’elle ignorait encore une chose : il avait passé des mois à l’espionner.
Il avait passé des mois à enquêter sur elle
Ce qu’elle découvre en écoutant les maquettes la sidère littéralement. Les textes parlent d’elle. De ses doutes, de ses manques, de sa vie de femme. Et pourtant, ils ne se connaissent pas.
Ses mots, rapportés par le site Parler d’sa vie, valent le détour : « Moi, je n’écris pas mes chansons. Mais j’ai des émotions. Quand j’ai lu ses textes et écouté les musiques, j’ai dû y faire face. »
Elle ajoute : « Je me suis demandé comment il était possible d’écrire comme ça, sans me connaître ! Je lui ai posé la question. » La réponse est presque inquiétante.
Selon elle, il avait tout écouté et tout lu sur elle : « Vérités ou mensonges, émissions de radio, de télévision… Il a fait un super travail de recherche. »
Des mois d’archives. Des heures d’interviews décortiquées. Les vraies et les fausses, les sincères et les fabriquées. Il a tout avalé pour reconstituer une femme qu’il n’avait jamais rencontrée.
Lui décrit la même opération de l’intérieur, dans Libération : « Je me demandais : que peut-elle dire, Céline Dion ? Que veut-elle dire ? J’essayais de me mettre à sa place… »
Elle lui coupe la parole dans l’article : « Il a pas essayé, il a réussi ! » Et elle savoure : c’est tellement bon, dit-elle, de sentir que quelqu’un a pris le temps de vous étudier.
Le compliment de studio qu’il n’avait jamais fait à personne
Dans ce même entretien de Libération, il lâche une phrase qui, dans le métier, vaut une médaille en or : « Je n’ai jamais travaillé avec des gens d’un tel niveau technique. »
Venant de quelqu’un qui a bossé avec l’élite de la chanson française pendant vingt ans, la phrase pèse lourd. Très lourd.
Il détaille : « Pas de problème de justesse, de tempo, elle se chauffe toute seule. » Autrement dit, elle n’a besoin de personne pour être prête. Zéro caprice, zéro perte de temps.
Et il enfonce le clou : « quand on lui donne une ligne mélodique, elle en improvise deux, quatre, toutes crédibles ». Un auteur qui écrit pour une machine de guerre vocale.
Elle, interrogée sur les chanteuses québécoises qui poussent la voix en permanence, répond du tac au tac : « Je mets le volume à fond parce que je fais tout à fond ! »
Et pourtant, sur cet album, il va lui demander exactement l’inverse. Moins de mélismes, moins de fioritures, une diction modernisée, presque parlée par moments.
Elle dira qu’il l’a fait « déchanter ». Le mot est magnifique. Il a fallu lui apprendre à retenir la bête pour que le public entende enfin la femme.
Novembre 1994 : un studio parisien et une bombe qui se prépare
L’album est enregistré en novembre et décembre 1994, au studio Méga, à Paris, avec Erick Benzi à la réalisation aux côtés de l’auteur. Deux mois de travail. Pas plus.
Personne, à ce moment-là, ne se doute de ce qui va se passer. Le pari reste fragile : une Québécoise mal aimée des Français, un auteur qui n’a jamais écrit pour une voix pareille.
Résultat : D’eux sort en mars 1995 et devient l’album francophone le plus vendu de l’histoire. En France, il reste 44 semaines numéro un. Presque une année entière au sommet.
Pour que tu m’aimes encore grimpe à la première place du Top 50. Le single suivant, Je sais pas, fait exactement pareil. Doublé parfait.
La critique, d’habitude peu tendre avec elle, salue des textes « plutôt bons » et estime que « l’artiste s’impose enfin au détriment de l’athlète ». Le pari est gagné sur toute la ligne.
Mais voilà le hic. Celui qui a écrit ce tube planétaire n’en pensait pas grand bien. Et il l’a dit à la télévision, tranquillement, devant des millions de Français.
