Freddie Mercury : Mary Austin, la femme de sa vie, garde ce secret depuis 35 ans
Dans moins d’un mois, cela fera trente-cinq ans que Freddie Mercury s’est éteint dans sa maison de Kensington, à Londres. Trente-cinq ans de documentaires, de biographies, d’enquêtes de fans et d’un film oscarisé. On croit tout savoir de la voix de Queen. Vraiment tout ?

Car un mystère a survécu à toutes ces années. Il ne tient ni à une chanson perdue, ni à un enregistrement inédit. Il se cache dans les toutes dernières volontés du chanteur. Et une seule personne au monde en détient la clé.
Ni la famille de Freddie, ni ses amis de Queen, ni les millions de fans qui le pleurent encore n’ont réussi à faire parler cette personne. Elle a subi les pressions, les reproches, les questions. Elle n’a jamais cédé. En septembre dernier encore, elle a refusé de lâcher le moindre indice.
Pour comprendre comment on en arrive là, il faut remonter très loin. Jusqu’à une île de l’océan Indien, un pensionnat de montagne et un étal de fripes londonien. Accrochez-vous : l’histoire de ce secret est d’abord une histoire d’amour qui n’est jamais entrée dans aucune case.
Le petit garçon de Zanzibar qui n’avait pas encore de nom de scène
Avant d’être Freddie Mercury, il s’appelait Farrokh Bulsara. Il naît le 5 septembre 1946 à Stone Town, sur l’île de Zanzibar, alors protectorat britannique. Son père, Bomi, est comptable pour l’administration coloniale. La famille appartient à la communauté parsie et pratique le zoroastrisme, une religion qui comptera jusqu’au tout dernier jour.
Le décor de carte postale cache une enfance plus rude. En 1953, ses parents l’envoient poursuivre ses études en Inde, dans un internat de Panchgani, à quelque 380 kilomètres au sud-est de Bombay. Celle qui partagera plus tard sa vie rapportera qu’il n’a vu ses parents qu’une fois en sept ans. Sept ans : imaginez le petit garçon.
À l’internat, il choisit la boxe pour s’endurcir. Mais c’est la musique qui le sauve. Le directeur de l’école écrit aux parents pour leur conseiller de lui payer des cours de piano, tant il est doué. En 1958, à douze ans, il devient le pianiste d’un premier groupe de lycée, The Hectics.
C’est là, au milieu des copains de pensionnat, qu’il récolte un surnom plus simple à prononcer que Farrokh : Frederick, puis Freddie. Même ses parents finiront par l’appeler ainsi. Le gamin vient, sans le savoir, d’enterrer une première identité. Ce ne sera pas la dernière.
En 1964, l’Histoire s’en mêle. La révolution de Zanzibar chasse le sultan et pousse la famille Bulsara à tout quitter pour l’Angleterre. Ils atterrissent d’abord chez des amis à Feltham, à deux pas de l’aéroport d’Heathrow. Loin, très loin des palais de Stone Town.
Ce passé, Freddie va s’appliquer à le faire disparaître. Selon un ami cité par le journaliste David Bret, il avait purement et simplement enterré son nom de naissance. Retenez bien ce goût du secret. Il va traverser toute sa vie, et le suivre bien au-delà.
Kensington, un étal de vêtements et une vendeuse de chez Biba

À la fin des années 1960, Freddie étudie l’illustration graphique à l’Ealing Art College et s’installe à Kensington, un quartier bouillonnant d’artistes. Pour vivre, il revend des vêtements d’occasion sur un marché avec un certain Roger Taylor, batteur du groupe Smile. Queen n’existe pas encore. Freddie, lui, piaffe déjà.
Non loin de là travaille une jeune femme discrète, chez Biba, la boutique de mode la plus branchée de Kensington. Elle s’appelle Mary Austin. Elle a grandi dans une famille modeste : ses deux parents sont sourds, sa mère fait des ménages, son père est ouvrier. Sa mère meurt quand elle a quinze ans, et c’est elle qui élève ensuite ses petites sœurs.
