« Les Bretons n’abandonnent jamais » : Charles Biétry, atteint de Charcot, révèle avoir tout organisé en Suisse


Il a couvert les plus grands événements sportifs de la planète pendant quatre décennies. Aujourd’hui, Charles Biétry se bat contre un adversaire qu’il sait imbattable : la maladie de Charcot. À 81 ans, l’ancien patron des sports de Canal+ a choisi de parler — grâce à une intelligence artificielle qui remplace sa voix — et ce qu’il dit sur la fin de vie bouleverse bien au-delà du monde des médias.
Charles Biétry, une vie entière à courir après l’info
Peu de journalistes français peuvent se targuer d’un parcours aussi dense. Reporter pour l’Agence France Presse, Charles Biétry est le premier à annoncer l’attentat de Munich et la mort des otages israéliens en 1972. Un scoop qui marque les esprits et lance une carrière hors norme.
De 1984 à 1998, il dirige le service des sports de Canal+ et invente les fameuses feuilles jaunes, ces fiches de préparation devenues un outil incontournable pour les commentateurs. Il passera ensuite par les coulisses de TF1, France Télévisions, L’Équipe TV, avant de prendre la direction générale de beIN Sports.
Puis, en 2023, le couperet tombe. Dans un entretien accordé à L’Équipe, il annonce être atteint de sclérose latérale amyotrophique. La SLA, cette pathologie neurodégénérative qui détruit les motoneurones, entraîne une faiblesse musculaire progressive, des paralysies, des difficultés à parler, à avaler et à respirer. L’espérance de vie après le diagnostic oscille entre 3 et 5 ans.
Depuis, Charles Biétry sait qu’il lui reste, selon ses propres mots, « quelques semaines ou mois à vivre ». Mais plutôt que de se terrer, il a choisi de revenir devant les caméras pour témoigner. Et son message est tout sauf résigné.
Une voix volée, mais des mots qui frappent fort
Le 13 mai 2025, les téléspectateurs de TF1 retrouvent Charles Biétry lors de l’interview événement d’Emmanuel Macron. Puis il témoignera en 2026 dans le JT de France 2 avec Laurent Delahousse. Détail saisissant : la voix qu’ils entendent n’est plus la sienne. C’est une intelligence artificielle qui parle à sa place.
Car la maladie lui a pris ce qu’il avait de plus précieux. « Les mots sont dans ma tête et je ne peux pas les faire sortir », décrit-il lors de son passage dans Sept à Huit avec Audrey Crespo-Mara. Il qualifie cette perte de « torture ». Pourtant, pas une larme, pas un apitoiement.
« Ce qui compte, ce ne sont pas les années qu’il y a eu dans la vie, c’est la vie qu’il y a eu dans les années », lance-t-il. Le sourire ne le quitte pas. Il parle de sport comme d’une philosophie de combat : « Le sport m’aide tous les jours à haïr la défaite. Je sais que je finirai par perdre, mais pour ceux qui m’entourent, je dois me battre. »
Et puis cette phrase, devenue virale : « Les Bretons n’abandonnent jamais. » Derrière le courage affiché, pourtant, une décision lourde de sens a déjà été prise.

Le voyage en Suisse : « Plus j’y pense, moins j’en ai envie »
Comme d’autres avant lui, Charles Biétry a dû anticiper l’impensable. Le suicide assisté étant interdit en France, c’est en Suisse qu’il a pris ses dispositions. Tous les papiers sont signés. Sa femme et ses enfants sont impliqués dans la démarche.
« Je ne veux pas être branché sur une machine pour respirer alors qu’il n’y a plus rien, plus d’avenir. Je ne veux pas souffrir et surtout faire souffrir ma famille », expliquait-il à L’Équipe. La procédure est organisée : deux membres de la famille doivent l’accompagner sur place. C’est lui qui doit avaler le dernier cachet.
Mais ce « dernier voyage » le hante. « Le voyage en voiture, avec ma femme et mes deux enfants, les visites de médecins inconnus, avaler moi-même l’ultime cachet, et savoir qu’ils vont rentrer en France tous les trois avec l’urne funéraire dans le coffre… Plus j’y pense, moins j’ai envie.
» Il ajoute que ce n’est pas « le rêve de sa vie » et regarde du côté de la loi française : « Les soins palliatifs, s’il y a une loi, feront peut-être l’affaire. »
En attendant, Charles Biétry continue de se battre. Pour la recherche, pour les autres malades, pour chaque jour gagné. Parce qu’un Breton, même dos au mur, ne lâche rien.
Le témoignage de Charles Biétry dépasse le cadre sportif ou médiatique. Il pose une question que des millions de Français esquivent : a-t-on le droit de choisir sa sortie ? Et surtout, a-t-on les moyens de le faire dignement sans quitter son pays ?