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Goldman a tout arrêté en 2004… sauf une chose qu’il n’a jamais cessé de faire en secret

Publié par Hannah Maline le 12 Oct 2026 à 9:31
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Dimanche 11 octobre 2026, un peu avant 11 heures, sur l’antenne de RTL. Éric Jean-Jean termine une émission spéciale consacrée à un chanteur qui fête ses 75 ans ce jour-là. Et soudain, une voix que la France n’avait plus entendue depuis six ans sort des enceintes : « Salut Éric, c’est Jean-Jacques. »

jean-jacques goldman @afp

C’est Jean-Jacques Goldman. L’homme qui ne donne plus d’interviews, qui ne monte plus sur scène, qui fuit les plateaux télé. Depuis 2020, il ne s’exprimait plus que par écrit, avec des communiqués et des lettres à la main. Cette fois, il a laissé un message vocal. D’après la presse, l’animateur était très ému au moment de le diffuser.

Vous pensez connaître l’histoire ? Le chanteur qui a tout plaqué au sommet, qui a fui les plateaux, puis tourné le dos aux Enfoirés il y a dix ans. Le grand disparu de la chanson française. Attendez un peu.

Derrière ce message d’anniversaire se cache une autre vérité, que très peu de gens ont vraiment remarquée. Une chose que Goldman n’a jamais cessé de faire, même pendant ses années de silence. On vous la dévoile tout à la fin. D’ici là, accrochez-vous : l’histoire est encore plus folle que la légende.

Trois portes claquées, puis une voix de femme

Ce dimanche, l’émission s’appelle Stop ou encore. Et c’est justement l’expression que Goldman a choisie pour raconter ses débuts. En 1981, rappelle-t-il, il n’y avait quasiment que quatre radios principales en France. Les artistes travaillaient « 10 ans, 15 ans, 20 ans » pour décrocher un contrat et enregistrer un premier album.

Et puis tout se jouait en quelques heures. « En une matinée, on savait si c’était foutu pour nous, ou si ça continuait, si c’était stop ou encore quoi », dit-il dans son message, publié en entier par Purepeople. Le clin d’œil au titre de l’émission n’a échappé à personne.

Le récit qui suit tient en trois mots répétés comme des coups de marteau : « Première radio, refus. Deuxième radio, refus. Troisième radio, refus. » Imaginez le jeune homme de l’époque, son disque sous le bras, qui voit les portes se fermer une à une. La quatrième sera sa dernière chance.

Derrière cette quatrième porte, il y a une femme. Elle s’appelle Monique Le Marcis et elle est programmatrice à RTL. Selon Goldman, elle a dit : « Ce petit, il a quelque chose, je pense qu’il faudrait lui donner sa chance. » Quarante-cinq ans plus tard, il ne l’a pas oublié.

Qui était cette femme capable de changer un destin en une phrase ? Née en 1935 à Madagascar, elle avait été embauchée en 1959 comme secrétaire à ce qui s’appelait encore Radio-Luxembourg. Dix ans plus tard, elle s’est portée candidate pour choisir les disques diffusés à l’antenne. Elle a occupé ce poste de 1969 à 1996.

Sa page Wikipédia lui prête une influence décisive sur le parcours de Joe Dassin, Daniel Balavoine ou Mike Brant. Le jour de son départ à la retraite, plus d’une cinquantaine de stars sont venues chanter pour elle et poser à ses côtés, à côté de Johnny Hallyday. C’est bien elle qui a obtenu que Il suffira d’un signe passe régulièrement à l’antenne.

Le résultat ? Le single se vend à 500 000 exemplaires dans l’année. Le plus fou, c’est que même après ce premier succès, le futur chanteur préféré des Français pensait encore, en cas de nouvel échec, tenir le magasin de sport familial avec son frère Robert. Il y a d’ailleurs travaillé jusqu’en décembre 1982. « Ça, je ne l’oublie pas », conclut-il à l’adresse de RTL.

Deux jours plus tôt, une ombre dans une loge de Nanterre

jean-jacques goldman @afp

Ce message n’est pas tombé de nulle part. Deux jours plus tôt, le vendredi 9 octobre, Goldman s’est glissé là où personne ne l’attendait. Selon Le Parisien, il a assisté au concert de Céline Dion à la Plenitude Arena de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. C’était le douzième spectacle de sa résidence parisienne, commencée le 12 septembre.