« Ce n’était pas ma préférée » : le camouflet du plus gros tube
En 1995, il est l’invité d’Envoyé spécial, sur France 2. Une intervention télévisée rarissime, exhumée depuis par l’INA. À l’époque déjà, le voir parler tenait de l’événement.
Sa confidence sur Pour que tu m’aimes encore : « Ce n’était pas ma préférée alors que Céline l’aimait beaucoup, dès les maquettes. »
Vous avez bien lu. La chanson la plus célèbre du répertoire francophone moderne, celle que des milliers d’inconnus chantent sur un trottoir parisien trente et un ans plus tard, il ne l’aimait pas plus que ça.
La chanteuse, elle, avait flairé le coup avant lui. Dès les maquettes. L’élève avait mieux compris la leçon que le professeur.
Il ajoute, désarmé : « Je ne m’attendais pas à un tel phénomène. » Le mot « phénomène » est faible. C’était un raz-de-marée.
Le lendemain de la diffusion de ce reportage d’Envoyé spécial consacré à D’eux, pas moins de 57 000 exemplaires de l’album se sont écoulés, rapporte le site Parler d’sa vie. En une seule journée.
Sur ce que l’album a révélé d’elle, il a cette analyse, citée par le même site : « Je pense qu’avec l’album ‘D’Eux’, Céline Dion s’est réalisée comme interprète comme jamais elle ne l’avait fait auparavant. »

Vole, Karine, et les liens qui ne se voient pas
Sur cet album figure Vole, dédiée à sa nièce Karine, morte de la mucoviscidose dans ses bras en 1993, à 16 ans. La chanteuse est liée à ce combat depuis 1982.
Elle avait 14 ans quand elle a commencé à porter cette cause. Karine est morte dix ans plus tard, contre elle. Cette chanson-là n’est pas une chanson. C’est une cicatrice mise en musique.
L’année précédant l’album, en 1994, elle participait pour la première fois au spectacle des Enfoirés, au Grand Rex, où elle interprétait notamment Là-bas. Avec lui, sur la même scène.
La machine ne s’arrête plus. En 1998, il signe la quasi-totalité de S’il suffisait d’aimer, porté par Zora sourit, On ne change pas et En attendant ses pas.
En 2003 arrive 1 fille et 4 types, réalisé avec Gildas Arzel, Erick Benzi et Jacques Veneruso. L’album est enregistré en quelques jours seulement, du 2 au 11 mai 2003, à Las Vegas.
Dix jours pour un album entier. À ce niveau-là, ce n’est plus du travail, c’est de la télépathie.
En 2007, il supervise encore le double album D’elles, dont tous les textes sont signés par des femmes. Mais cette fois, il n’écrit ni ne compose une seule ligne. Il s’efface déjà.
Et puis, le silence. Long. Très long. Il faudra un drame pour les remettre dans la même pièce.
Le drame qui les a refait travailler ensemble
Le 14 janvier 2016, René Angélil meurt d’un cancer de la gorge à leur domicile de Las Vegas. L’homme de sa vie, son manager, son mari depuis toujours.
Deux jours plus tard, le 16 janvier, son frère Daniel meurt lui aussi d’un cancer, à 59 ans. Deux deuils en 48 heures. Deux cercueils dans la même semaine.
Et pourtant, elle remonte sur scène à Las Vegas quelques semaines après les obsèques. Les spectateurs présents ce soir-là racontent une salle debout, en larmes, avant même la première note.
Le 24 mai 2016 sort Encore un soir, écrite par lui en hommage à son mari. Il n’avait pas écrit pour elle depuis neuf ans. Il a fallu ça.
En trois jours seulement, le titre est numéro un en France et signe le meilleur démarrage de l’année. Le pays entier a compris ce que la chanson racontait.
Puis, de nouveau, plus rien entre eux. Dix ans de blanc, jusqu’à ce fameux single d’avril 2026.
Et pendant ce temps, la France entière se met à raconter leur histoire à leur place. Y compris en prime time, sur une grande chaîne nationale.