Leur rencontre, en 1970, tient du hasard. Mary est une amie de Brian May, le guitariste de Smile. Elle se trouve chez lui le jour où les garçons cherchent un nom pour leur futur groupe. Brian propose Build Your Own Boat, Freddie lance Queen : vous connaissez la suite.
Ce jour-là, Mary n’est pas franchement séduite. Dans un entretien accordé en 2026 au Guardian, elle a raconté l’avoir trouvé trop sûr de lui pour elle, plein de bravade, au point de se plonger dans un magazine pour se faire oublier. Elle ajoutait que cette assurance l’avait un peu intimidée.
Elle dira plus tard, au Daily Mail, n’avoir jamais rencontré quelqu’un comme lui : « Il avait beaucoup d’assurance – ce qui n’avait jamais été mon cas. On s’est fréquenté. Je l’aimais bien, et ça a commencé comme ça. » Une phrase toute simple pour une histoire qui ne le sera jamais.
Car derrière la bravade, elle découvre vite autre chose. Toujours au Guardian, elle décrit un mélange de vraie confiance et de façade, une carapace destinée selon elle à protéger qui il était vraiment. Cette carapace, elle sera l’une des très rares personnes à la voir tomber.
Des boîtes dans des boîtes, et une question qui change tout
Tout va très vite. Au bout de quatre mois, Freddie propose à Mary d’emménager avec lui, en partie pour une raison très terre à terre : il veut vivre à Londres et ne peut pas payer un loyer seul. En 1971, ils s’installent ensemble et partagent les frais. Pas encore de limousines, pas encore de stades.
Ce qui les soude ? Des enfances qui se ressemblent, explique Mary. Lui, l’enfant envoyé seul en pension à des milliers de kilomètres de ses parents ; elle, l’aînée devenue mère de substitution à l’adolescence. Deux gamins qui ont grandi trop vite se reconnaissent.
Elle est aussi fascinée par sa curiosité. Elle a raconté au Guardian qu’il retournait voir le film Cabaret encore et encore, et qu’elle adorait l’écouter expliquer pourquoi. « C’était comme lire un livre », résumait-elle à propos de ce voyage dans son esprit. Pour une jeune femme qui n’avait connu que deux relations avant lui, c’est un monde qui s’ouvre.
Puis vient un Noël que Mary n’oubliera jamais. Freddie lui tend une grosse boîte, qui en contient une autre, puis une autre encore, comme des poupées russes. Dans la plus petite, une bague de jade. Elle a raconté la scène en détail au Daily Mail, dans des propos traduits par Purepeople.
« Alors je lui ai demandé : « À quelle main dois-je la mettre ? » Et il a répondu : « Annulaire, main gauche. » Puis il a ajouté : « Parce que… veux-tu m’épouser ? » J’étais sous le choc. » Elle murmure un simple oui. Nous sommes en 1973, et le couple est officiellement fiancé.
Un mariage en vue, donc ? Pas si vite : quelque temps plus tard, Mary repère dans une petite boutique une robe de style ancien qui ferait une parfaite robe de mariée. Elle pose la question à Freddie, histoire de prendre la température. Sa réponse tient en un geste, et elle va tout changer.
« Non Freddie, je crois que tu es gay »
Il secoue la tête : pas la peine d’acheter la robe, Mary comprend que le mariage n’aura jamais lieu. Dans son récit au Daily Mail, elle se souvient que l’atmosphère entre eux changeait énormément, sans qu’elle sache encore pourquoi. Il rentre de plus en plus tard, elle le soupçonne de voir une autre femme.
La vérité est ailleurs. Les biographies situent la conversation en 1976, Mary la place plutôt au début de 1977 dans son livre. Freddie lui annonce qu’il a quelque chose d’important à lui dire : il se croit bisexuel. Sa réponse, elle l’a répétée au Guardian en 2026 : « Non, Freddie, je pense que tu es gay. »
Il ne la contredit pas. Et là où on attendrait des cris et des larmes, Mary parle aujourd’hui de soulagement : elle avait compris depuis un moment qu’ils ne prenaient plus la même direction. « Nous sommes devenus de meilleurs amis et c’est devenu une meilleure relation », a-t-elle confié au quotidien britannique.
