Julien Clerc : la triste fin annoncée
Il a 79 ans, près de soixante ans de carrière, et un agenda qui ferait pâlir un débutant. Julien Clerc est reparti sur les routes avec une tournée baptisée Une vie, qui doit le promener jusqu’à l’automne 2027. France, Belgique, Luxembourg, Suisse : le chanteur aux 28 albums ne s’économise pas.

Forcément, la question brûle toutes les lèvres. Une tournée qui s’appelle Une vie, qui revisite les grandes chansons et qui se termine à l’aube de ses 80 ans, ça ressemble furieusement à un adieu. Alors, c’est la fin ? Le dernier tour de piste ?
Lui répond avec un calme désarmant. Interrogé par la radio Ici, l’ancien France Bleu, il a fini par lâcher ce qui pourrait, un jour, le faire quitter la scène. Une condition. Une seule.
Elle tient en quelques mots, et elle est bien plus intime qu’un bulletin de santé ou un contrat qui s’achève. Pour la comprendre, il faut remonter le fil d’une vie qui ressemble à un roman. Accrochez-vous : le chemin passe par Mai 68, une altercation à la sortie d’un tournage, une voix abîmée et un rendez-vous tragique.
Un marathon de deux ans qui s’achève… cinq jours après ses 80 ans
D’abord, mesurez l’ampleur du chantier. Selon les annonces relayées par Infoconcert, la tournée Une vie a démarré par une série de concerts intimistes, dans des théâtres et des salles moyennes. Puis viennent les grandes salles, les Zénith et les Arena. Un format en deux temps, comme un récit qui monte en puissance.
Le 11 novembre 2026, il fera étape à Auxerrexpo, dans l’Yonne. Le détail n’a rien d’anodin : c’est une région où il a vécu dans les années 1970, comme il l’a confié à Ici. Pour un spectacle qui raconte sa vie, difficile de rêver décor plus symbolique.
Et puis il y a la date finale. Le 9 octobre 2027, Julien Clerc doit refermer la tournée à l’Accor Arena de Paris, l’ancien Bercy, selon son site officiel. Né le 4 octobre 1947, il aura alors 80 ans depuis cinq jours tout juste.

L’annonce de ce concert a été faite très tôt, avec plus de deux ans d’avance. D’après Pure Charts, les billets parisiens étaient affichés entre 40 et 95 euros, en configuration entièrement assise. L’affiche, elle, porte la signature du photographe néerlandais Anton Corbijn, connu pour son travail avec U2 et Depeche Mode.
Un photographe de rock stars, des Zénith, une Arena qui peut accueillir jusqu’à 20 000 spectateurs selon Infoconcert : on est loin du petit récital de fin de carrière. Pourtant, rien dans la communication n’est présenté comme une tournée d’adieux. Pas de dernière fois annoncée, pas de tournée d’adieux revendiquée. Juste une date anniversaire.
Alors pourquoi ce choix de Bercy, précisément ? Parce que cette salle, Julien Clerc la connaît mieux que personne. Et l’histoire qui le lie à elle a de quoi donner le vertige.
Bercy, la salle qu’il a été le premier à faire tomber
Retour en 1985. Le Palais omnisports de Paris-Bercy a été inauguré le 3 février 1984 par Jacques Chirac, alors maire de Paris. Une salle immense, toute neuve, encore vierge de chanson française. Qui osera la remplir le premier ?
Ce sera lui. Du 24 avril au 5 mai 1985, Julien Clerc y enchaîne douze dates d’affilée. Il devient le premier chanteur français à inaugurer et remplir la salle. Le concert sortira même en cassette VHS sous un titre qui sonne comme une conquête : Bercy est à Julien.
L’Accor Arena ne l’a pas oublié. Au moment d’annoncer sa venue en 2027, le compte officiel de la salle a rappelé qu’il était le premier chanteur français monté sur sa scène en 1985, selon Pure Charts. Une manière de dire : la boucle va se boucler ici.

