Fin de règne pour Cyril Hanouna ? Ce que personne n’a jamais dit sur ses échecs et ce qui pourrait basculer
Ce lundi 31 août 2026, à 18h20 précises, un homme de 51 ans va monter sur un ring pour se battre contre un robot. En direct. Devant des caméras.
Vous avez bien lu. Pas une métaphore : un happening filmé, pour lancer la deuxième saison de Tout beau, tout n9uf sur W9. Une vidéo publiée le 8 août le montrait à l’entraînement, gants aux poings. Sérieusement. Sueur, souffle court, regard de type qui y croit.
Et pendant que la France entière rigole devant ce délire assumé, personne ne se pose la vraie question. Celle qui tue. Comment un homme qui a enchaîné les échecs pendant quinze ans est-il devenu l’animateur le plus puissant — et le plus contesté — de la télévision française ? Et surtout : comment s’est-il retrouvé sur W9 ?
Parce que cette histoire-là, celle du vrai rapport de forces qui s’est joué en coulisses, elle ne finit pas du tout comme vous l’imaginez. Accrochez-vous.

Le gamin des Lilas qui envoyait des CV à une chaîne que personne ne regardait
Il faut remonter loin. Très loin. Le 23 septembre 1974, dans le 15e arrondissement de Paris, naît un certain Cyril Valéry Isaac Hanouna. Deuxième prénom en hommage à Valéry Giscard d’Estaing — déjà, le sens du symbole.
Ses parents sont des juifs de Tunisie arrivés en France en 1969. Le père, Ange, devient médecin généraliste aux Lilas, en Seine-Saint-Denis. La mère, Esther, gère une boutique de vêtements de luxe à Vincennes. Une famille classique, travailleuse, sans le moindre lien avec le milieu de la télé.
Le petit Cyril grandit aux Lilas. Il y croise un futur producteur, Jean-Rachid Kallouche. Un futur rappeur, Stomy Bugsy. Et un futur président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone. Le quartier fabriquait des destins, visiblement.
Scolairement ? Pas glorieux. Il redouble sa première, décroche un bac scientifique, se lance dans un DEUG économie-gestion, s’inscrit à l’INTEC pour devenir expert-comptable… puis abandonne. Il ne se présente même pas aux examens. Il ne renouvelle simplement pas son inscription.
Entre-temps, il enchaîne les jobs alimentaires : employé de banque, commercial VRP en tissus, animateur dans un centre de loisirs. Rien qui ressemble à une carrière. Rien qui laisse deviner ce qui va suivre.
Et puis, à 23 ans, un geste banal qui change tout : il envoie un CV à Comédie !, une petite chaîne du câble. On le prend comme stagiaire. Il écrit des bandes-annonces. Il devient accessoiriste pour les Robins des Bois. Il porte des trucs, il tend des perches. Il est en bas de l’échelle et il adore ça.
Les quinze années où absolument rien ne marchait
Voilà le passage que tout le monde oublie. Celui qu’on ne raconte jamais quand on parle de « l’empire Hanouna ». Parce qu’il fait tache dans la légende.
En 2000, il obtient enfin son premier poste d’animateur sur Comédie !, dans La Grosse Émission, le laboratoire de Dominique Farrugia. Il y côtoie Kad et Olivier, Jonathan Lambert, Axelle Laffont. L’ambiance est bonne, l’audience confidentielle.
Puis vient la grande occasion. Mars 2003 : M6 lui confie le Morning Live, l’émission culte de Michael Youn. Reprendre le programme d’un phénomène, en direct, tous les matins. Le rêve. Le cauchemar aussi.
Résultat : l’émission ne retrouve jamais les audiences de la formule Youn. Arrêt le 27 juin 2003. Trois mois. Boum.
Il rebondit sur France 2 en septembre suivant comme chroniqueur dans Qu’est-ce qui se passe quand ?. Échec d’audience. La chaîne débranche au bout de deux mois. Deux. Mois.
En janvier 2004, il repart sur Comédie !. Puis Direct 8 en 2006 avec Le Gros Direct. Puis retour au service public : Hanouna Plage sur France 3, des bêtisiers, Rire ensemble contre le racisme, le porte-parolat français à l’Eurovision en 2008 depuis Belgrade.