Le soir où M6 a raconté leur histoire… sans lui
Le documentaire diffusé le 3 septembre 2025 promettait des révélations sur cette collaboration. Une seule question taraudait les téléspectateurs avant la diffusion : allait-il, pour une fois, parler ?
Réponse : non. Selon M Radio, il apparaît bien dans le film, mais uniquement à travers des images d’archives. Des bouts de lui, vieux de trente ans.
Le média note la déception des fans, qui espéraient enfin l’entendre commenter lui-même l’aventure. Trente ans après, il n’a pas bougé d’un centimètre.
À la place, ce sont les autres qui parlent. D’après So Busy Girls, le film fait témoigner Michel Drucker, Nagui, mais aussi Garou et Pierre Lapointe.
Du côté québécois, Radio-Canada a lancé une série balado animée par Stéphane Leclair, avec des anecdotes de studio, des maquettes jamais entendues et les souvenirs de Patrick Bruel et Véronique Cloutier.
Tout le monde raconte leur duo. Lui se tait. Alors on relit ce qu’il a dit quand, exceptionnellement, il ouvrait la bouche. Et c’est là que ça devient brutal.
Une voix que même les chefs d’orchestre n’arrivent pas à classer
Un jour, lors d’une audition privée pour le chef d’orchestre Kent Nagano, en vue d’incarner Maria Callas au cinéma, elle se présente comme mezzo-soprano et chante deux airs de Carmen.
Nagano la recadre sèchement : « Je ne pense pas. Tout ce que vous venez de chanter, c’est soprano. » Même les plus grands spécialistes se trompent sur elle.
Interrogée un autre jour par Denise Bombardier sur le fait de savoir si elle aime sa propre voix, elle reste muette pendant quinze secondes. Quinze secondes de silence à la télévision, c’est une éternité.
Sa réponse, quand elle revient, n’est ni oui ni non : « Je pense qu’avec cet instrument qu’est ma voix, je réussis à faire des choses que, normalement, je ne devrais pas arriver à faire. »
Elle-même a frôlé la catastrophe. Elle raconte à Libération avoir perdu la voix en plein concert, à cause de nodules, et être restée muette trois semaines.
Trois semaines sans même chuchoter, en écrivant sur un carnet tout ce qu’elle voulait dire. La femme qui vit de sa voix, réduite au papier et au crayon.
Et sur son rapport aux légendes, elle a cette formule imparable dans le même journal : « J’ai chanté pour Pavarotti. Pas avec lui. » Nous y sommes presque. Accrochez-vous bien.
La phrase qu’il a osé dire avec elle assise juste à côté
Et puis il y a cet entretien dans l’émission Spécial dimanche. Les deux sont là, ensemble, sur le même plateau. Une image devenue introuvable tant elle est rare.
On lui demande de raconter sa rencontre avec la star québécoise. La question la plus banale du monde. Le genre auquel on répond en pilote automatique.
Il aurait pu servir la réponse polie, celle qu’on attend d’un auteur devant sa muse. Un mot gentil, un sourire, on passe à la suite. Il a fait exactement l’inverse.
« Elle ne m’intéressait pas tellement sur le plan personnel. Moi, j’étais intéressé par sa voix », a confié Jean-Jacques Goldman. Dit comme ça. Devant elle. En direct.
Et il ne s’arrête même pas là : « Je peux vraiment travailler avec des gens antipathiques à partir du moment où ils m’intéressent sur le plan artistique. » Le mot est lâché. Antipathiques.
La réaction de l’intéressée, assise à quelques centimètres, ne s’est pas fait attendre. Avec humour, elle a répliqué : « C’est effrayant. Tu en as encore à apprendre, on va te montrer comment ça marche au Québec. »

Ce qu’il a ajouté juste après change complètement le tableau
Car la suite de son intervention, dans le même entretien, dit exactement l’inverse de la première phrase. Le personnage est comme ça : il commence par le pire et finit par le plus tendre.
