Hélène Ségara brise le silence sur sa maladie : ce qu’elle a perdu en plus de son œil
Le 28 août 2026, un disque a atterri dans les bacs avec une pochette souriante et douze titres taillés pour la fête. Un album de duos, des copains partout, trente ans de carrière à célébrer. Sur le papier, c’est une carte postale.

Sauf que derrière la carte postale, il y a une femme de 55 ans qui a perdu la vue d’un œil. Une femme qui a passé une décennie entre les blocs opératoires et les plateaux de télé. Et qui a longtemps refusé d’en parler.
Fin août, elle s’installe sur un canapé de France 2 pour parler maquillage. En quelques phrases, l’ambiance bascule. Elle raconte un détail du quotidien que personne n’avait imaginé.
Mais ce n’est pas là qu’elle a lâché le plus dur. Le plus dur, elle l’avait dit deux semaines plus tôt, dans un magazine, en une phrase qui dit tout ce qu’elle a traversé. Accrochez-vous.
Douze titres, une bande de copains, et une revanche qui ne dit pas son nom
Commençons par la partie joyeuse. Le vendredi 28 août 2026, Hélène Ségara & Friends sort en numérique, en CD et en vinyle. Douze titres, douze relectures de son propre répertoire.
Le principe est simple et redoutable : elle rechante ses tubes, mais jamais seule. Julien Doré la rejoint sur Il y a trop de gens qui t’aiment. Florent Pagny se glisse sur Vivo per lei, le duo qui l’avait révélée avec Andrea Bocelli en 1997.
Garou, lui, revient là où tout a commencé pour eux deux : Les oiseaux qu’on met en cage, extrait de Notre-Dame de Paris. Vingt-huit ans après, Quasimodo et Esmeralda remettent le couvert en studio. Laura Pausini reprend, elle, On n’oublie jamais rien, on vit avec.
Ajoutez Philippe Katerine, Julie Zenatti, Joyce Jonathan, Vincent Dedienne. Le casting ressemble à un hommage collectif. Comme si tout un métier avait décidé de venir chanter avec elle.
Retenez bien cette image. Parce qu’elle va prendre un tout autre goût dans quelques minutes.
Sur le plateau de Télématin, la suite, sur France 2, elle a résumé l’idée en une phrase simple : « Je pense que la musique se partage. C’est quelque chose que je voulais faire depuis très longtemps. J’ai toujours adoré les duos, j’en ai fait beaucoup dans ma vie mais, faire un album que de duos, c’est un vrai challenge. »
Sur le canapé de France 2, la phrase qui fait tomber le silence

Face à Agathe Lecaron et à son chroniqueur Thomas Isle, l’interview commence par un sujet léger. L’émission reçoit une ancienne maquilleuse de la Maison-Blanche, et l’animatrice demande à la chanteuse si elle a, elle aussi, sa maquilleuse attitrée. Question anodine. Réponse pas du tout.
« J’ai le même maquilleur depuis des années. Vous savez j’ai des problèmes très graves aux yeux et, comme j’ai perdu un œil, il fallait vraiment faire attention à l’œil qui me restait », lâche-t-elle.
Puis elle donne le chiffre. Celui qu’on n’attendait pas dans une séquence beauté du matin. « Il y a eu des périodes où j’ai eu beaucoup de chirurgie, j’ai eu 22 chirurgies, donc j’avais un œil qui se fermait plus que l’autre. »
Elle explique ensuite le strabisme, avec des mots qui font froid dans le dos : « J’avais un strabisme parce qu’un œil qui ne voit plus cherche désespérément une image et une lumière et j’avais un maquilleur qui savait pallier à tout cela. »
Et puis ce détail, minuscule et énorme à la fois. Son maquilleur nettoie systématiquement ses pinceaux, « pour qu’il n’y ait aucun risque de contamination » dans ses yeux. Voilà à quoi ressemble une séance de maquillage quand on n’a plus qu’un œil valide.
Elle a aussi raconté ce que les traitements avaient fait à son image d’elle-même : « Moi je sais que j’ai eu beaucoup de traitements, je me trouvais grosse, je me trouvais mal dans ma peau, j’étais très complexée. » Et ce qu’elle attend de son maquilleur les jours sans : qu’il lui redonne « un peu de couleurs, un peu de peps ».