En 2010, il relance Fa Si La Chanter sur France 3 le samedi soir. Arrêt rapide, faute d’audience. En 2009, le jeu La Porte ouverte à toutes les fenêtres sur France 4 démarre mal, on change la formule, on change l’horaire, on arrête en décembre.

« Il accumule les échecs d’audience avec une constance qui force l’admiration »
La phrase est de Libération, le 22 octobre 2012. Elle est cruelle. Elle est surtout d’une justesse chirurgicale à ce moment de sa carrière.
Imaginez la scène. Un homme de 38 ans, dix ans de télévision derrière lui, une réputation de bosseur, un capital sympathie réel… et pas un seul carton à son actif. Des chaînes qui l’accueillent, l’essaient, le remercient. En boucle.
Et à la radio, ce n’est pas beaucoup plus rose. Il commence comme auteur, coécrit Le Qui’s qui ? avec l’équipe du 6h-9h de NRJ en 2002. Il intègre Planet Arthur sur Fun Radio aux côtés d’Arthur, Manu Levy et Valérie Benaïm. Six mois.
Puis Les Peopleries sur Rire et Chansons, avec Muriel Robin en marraine. L’émission passe du week-end au quotidien, s’étale sur la matinale… et disparaît de la grille en 2007.
RTL le récupère en 2006 pour La Bonne Touche avec Jean-Pierre Foucault. Salaire : 15 000 euros par mois, révélera-t-il plus tard. Et le 8 juin 2011, la première radio de France le congédie, anticipant son départ pour Virgin. L’émission continue… sans lui.
Voilà l’homme dont on va vous raconter l’ascension. Un type que personne, en 2011, n’aurait misé sur une pièce. Alors qu’est-ce qui s’est passé, exactement ? Comment ce cumulard de flops est-il devenu, dix ans plus tard, l’animateur capable de faire trembler des ministres ?
Le 1er avril 2010 : la date que personne n’a vue passer
Ce jour-là, sur France 4, une petite hebdomadaire consacrée à l’actualité des médias voit le jour. Elle s’appelle Touche pas à mon poste !, clin d’œil au slogan « Touche pas à mon pote » de SOS Racisme.
Personne n’y prête attention. C’est France 4, une chaîne de la TNT à l’audience modeste, un créneau hebdo, un budget serré. Le genre de programme qu’on oublie avant la fin de la première saison.
Sauf que le mois précédent, en mars 2010, Hanouna fonde H2O Productions. Avec qui ? Yannick Bolloré. Présenté par son père, Vincent Bolloré. Retenez bien ces deux noms. Ils vont revenir. Souvent.
Parce que c’est là que se joue le vrai basculement. Hanouna ne se contente plus d’animer : il produit. Il possède. Il devient patron. Et un patron, ça ne se vire pas comme un simple présentateur qu’on remercie au bout de trois mois.
Pendant deux ans, TPMP se cherche sur France 4, avec des chroniqueurs qui vont et viennent. Puis mai 2012 : il annonce quitter le service public. Et il emmène l’émission avec lui.
Direction D8, la nouvelle chaîne du groupe Canal+. Le 8 octobre 2012, au lendemain du lancement de la chaîne, la nouvelle formule débarque. Plateau plus vaste. Décor neuf. Beaucoup plus de public.
Comment il a fabriqué une famille de toutes pièces
C’est là que le génie opère. Pas dans le concept — un talk sur les médias, ça existait déjà. Dans le casting.
Il garde des fidèles de la première heure : Thierry Moreau, Jean-Michel Maire, Christophe Carrière, Enora Malagré, Jean-Luc Lemoine. Certains ne le suivent pas, comme Éric Dussart ou Justine Fraioli. D’autres arrivent en renfort : Gérard Louvin, Élise Chassaing, Valérie Benaïm, Alexia Laroche-Joubert, Philippe Vandel, Nicolas Rey.
Et surtout, il repère deux gamins qui vont exploser : Camille Combal et Bertrand Chameroy. Les rubriques se multiplient, les personnages se dessinent, les surnoms s’installent.
Le principe est simple et redoutable : le téléspectateur ne regarde plus une émission, il rend visite à une bande. Il connaît les têtes, les rancunes, les vannes récurrentes. Il attend le clash comme un épisode de série.