Le plus fou, c’est la suite. Ils ne se séparent pas vraiment : ils continuent de vivre ensemble pendant dix-huit mois. Puis Mary emménage dans un appartement acheté par la maison de disques du chanteur. Elle reste dans son orbite, tout près de lui, pour toujours.
Des années plus tard, Mary mesurera ce que cette franchise lui a peut-être épargné. « S’il s’était lancé dans une existence bisexuelle sans me mettre au courant, j’aurais contracté le sida et je serais morte », a-t-elle déclaré au Daily Mail. Une phrase qui glace quand on sait ce qui attend Freddie.
Mais avant le drame, il y a la gloire. Une gloire démesurée, qui commence par un pari que personne, chez sa maison de disques, ne voulait prendre. Et qui va propulser l’ancien vendeur de fripes au sommet.
Six minutes que personne ne voulait diffuser
À l’automne 1975, Freddie a composé pour l’album A Night at the Opera un morceau qui ne ressemble à rien de connu. Près de six minutes, pas de refrain, une ballade qui bascule dans l’opéra puis dans le hard rock. Chez EMI, c’est le choc, comme il le racontera en janvier 1976 au journal Sounds.
La réaction du label, selon ses propres mots : « Un single de six minutes ? Vous plaisantez ! » EMI préfère sortir en premier un autre titre de l’album, You’re My Best Friend. Le groupe et son producteur, Roy Thomas Baker, veulent au contraire Bohemian Rhapsody en version intégrale.
C’est un animateur radio qui fait basculer la partie. Kenny Everett, animateur de la matinale de Capital Radio à Londres, récupère une copie avant la sortie. D’après les récits rapportés par Men’s Journal, il commence par diffuser des bribes en prétendant que son doigt a glissé. Puis il passe le titre complet quatorze fois en deux jours.
Le 31 octobre 1975, il y a cinquante et un ans jour pour jour, EMI cède et sort le single sans la moindre coupe. Il reste neuf semaines numéro un au Royaume-Uni et devient le numéro un de Noël. Le pari fou est gagné.
Pour Mary, ce succès marque un tournant intime autant que professionnel. Elle a expliqué au Daily Mail que Freddie était un mélange de confiance en soi et de doute, et que Bohemian Rhapsody l’avait affranchi de ce doute. L’homme qui intimidait tant la vendeuse de Biba devient une superstar, et elle reste toujours dans son ombre.
« Mon épouse officieuse » : le couple qui défie toutes les étiquettes

Leur histoire d’amour est finie, mais Mary devient l’assistante personnelle de Freddie. Elle se décrit elle-même comme sa « femme à tout faire ». Elle joue les intermédiaires dans ses relations parfois orageuses, notamment avec son manager David Minns. Dans l’entourage d’une rock star, c’est une place que beaucoup auraient rêvé d’occuper.
Lui ne cache pas ce qu’elle représente. En 1985, dans une interview au New York Post, il affirme qu’elle est sa seule amie et qu’aucun de ses amants n’a jamais pu la remplacer. Selon Purepeople, il la qualifie même d’« épouse officieuse » : « Pour moi, c’était un mariage. Nous croyons l’un en l’autre, ça me suffit. »
Le grand public, lui, a longtemps cru que Mary avait inspiré Love of My Life, la ballade de 1975. Plusieurs médias l’ont écrit. Elle a fini par démentir en 2026 : Freddie ne lui a jamais dit que la chanson parlait d’elle. C’est Lily of the Valley, a-t-elle assuré au Guardian, qu’il avait écrite à son sujet.
Il ne lui disait pas non plus qu’il l’aimait, a-t-elle confié dans ce même entretien. À la place, glisse-t-elle, « il achetait des choses ». Une façon d’aimer qui en dit long sur l’homme. Et qui prendra, vous allez le voir, une dimension vertigineuse après sa mort.
Avant d’en arriver là, il faut comprendre ce qui liait vraiment Freddie Mercury à Mary Austin, bien après la fin de leur histoire d’amour. Car en 1985, un autre homme entre dans la vie du chanteur. Un homme qui partagera ses dernières années, et qui n’oubliera jamais la place occupée par Mary.