Pour comprendre, il faut remonter à un soir de septembre 1998
Avant les opérations, avant les traitements, il y a eu une fusée. Elle s’appelle Notre-Dame de Paris, et elle décolle le 16 septembre 1998 au Palais des Congrès de Paris. Sur scène : Garou en Quasimodo, Daniel Lavoie en Frollo, Patrick Fiori en Phœbus, Bruno Pelletier en Gringoire, Julie Zenatti en Fleur-de-Lys.
Et Esmeralda, donc. Sauf que le rôle, elle a d’abord dit non. Vingt-sept ans plus tard, chez Michel Drucker, elle l’a raconté sans filtre.
« Quand on me propose ça, la première fois, je fais un essai mais je refuse car je suis trop timide », confie-t-elle dans Vivement dimanche, diffusé le 21 décembre 2025 sur France 3. Elle craignait, dit-elle, d’avoir « trop le trac pour vraiment incarner ce personnage sur scène ».
La chanteuse israélienne Noa enregistre alors l’album studio. Mais elle ne se sent pas d’assurer un spectacle entièrement en français. Le téléphone de Ségara se remet à sonner.
« On est à un mois et demi du spectacle, on n’a plus d’Esmeralda, il faut que tu la fasses », lui dit Luc Plamondon. Sa réponse, elle s’en souvient parfaitement : « Je dis oui comme un défi mais je suis morte de peur. »
La suite, on la connaît : plus de quinze millions de spectateurs dans 27 pays. Ce qu’on connaît moins, c’est ce qu’elle a fait un soir, en prison. Enfin, dans la prison d’Esmeralda.
Le soir où Esmeralda a vraiment cogné Frollo
Décembre 2025, plateau de Vivement dimanche. Julie Zenatti et Daniel Lavoie viennent la rejoindre sur le canapé rouge. Elle regarde son ancien partenaire et s’émerveille : « Le temps n’a pas d’emprise. Regarde ce Frollo ! »
Puis elle ajoute, mine de rien : « Que je frappais le soir ! » Le principal intéressé enchaîne dans un éclat de rire : « Mais j’aimais ça quand tu me frappais ! »
L’histoire vaut son pesant d’or. « Quand j’étais en prison en tant qu’Esmeralda et que [Daniel] venait me voir, un soir, je suis tellement entrée dans mon rôle qu’au moment où il se jette sur moi, je l’ai cogné », raconte-t-elle. Et de préciser : « Mais pour de vrai ! Ça a été un réflexe ! »
Sa défense, trois décennies plus tard, tient en six mots : « Tu te jettes sur moi, je me défends Daniel. » Le sourire aux lèvres, mais la logique implacable.
Le meilleur, c’est la réaction du comédien en coulisses. Inquiète de lui avoir fait mal, elle va le voir en sortant de scène. Réponse de Lavoie : « C’est génial, ça m’a tellement fait incarner mon personnage. »
« Pour moi, il est l’indétrônable Frollo ! », conclut-elle. Ce soir-là, tout le monde rit. Mais dans les années qui ont suivi ce triomphe, elle, elle a failli tout envoyer valser.
« Ce succès m’éclate vraiment en plein visage »
Dans un reportage de 20h30 le samedi, sur France 2, elle a décrit ce que la gloire fulgurante lui a fait. Ce n’est pas le récit qu’on attend d’une star adulée. C’est celui d’une femme submergée.
« C’est un espèce de feu d’artifices. (…) Je fais des télé non stop, je suis énormément sollicitée », raconte-t-elle. Elle se décrit comme « une fille de l’ombre, plutôt discrète » propulsée « sous les projecteurs du matin au soir ».
Sa formule est terrible : « Ce succès m’éclate vraiment en plein visage. » Et elle ajoute : « Je n’ai pas le temps de comprendre ce qui m’arrive. Je n’ai aucun recul. Tout va trop vite. Tout m’échappe. »
Il y a la scène de l’école, aussi. Elle va chercher son fils, comme n’importe quelle mère. « Il y a une émeute », se souvient-elle. Au restaurant, elle peut être interrompue quinze fois pendant un repas.