À cette époque, Hanouna déclare gagner 15 000 euros nets par mois pour l’animation — soit autant que certains chroniqueurs, dit-il. Le chiffre paraît presque modeste au regard de ce qui va suivre.
Car en parallèle, D8 lui confie la saison 9 de Nouvelle Star, transférée de M6, diffusée à partir de décembre 2012. Cachet annoncé pour l’ensemble de l’émission : 60 000 euros brut. La machine s’emballe.
En mars 2013, il entre pour la première fois au classement TVscope des animateurs préférés des Français. À la 20e place. Le début d’une escalade que rien ne va freiner.

« C’est peu comparé à d’autres animateurs »
Novembre 2013. Hanouna déclare gagner 25 000 euros par mois. Et il ajoute cette petite phrase qui va lui coller à la peau : c’est « peu comparé à d’autres animateurs ».
La France s’étrangle. Dans Marianne, Jack Dion y voit le symptôme d’une « perte du sens commun » et d’une rupture « avec la réalité ». Et l’affaire enfle quand on découvre le reste du tableau.
Parce qu’aux 25 000 euros mensuels s’ajoutent 50 000 euros par mois comme animateur sur Europe 1. Et 4 000 euros par émission en tant que producteur de TPMP chez H2O. Faites le calcul.
En janvier 2014, la profession lui répond à sa manière : il reçoit le Gérard de l’animateur, trophée ironique récompensant les plus médiocres personnalités de la télévision. Il décrochera le « pire animateur de l’année » à plusieurs reprises entre 2013 et 2018, date de la dernière édition.
Mais peu importe. Pendant ce temps, l’empire s’étend. TPMP People, Touche pas à mon sport, Le 6 à 7, PAF avec Baba. Des émissions dérivées comme on décline une marque de yaourts.
Il lance L’Œuf ou la Poule ? avec Camille Combal, avant de laisser le jeune à la présentation. Puis CQFD ! en 2015, C’est pour nous, c’est cadeau en 2016, Dites-le à Baba ! et Family Battle en 2017. Certaines cartonnent, d’autres se ramassent. Le rythme, lui, ne faiblit jamais.
250 millions d’euros : le chiffre qui a changé la nature du personnage
- Hanouna s’apprête à signer un nouveau contrat de cinq ans avec D8. Mais Canal+ se sépare d’Ara Aprikian, le dirigeant qui pilotait la chaîne. Le contrat est ajourné.
L’animateur se tourne alors vers TF1, qui se déclare prête à l’accueillir. Sauf qu’un homme ne l’entend pas de cette oreille : Vincent Bolloré, le nouveau patron du groupe Canal+.
La réponse du milliardaire tient en un chiffre, avancé par la presse et jamais confirmé. 250 millions d’euros sur cinq ans. Soit 50 millions par an. Pour retenir un animateur que Libération décrivait trois ans plus tôt comme un collectionneur d’échecs.
Le 3 septembre 2016, dans Le Monde, Hanouna affirme qu’il aurait pu « signer sur TF1 ou M6 » et qu’il a refusé, invoquant le « manque de liberté » qu’il aurait eu pour critiquer les émissions de ces chaînes. Version officielle.
Le 2 novembre 2016, Canal+ lui offre même une case cryptée avec Le Hanounight Show. Le premier numéro, initialement prévu le 19 octobre, est déprogrammé. L’aventure s’achève l’été suivant.
En 2017, son contrat avec le groupe est prolongé de deux ans, jusqu’en 2020. L’homme n’est plus un animateur. C’est un actif stratégique.
Et un actif stratégique, ça se protège. Même quand ça dérape. Surtout quand ça dérape.
Le canular de trop, ou 25 000 signalements en quelques jours
Mai 2017. Hanouna monte un canular téléphonique à partir d’une fausse annonce publiée dans la catégorie « rencontres » du site Vivastreet. Il se fait passer pour un jeune homme bisexuel libertin. Il piège une femme et plusieurs hommes homosexuels.
La séquence passe à l’antenne. Et la France explose. Plus de 25 000 signalements arrivent au CSA — un record absolu. Un site internet est même créé pour signaler l’animateur automatiquement, en un clic.