Faites le calcul. Entre 1985 et 2027, quarante-deux ans séparent le jeune conquérant aux cheveux courts de l’octogénaire qui reviendra chanter les mêmes refrains. Peu d’artistes peuvent se vanter d’avoir ouvert une salle et d’y revenir pour fêter leurs 80 ans.
Ce lien avec le public, il en parle avec une émotion qu’on ne lui soupçonne pas toujours. En 2020, il confiait à Pure Charts mesurer le chemin parcouru en voyant des salles entières connaître ses chansons. « C’est assez émouvant quand je reprends « Ce n’est rien » ou « Ma préférence » devant 10.000 personnes », expliquait-il.
Ces gens, disait-il en substance, l’ont accompagné toute sa vie, et lui les a accompagnés aussi. Une relation d’un demi-siècle. Et c’est précisément cette relation qu’il a voulu mettre en scène dans son nouveau spectacle, d’une façon qu’il n’avait jamais osée.
Le spectacle où il se met enfin à nu
Car Une vie n’est pas un best-of de plus. Cette fois, Julien Clerc parle, plus que d’habitude de son propre aveu. Entre les chansons, il a glissé des textes qu’il a lui-même écrits, comme les chapitres d’une autobiographie racontée à voix haute.
« Je pense que les gens aiment ce spectacle, peut-être parce que je parle plus que d’habitude, je me confie plus comme ça s’appelle Une vie », a-t-il expliqué, selon Purepeople. Il précise n’avoir retenu que des titres très connus. Les chansons importantes de sa vie, dit-il.
Le public retrouve donc ses classiques, que l’artiste refuse de « trahir », comme l’a relevé la presse culturelle. Mais ils sont désormais replacés dans un récit personnel. Chaque tube devient un souvenir, chaque souvenir une confidence.

Ce spectacle prolonge un album du même nom, son 28e, sorti le 23 mai 2025. Réalisé par Benjamin Biolay, il réunit des plumes comme Carla Bruni, Serge Lama, Gaëtan Roussel, Didier Barbelivien ou David McNeil, selon Infoconcert. Un casting de luxe pour un disque annoncé comme l’un des plus personnels de sa carrière.
Le titre, il l’a trouvé en regardant les photos qu’Anton Corbijn avait prises de lui pour la pochette, a-t-il raconté au Parisien, cité par Pure Charts. Il y chante, explique-t-il, des moments d’une vie : le père, la mort de proches. Un disque qui donne le sentiment de boucler une boucle.
Boucler une boucle, à 77 ans à l’époque, avec un titre aussi définitif… De quoi faire tourner les rumeurs de retraite. Au Parisien, il les a balayées dans un rire : « Mais ce n’est pas le dernier, en tout cas je l’espère ».
Mai 68 : un étudiant lance « Qui veut m’écrire une chanson ? »
Pour saisir ce qui fait encore courir cet homme, il faut revenir au tout début. Avant Julien Clerc, il y a Paul-Alain Leclerc, fils d’un haut fonctionnaire de l’Unesco. Ses parents se disputent jusqu’au choix de son prénom : le père veut Paul, la mère Alain. Il recevra les deux.
Le père le destine aux grandes études. Le fils tente Sciences-Po, passe par la fac de droit, bifurque vers l’anglais à la Sorbonne. Et néglige à peu près tout, sauf le piano. En cette année qui annonce Mai 68, il passe plus de temps à refaire le monde qu’à réviser.
La scène fondatrice se joue dans un bistrot étudiant, L’Écritoire, place de la Sorbonne, probablement au printemps 1967. La légende veut que le jeune homme y ait lancé à la cantonade : « Qui veut m’écrire une chanson ? ». Un certain Étienne Roda-Gil lève la main. Une page de la chanson française vient de s’ouvrir.

