« Il faut être sur un tournage pour comprendre » : en 2001, Clara Morgane tenait déjà tête à Ardisson et Bigard
Si vous avez moins de trente ou quarante ans, ce monde-là vous échappe : celui du X sans smartphone, avec le film du premier samedi du mois sur Canal+. À cette époque, une jeune inconnue devient en quelques mois une figure du genre. Plateau d’Ardisson, Bigard à ses côtés, elle lâche des phrases très franches sur ce que serait vraiment un tournage. Et c’est ce qu’elle explique qui surprend le plus.

Du Cap d’Agde à Paris : comment Emmanuelle Munos est devenue Clara Morgane
Clara Morgane n’est pas un vrai nom, évidemment. À la naissance, elle s’appelait Emmanuelle Munos, un prénom qui semblait la destiner à la voie érotique, quand on repense au célèbre film pour adultes des années 1970 qui porte le même.
C’est au passage au nouveau millénaire que tout bascule. Elle quitte Marseille pour Paris, après avoir découvert le X amateur du côté du Cap d’Agde avec son compagnon de l’époque. Un petit déclic de vacances, et une vie qui change de cap.
À Paris, le couple est pris sous l’aile du réalisateur Fred Coppula. Sa particularité, d’après le récit de la source, est de tourner presque exclusivement avec son amoureux d’alors, Greg Centauro. Elle connaît une ascension fulgurante, alors qu’elle s’est toujours vue davantage comme une exhibitionniste que comme une actrice.
Le bilan chiffré étonne : environ trois ans de carrière et une dizaine de films seulement. Pourtant, elle s’installe dans l’inconscient collectif masculin. Pour mesurer ce que ce parcours a de particulier, il faut aussi entendre ce qu’elle raconte elle-même de cette carrière dans le X, y compris sur l’avis de sa mère.
Reste à savoir comment une carrière aussi brève a pu la mener aussi loin, bien au-delà de ce milieu.
Un Journal du Hard, des calendriers, un cabaret : l’étonnante reconversion
Dans l’histoire de Clara Morgane, le X n’a été qu’une porte d’entrée. Elle s’est vite affranchie de l’étiquette, jusqu’à abattre, dit-on, de nombreuses barrières. La chaîne cryptée lui confie d’abord la présentation du Journal du Hard, qu’elle tient pendant 7 ans.
Puis vient le grand écart : elle devient animatrice de programmes grand public sur la TNT. Elle pousse aussi la chansonnette, avec une poignée d’albums sortis en parallèle de ses calendriers érotiques. Ces derniers sont devenus un business sexy et lucratif.
Elle lance ensuite son propre cabaret, salué par Patrick Sébastien en personne. Époque oblige, elle devient aussi influenceuse. Elle y raconte régulièrement son aventure dans l’industrie pour adultes, parle de la cause féminine et de la sexualité dans le couple.
Aujourd’hui, elle est décrite comme une entrepreneure confirmée et une figure de l’empowerment féminin en France. Elle conserve aussi son aura de girl next door, cette voisine qu’on croirait connaître. Sa parole sur l’intimité, elle l’a d’ailleurs poussée loin, par exemple quand elle évoque le pire mensonge du couple.
Mais pour comprendre d’où vient cette assurance, il faut remonter à un soir de 2001, sur un plateau de télévision très particulier.
Nous sommes alors en pleine mise en orbite de Clara dans le hard. Elle est l’invitée de Tout le monde en parle, présenté par feu Thierry Ardisson. L’animateur, très porté sur la chose, lui tire le portrait. Mais déjà, la jeune femme a du caractère.
2001, chez Ardisson : la phrase qui met les points sur les i

Face à Ardisson, la pornstar ne se laisse ni démonter ni mettre en boîte. Elle ne se laisse pas plus impressionner par un autre invité du soir, le pape de la vanne grasse, Jean-Marie Bigard. Sur ce plateau diffusé sur France 2, elle tient sa ligne.
Et voici ce qu’elle affirme, d’après les propos rapportés : « Je pense que le sexe sans amour existe. » Elle ajoute aussitôt : « Mais ça, c’est autre chose. » Une façon nette de séparer deux univers que beaucoup mélangent.
La suite est plus frappante encore, car elle remet les choses à leur place : « Faire un film c’est pas comme si on faisait l’amour pour de vrai. Il y a sans arrêt des coupures, je veux dire, faut être sur un tournage pour vraiment comprendre ce qu’est un tournage. »
Sa réponse tient donc en une idée : un tournage est un travail, haché, technique, pas une scène vécue en continu. Elle renchérit : « C’est un métier très difficile. » Un message qui tranche avec les fantasmes que le public pouvait projeter sur elle.
Elle précise aussi ses choix. Elle ne souhaite pas forcément tourner avec une grande star du X, et « ce genre de proposition » ne l’intéresserait pas. Un petit coup de griffe, que la source accompagne d’un « sorry Rocco Siffredi ».
Ce que cette vieille interview dit encore de Clara Morgane
Ce qui frappe, vingt-cinq ans plus tard, c’est la constance. La jeune femme de 2001 refusait déjà qu’on réduise son métier à un fantasme. Elle disait la même chose : un tournage se comprend de l’intérieur, et le reste n’est que projection.
Cette franchise, elle l’a gardée devenue femme d’affaires. Elle assume aussi des choix de vie très concrets, comme la déscolarisation de sa fille pour l’inscrire en Thaïlande, dont elle assume tout.
Son image publique, elle, continue de fasciner, parfois jusqu’au malentendu. Une image fabriquée, détournée, a ainsi pu affoler les internautes autour d’une prétendue décoration, un épisode raconté dans cette fausse image de Légion d’honneur.
Et dans le milieu du spectacle, elle a aussi des alliés inattendus. Un humoriste a ainsi confié qu’elle l’avait consolé, révélant une étrange proximité.
Reste cette séquence télé de 2001, un morceau d’archive qui rappelle une époque sans Internet ou presque. À regarder avec un peu de recul : celle qui parlait ce soir-là avait un caractère bien trempé. Et il n’a visiblement pas changé.
Sa phrase la plus marquante tient en quelques mots : le sexe sans amour existe, mais un film, c’est autre chose. Dix ans de carrière n’ont pas été nécessaires pour qu’elle le dise : elle l’avait compris en trois.
Et si vous croyez que la télé d’avant avait tout dit sur l’époque, ce que coûtait Canal+ à ses 186 000 premiers abonnés pourrait bien vous faire sursauter. Quant à vos vieux souvenirs de télé, ce que des millions de Français contemplaient sur un canal vide les fera sans doute regarder autrement.