Hugues Aufray, 97 ans : sa décision radicale envers ses enfants pour éviter un scandale d’héritage
Ce vendredi soir, le Complexe Bocapôle de Bressuire, dans les Deux-Sèvres, devait reprendre en chœur des refrains que trois générations connaissent par cœur. Ce ne sera pas pour cette fois. La veille, jeudi 22 octobre, la production d’Hugues Aufray a annoncé sur Instagram que le concert n’aurait pas lieu.

En cause, une laryngite aiguë qui lui a fait perdre la voix. Le communiqué de Backstage Event tient en quelques mots : Hugues Aufray est « malheureusement contraint de reporter le concert prévu demain à Bressuire ». Nouvelle date fixée au jeudi 8 janvier 2027 à 20 heures, et les billets restent valables.
À 97 ans, l’interprète de Santiano présente même « ses plus sincères excuses à son public pour ce contretemps indépendant de sa volonté ». Un homme né en 1929 qui s’excuse de rater une date de tournée, ça vous pose un personnage. Mais ça ne dit pas l’essentiel.
Car derrière la silhouette éternelle du chanteur des grands espaces et de l’amitié se cache une blessure que ses tubes ont toujours recouverte. Elle a traversé l’Atlantique, elle passe par le Québec et elle le relie, de la façon la plus inattendue, à la famille de Céline Dion. Accrochez-vous : la clé de cette histoire se trouve tout au bout.
Deux inconnus au rez-de-chaussée, un matin d’octobre
Ce report n’est pas le premier coup dur de l’automne. Quinze jours plus tôt, le mercredi 7 octobre au matin, le chanteur descend au rez-de-chaussée de sa maison de Marly-le-Roi, dans les Yvelines. Et là, il se retrouve face à deux individus qui n’ont rien à faire chez lui.
Selon Infos Yvelines, les deux hommes sont entrés par une fenêtre laissée ouverte. Ils lui demandent de leur remettre ses objets de valeur. Un homme de 97 ans face à deux intrus chez lui : on a vu réveil plus tranquille.

C’est l’alarme de la maison qui met fin à l’intrusion. Dès qu’elle se déclenche, les deux visiteurs prennent la fuite, sans rien emporter. Les policiers venus sur place ne constatent aucune dégradation, et personne n’est blessé.
Le parquet de Versailles a ouvert une enquête, confiée au commissariat de Saint-Germain-en-Laye. Et le plus fou, c’est que quatre jours plus tard, le 11 octobre, Hugues Aufray était attendu à Saint-Brieuc pour sa tournée Escapada !. Chez lui, le spectacle passe avant tout.
Cette maison n’est pas n’importe laquelle : c’est l’ancienne demeure du sculpteur Aristide Maillol. « Nous sommes dans la maison du peintre sculpteur Aristide Maillol », annonçait-il fièrement à lepetitjournal.com en mai 2026. Avant, il habitait à Marnes-la-Coquette, et il y avait un voisin pas comme les autres. On y reviendra.
Annoncé mort, il répond depuis son chantier

À force de durer, on finit par affoler les rumeurs. En avril 2026, le chanteur découvre qu’on le dit malade, voire mort, sur les réseaux. Dans une vidéo Facebook relayée par Paris Match Belgique, il s’insurge : « Qu’est-ce que j’apprends ? Que je suis malade ? Qu’il y en a même qui pensent que j’ai quitté ce monde, autrement dit que je suis mort ? »
Derrière la fausse nouvelle se cache une arnaque : des escrocs qui réclament de l’argent à ses fans. « Ce n’est pas drôle du tout cette histoire », tonne-t-il. Puis il conclut avec un clin d’œil : Hugues Aufray « il est là, il est vivant, et il vous dit bonsoir ».