Le 9 mai 1968, en pleine ébullition, sort son premier 45 tours : La Cavalerie. Il a 20 ans. La chanson, qui parle d’« abolir l’ennui », tourne en boucle à la radio. Une jeunesse en révolte se trouve une idole toute neuve.
Ironie savoureuse : l’idole de Mai 68 n’est pas du tout emballée par Mai 68. Fils de gaulliste, petit-fils de communiste, il se rend à la Sorbonne pendant les événements et trouve ça « sans grand intérêt ». Il a même ce trait assassin, des années plus tard : ses camarades trotskistes ou maoïstes sont devenus gaullistes, lui avait juste « de l’avance sur eux ».
Ensuite, tout va très vite : tournée avec Adamo à l’automne 1968, puis l’Olympia en mars 1969, en première partie de Gilbert Bécaud, où il triomphe. Dans sa loge débarquent les producteurs de la comédie musicale Hair, qui lui proposent le premier rôle. Il refuse, puis accepte après avoir vu le spectacle à Londres.
En moins de deux ans, l’étudiant dilettante est devenu une vedette. Mais la gloire a un prix. Et c’est sur le terrain de sa vie privée que la facture va arriver la première.
Une chanteuse, une actrice et une altercation
Août 1969. En plein Hair, France Gall entre dans sa vie. L’histoire dure jusqu’en 1974, mais elle a un goût amer : la chanteuse traverse alors un désert artistique et souffre de rester dans l’ombre de son compagnon. Elle finit par le quitter.
La rupture lui inspire une chanson au titre qui dit tout : Souffrir par toi n’est pas souffrir. Déjà, ce réflexe qui ne le quittera jamais. Transformer la douleur en mélodie, plutôt que de la montrer.

En 1975, il accepte le seul rôle de cinéma de sa carrière, dans D’amour et d’eau fraîche. Sa partenaire s’appelle Miou-Miou, qui avait tenté de faire engager pour le rôle son compagnon, Patrick Dewaere. Peine perdue : sur le tournage, une idylle naît entre le chanteur et l’actrice.
Dewaere l’apprend. Il attend Julien Clerc à la sortie du tournage et le moleste. Voilà le chanteur malmené par le compagnon de sa partenaire. Miou-Miou rompt avec Dewaere, et le chanteur devient son nouveau compagnon.
Le 19 avril 1978 naît leur fille Jeanne, aujourd’hui connue comme réalisatrice sous le nom de Jeanne Herry. Le couple, porté par des convictions écologiques, s’installe à la campagne et joue les gentlemen farmers. Les années 1970 sont aussi celles où, selon Purepeople, il a vécu dans l’Yonne, ce département où sa tournée le ramène cet automne.
En 1981, le couple se sépare, quelques mois avant le suicide de Patrick Dewaere. Plus tard, Angèle, la fille de l’acteur, que Julien Clerc a élevée comme la sienne, lui demandera de l’adopter. Une famille recomposée bien avant que le mot soit à la mode.
Mais dans ces années-là, une autre menace plane, moins visible que les ruptures. Elle concerne son outil de travail. Sa voix.
Les années folles où il a failli tout perdre
Les années 1980 font de lui une star absolue. Il quitte Pathé-Marconi pour Virgin, encore petit label, coupe sa longue chevelure bouclée et aligne les tubes : Cœur de rocker, La Fille aux bas nylon, Mélissa. Il prête même sa voix aux campagnes publicitaires de Citroën.

Les concerts se multiplient, les tournées aussi. Et le chanteur force. Il force sur sa voix, il dessèche ses cordes vocales. La cause n’est pas seulement la fatigue : il sniffe de la cocaïne, ce que sa biographie mentionne sans détour.
Lui-même n’a jamais caché cet épisode. En 2025, il est revenu dessus auprès de Ciné Télé Revue, propos repris par Télé 7 Jours. « C’est mon corps qui m’a fait arrêter la cocaïne très rapidement, car ça me faisait mal au nez », a-t-il raconté.
Il ajoutait que la poudre, en descendant dans la gorge, faisait mal aux cordes vocales. Déjà en 2017, dans Paris Match, il décrivait une époque où la drogue était presque une posture obligée. Et un corps équilibré qui avait fini par dire stop.
Le vrai tournant est là. Plutôt que de laisser filer, il décide de se reprendre en main et prend des cours de chant pour économiser sa voix. Un choix qui n’a rien d’évident pour une star au sommet, en pleine série de tubes.
Ce rapport presque sportif à son instrument ne l’a plus quitté. Aujourd’hui, selon Télé 7 Jours, la natation lui fait du bien, et il explique avoir compris un jour que sa voix était sa singularité. Il juge même que ce serait un crime de ne pas l’entretenir.
Retenez bien ce détail : la voix travaillée comme un muscle. Il va revenir au cœur de notre histoire. Mais avant, il faut parler des femmes qui ont écrit pour lui, et qui ne lui ont rien passé.
Françoise Hardy, l’amie qui a recalé ses mélodies