L’affaire déborde les frontières : la presse LGBT étrangère s’en empare. L’ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira réagit publiquement. L’Association des journalistes LGBT, qui avait déjà recensé 42 « mauvaises blagues » sur l’homosexualité en un seul mois d’antenne fin 2016, décrit un « multirécidiviste ».
Puis le drame dans le drame : l’association Le Refuge annonce qu’un des jeunes piégés a été reconnu par ses parents en direct, à cause de sa voix, avant d’être expulsé du domicile familial. La société de production dément après vérifications, affirmant qu’aucun des piégés n’a été mis à la porte.
Les conséquences économiques sont immédiates. Chanel, LCI, Bosch, Disneyland Paris, EasyJet : les annonceurs retirent leurs publicités de C8 sur cette tranche horaire. La présidente de la régie publicitaire de Canal+, Francine Mayer, annonce interrompre « pour un temps la totalité des écrans publicitaires en contexte ».
Le 26 juillet 2017, le CSA inflige à C8 une sanction pécuniaire de 3 millions d’euros. Confirmée par le Conseil d’État le 18 juin 2018.
Hanouna, lui, présente ses excuses dans une lettre ouverte publiée par Libération. Il admet que le canular est « allé trop loin ». Et Yannick Bolloré, en coulisses, lui recommande de se retirer provisoirement de l’antenne.

Capucine Anav, l’entrejambe et le Conseil d’État
Sept mois plus tôt, le 7 décembre 2016, une autre séquence avait déjà mis le feu. La chroniqueuse Capucine Anav participe à un « jeu » : les yeux fermés, elle doit deviner quelle partie du corps de l’animateur elle touche.
Elle est conduite à poser la main sur l’entrejambe d’Hanouna. En direct. Devant des millions de personnes.
Le CSA suspend la diffusion des séquences publicitaires au sein de l’émission pendant quinze jours. Le Conseil d’État confirme la sanction le 18 juin 2018.
Cette année-là, avec 6 711 signalements adressés au régulateur, TPMP arrive en tête du classement des émissions ayant suscité le plus de plaintes en France. Une performance, à sa façon.
C8 ne lâche rien et saisit fin 2018 la Cour européenne des droits de l’homme, invoquant une « atteinte à la liberté d’expression ». La réponse tombe le 9 février 2023, et elle est cinglante.
La Cour juge les séquences « attentatoires à l’image des femmes » pour l’une, « de nature à stigmatiser les personnes homosexuelles et à porter atteinte à la vie privée » pour l’autre. Les sanctions sont confirmées.
Hanouna se dit « dégoûté d’être débouté ». Puis silence radio. Aucune déclaration publique. Ce qui, chez lui, en dit long.
La « secte », les menaces et le chroniqueur en larmes
En 2016, le magazine Society publie une longue enquête, nourrie d’entretiens avec des collaborateurs et des chroniqueurs. Le portrait qui en ressort est glaçant : un homme décrit comme tyrannique, prétentieux, colérique, faisant régner une ambiance délétère par ses « pratiques scabreuses, colères, menaces ».
La riposte est spectaculaire. Selon Mediapart, Hanouna diffuse à l’antenne les coordonnées du directeur de Society. Celui-ci reçoit « des milliers de mails d’insultes », puis des menaces de mort par téléphone, attribuées au garde du corps de l’animateur. L’avocat d’Hanouna conteste ces informations.
Ce n’est pas un cas isolé. En février 2016, Le Canard enchaîné révèle que l’humoriste Julien Cazarre porte plainte contre Hanouna et Enora Malagré pour menaces de violences physiques. L’affaire se règlera à l’amiable : « on s’est parlé au téléphone et il a reconnu s’être un peu emporté », dira Cazarre.
Une semaine plus tard, c’est Arnaud Ramsay, journaliste à i-Télé et France Football, qui porte plainte. Il rapporte des propos qui font froid dans le dos : « On va s’expliquer, je vais venir te défoncer, tu ne sais pas qui je suis, tu vas avoir de gros problèmes, je vais venir te chercher à I-Télé ».
Et puis il y a le cas Matthieu Delormeau. En mars 2025, Mediapart révèle, enregistrement sonore à l’appui, une scène survenue en 2023 pendant une coupure publicité. Le motif ? Le chroniqueur n’avait pas ri à une blague de l’animateur.