Avant lui, Rihanna, Michelle Obama, Marion Cotillard ou Zendaya ont été aperçues dans la salle, rapporte Purepeople. Mais aucune de ces stars ne compte autant dans l’histoire de la chanteuse. Toujours selon Le Parisien, Goldman est allé la voir dans sa loge juste avant qu’elle entre en scène. Un tête-à-tête entre deux vieux complices, loin de tous les regards.

Il n’était pas venu seul : son épouse Nathalie et plusieurs de ses enfants l’accompagnaient. D’après Le Parisien, cité par 20 Minutes, le chanteur rentrait tout juste d’un tour du monde à vélo avec sa compagne. À 74 ans. Le genre de détail qui en dit long sur sa nouvelle vie.

Depuis l’annonce de cette résidence, les fans avaient un rêve un peu fou : le voir rejoindre la diva sur scène. Raté. Il n’a pas chanté devant les 35 000 spectateurs, et le public ne l’a même pas remarqué, selon 20 Minutes. Fidèle à lui-même jusqu’au bout.

Pour mesurer ce que représente ce non-événement, il faut deux dates rappelées par le quotidien suisse. Son dernier concert remonte à 2004. Sa dernière apparition sur une scène date de 2016, lors d’un spectacle des Enfoirés. Dix ans sans micro face à un public.

Alors pourquoi un homme aussi attaché au silence décide-t-il, deux jours plus tard, de parler sur une grande radio ? Pour comprendre, il faut remonter très loin. Jusqu’à une histoire de famille que Goldman a toujours gardée pour lui.

Le frère dont il ne parle presque jamais

Jean-Jacques Goldman naît le 11 octobre 1951 dans le 19e arrondissement de Paris. Il est le troisième de quatre enfants. Sa mère, Ruth Ambrunn, est une juive allemande. Son père, Alter Mojsze Goldman, né à Lublin, est un juif polonais communiste qui a fait de la Résistance.

Dans cette famille, il y a un aîné hors norme : Pierre, son demi-frère, né à Lyon en 1944. Militant radical dans les années 1960, il passe par les maquis du Venezuela, puis se met aux braquages. D’après le site jjgoldman.net, il est arrêté quatre mois après le meurtre de deux pharmaciennes, boulevard Richard-Lenoir, en décembre 1969.

Pierre a toujours reconnu les vols à main armée. Pour les meurtres, c’est une autre histoire. Condamné à perpétuité en 1974, il voit ce verdict annulé en cassation en novembre 1975. Au second procès, à Amiens en mai 1976, il est acquitté du double meurtre mais condamné à douze ans pour les braquages. Jean-Jacques va le voir à la prison de Fresnes.

Au premier procès, raconte Wikipédia, « dans les travées, toute la famille se tenait par le bras, comme dans une manif ». Puis vient le drame. Le 20 septembre 1979, Pierre Goldman est abattu en pleine rue, à Paris, à 35 ans. L’assassinat est revendiqué par un groupe d’extrême droite qui se fait appeler « Honneur de la police ». Il n’a jamais été élucidé.

Jean-Jacques a alors 27 ans, rappelle Entrevue, et personne ne le connaît encore. Deux ans plus tard, il chantera Il suffira d’un signe. En 1984, le magazine Numéros Un expliquait d’ailleurs sa méfiance envers les médias par ce drame encore tout proche : il restait « sur ses gardes ».

Il faudra attendre un documentaire de France 3 en 2018 pour qu’il en dise quelques mots. Il y parle d’un frère qui a « compté », dont on essaie de comprendre les contradictions. Puis vient cette phrase, rapportée par jjgoldman.net : « Et Pierre, c’est un mystère. » En 2023, le cinéaste Cédric Kahn a raconté le second procès dans le film Le Procès Goldman.

Le gamin des scouts qui chantait en anglais

Mains tenant un vinyle doré en studio

Pendant que l’aîné fait la une des journaux, le cadet suit un tout autre chemin. Élève moyen au collège de Montrouge, il décroche pourtant son bac avec mention en 1969. Il réussit ensuite le concours de l’EDHEC, d’où il sort diplômé en 1973 avec en plus une licence de sociologie. Il se décrivait alors comme un « hippie à traveller’s chèques ».

La musique, elle, est née ailleurs : chez les Éclaireurs de France, qu’il fréquente pendant dix ans. C’est là, au coin du feu, qu’il découvre la guitare. À quatorze ans, il entre dans la chorale de l’église de Montrouge, les Red Mountain Gospellers. Leur 45 tours, produit par le prêtre qui dirige la chorale, est vendu à la sortie de la messe.