Trois mois plus tard, rebelote. Le 21 juillet 2026, rapporte Starmag, il reprend la parole sur Instagram, excédé : « Qu’est-ce que j’apprends ? Que je ne suis plus dans ce monde ? Mais vous êtes malades ! » Cette fois, il se filme devant une bâtisse en travaux.
« Je suis en pleine santé, je suis en train de faire des travaux à Marly-le-Roi dans ma maison alors arrêtez vos histoires », lance-t-il. Fin 2025, il avait confié au Parisien vouloir chanter dans de grandes salles, entre autres pour « acheter une maison ». C’est donc en cours.
Car la grande maison de Marnes-la-Coquette, il l’a vendue. « Elle était trop grande et mes enfants étaient sans le sou lorsqu’ils sont partis à droite à gauche », a-t-il expliqué, selon Starmag. Et il ajoute : « Alors, j’ai tout donné. Comme ça, pas de scandale à l’héritage. »
Un nonagénaire qui règle sa succession de son vivant puis se relance dans les travaux, ce n’est pas banal. Pour comprendre d’où vient cette énergie, il faut remonter très loin. Avant les tubes et la scène, il y a un enfant pris dans la guerre, et une porte qu’il a ouverte un jour de juillet 1944.
Quatorze ans, et un pistolet braqué sur le ventre
Il naît Hugues Auffray, avec deux « f », le 18 août 1929 à Neuilly-sur-Seine. Il grandit dans une famille de musiciens classiques. Au JHM Mag, il a raconté que sa grand-mère maternelle enseignait le piano et le chant, que sa mère jouait du violon et sa tante du violoncelle.

Puis viennent le divorce des parents et la guerre. La famille quitte Paris pour Sorèze, dans le Tarn, la terre des aïeux, où sa mère l’élève. De 1941 à 1945, il est élève au collège des dominicains. Ses écuries, c’est là que naît sa passion des chevaux.
En 1943, raconte-t-il dans un témoignage publié par le site Alliance, un jeune homme de 25 ans frappe à leur porte. Il se présente comme un Alsacien, Edmond Mercier, papiers en règle. Sa mère comprend la supercherie : c’est un jeune juif allemand, Helmut Wolf.
Elle l’accueille quand même, malgré le danger. « Dans notre famille, la compassion était une valeur sacrée », résume le chanteur. Helmut prend en charge la cuisine et reste un an sous leur toit.
Juillet 1944. Un détachement SS s’arrête à Sorèze pour des contrôles d’identité. Helmut, qui a besoin de lait pour cuisiner, sort malgré les mises en garde. Un jeune officier allemand le reconnaît : c’est un ancien camarade d’école hôtelière, à Thonon-les-Bains.
Quand les soldats viennent l’arrêter, c’est l’adolescent qui leur ouvre. « C’est moi qui ouvris la porte, un pistolet braqué sur mon ventre par l’officier, exigeant de voir ma mère », raconte-t-il. Il a cherché la trace d’Helmut jusqu’aux États-Unis. Serge Klarsfeld l’a retrouvée dans le convoi 81 de Toulouse à Dachau, mais son sort reste inconnu.
De ce drame est née en 1968 une chanson, Petit Simon, coécrite avec la parolière Vline Buggy. Retenez bien ce nom. Il va revenir au moment où vous vous y attendrez le moins.

