Décès de Dominique Frot, la proviseure culte de « Soda » et sœur de Catherine Frot, à 68 ans

Sa voix, tout le monde la reconnaissait en trois secondes. Ce timbre si particulier, cette diction si singulière, c’était celle de Madame Vergneaux, la proviseure improbable de la série « Soda ».
Dominique Frot est décédée le 7 août à l’âge de 68 ans. L’annonce a été faite sur son compte Instagram par ses proches, Jacques et Catherine Frot.
« C’est avec beaucoup de tristesse que nous vous faisons part du décès survenu le 7 août, de Dominique », ont-ils écrit. Les modalités des obsèques seront communiquées ultérieurement.
Le personnage qui l’a rendue populaire
Dans « Soda », diffusée à partir de 2011, elle incarnait cette responsable d’établissement autoritaire et complètement dépassée par son élève le plus turbulent.
Face à elle, Kev Adams campait Adam Fontella, ado insupportable et attachant. Leur duo est devenu culte pour toute une génération de téléspectateurs.
Ce qui frappait chez Dominique Frot, ce n’était pas seulement le texte. C’était sa façon de le dire, ce jeu décalé qui transformait chaque scène en moment mémorable.
Une carrière de plus de quarante ans que peu connaissaient
Réduire Dominique Frot à « Soda » serait passer à côté de l’essentiel. Née le 23 août 1957 à Rochefort-sur-Mer, elle était la sœur cadette de Catherine Frot.
Sa formation, elle l’avait construite en double : le Conservatoire national d’art dramatique de Paris d’un côté, l’École normale supérieure de musique de l’autre.
Le théâtre restait sa passion première. Elle avait été dirigée par des pointures : Peter Brook, Luc Bondy, Claude Régy, Thomas Ostermeier, Robert Wilson, Pascal Rambert.
Elle avait même passé trois ans à Berlin, au sein de la prestigieuse Schaubühne, jouant directement en allemand. Un détail que beaucoup ignoraient totalement.

Ces films qui ont marqué sa filmographie
Au cinéma, elle multipliait les seconds rôles marquants. « Vatel », « Peut-être », « Elle s’appelait Sarah », « À l’intérieur », « Les Mains libres » : sa filmographie était dense.
Plus récemment, elle avait tourné dans « Titane » de Julia Ducournau, Palme d’or à Cannes, ainsi que dans « Captives » et « Le Molière imaginaire ».
En 2025 encore, on la voyait dans trois films : « God Save the Tuche » de Jean-Paul Rouve, « La Tournée » et « Dites-lui que je l’aime » de Romane Bohringer.
Au total, AlloCiné lui attribue 57 films et séries sur 42 années de carrière. Un chiffre qui donne la mesure de son parcours discret mais constant.
Une artiste qui transmettait autant qu’elle jouait
Dominique Frot ne se limitait pas à interpréter des rôles. Elle mettait aussi en scène des textes contemporains et avait fondé sa propre compagnie en 2000, A. D. Frot d’Hautes Choses.
Elle enseignait également l’art dramatique et siégeait dans plusieurs jurys et commissions du monde du cinéma et du théâtre.
Membre de l’Académie des arts et techniques du cinéma et d’Unifrance, elle avait consacré une large part de sa vie à la transmission artistique.
Ce que le grand public retiendra d’elle
Pour la majorité des Français, elle restera pourtant indissociable de cette proviseure à la personnalité improbable, cheval de bataille comique face à Kev Adams.
Un rôle qui a permis à des millions de jeunes téléspectateurs de découvrir une comédienne bien plus complexe qu’elle n’y paraissait à l’écran.
Avec sa disparition, le cinéma, le théâtre et la télévision françaises perdent une artiste atypique. Quarante ans de création s’éteignent avec elle.