Tiré à 1 000 exemplaires, ce disque était coté 800 euros en 2014. Viennent ensuite les bals, où il joue avec un ami d’enfance, Dominique Proust. Le but est de faire transpirer les danseurs. Pourquoi ? Parce que les musiciens sont payés selon ce que rapporte le bar.

Avant ça, il y a eu les Phalansters, un groupe dont le nom vient des travaux du philosophe Charles Fourier. Deux futurs Gibson Brothers en font partie, et la bande joue même au Golf-Drouot, la salle mythique du rock français. Mais en 1971, le groupe ne survit pas au départ de Jean-Jacques pour Lille et l’EDHEC.

En 1975, il rejoint Taï Phong, un groupe de rock progressif qui chante en anglais. Au départ, il ne devait même pas chanter : il remplace le chanteur, tombé malade. Le titre Sister Jane devient un succès. L’année suivante, il a un autre déclic en allant voir un concert de Léo Ferré.

« J’ai compris que c’était possible en français, qu’il y a des mots qui peuvent tuer », racontera-t-il. Il sort alors des 45 tours en solo, en français. Trois échecs de suite. En 1978, il refuse de partir en tournée avec Taï Phong pour ne pas quitter son travail. C’est un musicien franco-gallois qui le remplace : Michael Jones. Retenez ce nom.

En 1979, le groupe se sépare. « Les groupes, ça meurt », dira simplement Goldman. Pour lui, l’aventure semble finie avant d’avoir vraiment commencé.

Le disque qu’il voulait appeler « Démodé »

C’est un éditeur, Marc Lumbroso, qui le remarque en 1979. Il fait le tour des maisons de disques pour placer ses chansons, avec Goldman comme simple auteur-compositeur. Personne n’en veut. Goldman racontera plus tard être devenu chanteur par obligation. En 1981, Lumbroso lui obtient enfin un contrat de cinq albums chez Epic.

Il voulait appeler son premier disque Démodé. La maison de disques refuse ce titre jugé peu engageant : l’album sortira sans titre, avec seulement son nom sur la pochette. Même scénario en 1982 : il propose Minoritaire, refusé car « pas assez positif ». Le deuxième album sort lui aussi sans titre, et se vendra à plus de 900 000 exemplaires.

La réponse de Goldman est un modèle d’humour pince-sans-rire. Son troisième album s’appelle… Positif. Porté par Encore un matin et Envole-moi, il dépassera le million d’exemplaires. Le gamin aux trois refus est devenu une machine à tubes.

Mais la critique, elle, ne lâche rien. Sa voix qui monte dans les aigus lui vaut le surnom de « Balavoine enrhumé ». On se moque de sa « voix de castrat endimanché ». Un critique en particulier va faire de lui sa cible favorite, et ça va mal finir. Pour lui.

Il faut dire que la concurrence est rude. Renaud, France Gall, Michel Berger, et surtout Daniel Balavoine ou le groupe Gold occupent les ondes. Eux aussi chantent dans les aigus. Goldman, lui, est le bon élève discret de la bande, celui que les critiques adorent détester.

Car en 1985, ce Goldman qui encaisse les moqueries va réussir un coup que personne n’avait vu venir. Et ce n’est que le début d’une relation très particulière avec la gloire. Une question devrait d’ailleurs commencer à vous trotter dans la tête : pourquoi l’homme préféré des Français a-t-il un jour demandé à être retiré du classement ?

« Vraiment nul » : la riposte qui a tout changé

Partition manuscrite et stylo sur table en bois

Décembre 1985. Dans L’Événement du jeudi, le journaliste Patrice Delbourg publie un article au titre assassin : « Jean-Jacques Goldman est vraiment nul : l’art de faire le plein avec du vide ». Il y traite l’idole des jeunes de « chantre mou ». Le coup est rude, et public.

N’importe quelle star aurait fait un procès ou une colère. Goldman, lui, s’achète une pleine page dans Libération et France-Soir. Il y rassemble ses pires critiques, de L’Express à Rock & Folk, en passant par des quotidiens régionaux. Celle de Delbourg prend la plus grande partie de la page.

En bas, une seule phrase pour ses fans : « Merci d’être venus quand même… » La page est même distribuée pendant ses concerts. Un chef-d’œuvre d’autodérision, et un pied de nez magistral.