Madrid, une valise et neuf bananes

Après la guerre, sa mère lui dit, raconte-t-il à lepetitjournal.com : « Il faut que tu connaisses ton père. » Dans son souvenir, il a 16 ans quand il passe la frontière espagnole. « Je ne parlais pas un mot d’espagnol. Je ne connaissais pas mon père. Je ne connaissais pas ma belle-mère. J’étais complètement déstabilisé. »
Il raconte son arrivée avec gourmandise : les angulas, le premier verre de vin, la première cigarette, et neuf bananes dévorées chez son père. « D’un seul coup, j’avais le sentiment d’être un homme… mais pas tout à fait. » C’est piquant, venant d’un homme qui doit aujourd’hui sa longévité au refus du tabac et de l’alcool.
Il reste trois ans à Madrid, au lycée français, jusqu’au bac. Pour un garçon sorti d’un collège austère du Tarn, c’est un choc : les filles, les nationalités étrangères, la liberté. « Pendant six mois, je n’ai pas dit un mot d’espagnol. Je pensais que je n’y arriverais jamais », se souvient-il.
En classe, c’est le cancre surdoué. « J’étais nul en chimie, en physique et en mathématiques », s’amuse-t-il. En dissertation, le professeur lit sa copie comme la meilleure, puis ajoute : « Malheureusement, il y a quarante fautes d’orthographe. »
Il se lie avec Armand Boutier, brillant pianiste, et Carlos Laharrague, avec qui il passe des heures au Prado. Il découvre la corrida, et les chanteurs de flamenco « qui bouffaient les lettres ». Et à Noël 1946, son père lui demande ce qu’il veut comme cadeau.

Une guitare à Noël, des bottes pour la vie
« J’ai dit : une guitare. » À l’époque, c’est « un instrument qu’on voyait alors très peu en France, seuls quelques gitans en jouaient, comme Django Reinhardt », raconte-t-il au JHM Mag. Il apprend ses premiers accords de flamenco et imite des voix.
C’est aussi en Espagne qu’il enfile ses premières bottes, et il n’a plus jamais porté autre chose, raconte-t-il, sauf le jour de l’entretien, ajoute-t-il en riant. « Ces années à Madrid m’ont complètement changé », résume-t-il. En 1948, il rentre en France avec son baccalauréat.
À Paris, il chante d’abord en espagnol, puis reprend Félix Leclerc, Georges Brassens et Serge Gainsbourg. Selon Melody TV, il chante alors dans les rues de Paris et court les bars et les cabarets. Le gamin à la guitare cherche sa place.
Ironie : dans cette famille de musiciens, il est le seul à ne pas savoir lire la musique. Il l’explique par le fait qu’il est un gaucher contrarié et qu’il a du mal à intégrer les signes. Il a sa propre philosophie : « La musique, c’est les oreilles, ce n’est pas les yeux. »
Et la vocation ? Il n’en avait aucune. « J’ai jamais jamais jamais jamais voulu être chanteur, jamais », a-t-il lâché début 2025 sur France 2, dans Quelle époque. Faute d’avoir pu faire les Beaux-Arts, il s’est mis à gagner sa vie en chantant, alors qu’il ne voulait pas du tout faire ce métier.

En mai 2026, il devait retourner à Madrid pour un concert lors du Forum mondial des anciens élèves des lycées français. « Ça va être très éprouvant », confiait-il à lepetitjournal.com. « Tous mes copains sont morts et la jeune fille dont j’étais amoureux au lycée aussi. Quand on avance en âge, on voit tout le monde disparaître. »
Pourquoi un garçon élevé dans la musique jure-t-il qu’il ne voulait pas chanter ? Parce que, dans la famille, quelqu’un d’autre était fait pour ça. Un frère aîné qui chantait déjà, et dont la trajectoire allait se briser loin de la France. Gardez ça en tête.
Une coquille de journaliste, et le voilà vedette
Avant la scène, il y a l’armée. En 1949-1950, il fait son service, volontaire, au 27e bataillon de chasseurs alpins d’Annecy, dont il garde un très bon souvenir. Le 18 décembre 1951, il épouse Hélène Faure, danseuse et petite-fille de l’historien d’art Élie Faure.
Le couple aura deux filles, Marie en 1954 et Charlotte en 1959. Hélène s’est éteinte le 6 octobre 2022. En 1958, on l’aperçoit au cinéma dans Tant d’amour perdu de Léo Joannon, mais le vrai déclic vient d’un concours.
Il finit deuxième des Numéros 1 de Demain et se fait remarquer par Eddie Barclay, qui lui fait enregistrer son premier disque en 1959. Au passage, un journaliste fait une faute en recopiant son nom, et Auffray devient Aufray. Il adopte ce nom de scène, qu’il dira plus tard regretter.