Au tout début de 1990 sort l’album Fais-moi une place. La chanson-titre, écrite par Françoise Hardy, devient un immense succès et décroche la Victoire de la meilleure chanson en 1991. On imagine une collaboration fluide entre deux icônes. La réalité est plus piquante.
Invité de l’émission Nos chansons ont une histoire sur VivaCité, rapporte la RTBF, Julien Clerc a raconté qu’elle avait d’abord refusé plusieurs de ses compositions. Sans prendre de gants. Il se souvient en avoir été un peu consterné.
Mais il salue aussitôt ce tempérament : selon lui, elle avait un goût très sûr, et elle était très sûre de son goût. Des années plus tard, l’amitié tient toujours. En 1997, pour ses 50 ans fêtés sur scène, il veut absolument l’avoir à ses côtés.
Problème : la chanteuse n’aimait pas la scène, explique-t-il à la RTBF. Elle en gardait de mauvais souvenirs et vivait mal une célébrité qui l’avait dépassée. Lui insiste quand même. « Je l’avais suppliée, je lui ai dit : c’est mes 50 ans », se remémore-t-il.
Le sort s’en mêle. De tous ses invités ce soir-là, elle est la seule à subir un problème technique. Julien Clerc confie avoir regretté par la suite de lui avoir forcé la main : elle avait accepté gentiment, et l’expérience ne lui a pas redonné le goût de la scène.
Cette même année 1997, autre femme, autre orage. La chanson Assez, assez, écrite par David McNeil, cite « les seins de Sophie Marceau ». L’actrice menace d’un procès et déclare s’être sentie « dévêtue ». L’auteur assure n’avoir voulu faire qu’une belle rime.
Ses deux grands frères de plume, partis l’un après l’autre


Si sa carrière était un édifice, deux hommes en seraient les piliers. Le premier, Étienne Roda-Gil, le parolier de l’Écritoire. Le second, Jean-Loup Dabadie. Et leurs relations avec le chanteur n’ont pas toujours été un long fleuve tranquille.
Dès 1976, sur les conseils de son agent, Julien Clerc diversifie ses auteurs. Roda-Gil le vit mal. En 1980, la séparation est consommée, en même temps qu’avec l’arrangeur Jean-Claude Petit. Il faudra attendre l’album Utile, en 1992, pour des retrouvailles.
Roda-Gil s’éteint avant la sortie de Double Enfance, fin 2005. L’album contient deux de ses textes. Un dernier dialogue posthume entre le compositeur et son premier complice.
Avec Dabadie, c’est une autre histoire, plus intime encore. Ma préférence serait née pendant des vacances au Pays basque, dans une maison louée avec Miou-Miou, a raconté Julien Clerc, propos repris par Starmag. Dabadie entend une mélodie au piano en passant dans le salon et le supplie de la lui garder.
De retour à Paris, le chanteur enregistre la musique sur le piano droit violet du parolier. Dabadie hésite entre deux pistes, dont une autour de pierres précieuses, puis choisit un seul mot : préférence. Le texte, selon Julien Clerc, est écrit en pensant à Miou-Miou.
Le 24 mai 2020, Jean-Loup Dabadie meurt à 81 ans, à la Pitié-Salpêtrière. Julien Clerc confie alors au Parisien, cité par Starmag : « C’est un grand frère qui disparaît pour moi. » Il explique qu’avec lui, contrairement à Roda-Gil, il partait souvent en vacances. Tout un pan de sa vie s’en va.
Gardez ce nom en tête. Dabadie a laissé à son ami bien plus que des chansons. Il lui a légué une image, presque une formule magique. Et c’est elle qui, aujourd’hui, décide de la suite de sa carrière.