Pour le magazine, c’est la débandade : un millier de lettres de protestation arrivent et des dizaines de lecteurs résilient leur abonnement. L’hebdomadaire doit consacrer un article entier et un éditorial à « l’affaire Goldman ». Delbourg deviendra « l’ennemi intime » du chanteur.

Le public a tranché. Je te donne, son duo avec Michael Jones, reste huit semaines numéro un. Ce sera son plus gros succès commercial, certifié pour plus d’un million d’exemplaires. L’album Non homologué se vend à 1,3 million d’exemplaires. En 1986, il est élu chanteur de l’année aux Victoires de la musique.

Même les moqueries les plus cruelles ne l’atteignent plus. En 1984, L’Express décrivait son public comme « une majorité de mouflets ». Ces mouflets ont grandi, et ils ne l’ont jamais lâché. Mais Goldman a déjà une autre idée en tête : écrire pour les autres.

Johnny, puis la diva qu’il trouvait « mal employée »

Décembre 1986 : sortie de Gang, un album de Johnny Hallyday entièrement écrit et composé par Goldman. Je te promets, Laura, J’oublierai ton nom, L’Envie… Ces titres deviennent des piliers du répertoire du rockeur. Selon Entrevue, ils l’ont accompagné en concert jusqu’à la fin de sa carrière.

Mais la rencontre qui va tout changer a lieu huit ans plus tard. En avril 1994, Goldman demande un rendez-vous à une chanteuse québécoise déjà star mondiale. Le déjeuner a lieu près de l’Opéra, à Paris. Elle vient avec son mari et manager, René Angélil.

Pourquoi cette démarche ? Il l’a expliqué dans des propos repris par le site Parler d’sa vie : « Je la trouvais mal employée, je pensais savoir ce qu’il lui fallait. » Finalement, ce n’est pas une ou deux chansons qu’il va lui offrir. C’est un album entier.

Elle, c’est Céline Dion. Quand elle découvre les maquettes, elle est bouleversée. « Je me suis demandé comment il était possible d’écrire comme ça, sans me connaître ! », confiera-t-elle, selon le même site. Goldman avait tout lu et tout écouté sur elle, émissions de radio comprises.

Selon le même site, l’enregistrement aurait duré une semaine à peine, dans un ancien bunker transformé en studio. L’album D’eux sort en 1995 avec Pour que tu m’aimes encore, Je sais pas et J’irai où tu iras. Il devient l’album francophone le plus vendu de l’histoire : environ 10 millions d’exemplaires dans le monde, selon Entrevue.

Et ça ne s’arrête plus. En 1997, il cosigne Aïcha, le tube de Khaled, et retravaille avec Patricia Kaas. En 1998, il signe presque tout le nouvel album de Céline, S’il suffisait d’aimer. Plus de trente ans plus tard, la chanteuse lui ouvrira sa loge à Nanterre. Tout se tient.

Le trio qui refusait d’avoir une star

Entre-temps, Goldman a fait un choix étonnant pour un chanteur au sommet. En 1990, il se met en retrait derrière un trio : Fredericks Goldman Jones. Avec lui, Carole Fredericks, une choriste américaine découverte en tournée, et Michael Jones, son vieux complice de Taï Phong.

anne hidalgo @frederic marquet

Les noms sont classés par ordre alphabétique, pour ne mettre personne en avant. L’album devait s’appeler Récréation, à entendre « re-création ». Avec Nuit, À nos actes manqués ou Né en 17 à Leidenstadt, il dépasse les 2 millions d’exemplaires.

En 1993, le trio profite de la chute du rideau de fer pour enregistrer une partie de l’album Rouge à Moscou. Près de 1,3 million d’exemplaires vendus. Et les tournées lui ressemblent : un soir au Zénith de Paris devant des milliers de fans, un autre dans une petite salle devant à peine une centaine de spectateurs.

Cette époque offre aussi une anecdote savoureuse. Goldman compose le générique de Taratata, l’émission de son ami Nagui. Lors du deuxième numéro, quand l’invité principal, William Sheller, se décommande à la dernière minute, c’est lui qui vient le remplacer au pied levé.

Le chanteur le plus populaire du pays qui joue devant cent personnes, par choix. Voilà qui en dit long sur son rapport à la célébrité. Mais l’aventure va se briser sur un drame.