Un coiffeur irlandais, cinq livres en poche et un drôle de premier soir
Mars 1985, au Heaven, un club gay de Londres. Jim Hutton est coiffeur et, comme il l’a raconté au Times en 2006, il n’a plus qu’un billet de cinq livres en poche. Un homme s’approche du bar et lui propose un verre. Hutton répond par une autre question : et vous, vous buvez quoi ? « Une grande vodka. »
La suite de la conversation, rapportée par Hutton, est trop crue pour être reproduite ici. Le plus savoureux est ailleurs : il ne reconnaît pas l’homme qui le drague. C’est seulement plus tard, en allant se préparer un café dans la cuisine, qu’il apprend son identité de la bouche de Joe Fanelli, le cuisinier de Freddie.
Hutton, Irlandais du comté de Carlow, septième d’une famille de dix enfants, n’est pas impressionné. Freddie, lui, s’accroche. Un soir, Hutton prépare des saucisses-purée quand le téléphone sonne : Freddie l’invite à dîner. « Je suis en train de faire le mien », répond le coiffeur. Réponse de la star, selon le Times : « Éteins ça. Je t’envoie un chauffeur. »
Début 1986, Hutton s’installe à Garden Lodge, la grande maison géorgienne de huit chambres que Freddie possède à Kensington. Il quitte son poste au Savoy et devient jardinier de la propriété, payé 600 livres par mois. Une drôle de vie de couple, entre le bassin à nettoyer et les chats que Freddie adorait.
Hutton a toujours juré que l’hédonisme de Freddie avait été exagéré. Il décrivait au Times des soirées tranquilles, allongés sur le canapé, Freddie lui massant les pieds en lui demandant comment s’était passée sa journée. Loin, très loin de l’image sulfureuse que les tabloïds vendaient alors.
Peter Freestone, assistant du chanteur pendant douze ans, a lui aussi décrit à Smooth Radio un Garden Lodge chaleureux, où Freddie pouvait descendre en survêtement dépareillé. Les fêtes pouvaient réunir jusqu’à 200 personnes. Mais, selon le mot qu’il prête à Freddie, ce n’était pas un musée : c’était une maison faite pour être vécue.
Wembley, 13 juillet 1985 : il ne voulait pas y aller
Le 13 juillet 1985, Queen monte sur la scène du Live Aid au stade de Wembley, devant une audience estimée à deux milliards de téléspectateurs. Freddie fait taper dans leurs mains les spectateurs sur Radio Ga Ga, lance ses vocalises, la foule répète. La critique saluera la prestation comme la plus grande performance live de tous les temps.
Ce que le public ignorait, c’est qu’il avait failli ne jamais y aller. Freddie était réticent, et c’est Mary qui l’a poussé à participer, raconte-t-elle dans son livre. Il se braque, se fâche, et cesse de lui adresser la parole dans les jours qui précèdent le concert. La bête de scène boude en silence.
Et le jour J, Mary fait quelque chose d’inhabituel. Au lieu de se tenir comme d’habitude sur le côté de la scène, elle achète ses propres billets et regarde le concert depuis le public. Au milieu de la foule, anonyme, elle voit l’homme qu’elle a convaincu entrer dans la légende.
Jim Hutton, lui, est en coulisses. « J’étais estomaqué », a-t-il raconté au Times, décrivant l’effet de la présence de Freddie sur la foule. Après le show, Elton John vient trouver le chanteur et, selon Hutton, lui lance : « Salaud, tu l’as volé. » Le show, évidemment.
Brian May le dira à sa manière : le reste du groupe a bien joué, mais Freddie a emmené le tout à un autre niveau. Ce jour-là, Queen relance sa popularité. Mais pour Freddie, l’heure de gloire précède de peu un compte à rebours dont personne ne mesure encore la cruauté.
Un an plus tard, le 9 août 1986, il donne avec Queen son dernier concert, à Knebworth, devant plus de 125 000 personnes. Personne ne sait encore que c’est le dernier. Le compte à rebours, lui, a déjà commencé.