Les mots rapportés sont d’une violence rare : « On a la même embrouille dans la rue, je te mets en sang. […] T’es mon ami, mais t’es pas mon ami, je te tue… ». Delormeau est ensuite contraint de s’excuser en direct. En pleurs.
D’anciens chroniqueurs décrivent l’émission comme « une secte ». L’avocat d’Hanouna dément l’ensemble des informations de Mediapart. Mais quelque chose s’est fissuré. Et ce n’était que le début.
Quand l’émission est devenue une machine politique
- Un tournant que beaucoup n’ont pas vu venir. Des journalistes relèvent d’abord la proximité entre Hanouna et l’entourage d’Emmanuel Macron, des proches du président défilant régulièrement sur le plateau. Sonia Devillers, sur France Inter, parle du « bras médiatique de la macronie ».
Puis la bascule. À l’approche de la présidentielle de 2022, l’extrême droite devient la tendance politique la plus représentée dans l’émission. Des figures particulièrement radicales sont invitées. Sans contradicteurs.
Les chiffres, compilés par la chercheuse au CNRS Claire Sécail, sont sans appel. Éric Zemmour cumule plus de 40 % du temps de parole politique dans TPMP. Emmanuel Macron, 25 %. Marine Le Pen suit.
Et globalement ? L’extrême droite — Zemmour, Le Pen, Philippot, Dupont-Aignan — représente 51,1 % du temps d’antenne politique cumulé. La majorité absolue. Sur une chaîne de la TNT gratuite.
Le 16 décembre 2021, Zemmour inaugure même une nouvelle émission taillée sur mesure : Face à Baba. Ironie savoureuse : quelques années plus tôt, Hanouna avait déclaré qu’il ne le recevrait « jamais ».
En juin 2024, lors des législatives anticipées, il anime On marche sur la tête sur Europe 1, propriété de Bolloré. L’Arcom met en garde la station et lui rappelle son obligation de « traiter avec mesure et honnêteté l’actualité électorale ». La première émission réunissait Robert Ménard, Manuel Valls, Matthieu Valet et Éric Zemmour.
En juillet 2024, nouvelle polémique : il est révélé qu’il a invité Jordan Bardella, président du RN, dans sa villa de Saint-Tropez. Des photos prises par un paparazzi sont interceptées par Michèle Marchand, communicante influente et proche de l’animateur, qui tente de bloquer leur publication.

Louis Boyard, l’amende record et le début de la fin
10 novembre 2022. Le député LFI Louis Boyard, ancien chroniqueur de l’émission, est invité à réagir sur le navire Ocean Viking. Il élargit le propos et attaque les milliardaires : les « cinq personnes les plus riches, ce sont les mêmes personnes qui appauvrissent la France et elles appauvrissent l’Afrique ».
Puis il nomme Vincent Bolloré, propriétaire du groupe Canal+, et évoque ses agissements au Cameroun. Là, tout explose.
Hanouna l’interrompt et lâche, en direct : « espèce d’abruti, bouffon, tocard », « merde », « Je m’en bats les couilles que tu sois élu ». Avant de lui rappeler qu’il a lui-même été chroniqueur dans l’émission — et donc accepté l’argent de Bolloré.
La riposte politique est immédiate. Mathilde Panot saisit l’Arcom au nom de LFI et réclame une commission d’enquête parlementaire sur l’ingérence du milliardaire dans les médias.
Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, juge la séquence dégradante et appelle à « collectivement nous élever contre cette dérive du débat public ». Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, tranche : « qu’on aime ou non Louis Boyard, qu’on partage ou non ses idées, il reste un élu ».
Février 2023 : l’Arcom inflige à C8 une amende de 3,5 millions d’euros. La plus lourde jamais prononcée par cette autorité. Motif : atteinte aux droits de l’invité, au respect de son honneur et de sa réputation, et « méconnaissance par l’éditeur de son obligation de maîtrise de son antenne ».
C8 conteste devant le Conseil d’État. Le 10 juillet 2024, l’autorité confirme l’amende. Et le 20 février 2025, Hanouna lui-même est condamné pour injures publiques par le tribunal correctionnel de Paris, aux côtés de Franck Appietto : environ 4 000 euros de dommages-intérêts à l’élu.