Le 7 juin 2001, Carole Fredericks meurt à 49 ans. Sa disparition marque profondément Goldman. Pendant la tournée de 2002, il lui rend hommage avec la chanson Juste après. Une page se tourne, et personne ne sait encore que c’est presque la dernière.

Coluche, les Enfoirés et trente ans dans les coulisses

Foule en liesse lors d'un concert émouvant

Il y a une autre aventure collective dont Goldman a été le cœur pendant trois décennies. En 1986, à la demande de Coluche, il écrit La Chanson des Restos. Selon la productrice Anne Marcassus, citée par Allzic Radio, il l’a écrite en quelques heures.

Le titre devient l’hymne des Restos du cœur. De 1986 à 1992, Goldman est le parrain de l’association, avant de passer le relais à Muriel Robin. À la mort de Coluche, il devient l’un de ses principaux organisateurs. Les concerts et les disques des Enfoirés rapporteront environ 20 % des recettes de l’association.

Son engagement va même au-delà de la troupe. En 1995, avec des vignerons d’Ouveillan, un petit village de l’Aude, il crée les Vendanges du cœur, un rendez-vous chaque été au profit des Restos. Ce projet le ramènera, des années plus tard, sur une petite scène inattendue.

Pendant trente ans, il dirige la troupe : préparation, arrangements, écriture, recrutement des artistes. Puis, le 13 mai 2016, il annonce son départ sur le site officiel des Enfoirés. « 2016 est une échéance que je vois venir depuis quelques années », explique-t-il dans des propos relayés par RFM.

La suite est d’une franchise désarmante. « Je n’ai plus la créativité, les idées, la modernité que nécessite une telle émission », écrit-il. Il dit vouloir voyager et « arrêter quelques années ». Puis il ajoute une petite phrase qui fera rêver ses fans pendant dix ans.

« Je reviendrai avec plaisir dans quelques années si l’on m’invite et si je suis encore présentable ! » Dix ans ont passé. Il n’est jamais remonté sur la scène des Enfoirés. Mais pour comprendre comment il a quitté sa propre scène, il faut remonter encore plus loin.

17 juillet 2004 : l’adieu que personne n’a vu venir

En 1997, l’album En passant montre un Goldman plus intime, marqué par sa séparation d’avec sa première épouse. En 2001, Chansons pour les pieds se vend à 1,6 million d’exemplaires. En 2002, il repart une dernière fois en tournée avec ses musiciens. Un tour ensemble restera son dernier album.

Puis arrive le 17 juillet 2004, aux Francofolies de La Rochelle. Ce soir-là, il annonce à ses musiciens que c’est leur dernier concert ensemble. Le public, lui, n’en sait rien. Comme le rappelle Entrevue, il n’a plus jamais donné de vrai concert depuis.

La confirmation arrive en 2005, à Marseille. Au cours d’un long entretien avec son ami et biographe Fred Hidalgo, fondateur du mensuel Paroles et musique, il annonce qu’il arrête sa carrière. Sa raison est simple : il veut être un père disponible et présent, et un mari attentionné.

Car sa vie a changé. En octobre 2001, il a épousé en secondes noces Nathalie, une fan devenue docteure en mathématiques. Ils auront trois filles. Le couple vit à Marseille et dans ses environs, puis part à Londres en octobre 2016, avant de revenir dans la cité phocéenne début 2021.

Il quitte la lumière au sommet, comme on ferme doucement une porte. Mais la France, elle, refuse de le laisser partir. Et c’est là que l’histoire devient presque absurde.

L’homme le plus aimé de France voulait qu’on l’oublie

Souvenez-vous de la question posée plus haut. Dans les années 2000, Goldman arrive en tête du classement des personnalités préférées des Français, devant l’abbé Pierre, longtemps numéro un. Sa réaction est stupéfiante : il demande que son nom soit retiré du classement, par respect pour l’ecclésiastique.

Il n’accepte d’y revenir qu’après la mort de l’abbé Pierre, en 2007. En août 2013, Le Journal du dimanche remet son nom dans la liste. Résultat immédiat : première place. À cette époque, le chanteur n’avait pourtant sorti aucun album ni donné de concert ou d’interview depuis une dizaine d’années.

Seul Omar Sy réussit à le dépasser, pendant plusieurs mois. Goldman reprend la première place en décembre 2017 et ne la lâche plus. En décembre 2025, une étude Ifop pour LCI et TF1 le désigne encore personnalité préférée des Français.