Chez Barclay, on lui demande d’écrire ses propres chansons. Ça ne l’intéresse pas : « Le folklore mondial étant d’une richesse incomparable, je n’en voyais pas l’utilité », a-t-il confié au JHM Mag. Contraint et forcé, il compose sur des airs de folklore qu’il connaît déjà.
En 1960, encore débutant, il passe même des essais face à Brigitte Bardot pour La Vérité d’Henri-Georges Clouzot. « Brigitte Bardot était adorable », se souvient-il dans le documentaire L’éternel jeune homme. Cette rencontre allait lui revenir en pleine figure soixante-six ans plus tard.
New York, un cabaret et un génie que personne ne comprend

En 1961 sort Santiano, une chanson de marins adaptée par le parolier Jacques Plante. C’est son premier vrai succès. Ce refrain, la France ne l’a plus jamais lâché.
La même année, Maurice Chevalier l’invite à New York, où il reste finalement un an. Il signe un contrat avec le Blue Angel, un célèbre cabaret de Manhattan. Il y croise trois débutants : Peter, Paul and Mary.
Le trio chante les chansons d’un jeune inconnu, un certain Bob Dylan. Ils emmènent le Français à Greenwich Village. Au JHM Mag, Aufray décrit un petit cabaret où le jeune Dylan est à peine payé : « Je pense même qu’il payait pour chanter. »

Aufray ne parle pas un mot d’anglais, mais ça ne change rien. « C’est un souvenir indescriptible, j’avais l’impression purement instinctive que c’était la chose la plus importante que j’avais vue de ma vie alors que je ne comprenais pas un mot d’anglais », a-t-il raconté. Il se dit qu’il a un génie devant lui, et il veut s’installer aux États-Unis.
Il a alors 31 ans, raconte-t-il, mais sa famille ne veut pas le suivre, et il rentre. En 1962, il revient à New York, retrouve Dylan et rencontre tous les folk-singers. « Je suis un passeur, un colporteur culturel », résume-t-il.
L’Amérique a bien failli le garder. Et ce n’était pas la première fois que le continent attirait un membre de sa famille. Mais n’allons pas trop vite.
1964, une quatrième place et un drôle de signe du destin
En 1964, il se retrouve sur la scène de l’Eurovision, mais pour le Luxembourg. C’est Télé Luxembourg qui l’a choisi en interne, avec Dès que le printemps revient. Les paroles sont signées Jacques Plante, le parolier de Santiano.
À Copenhague, il passe en premier. Au décompte, 14 points : quatrième ex aequo, à égalité avec la France, sur 16 pays. Le Français qui chante pour le Luxembourg finit au même rang que la France, la scène a de quoi faire sourire.

Vingt-quatre ans plus tard, en 1988, une jeune Québécoise remporte le concours pour la Suisse. Elle s’appelle Céline Dion. Ce prénom, retenez-le aussi : il est au cœur de la suite.
En 1965 sort Aufray chante Dylan, préparé avec le musicien Jean-Pierre Sabar et le parolier Pierre Delanoë. Ses adaptations adoucissent souvent la crudité des textes originaux, à commencer par Mr Tambourine Man. La guitare acoustique, le folk américain : la chanson française découvre un autre son.
L’amitié avec Dylan a tenu toute une vie. En juillet 1984, les deux hommes chantent The Times They Are a-Changin’ en duo au parc de Sceaux puis à Grenoble. En 2012, le premier bronze d’Aufray, Hommage à Bob Dylan, est exposé à la Cité de la musique.
Et quand Timothée Chalamet incarne Dylan dans le film Un parfait inconnu, Aufray réédite son album Hugues Aufray chante Bob Dylan, rapporte Pure Charts en 2025. Six décennies plus tard, le passeur est toujours là. Mais la chanson qui va le relier au Québec, c’est ailleurs qu’elle se cache.
1966, la chanson que deux stars avaient refusée
En 1966 sort un super 45 tours de quatre titres. On y trouve Stewball, adaptée d’une ballade traditionnelle irlandaise, et une chanson originale, Céline. Les deux font un carton et comptent encore parmi ses titres les plus connus.