Puis vient l’aveu qui serre le cœur : « Il y a cinq ans de ma vie que je n’ai pas vu passer, qui ne m’appartenaient plus. » Malgré l’amour du public, elle décrit une « solitude énorme ».
Un jour, elle déjeune avec son producteur et lâche la phrase de trop : « Écoute, je crois que je ne suis pas faite pour tout ce battage autour de moi. » Elle est « presque en larmes ». Elle est à deux doigts d’arrêter.
La religieuse de 96 ans qui l’a empêchée de tout plaquer
C’est là qu’intervient une rencontre que personne n’aurait pu scénariser. Elle a lieu dans les coulisses de Vivement dimanche. Michel Drucker a eu l’idée d’inviter sœur Emmanuelle.
« À l’époque elle a 96 ans, déjà elle a une pêche que nous, on n’avait pas à 12 ans », raconte la chanteuse. La religieuse évoque son passé de chiffonnière au Caire. Ségara l’écoute « comme une petite fille en admiration ».
Personne, dans la pièce, ne sait qu’elle envisage de tout arrêter. Personne. Et pourtant.
« Elle se tourne vers moi, elle plonge ses yeux dans les miens, et elle me dit : « Tu ne dois pas arrêter ce métier. Toi, tu fais ce métier par amour, en fait les gens ils ont besoin de ton amour » », se souvient-elle, « stupéfaite et troublée ».
Sa décision vole en éclats en une phrase. « Elle a vraiment mis dans le mille. Elle me tire une flèche en plein cœur. Je n’ai plus le choix. »
Elle reste. Elle enchaîne les disques, les tournées, les récompenses. Et quinze ans plus tard, un rideau va tomber devant ses yeux. Littéralement.
2013 : le rideau qui tombe devant ses yeux
Petit retour sur ce qu’elle avait bâti avant l’orage. Un album diamant avec Au nom d’une femme en 2000. Une Victoire de l’artiste féminine de l’année en février 2001. Une entrée au musée Grévin le 1er octobre 2002.
En octobre 2001, un sondage IFOP commandé par Télé Star la sacre carrément chanteuse préférée des Français. Dix millions de disques vendus au compteur, comme elle l’a rappelé sur France 2. Autant dire : intouchable.
Le 8 octobre 2013, elle révèle à la presse qu’elle suit depuis six mois un traitement à la cortisone. Une maladie rare, qu’elle ne nomme pas alors, lui fait perdre la vue de l’œil droit. Le monde apprend la nouvelle en même temps qu’il découvre qu’elle se soignait en silence.
Ce qu’elle a raconté ensuite à Télé Star en 2017 donne la mesure du choc. « J’avais 12 de vision à chaque œil quand un jour un rideau est tombé devant mes yeux », confiait-elle.
Sa conclusion, à l’époque, avait valeur de programme : « Je suis une battante ! Aujourd’hui il faut que je combatte aussi pour les autres. »
Mais le combat, lui, n’a pas prévenu de sa durée. Ni du nombre de blocs opératoires qu’il allait falloir traverser.
Les opérations qu’elle a fini par arrêter de compter
Suivez bien les chiffres, ils racontent l’histoire mieux que n’importe quel adjectif. En 2021, dans Nous Deux, elle lâche : « Je n’ai jamais dit que j’étais guérie, jamais dit que j’étais une victime, mais j’ai subi dix-sept opérations. »
En novembre 2025, dans 50 Minutes Inside sur TF1, le compteur a tourné : une vingtaine d’opérations depuis 2013 pour tenter de préserver sa vue. Fin août 2026, sur France 2, elle parle de 22 chirurgies.
Entre-temps, il y a eu une hospitalisation pendant le premier confinement, pour une nouvelle intervention. Elle n’en avait pas fait une annonce. Elle a continué, c’est tout.
En mai 2021, invitée de Thomas Sotto sur RTL, elle décrit un quotidien médicalisé sans dramatisation : « Je suis toujours suivie par de grands professeurs, je subis toujours des implants. »
Et elle relativise, encore : « Il y a des gens qui ont un diagnostic vital qui est en jeu. Moi, je n’en suis pas là. » Sa ligne de conduite tient en une phrase : « Rien n’est insurmontable. »
Pendant ce temps-là, sur les réseaux sociaux, une partie du public s’occupait de tout autre chose. De son visage.