Comment réagit-il à cette adoration ? En 2015, il écrit que sa gratitude « est infinie ». Puis il part en vacances au camping, puis dans un hôtel à la montagne. Il y « déjeune avec tout le monde, sans lunettes de soleil ni casquette ». Presque personne n’ose l’aborder.

Même ses chansons continuent de vivre sans lui. En 2012, l’album de reprises Génération Goldman, lancé par le label de son fils Michael, dépasse les 800 000 exemplaires vendus. Toute une génération découvre ses chansons. Lui reste dans l’ombre.

Mais l’ombre n’est pas totale. Depuis son retrait, il s’est montré quelques rares fois. Et à chaque fois, l’effet a été énorme.

Les rares fois où il est sorti de l’ombre

Studio de radio français des années 80 avec micro et voyant ON AIR, symbole des refus essuyés par Goldman à ses débuts

Le 23 août 2019, après des années de refus, ses chansons arrivent enfin sur Spotify, Apple Music et Deezer. Le 2 septembre, il ouvre la quatrième saison de Quotidien, dont il devient le parrain. Les fans n’en reviennent pas.

Puis arrive le confinement. Le 23 mars 2020, il reprend la musique d’Il changeait la vie avec de nouvelles paroles, en hommage aux soignants et à tous ceux qui sont restés en première ligne. C’est la dernière fois que le public a entendu sa voix… jusqu’à ce dimanche sur RTL.

En novembre 2020, il offre le violon électrique de sa tournée Un tour ensemble pour une tombola organisée par Julien Doré, au profit des sinistrés de la tempête Alex. En 2022, il accepte de répondre à deux lycéennes de Montpellier pour un livre au profit de la Croix-Rouge. Selon Le Parisien, il y évoque sa mère, « confinée pendant quatre ans » pendant la guerre.

Il fait aussi des apparitions plus inattendues, toujours pour la bonne cause. Le 15 mai 2011, il chante Border Song d’Elton John à l’Olympia pour l’association ELA. En juillet 2011, puis le 20 juillet 2014, il monte sur scène à Ouveillan pour les Vendanges du cœur, notamment avec Yannick Noah, Pascal Obispo, Tina Arena et Michael Jones. Jamais pour lui-même.

Les deux élèves de Montpellier n’en reviennent toujours pas. « On ne s’attendait pas à ce que ses réponses soient aussi développées et personnelles », expliquent-elles au Parisien, cité par Chartsinfrance. Le livre rapportera 8 876 euros à l’association.

Mais Goldman sait aussi sortir les griffes. En août 2023, une biographie non autorisée de l’historien Ivan Jablonka fait la une de nombreux journaux. Sa réponse dans la presse est cinglante : « Je n’ai jamais rencontré cet auteur, mes amis non plus, et je suis triste pour tous les gens qui se font duper en achetant ces livres qui parlent de moi. »

Il garde la même distance avec les hommages musicaux. À la sortie de L’Héritage Goldman en 2022, il prévient dans Le JDD : « Je n’y suis en rien impliqué. » Il ajoute qu’aucun livre, spectacle ou disque n’est à son initiative. Le message est clair. Mais alors, va-t-il revenir un jour ?

Le come-back qu’il juge « pitoyable »

En septembre 2021, une fan lui écrit pour réclamer une tournée d’adieu. Sa réponse, rapportée par Chartsinfrance, est poignante : « Je suis triste de la tristesse que cette absence peut causer, mais je sais aussi ce que la scène exige d’implication, d’énergie, de désir, et je n’en suis plus capable. »

Quelques semaines plus tard, en novembre 2021, son ami d’enfance Jean Bender se confie à Paris Match à l’occasion de la sortie de son livre. Selon lui, Goldman ne touche plus un instrument, car il trouve que ses mains ont perdu en agilité. Il ne chante presque plus, par crainte pour ses cordes vocales abîmées par l’âge.

La suite est brutale. D’après Jean Bender, cité par M Radio, il veut « éviter le ridicule d’un come-back pitoyable ». Il affirme même que ses enfants ne l’ont « jamais vu prendre un micro en main ». Pour le chanteur qui a fait danser trois générations, l’affaire semble entendue.

Cinq ans plus tard, pour ses 75 ans, Entrevue parle à son tour de problèmes aux mains qui rendraient un retour plus difficile. Plus de scène, plus d’instrument, presque plus de voix. Tout ressemble à une retraite définitive.