Le coup de téléphone qu’il refusait de prendre
Peter Freestone l’a raconté à Smooth Radio : Freddie connaissait le virus, il savait que des amis en mouraient. Comme beaucoup, il se répétait que ça ne lui arriverait pas. « Je pense qu’au début de 1987, Freddie avait une bonne idée qu’il était malade, mais il repoussait la confirmation aussi longtemps que possible », confiait l’assistant.
Détail saisissant : Freddie a fait faire une biopsie sur une marque à la main. Son médecin tente de l’appeler, mais il refuse de prendre l’appel. Alors le médecin finit par appeler Mary, en lui disant qu’il doit parler à Freddie de toute urgence. Selon Freestone, c’est elle qui le persuade de décrocher, fin avril 1987.
Le diagnostic tombe, et Freddie décide de le garder pour lui. Seuls trois proches sont dans la confidence : son compagnon Jim Hutton, le manager de Queen Jim Beach, et Mary. Même ses camarades du groupe ne sont pas mis au courant tout de suite : le secret, encore et toujours.
À Hutton, il propose une porte de sortie. « Je comprendrais si tu voulais faire tes valises et partir », lui dit-il selon le Times. Hutton refuse net : « Ne sois pas stupide. Je ne vais nulle part. Je suis là pour le long terme. » Quelques années plus tard, Hutton apprendra à son tour qu’il est séropositif.
Il passe un test en 1990, le résultat est positif. Il n’en parle à Freddie qu’un an plus tard, après un second test. La réaction de la star, rapportée par Hutton, tient en un mot : « Les salauds. » Rien de plus.
Pendant ce temps, Mary mène sa propre vie. Deux ans avant la mort de Freddie, elle met au monde son premier fils, Richard, né de sa relation avec le peintre Piers Cameron. Freddie en devient le parrain. Mais il refuse tout contact physique avec le bébé, à une époque où l’on connaît encore très mal le virus.
Les tabloïds, les leurres et la rumeur qui vise aussi Mary

Le 20 février 1990, Freddie fait sa dernière apparition publique, aux Brit Awards, où Queen est sacré meilleur groupe britannique des années 1980. Il ne prononce que quelques mots et laisse parler Brian May. La rumeur de maladie enfle aussitôt. Le groupe dément par communiqué.
La presse ne lâche rien. Selon le Smithsonian Magazine, le Sun publie cette même année un article titré « Le triste visage de Freddie Mercury », avec une photo de lui sortant d’un cabinet médical, hagard. Paul Prenter, un ancien assistant qui a déjà vendu aux journaux des secrets de sa vie privée, remet publiquement en cause les démentis.
Mary a décrit un harcèlement permanent dans les dernières semaines. Les photographes campent devant la maison, suivent Freddie jusqu’à ses rendez-vous médicaux. Il doit recourir à des leurres pour pouvoir sortir. Garden Lodge, ce cocon que décrivait Peter Freestone, devient une forteresse assiégée.
Elle-même n’est pas épargnée. La presse à scandale affirme qu’elle est atteinte du sida, au moment même où le gouvernement de Margaret Thatcher impose le dépistage aux femmes enceintes. Le stigmate éclabousse jusqu’aux proches du chanteur.
Cette peur de la stigmatisation la marquera durablement. Elle a longtemps caché à ses fils la nature de sa relation avec le chanteur, par crainte qu’ils subissent ce qu’il avait subi. Son cadet, Jamie, a expliqué au Guardian qu’il savait, mais qu’il évitait le sujet devant la douleur que cela provoquait chez sa mère.
« Je vais le faire, chéri » : chanter jusqu’au dernier souffle
Malade, Freddie refuse de s’arrêter. En 1990-1991, il enregistre ses dernières prises avec Queen, alors qu’il passe beaucoup de temps à Montreux, en Suisse. Dans le clip d’I’m Going Slightly Mad, il apparaît très amaigri, le visage caché sous une épaisse couche de maquillage. Pour qui regarde attentivement, ces images sont sans équivoque.
Pour The Show Must Go On, Brian May, le voyant très faible, lui demande s’il pourra seulement assurer la voix. La réponse est entrée dans la légende : « I’ll fucking do it, darling », autrement dit « Putain que je vais le faire, chéri ». Selon May, il a bu un verre de vodka et a complètement explosé la prise.