Quand des inconnus s’acharnent sur son visage
Juillet 2022. M6 lance Qui peut nous battre ?, un grand quiz animé par Éric Antoine, où six personnalités affrontent cent candidats. Le lancement fait 2,13 millions de téléspectateurs. Bonne soirée pour la chaîne.
Mauvaise soirée pour elle. Les commentaires sur son physique déferlent. Elle prend la parole sur Instagram, sans détour : « Évidemment et comme je m’y attendais, les commentaires à mon égard sur les réseaux sociaux sont gratuits et méchants. »
Puis elle explique l’inexplicable à des gens qui n’ont rien demandé : « C’est vrai, un an de lourds traitements m’ont changée et donnée beaucoup de complexes. Je n’y peux rien hélas, à part me battre pour garder le sourire… »
Ce n’était pas la première fois. En 2020, après une rediffusion de La France a un incroyable talent, elle avait déjà dû répondre à ceux qui commentaient sa coiffure : « Je cachais juste une chirurgie récente de l’œil pour être malgré tout au rendez-vous avec le sourire. »
Dans les commentaires, en 2022, l’humoriste Jarry lui écrit : « Tu es belle et tu es une combattante acharnée ! Les autres qui jugent sont des bouffons cachés derrière un écran. Moi ta force m’inspire. » Elle s’est dite « tellement touchée ».
Quelques mois plus tard, dans Nous Deux, elle raconte avoir lu « des choses très cruelles » sur elle. Et elle envoie, sans hausser le ton, la phrase qui devrait être affichée dans tous les fils de commentaires.
« Savoir quel combat il mène, dans son silence »
« C’est important, avant de mettre quelqu’un à terre, de savoir quel combat il mène, dans son silence et dans sa pudeur », déclare-t-elle au magazine. Elle dit avoir été victime de grossophobie alors qu’elle suivait « un traitement à base de cortisone à haute dose ».
Elle refuse pourtant l’étiquette de martyre. « Je suis quelqu’un qui se bat avec le sourire, je n’ai pas de recette secrète à divulguer », explique-t-elle dans le même entretien.
Elle y ajoute une conviction très personnelle : « Notre mental a de l’influence sur nos cellules, j’en suis convaincue. » Et cette idée, presque une méthode : « Je crois que c’est dans les moments les plus difficiles qu’on se révèle, qu’on découvre qui on est. »
Il faut dire qu’à cette époque, elle est jurée de La France a un incroyable talent sur M6 depuis 2015, aux côtés d’Éric Antoine, Sugar Sammy et Marianne James. Chaque prime, chaque plateau, chaque photo devient une occasion pour les commentateurs.
Elle continue quand même. Les lumières du plateau, pourtant, sont un enfer pour elle : « Par moments, sur le tournage de l’émission, les lumières ont été compliquées à gérer pour moi, pour mes yeux », confiait-elle.
Et il y a pire que les moqueries. Il y a les articles qui expliquent aux lecteurs ce dont elle souffre. Alors même que les meilleurs spécialistes du monde, eux, sèchent encore.
Boston, l’Allemagne, et un diagnostic qui n’arrive jamais
En mars 2023, elle vide son sac dans Soir Mag. Sur les théories qui circulent à son sujet, elle est cash : « C’est complètement faux ! »
Puis elle déroule la liste de ses errances médicales : « Il y a des dizaines d’articles sur ma pathologie alors que j’ai été en Allemagne, à Boston, partout dans le monde et que personne n’a découvert à ce jour ce que j’ai vraiment. »
Elle raconte aussi pourquoi elle s’était tue si longtemps : « J’avais la pudeur de ne pas parler de ces sujets et, donc, des articles ont été écrits par des gens qui ignoraient ce que je traversais. » Et cette confidence : « Je reste un être humain et cela m’a fait mal. »
Sa décision de parler, elle l’explique par un calcul très lucide : « Lorsqu’on passe beaucoup de temps à l’hôpital, il vaut mieux ouvrir le chapitre soi-même en le contrôlant plutôt que de laisser les gens s’emparer d’informations qu’ils ne maîtrisent pas. »
Mais elle a posé une condition, et elle est superbe. « OK, je parle de ma santé mais alors vous mentionnez et vous soutenez mon association ! », raconte-t-elle, à propos de sa collecte de fonds pour l’association Inflam’Œil.