15 août 2023 : le rendez-vous manqué de La Baule
Trois ans après Dabadie, le destin frappe beaucoup plus près. Le 15 août 2023, Gérard Leclerc, son demi-frère, journaliste politique de 71 ans, meurt dans le crash du petit avion de tourisme qu’il pilotait, à Lavau-sur-Loire, près de Saint-Nazaire.
Le détail est terrible. Selon France Bleu, il avait décollé de Loudun, dans la Vienne, et se rendait à La Baule. Pour une raison bien précise : assister au concert de son grand frère, prévu deux jours plus tard.
Le 17 août, au parc des Dryades, Julien Clerc décide de monter sur scène malgré tout. D’après l’AFP, il apparaît tout de noir vêtu, son discours écrit sur une feuille de papier. Le public le salue par une longue ovation debout.
La voix serrée, il prend la parole. « Mon frère m’avait donné rendez-vous ici ce soir, le destin en a décidé autrement », dit-il, selon l’AFP. Il évoque ce petit frère qui assistait à ses concerts depuis cinquante ans.
Puis il justifie son choix de chanter quand même. « Il aurait détesté que je ne chante pas », lance-t-il, selon France Bleu, avant d’expliquer qu’il chante pour dire à son frère qu’il l’aime. Il lui dédie le concert et a une pensée pour son épouse, Julie Leclerc, longtemps voix d’Europe 1, et leurs enfants.
Dans le public, Pascal Praud, dont Gérard Leclerc était chroniqueur sur CNews, salue auprès de l’AFP la mémoire d’un merveilleux camarade. Un ancien pianiste du chanteur, Frédéric Renaudin, évoque un concert difficile, donné par un artiste d’une grande pudeur.

Ce soir-là, selon Pure Charts, le chanteur prononce sur scène une phrase qui éclaire tout le reste : pour lui, chanter n’est pas un métier, mais la façon qu’il a trouvée pour traverser la vie. Une deuxième façon de respirer, dit-il en substance. Retenez-la, elle aussi.
Deux ans plus tard, les larmes devant les caméras
Le 17 août 2025, deux ans jour pour jour après la mort de son frère, Julien Clerc est l’invité du « Portrait de la semaine » de Sept à huit sur TF1. Face à Hélène Mannarino, il revient sur ce concert. Et balaie l’idée d’un quelconque héroïsme.
On lui a parlé de courage, raconte-t-il, mais lui assure que c’était tout le contraire. « Heureusement que j’avais ça, heureusement que j’avais ce concert », confie-t-il, selon le compte rendu de Yahoo. La scène, ce soir-là, n’était pas une épreuve. C’était un refuge.
Il décrit un frère confident, très fan de sa musique, plus sociable et plus gai que lui. Lui reconnaît intérioriser, ne pas montrer sa tristesse. Mais le chagrin, dit-il, lui tombe dessus quand il ne s’y attend pas.
La preuve : la chanson Saint-Nazaire, écrite par Paul Ecole et dédiée à Gérard. Julien Clerc raconte l’avoir jouée à un ami intime, et avoir fondu en larmes en la jouant. Le titre est devenu en février 2026 le deuxième single de l’album, selon la RTBF.
Il voulait pourtant éviter le pathos. Comme il l’a expliqué sur la radio belge, il n’imaginait pas une ballade trop triste pour son frère. D’où une musique plutôt enlevée. Encore ce même réflexe : répondre à la mort par le mouvement.

Ce soir-là sur TF1, il se montre aussi d’une franchise rare sur son rôle de père et de grand-père. Il évoque un père strict, à l’ancienne, et admet avoir été plus dur quand il était jeune. Sa fille Angèle lui aurait même fait remarquer qu’il s’était ramolli.
Puis vient l’aveu qui a fait réagir. « Je pense que je suis un piètre grand-père », lâche-t-il, selon Le Matin. Son explication : il est encore un père, son dernier fils avait alors 17 ans, et le statut de grand-père en a souffert. Même ses propres enfants, il dit n’avoir jamais su jouer avec eux.
La chanson qui a fait danser un deuil
Cet homme qui pleure en jouant ses chansons a aussi choisi, pour lancer l’album Une vie, un titre inspiré d’une image qui a bouleversé la France. Les Parvis, écrit par Paul Ecole, évoque les obsèques d’Agnès Lassalle, professeure assassinée en février 2023 dans un lycée de Saint-Jean-de-Luz.
Lors de la cérémonie, son mari s’était mis à danser devant le cercueil. La vidéo avait fait le tour du pays. Julien Clerc dit en avoir été bouleversé, selon Pure Charts, qui relaie sa vidéo de promotion.
Avant de sortir la chanson, il a tenu à joindre cet homme, Stéphane Voirin. Le numéro a été retrouvé grâce à Claire Keim, qu’il connaît par les Enfoirés et qui vit à Saint-Jean-de-Luz. « J’étais un peu gêné de l’appeler mais je ne l’ai pas regretté », a-t-il raconté au Parisien, cité par Pure Charts.
Selon le chanteur, son interlocuteur l’a rassuré et l’a encouragé à se sentir libre, pour que tout cela se transforme en bonheur. Une conversation qui dit beaucoup de la manière dont Julien Clerc envisage son art : une chanson peut réparer quelque chose.