Brian May a raconté à AXS TV, dans des propos relayés par Smooth Radio, qu’il ne l’avait jamais vu pleurer ni s’apitoyer sur son sort. Il le décrit comme quelqu’un qui disait sans cesse « faisons-le, continuons à faire des choses ». Freddie chante tant qu’il le peut, jusqu’à ce qu’une pneumonie l’en empêche.
Mother Love sera la dernière chanson sur laquelle il pose sa voix. Il ne peut pas la terminer : c’est Brian May qui chante le dernier couplet. These Are the Days of Our Lives sera la dernière vidéo tournée. Le show continue, mais le rideau tombe déjà.
Et pendant que le monde regarde le chanteur fondre à l’écran, une question vous brûle sans doute les lèvres : que deviendra tout ce qu’il a bâti ? Car le testament du chanteur laissera des traces durables : une brouille dans l’entourage et un secret que personne n’a jamais pu arracher à celle qui le garde.
Novembre 1991 : les derniers jours derrière les murs de Garden Lodge
Le 10 novembre 1991, Freddie rentre de Suisse. Selon Peter Freestone, c’est à ce moment qu’il prend la décision d’arrêter son traitement, pour ne garder que des antalgiques. « Je pense qu’il a simplement senti et su que c’était son heure », a confié l’assistant à Smooth Radio.
Le Smithsonian Magazine rapporte que, depuis sa maison, il pouvait voir la fumée des cigarettes des paparazzi au-dessus du mur du jardin. À son chevet se succèdent Elton John, ses camarades de Queen, Mary et Jim Hutton. Sa sœur Kashmira se souvient que leur mère venait plus souvent que leur père, incapable de supporter de le voir si maigre.
Un jour, Freddie regarde des vidéos de ses concerts d’antan. Mary l’a raconté au Daily Mail : « Une fois, il s’est tourné vers moi et m’a dit, triste, « et dire que j’ai été si beau. » » Elle doit quitter la pièce pour ne pas fondre en larmes, puis revient s’asseoir comme si de rien n’était.
Troublant écho : sa sœur Kashmira a rapporté presque la même scène dans le documentaire Freddie Mercury: The Final Act. Devant ses vieilles vidéos, il disait qu’il était beau à l’époque. Elle a confié avoir trouvé cela profondément blessant, parce qu’il savait parfaitement ce qu’il traversait.
Quelques jours avant la fin, à six heures du matin, Freddie veut revoir ses tableaux. Hutton propose de le porter, mais il descend seul en s’agrippant à la rampe. Hutton installe une chaise, allume les spots sur chaque toile. « Oh, ils sont magnifiques », souffle Freddie, selon le récit fait au Times.
Hutton le remonte ensuite dans ses bras jusqu’à son lit. Freddie lui glisse alors, toujours selon le Times : « Je ne m’étais jamais rendu compte que tu étais aussi fort. » Ce sera, d’après Hutton, leur dernière vraie conversation.
Le communiqué, l’horloge arrêtée et deux mots murmurés
Le 23 novembre 1991, un communiqué tombe au nom de Freddie Mercury. « Suite aux énormes spéculations de la presse ces deux dernières semaines, je souhaite confirmer que j’ai été testé séropositif et que j’ai le sida », y lit-on, selon le texte reproduit par le Smithsonian Magazine. Le monde entier découvre ce qu’il cachait depuis des années.
Le texte se termine par une ultime supplique : « Ma vie privée a toujours été très précieuse pour moi, et je suis célèbre pour mon absence d’interviews. » Jim Hutton, lui, a affirmé au Times douter que Freddie l’ait voulu, et assuré que c’est le manager Jim Beach qui l’a diffusé.
Le lendemain, 24 novembre 1991, Freddie Mercury meurt d’une pneumonie liée au sida. Il a 45 ans. Le Smithsonian situe l’heure officielle du décès à 18 h 48. Hutton, présent à son chevet, raconte être allé arrêter la petite horloge que Freddie lui avait offerte : elle indiquait sept heures moins douze.