Le détail qui fait sourire : avant d’arriver chez lui, Céline avait été proposée à Claude François et à Richard Anthony. Tous deux l’ont refusée. Résultat : plus de 200 000 exemplaires vendus en France, et un prénom qui devient soudain à la mode.
La chanson est signée Vline Buggy, Mort Shuman et Hugues Aufray. Vline Buggy, encore elle. Derrière ces couplets d’apparence légère se cache une histoire que le public ne connaît pas. On y viendra, promis.
Cette même année 1966, en avril, il figure sur la « photo du siècle » de Jean-Marie Périer, qui réunit 46 vedettes du yé-yé. En mai, au Palais des Sports de Paris, pour le premier concert contre le racisme, il chante Les Crayons de couleur pour Martin Luther King.
Puis vient 1968 et Adieu monsieur le professeur, coécrite avec Vline Buggy et Jean-Pierre Bourtayre, qui devient vite un classique. 1968, c’est aussi l’année de Petit Simon. Et, de l’autre côté de l’Atlantique, celle d’une naissance dont il ne sait encore rien.
Johnny, la caserne d’Offenbach et une lettre inattendue
Face aux yéyés, Claude François, Johnny Hallyday ou Richard Anthony, il dit être arrivé « avec mon style ». Avec Johnny, tout commence par une corde de guitare cassée en pleine répétition. « J’avais filé dans ma chambre pour lui en donner une. Cela avait scellé le début d’une amitié », raconte-t-il à Paris Match.

Dans la bande, il fait figure d’ancien. « Quand je suis entré chez Salut les copains, j’étais le plus vieux de tous les copains », a-t-il confié, selon Télé-Loisirs cité par Hits and Clips. Au Point, il précisait : « Moi, j’avais 33 ans quand il avait 20 ans. Je n’étais pas de la même génération. »
En 1964, selon Melody TV, il signe pour Johnny l’adaptation du Pénitencier et assure ses premières parties à l’Olympia. Le 3 octobre de la même année, il va voir l’idole des jeunes à la caserne d’Offenbach, en Allemagne, où Johnny fait son service militaire.
Johnny lui répond par écrit : « Tu es le seul artiste à m’avoir rendu visite à la caserne. Plus encore que mon meilleur copain, je t’aime comme un frère. » Comme un frère. Chez Hugues Aufray, ce mot pèse plus lourd qu’on ne l’imagine. Vous comprendrez bientôt pourquoi.
L’échelle, la grille à 23h30 et le whisky

Sauf que le Taulier n’aime pas qu’on lui fasse de l’ombre. « Johnny est très jaloux de moi au départ. C’est invraisemblable mais c’est comme ça », confie Aufray. Il raconte aussi une séance photo pour Salut les copains : « Périer demande une échelle pour mettre Johnny plus haut. Et je me trouve au fond, on me voit à peine. »
Selon Melody TV, Aufray s’installe à Marnes-la-Coquette avec sa famille dès 1972, et le rockeur rejoint plus tard la commune. Les deux hommes deviennent voisins et se croisent souvent. Et Johnny ne s’annonce pas toujours.