7,6 millions d’euros d’ardoise : le compteur qui ne redescend jamais
Ajoutez à cela l’affaire Gérard Fauré. Le 9 mars 2023, l’homme, présenté par l’émission comme « l’ex dealer du Tout-Paris », relaie sur le plateau la théorie complotiste de l’adrénochrome.
Il accuse au passage des personnalités publiques de consommation de drogues, de trafic de stupéfiants, voire de pédophilie. Sans que l’animateur n’intervienne concrètement.
Sanction : 500 000 euros supplémentaires. Contestée par la chaîne, confirmée par le Conseil d’État.
Faisons les comptes. Au total, les sanctions liées au présentateur représentent 7,6 millions d’euros pour C8. Pour une seule émission, un seul homme.
Et il y a le reste. La condamnation pour diffamation du 31 mai 2022 — 500 euros d’amende avec sursis, première mention à son casier judiciaire — pour des propos tenus en direct le 25 février 2020 visant l’homme d’affaires suisse Yves Bouvier.
L’affaire Lola, aussi, où il déclare après une émission consacrée au meurtre de l’adolescente : « Le procès doit se faire immédiatement, en quelques heures et c’est terminé, c’est perpétuité directe ». Le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti lui répond sèchement sur l’État de droit.
Ou encore l’affaire Skyline Airways en septembre 2019, quand il vante les voyages d’une compagnie d’aviation qui s’avère être une escroquerie retouchant ses photos sur Photoshop. Nouvelle enquête du CSA.
Ce qui s’est réellement joué entre Hanouna et le régulateur audiovisuel dans les mois qui ont suivi change complètement le sens de toute son histoire. Et on y arrive.
La contre-attaque : quand il porte plainte contre le régulateur
Septembre 2024. Hanouna estime être « harcelé » par l’autorité de régulation. Alors il fait ce qu’il fait toujours : il attaque. Il annonce porter plainte contre l’organisme.
Pour appuyer sa démarche, il invite une téléspectatrice à témoigner sur son plateau. Sauf qu’après enquête, on découvre que la dame a des liens professionnels avec le groupe Canal+. Problème éthique majeur. Le témoignage spontané l’était nettement moins que prévu.
En novembre 2024, après l’élection de Donald Trump, il annonce en direct qu’il se rendra en 2025 à Mar-a-Lago pour rencontrer le président américain et Elon Musk, déclarant les admirer.
Des journalistes remontent la piste et découvrent qu’il s’agirait d’une participation payante : la formule « Epoch Presidential Partnership », commercialisée 100 000 dollars par le Mar-a-Lago Club, autour d’un événement baptisé « Celebrate American Exceptionalism 2025 ». Contrepartie : une entrevue de vingt minutes.
Le retournement est d’autant plus savoureux que le 9 novembre 2016, au lendemain de la première élection de Trump, Hanouna avait demandé aux Mexicains, aux femmes, aux homosexuels et aux personnes d’origines étrangères de quitter le plateau, jusqu’à le vider entièrement.
Le 27 février 2025, lors de la dernière émission diffusée sur C8, il assume : il a « totalement changé son fusil d’épaule ». Et il ajoute : « Je défendrai tout ce qui est anti-woke donc Donald Trump, je le défendrai ». Tout en précisant n’être « pas d’accord avec tout ce que dit Donald Trump ». Sans détailler.
Mais attendez. La dernière sur C8 ? Le 27 février 2025 ? Pourquoi une émission qui écrasait la concurrence depuis douze ans s’arrête-t-elle du jour au lendemain ?
Ce que les décisions officielles ont réellement acté
C’est ici que l’histoire bascule. Et que le récit héroïque de « Baba qui rebondit toujours » se fissure pour de bon.
Pendant des années, on a raconté Hanouna comme l’homme increvable. Celui qui encaisse les amendes, se paie le régulateur, insulte des députés et revient plus fort le lendemain.
Il a d’ailleurs gagné des manches. Dans l’affaire dite Delormeau, le Conseil d’État a jugé une sanction du CSA abusive et condamné le régulateur à verser 1,1 million d’euros à C8.
Sauf que sur le fond, les mises en garde, les mises en demeure, les sanctions à répétition et les millions d’euros d’amendes se sont accumulés, dossier après dossier, jusqu’à motiver la décision la plus radicale.