Mary, elle, a raconté au Guardian lui avoir tenu la main dans ces dernières heures. Il était sous morphine, perdait par moments conscience. Il s’est réveillé une dernière fois et lui a dit : « Ma vieille fidèle. » Elle a ajouté s’être sentie un peu comme un chien, et ne pas avoir été flattée.
Ailleurs, la famille encaisse. Kashmira se souvient de leur père lisant un article sur la mort de Freddie, les larmes coulant sur le journal : « Ça aurait dû être moi, à la place de Freddie. » Mais le plus troublant reste à venir. Car ce que Freddie avait prévu pour la suite, presque personne ne le savait.
Ce que contenaient vraiment ses dernières volontés

Celle qu’il appelait son grand amour n’a jamais été son épouse. Pourtant, c’est Mary Austin qui reçoit la part du lion : la moitié de sa fortune, la maison de Garden Lodge à Kensington et un pourcentage sur les ventes futures de ses disques. La succession est alors évaluée à 37,5 millions de livres sterling. Sa sœur reçoit 25 %, tout comme ses parents.
Elle avait d’abord refusé la maison, a-t-elle expliqué. Selon elle, Freddie lui a répondu que, si les choses s’étaient passées comme prévu, elle aurait été sa femme et la maison lui serait revenue de droit. « Tu aurais été ma femme, cela t’aurait appartenu de toute façon » : c’est la phrase que Purepeople lui attribuait en 2013. Jim Hutton reçoit 500 000 livres, mais doit quitter Garden Lodge dans les trois mois.
Mais le vrai secret est ailleurs. Après la crémation au crématorium de Kensal Green, conduite par un prêtre zoroastrien, Mary repart avec l’urne. Elle seule sait où reposent les cendres de Freddie Mercury. Elle les a gardées deux ans, puis s’est éclipsée un matin, en prétextant un soin du visage pour ne pas éveiller les soupçons du personnel.
Elle ne l’a jamais dit à personne. Ni aux parents de Freddie, ni à sa sœur. Elle indique leur avoir présenté ses excuses sans pouvoir leur en dire davantage, et assure que la mère de Mercury a fini par l’accepter. Ce secret, elle affirme qu’elle l’emportera dans la tombe.
La brouille, la vente du siècle et un silence qui tient toujours
Cet héritage a eu un prix. Jim Hutton, mort le 1er janvier 2010, était persuadé que Freddie lui avait promis de pouvoir rester à Garden Lodge et en a gardé du ressentiment ; Mary assure que la décision revenait aux exécuteurs testamentaires. En 2013, elle confiait au Daily Mail s’être pris la jalousie « en pleine face – comme un TGV japonais ». Selon elle, les membres survivants de Queen se sont « volatilisés » après la mort de Freddie.
Avec Kashmira, les rapports restent tendus. En septembre 2023, Mary fait vendre la collection de Freddie chez Sotheby’s : les 1 406 lots trouvent preneur pour 39,9 millions de livres. La porte du jardin de Garden Lodge, couverte de messages de fans, part à 412 750 livres frais compris. Selon une source citée par The Sun, Kashmira aurait racheté anonymement pour environ 3 millions de livres d’objets.
En 2024, Garden Lodge est mise en vente pour 30 millions de livres. Le 1er septembre 2026, Mary publie A Life in Lyrics, tiré des archives retrouvées dans la maison, où elle évite les révélations intimes. Elle dit n’avoir jamais vu le film Bohemian Rhapsody, où Lucy Boynton l’incarnait, et ne pas vouloir découvrir la version d’un autre.
Au Guardian, elle l’a reconnu sans détour : si elle était à la place des parents ou de la sœur de Freddie, privée de savoir où reposent ses cendres, elle serait blessée et offensée. Mais c’était, dit-elle, la mission qu’il lui avait confiée. « Et je l’ai accomplie. »
Freddie, lui, craignait que des fans trop obsessionnels ne viennent un jour troubler son repos. « Il voulait que cela reste un secret, et cela le restera », avait-elle promis en 2013. Trente-cinq ans après sa mort, elle tient parole. La dernière demeure de Freddie Mercury reste l’endroit le mieux gardé du rock.