Son modèle en la matière ? Un homme qui, à l’époque, parlait ouvertement de son cancer : Florent Pagny. « C’est ce qui me plaît chez lui », glisse-t-elle. Souvenez-vous de ce nom. Il revient à la fin de cette histoire.
La tournée qu’elle a refusé d’annuler — et qu’elle a payée très cher
Juin 2021 : elle sort Karma. Un album qu’elle a monté en autoproduction, sans l’appui d’une maison de disques. Ce détail-là n’est pas anodin. Gardez-le en tête.
La tournée qui suit, le Karma Tour, tourne au chemin de croix. Dès les premières semaines, elle annonce sur ses réseaux devoir « limiter » le nombre de concerts : « Il serait hélas déraisonnable et épuisant pour moi d’enchaîner trop de concerts dans une même semaine. »
Le 21 mars 2022, le couperet tombe. Des dates à Lyon, Troyes, Niort, Le Havre, Lausanne, Genève et une représentation au Trianon de Paris sont annulées pour « des problèmes de santé », indique sa maison de production MA Prod dans un communiqué.
Elle, elle sauve les meubles avec une phrase de combattante : « Même si j’ai hélas dû sacrifier quelques villes, j’ai fait de mon mieux pour vous retrouver malgré tout… J’ai hâte de vivre ces quelques moments de partage. »
Ce qu’elle a vraiment vécu sur ces scènes-là, elle ne l’a raconté qu’en novembre 2025, face à Isabelle Ithurburu sur TF1. « Je n’ai pas voulu annuler toutes les dates parce que je ne voulais pas que ma vie se résume à l’hôpital. Mais qu’est-ce que j’ai souffert… »
Et cette confidence, glaçante : « À chaque fois que je montais sur scène, j’étais très très diminuée, je n’arrivais pas à respirer. Je suis restée sur cet échec-là. » Un échec. C’est le mot qu’elle emploie pour une tournée qu’elle a tenue debout, malade.
Dix-sept ans chez les Enfoirés, puis la sortie discrète
Il y a un autre épisode qui éclaire la suite. Pendant dix-sept ans, elle a fait partie de la troupe des Enfoirés. Puis elle est partie, sans esclandre.
En janvier 2021, elle s’en explique au micro de Chante France. D’abord la logistique : « Moi, être bénévole avec deux enfants, c’était faire garder mes enfants, les quitter un certain temps. » Puis le rythme : répétitions le matin, l’après-midi, concerts le soir, parfois dix jours d’affilée.
Le départ de Jean-Jacques Goldman a fini de refroidir l’ambiance. « Quand Jean-Jacques a arrêté, je pense que c’était un peu plus triste dans l’esprit. Il créait le lien entre les générations », estime-t-elle.
Et là, elle place une petite phrase qui en dit long sur ce qu’elle a encaissé en silence. « Honnêtement, j’ai été une très bonne camarade. J’ai accepté beaucoup de choses, je pense que je n’ai jamais fait de caprices. »
Elle précise même : elle s’est adaptée « aux costumes ou aux chansons que les autres ne voulaient pas, au profit de personnes plus exigeantes ». Traduction : elle a pris ce que d’autres refusaient.
À la question de son retour éventuel, sa réponse ressemble à une facture qu’on présente poliment : « Le fait que l’on respecte un peu plus ma gentillesse et le fait que je m’adapte tout le temps. »
Le premier aveu, en 2021 : « Beaucoup de gens m’ont tourné le dos »
Mai 2021, RTL. Entre deux questions sur son nouvel album, Thomas Sotto l’emmène sur le terrain de la maladie. Et elle dit une chose que personne n’avait entendue jusque-là.
« Beaucoup de gens m’ont tourné le dos au moment le plus critique », lâche-t-elle. Elle décrit le début de la maladie comme un moment où l’entourage était « vraiment désarmé », et où « ça a pris une tournure très très difficile ».
Sa réaction, elle, tient en une réplique de boxeuse : « Ça ne m’a pas découragée. Je me suis dit : « Non, je vais leur montrer que je suis pas foutue. » »
Ajoutez à cela la vie privée qui bouge : selon Wikipédia, son couple avec le musicien Mathieu Lecat, épousé à Ajaccio en 2003 et père de deux de ses trois enfants, se sépare en 2023.