Le 24 juillet 2024, l’Arcom décide de ne pas réattribuer la fréquence TNT de C8, confirme officiellement son exclusion le 12 décembre, et la chaîne cesse d’émettre le 28 février 2025. Ce n’est pas Hanouna qui a claqué la porte : c’est le régulateur qui a éteint la lumière.
L’émission a survécu quelques semaines, du 3 au 26 mars 2025, sur une chaîne éphémère en live streaming baptisée TPMP. Puis plus rien. Et c’est seulement le 1er septembre 2025 qu’il a réapparu sur W9. Pas un choix stratégique. Pas une offre en or. Un exil. Plus subi que choisi.
Le bras de fer entre l’animateur le plus puissant de France et une autorité administrative, que tout le monde croyait perdu d’avance pour le régulateur, s’est terminé nettement. Sur l’essentiel, c’est l’Arcom qui a eu le dernier mot.

Sur W9, l’exil s’est transformé en revanche
Il aurait pu disparaître. Beaucoup le prédisaient. Une chaîne fermée, une émission enterrée, une réputation en miettes : le combo est généralement fatal.
Le démarrage a été rude et le programme n’a jamais retrouvé les niveaux d’audience de TPMP. Mais W9 a franchi un cap et revendique le statut de leader des talk-shows quotidiens. Si la dernière partie a souvent été battue par Quotidien, Hanouna reste devant sur l’ensemble de la tranche.
Et cette rentrée du 31 août 2026, il l’attaque en position de force. L’émission gagne du temps d’antenne : départ à 18h20, contre 18h45 l’an dernier. Cyril et la famille est découpé en trois parties jusqu’à 19h45. TBT9 enchaîne, elle aussi en trois parties, jusqu’à 21h15.
Quinzième saison en quotidienne. Le chiffre donne le vertige quand on repense au type qui se faisait débrancher au bout de deux mois sur France 2.
Castaldi, Boccolini et le grand chamboule-tout de la rentrée
Côté casting, les nostalgiques de TPMP vont adorer. Benjamin Castaldi, parti de la bande en 2022, fait son grand retour. Selon plusieurs rumeurs, Agathe Auproux serait également de la partie, tout comme possiblement Jean-Luc Lemoine, évincé de France 3.
Parmi les nouvelles têtes : Laurence Boccolini, officialisée avec Castaldi le 10 juin 2026 lors du Prime des Vérités. Elle ne sera pas simple chroniqueuse : elle hérite aussi de La grosse rigolade, que l’animateur présentait jusqu’ici.
Le mystère reste entier concernant Matthieu Delormeau. En fin de saison dernière, Hanouna a laissé entendre qu’il ne devrait pas le reprendre. Après ce que Mediapart a révélé sur leurs échanges, on comprend que le sujet soit sensible.
Côté volume d’antenne, la présence de plusieurs chroniqueurs évoluerait à la hausse ou à la baisse. Côté éditorial, peu de changements annoncés, même si la présidentielle de 2027 pourrait vite s’inviter dans les débats.
Et pour l’invité de ce premier soir, Hanouna a choisi le plus explosif du moment : Guillaume Pley. Le fondateur de Legend a été visé cet été par trois enquêtes — Les Inrockuptibles, Le Monde et le youtubeur TPZ — évoquant un management jugé toxique et des échanges à caractère sexuel qu’il aurait eus, à l’époque de NRJ, avec des mineures.
L’animateur promet des « révélations exclusives ». Pley conteste : il a annoncé plusieurs plaintes en diffamation contre les trois médias, affirmant que ses comptes étaient administrés par ses équipes. Dans un communiqué, il exprimait « les plus vifs regrets sur la manière dont nous nous adressions et échangeons avec nos publics, parfois mineurs », des échanges « clairement inappropriés ».
Cette ligne est contestée par d’anciens collaborateurs. Julien Seeberger, le « stagiaire » de son émission, cité dans certains messages, réfute tout lien avec ces échanges et a annoncé le 13 août « une plainte pénale contre X pour usurpation d’identité ».
Autrement dit : pour son grand retour, Hanouna rejoue exactement la partition qui l’a mené où il est. Le sujet brûlant, l’invité contesté, le direct sous tension. Rendez-vous à 18h20 sur W9 et M6+. Avec ou sans robot.