« Un soir, alors qu’il faisait nuit noire, ma fille me prévient que quelqu’un crie derrière la grille, « Hugues, c’est Johnny » ! Il venait me dire bonjour, il était 23 h 30, ce qui pour moi était très tard », a-t-il raconté au Point. Rocker contre lève-tôt, le choc des modes de vie résumé en une scène.
Le fond du malaise, selon lui ? Il ne suivait pas le rythme. « Il m’aimait beaucoup, j’étais son copain mais je n’étais pas un copain comme les autres. Il fallait le suivre ! Je ne pouvais pas le suivre dans l’alcool, dans le vin, dans le whisky, dans la drogue… »
Avec Coluche, c’était un peu pareil. « Je n’ai jamais fait partie de la cour », a-t-il expliqué, selon melty.fr cité par Hits and Clips. À Midi Libre, il disait avoir « très vite compris que l’alcool n’était pas bon pour moi ».
Une amitié pas facile tous les jours, en somme. Johnny est parti, Aufray est toujours là. Ce contraste, il en a fait une philosophie de vie, et même une blague très noire qu’on vous réserve un peu plus bas.
Bardot, l’invitation qui n’est jamais arrivée
Le 7 janvier 2026, à Saint-Tropez, les proches de Brigitte Bardot se réunissent à l’église Notre-Dame-de-l’Assomption pour un dernier adieu. Mireille Mathieu et Vincent Niclo chantent, les Gipsy Kings, Paul Watson et Jean-Luc Reichmann sont présents. Hugues Aufray, lui, n’est pas là.

Et ce n’est pas un choix. Le 21 janvier, sur Novo19 dans On a du nouveau, il vide son sac : « J’ai plusieurs chansons où je parle d’animaux et je n’ai pas été invité à l’enterrement de Brigitte Bardot. Je regrette beaucoup parce que je l’aimais beaucoup. »
Lui pense tout simplement ne pas être « sur les listes ». Mais Pure Charts avance une autre piste : ce qu’il a dit juste après la mort de l’actrice. Sur LCI, il avait lâché : « Tous les gens qui ont entouré Brigitte Bardot étaient des voyous, pratiquement, même s’ils avaient du talent. »
Il avait aussi traité Henri-Georges Clouzot d’« ordure ». Clouzot, le réalisateur pour lequel il avait passé des essais face à Bardot en 1960. À 96 ans, Aufray ne mâchait toujours pas ses mots, et selon Pure Charts, il l’a peut-être payé cher.
Le jour des obsèques, Mireille Mathieu avait d’ailleurs regretté l’absence de figures connues devant les caméras. « Je trouve qu’il manquait un peu des gens du cinéma », avait-elle glissé. L’un de ceux qui auraient voulu être là regardait de loin.
Le TGV de 1995 et l’étudiante montée à Bellegarde
Le 31 août 1995, dans un TGV Genève-Paris, il croise une étudiante de 20 ans, montée à Bellegarde avec sa mère et son oncle. Elle s’appelle Murielle. Lui a passé la soixantaine depuis longtemps.

Chez Michel Drucker, il a sa version : « Elle m’a demandé un autographe. En la voyant, je lui ai demandé si elle faisait du cinéma. » Selon Paris Match, cité par Purepeople, elle aurait pourtant été trop timide pour oser lui demander quoi que ce soit. Les deux versions s’accordent au moins sur la question du cinéma.
D’après le souvenir de Murielle rapporté par Purepeople, il lui aurait lancé : « Etes-vous comédienne ? Voulez-vous faire du cinéma ? Une lumière se dégage de vous. » Pendant trois ans, ils se parlent chaque jour, en se vouvoyant. Il la décrira ainsi à Paris Match : « Elle ne buvait pas, ne fumait pas, ne couchait pas… »
Ils vivent ensemble depuis 2005. Le 2 septembre 2023, à 94 ans, il l’épouse en l’église Saint-Vigor de Marly-le-Roi, devant Renaud et sa compagne Cerise, Dave et le navigateur Jean-Luc Van Den Heede. Murielle ayant perdu son père, c’est lui qui la mène à l’autel.
Parmi les invités se trouve aussi Jean-Luc Reichmann. Le même Reichmann qui, deux ans et demi plus tard, sera à Saint-Tropez pour Bardot, là où Aufray n’aura pas été convié. Le show-business a parfois de drôles de listes.
Murielle, de 45 ans sa cadette, s’est imposée comme son moteur. « Si je n’étais pas là, je ne pense pas qu’il chanterait encore. Je lui donne envie de continuer », a-t-elle confié à Paris Match. Comptabilité, communication, marketing : elle dit tenir tous les rôles.
« Quand on est séparés, on devient malheureux », ajoute-t-elle. Lui le reconnaît sans détour, toujours dans Paris Match : « Si j’ai gardé ma jeunesse, c’est en partie grâce à Murielle […]. Elle me pousse, elle m’inspire. »