Au printemps 2024, dans Sept à Huit, elle explique avoir perdu la vue de son œil droit. Et elle en tire une philosophie du présent : « Je veux tout voir, tout regarder tant que je peux. »
Quelques semaines plus tard, en mai 2024, elle confie à Charts in France qu’un album de duos est en préparation. « Tous mes amis du métier m’ont fait le plaisir de venir rechanter mes tubes avec moi », dit-elle alors. Ses amis du métier. Retenez ça aussi.
Ce qu’elle a vraiment perdu, en plus de son œil
Nous y sommes. Le 13 août 2026, dans un entretien accordé à VSD, elle raconte enfin l’envers du décor de ce disque de retrouvailles. Et ce n’est pas une histoire de copains.
« À l’époque où j’ai débuté ce projet, je n’avais plus personne, plus d’argent, plus de label ni de manager », confie-t-elle. Relisez. Plus personne. Plus d’argent. Plus de label. Plus de manager.
Le moment où tout s’écroule, c’est 2022, alors qu’elle commence l’écriture du disque. En pleine crise médicale, son cercle professionnel et personnel se vide. Pendant que le public la voyait sourire en prime time sur M6.
La raison de ce vide, elle la donne sans trembler : « Il y a beaucoup de gens qui ont disparu de ma vie parce qu’ils pensaient que je ne remonterai jamais la pente. » Ils ne l’ont pas trahie sur un coup de sang. Ils ont fait un calcul.
Dans le même entretien, elle pointe des profiteurs, attirés par la lumière et le succès, incapables de rester quand la tempête arrive. Toujours malvoyante, toujours sous traitement lourd, elle reconnaît le caractère très handicapant de son état — et affirme avoir repris le dessus.
Elle l’avait annoncé dès 2021 sur RTL, sans être entendue : « La moitié du métier s’est détourné de moi en pensant que j’étais foutue tout simplement. » Cinq ans plus tard, elle sort un album entier avec les autres. Ceux qui sont restés.
Et soudain, cette pochette souriante du 28 août 2026 change complètement de sens. Ce n’est pas un album de copains. C’est une liste de ceux qui n’ont pas décroché.
Pleyel, un orchestre, et une réponse qui se passe de mots
Le 28 février 2026, veille de son anniversaire, elle a fêté ses trente ans de carrière Salle Pleyel, à Paris, en version symphonique, accompagnée de l’Orchestre symphonique de Thionville-Moselle. La femme que le métier croyait finie remplissait Pleyel avec un orchestre.
Sur TF1, en novembre 2025, elle avait résumé l’enjeu de ce retour en une phrase. « Repartir en tournée, c’est une victoire sur la maladie. »
Elle a aussi expliqué, sans dramatiser, à quoi ressemble son quotidien : « Je vis avec ça, avec une surveillance médicale. C’est un peu compliqué parce que je n’ai pas la 3D donc je dirais que je suis un peu plus prudente dans mes déplacements, mais oui, j’apprends. »
Ce qu’elle refuse, en revanche, c’est qu’on ne lui parle plus que de ça. Interrogée par Thomas Isle sur France 2, elle a posé ses limites : « Je m’exprime très peu dans le misérabilisme. »
Puis elle a nommé exactement ce qu’elle voulait : « J’essaie de voir que je suis là, que j’ai quand même réussi à faire mon album, que c’est l’album d’une résiliente, que j’écris un livre sur la résilience et je n’ai pas du tout envie que l’on me réduise à ça ou à une victime. »
Le livre en question, elle en parlait déjà en 2021 : au départ un journal de bord pour consigner « les diagnostics tous faux et tous très graves » posés au début de sa maladie, devenu « un carnet de pensées positives ».
Reste une phrase, prononcée face caméra dans son portrait de 50 Minutes Inside, qui explique peut-être tout le reste. Celle d’une gamine partie du domicile familial à quinze ans, mère à dix-huit, qui a chanté dans les piano-bars de la Côte d’Azur avant de remplir l’Olympia.
« Je n’ai dépendu de personne dans ma vie. » En 2022, le métier a voulu vérifier. Il a eu sa réponse le 28 août 2026, en douze titres.