« Quand on parle avec Céline, on apprend beaucoup de choses. C’est quelqu’un de très spontané, qui ne se cache pas », a-t-il déclaré, comme s’il s’excusait sans le dire.
Il précise que même en deux ou trois heures de conversation, on comprend déjà beaucoup de ses valeurs et de ce qui compte vraiment pour elle.
Puis il évoque ce qui l’a désarmé : « Quand elle parle de son mari, de son enfance, on arrive vite à se faire une opinion non pas sur les faits mais sur le fond de la personne et on n’est pas trop déçu après. »
Sa conclusion sonne comme une reddition en bonne et due forme : « C’est la même que la personne qu’elle montre. » Chez un homme qui fuit les faux-semblants depuis toujours, c’est le plus grand des compliments.
Et enfin, l’aveu complet : « Peu à peu, je suis entré dans son personnage, qui est un personnage très attachant et très touchant. » Trente ans plus tard, le verdict est tombé dans la rue.
Trente ans plus tard, un trottoir parisien a tranché
Revenons au Royal Monceau, ce samedi 12 septembre 2026. La chanson que la foule lui a offerte en pleine rue, c’est la sienne à lui. Celle qu’il n’aimait « pas tellement ».
Quelques heures plus tard, sur la scène de Nanterre, elle créait en public Dansons, écrit par ce même homme pendant le confinement de 2020. Le fantôme était partout. Sauf physiquement.
Vingt-six concerts sont programmés jusqu’au 29 mai 2027. Des centaines de milliers de spectateurs vont reprendre en chœur des textes signés par quelqu’un qui ne viendra probablement jamais saluer.
Lui, à 74 ans, continuera de ne rien dire. Pas d’interview, pas de photo, pas de rappel. Il a construit sa légende sur ce silence-là et rien ne l’en fera sortir.
Elle, à 58 ans, avec une maladie qui ne lâche rien, remplit la plus grande salle d’Europe seize soirs de suite. Et en redemande.
C’est peut-être ça, la vraie morale de cette histoire. Il a commencé par dire qu’elle ne l’intéressait pas. Elle finit par faire chanter la France entière avec ses mots à lui.
- 20/09/2026 à 00:06Je trouve que cette chanteuse a trop de manière, mais à un beau timbré de voix et j aime beaucoup Goldman ,j aime les chansons de ce grand artiste .,et j aime sa simplicité
- 14/09/2026 à 21:36Personnellement, je ne l'ai jamais aimée. Elle a de la voix mais elle crie trop. Le fait qu'en France, elle prend l'accent anglais et un accent francophone au Canada n'est pas non plus pour me plaire. Je suis bilingue et n'ai pas d'accent ni en anglais ni en français. Pas la peine d'en faire tout un plat. Elle a toujours été moche et nous avons eu de meilleures chanteuses. Alors allez la voir et dépensez votre argent. Je préfère rester chez moi.15/09/2026 à 14:11Moi non plus je ne l'aime pas elle est bof.Je ne paierai pas pour aller la voir.
- 14/09/2026 à 20:13Vraiment pourquoi faire ces remarques avec des comparaisons de voix qui ne sont pas nécessaires pour apprécier aimer un timbre de voix si extraordinaire et si belle Le classique et Céline Dion ont la même importance dans le partage et encore la capacité de les exprimer chacun dans son répertoire.Elle se donne à fond et les personnes qui viennent la rejoindre l'aiment telle qu'elle est et sont en extase devant une "telle voix".Gloldman est formidable dans ses textes. On ne pourra jamais l'oublier et elle a eu une chance inouïe de le rencontrer. Et ça a marché ! Vous n'apprécie pas. ... et bien passer votre chemin.Si certains d'entre nous ont cette grand chance d'y arriver .... même si ce sont des nuls...et bien qu'ils réussissent comme Céline c'est une voie qu'il ne faut pas écarter.Laika je suis entièrement d'accord avec vous. Et que chacun soit heureux dans cet dans n'importe quel domaine et avec tant de gens malheureux qui ne peuvent pas en bénéficier.
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