Ni tabac ni alcool, et une blague sur les enterrements

Le secret de sa forme ? « Le secret, c’est que je n’en ai pas justement ! », répondait-il à Bruce Toussaint sur TF1 en avril 2025. Pourtant, une recette existe. À Ici Paris, il confie : « Il y a longtemps que je ne fume plus, et je ne bois pas. »
Au Parisien, il nuance : « Je ne suis pas un extrémiste : pour une fête ou un anniversaire, je prends un fonds de verre. » Il mange de moins en moins de viande, dîne léger et, selon Paris Match Belgique, surveille son sucre. Il parle aussi d’« un bon capital santé, héritage de mes parents ».
Et le sport ? Voici la blague promise. « Un peu de marche à pied quand je suis les enterrements de mes camarades », a-t-il répondu au Parisien. De l’humour très noir, signé par un homme qui a vu partir beaucoup d’amis, à commencer par Johnny.
La retraite ? Pas question. « Je joue de la guitare tous les jours. Je n’ai aucune raison d’arrêter les concerts. Ça m’amuse beaucoup. » En 2024, il remplit encore l’Olympia à guichets fermés, et Starmag va jusqu’à le présenter comme le « plus vieux chanteur en activité du monde ».
Les honneurs se sont accumulés : chevalier de la Légion d’honneur en 2012, et son nom donné à cinq écoles et à une salle de spectacles près d’Angers. À Sorèze, une plaque est posée devant la maison où il a vécu. En 2022, c’est là qu’il reçoit le Grand Prix International de Poésie Francophone.

Mais il y a des blessures qu’aucune hygiène de vie ne soigne, et des chagrins que les années n’effacent pas. Pour approcher le sien, il faut d’abord traverser l’Atlantique. Direction le Québec, et une famille dont la mère est devenue une légende.
Une radio, une voiture, et une mère qui change d’avis
La presse parle d’un « secret de famille » qui le lie à Thérèse Dion, la mère de Céline Dion. L’histoire, il l’a racontée sur Europe 1 à Thomas Isle, comme l’a rapporté Parlons Basket en juin 2024. L’animateur pensait simplement rappeler que la star québécoise doit son prénom à sa chanson.
Le chanteur le reprend aussitôt : « Non, non, elle me doit beaucoup plus, elle me doit sa vie. » Puis il développe : « C’était le treizième ou quatorzième enfant de sa famille et quand sa mère a su qu’elle était à nouveau enceinte, elle ne voulait pas garder le bébé. »
Côté Dion, la chronologie colle. En 1967, Thérèse a 40 ans, ses derniers enfants vont à la maternelle et elle veut trouver un emploi. Puis surviennent des nausées : elle est de nouveau enceinte. La nouvelle la plonge dans une dépression qui durera toute la grossesse.
Selon le récit d’Aufray, Thérèse et son mari Adhémar, inquiets de leurs difficultés financières, envisagent de ne pas poursuivre la grossesse. Puis, en voiture, la radio diffuse Céline. « Et là, la maman a dit : « Stop. On revient à la maison, on garde l’enfant. Si c’est une fille, elle s’appellera Céline ». »
Le 21 septembre 2026, invité de Christine Kelly et vous sur Europe 1, il donne une version légèrement différente, où il est question d’un taxi : « Elle a entendu cette chanson et elle a dit à son mari : « on rentre à la maison ». » Sa source ? « C’est la maman de Céline Dion qui m’a raconté cette histoire, je n’en croyais pas mes oreilles. »
Le timing est troublant. À ce moment-là, Céline Dion est en pleine résidence parisienne : seize concerts entre le 12 septembre et le 17 octobre dans la salle de Nanterre, devant plus de 500 000 spectateurs selon Hits and Clips. Pendant qu’elle remplit l’arena, lui raconte qu’elle a failli ne jamais naître.
Le 30 mars 1968, Céline Dion naît à Charlemagne, au Québec : c’est la quatorzième et dernière enfant de la famille. Thérèse, elle, est morte le 17 janvier 2020, à 92 ans. Le récit repose sur la parole du chanteur et sur ce qu’il affirme tenir d’elle.
Mais ce même jour sur Europe 1, Hugues Aufray a ajouté une confidence sur l’écriture même de Céline, sur ce qu’il avait en tête quand il l’a composée. Et cette phrase renvoie au Québec, onze ans plus tôt. C’est là que tout bascule.
Montréal, 1955 : le frère qu’il n’a jamais cessé de chanter