Alors, que reste-t-il ? Un retraité heureux qui fait le tour du monde à vélo et rend visite à ses amis en coulisses ? C’est ce que tout le monde croit. Et c’est justement là que tout le monde se trompe.

Ce qu’il fait encore, loin de toutes les caméras

Reprenez les indices semés tout au long de cette histoire. Le garçon refusé par trois radios n’est pas devenu chanteur par vocation : il l’a dit lui-même. En 1979, son éditeur cherchait d’abord à placer ses chansons chez d’autres interprètes.

Souvenez-vous aussi de Gang pour Johnny et de D’eux pour Céline. Du trio où il refusait d’être la vedette. Et même des pseudonymes : il a signé des chansons sous des noms d’emprunt, pour s’effacer et laisser toute la place aux interprètes.

Repensez aussi à ce qu’il a dit en quittant les Enfoirés. Il n’avait plus, selon lui, « la créativité, les idées, la modernité » que demande une telle émission. Une émission de télé, pas une chanson. À l’époque, personne n’a relevé la nuance.

Il y a enfin ce détail glissé dans les articles sur son message à RTL. Depuis 2020, il ne communiquait plus que par écrit, notamment avec une lettre manuscrite en 2025. Une lettre qui accompagnait… quoi, au juste ?

Un jour de fête nationale, sous les yeux de millions de Français

Cassettes, magnétophone et lettre manuscrite sur un bureau, évoquant le message vocal et le secret de Goldman

La réponse a été entendue par des millions de Français, un jour de fête nationale. Peu de gens l’ont vraiment remarquée.

Le 14 juillet 2025, juste avant La Marseillaise, au pied de l’Obélisque de la Concorde, une chanson retentit pendant le défilé. Elle s’appelle On sera là. Jean-Jacques Goldman l’a composée pour le Bleuet de France, et il a donné tous ses droits à l’association. Celui qu’on disait disparu n’a jamais cessé d’écrire.

L’homme qui « ne touche plus un instrument » a enregistré ce titre en mars 2025, dans les studios de Thierry Blanchard à Boulogne-Billancourt, selon BFMTV. Pour la chanter, ce sont deux anciens gendarmes, Yvard et Eloïz, qui s’imposaient comme une évidence. « Il est très humble, très facile et la cause lui tient à cœur », a confié Eloïz au Parisien.

Et ce n’est pas un cas isolé. Après ses adieux à la scène, il a écrit pour Patrick Fiori, Garou, Calogero, pour les Enfoirés (parfois avec Grégoire) et pour Trois Cafés gourmands en 2022. En 2023, il signe des titres pour la soprano Sarah Brightman et le violoncelliste Gautier Capuçon. Il n’a jamais rangé son stylo.

Le dernier chapitre est tout récent. En avril 2026 sort Dansons, une chanson inédite écrite pour Céline Dion. L’idée lui serait venue à l’époque du Covid. Selon Le Soleil, il l’a lui-même réalisée et arrangée. De quoi voir d’un autre œil sa visite dans la loge de Nanterre.

Un retrait de la lumière, jamais de la musique

En novembre 2025, devenu ambassadeur du Bleuet de France, il adresse aux Français une lettre manuscrite, rapportée par France Info. « Il me semblait important de montrer notre reconnaissance envers nos armées, ses blessés et plus généralement envers toutes les forces de sécurité qui nous protègent au quotidien », écrit-il.

Ses proches le savaient. Patrick Bruel l’a résumé en une phrase, à propos des Enfoirés : « Il a toujours un oeil sur ce qu’on fait. Il laisse des petits messages. » Des petits messages, comme celui de ce dimanche sur RTL.

Et l’histoire n’est peut-être pas terminée. Selon la productrice Anne Marcassus, citée par Allzic Radio, Goldman a accordé près d’une heure d’entretien face caméra pour un documentaire de TF1 sur les Enfoirés. Sa diffusion était annoncée pour cette rentrée.

Vingt ans après ses adieux, le chanteur le plus discret de France reste donc l’une de ses plumes les plus actives. Il a quitté la scène, les plateaux et la troupe. Jamais la musique.

En 1981, une femme de RTL avait parié sur « ce petit » qui avait « quelque chose ». À 75 ans, il a tenu à lui rendre hommage à sa façon, avec une phrase toute simple : « Ça, je ne l’oublie pas. » La France non plus.

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