En écrivant Céline, explique-t-il, Vline Buggy pensait à une sœur très aimée, morte jeune. Lui pensait à quelqu’un d’autre : « De mon côté, j’ai pensé à mon frère qui m’a élevé et que j’avais perdu. »
Ce frère s’appelait Francesco, Caco pour les intimes, né en 1928, un an avant lui. C’était un chanteur classique. « C’est lui qui m’a appris à lire et à écrire. Mon père était divorcé donc c’est lui qui l’a remplacé », confiait Hugues en 2022 dans La boîte à secrets, sur France 3. Repérée par le chanteur George London, sa voix d’opéra l’avait mené jusqu’à New York.
Puis vient la fin, terrible. « À cette époque-là, mon frère a 27 ans, j’en ai 26 et il se suicide à Montréal. » C’était en 1955, pour un chagrin d’amour : sur France 2, il a expliqué que la famille de la jeune femme de Hong Kong qu’il voulait épouser s’était opposée au mariage. « Il s’est suicidé à l’âge de 27 ans par amour. »
Montréal, au Québec. Onze ans plus tard, la chanson écrite en pensant à ce frère passe à la radio là-bas et, selon son récit, pousse Thérèse Dion à garder son bébé. Et la guitare reçue à Noël 1946 ? Sur une photo chez lui, montrée à lepetitjournal.com, c’est Francesco qui la tient.
« Quand il est décédé, cela a été un drame pour moi. Pendant deux ans, je ne pouvais plus parler », a-t-il confié au même média. Il ajoute : « la voix que j’ai, elle est cassée. Cela a commencé quand il est mort. » Et le garçon qui ne voulait pas chanter s’explique enfin : « Comment voulez-vous que moi j’aie envie de chanter quand on a un frère qui chante naturellement ? »
Et Bressuire attend son troubadour
« Je suis devenu modestement ce que mon frère aurait fait d’une façon beaucoup plus brillante », disait-il sur France 3. Et, en 2025 sur France 2 : « Je porte toujours la blessure. » Dans La boîte à secrets, la chanteuse Anne Sila était venue lui reprendre Céline, la chanson du frère disparu.
Le hasard du calendrier en rajoute. Six jours après sa confidence sur Europe 1, le 27 septembre 2026, la DH annonçait la mort de Vline Buggy, à 97 ans. La parolière de Céline, de Petit Simon et d’Adieu monsieur le professeur s’en est allée.
Aujourd’hui, la voix qu’il dit cassée depuis 1955 s’est tue pour quelques jours, laryngite oblige. Mais la tournée Escapada ! continue : Le Havre le 1er novembre, Reims le 7 décembre, Metz le 13 décembre, puis Bressuire le 8 janvier 2027. Promu commandeur de l’ordre national du Mérite cette année, il n’a rien d’un homme qui raccroche.
« Tant que le public suit et que je peux assurer deux heures de spectacle… », dit-il. Le frère qui devait être la star est mort à Montréal en 1955. Le petit frère qui ne voulait pas chanter, lui, chante encore. Peut-être un peu pour deux.