Ce n’est pas la première fois. En 1980, il chantait L’Assassin assassiné, texte de Dabadie contre la peine de mort, et assistait avec Robert Badinter au procès de Norbert Garceau à Toulouse. Badinter lui avait écrit, a-t-il rappelé au Parisien, que sa chanson faisait plus pour la cause que quinze discours et vingt-cinq conférences.
Quarante-cinq ans plus tard, la boucle se referme. Le 9 octobre 2025, Julien Clerc interprète L’Assassin assassiné au Panthéon, lors de l’entrée de Robert Badinter. Un moment d’histoire, à 78 ans. Pas vraiment l’agenda d’un homme qui songe à raccrocher.
Le chanteur qui refuse de baisser la tonalité
Car voilà le plus bluffant. À 79 ans, Julien Clerc chante toujours ses titres dans leur tonalité d’origine. Pas d’arrangement de confort, pas de refrain descendu d’un ton pour ménager l’interprète. Et il ne doit rien à la nostalgie, assure-t-il : il doit tout au travail.
Le secret tient en une routine qu’il détaille à Ici. « C’est un travail de tous les jours, mais quand on le fait, je ne force jamais, mais c’est parce que j’ai décidé depuis au moins cinq ans de chanter tous les jours », explique-t-il. Et il ajoute : « Si vous chantez tous les jours, la machine ne se rouille pas. »
Le plus fou arrive ensuite. « Je pense que je chante plus facilement aujourd’hui que certaines fois quand j’avais cinquante ans », affirme-t-il. Souvenez-vous de la star des années 1980 qui abîmait ses cordes vocales. Le contraste est saisissant.
Ce travail, il le fait parfois seul, parfois avec son professeur de chant. Détail très contemporain : les deux ne se voient que par écran interposé. « Mais on se voit souvent », précise le chanteur. À presque 80 ans, la visio comme salle de répétition.

Il sait pourtant qu’il ne s’est pas facilité la tâche en composant. « C’est vrai que je me suis composé des trucs qui ne sont pas évidents à chanter, le couplet commence à la cave et il finit au grenier », s’amuse-t-il. Sa conclusion : si on travaille tous les jours, ce n’est pas un problème.
Le calendrier, d’ailleurs, ne ment pas. D’après les légendes photo de Purepeople, on l’a vu tourner pour France 3 en décembre 2025, chez Michel Drucker puis pour La fête de la chanson française. Et le 3 juillet 2026, il chantait à Marseille pour l’Été marseillais.
Pas de retraite pour les saltimbanques ?
Alors, retraite ou pas ? Julien Clerc refuse de se voir comme un salarié en fin de parcours. « Je suis d’une génération de gens qui ont été dressés à la scène », rappelle-t-il. Dans sa bouche, la scène n’est pas un poste, c’est une vocation.
Il mesure la chance d’exercer un métier-passion sans âge légal de départ. Son modèle ? Bob Dylan et son Never Ending Tour, cette tournée sans fin qui le maintient sur la route tant que l’inspiration tient. Pour lui, la notion de retraite ne s’applique pas vraiment aux chanteurs.
Ce refus ne date pas d’hier. En 2022, auprès de La Provence, il se plaignait de droits d’auteur devenus dérisoires avec le streaming, selon M Radio. Mais il prévenait qu’il continuerait à créer « tant qu’il me viendra de la musique quand je serai à mon piano ».
Il reconnaissait même participer au problème, puisqu’il écoute lui aussi la musique sur les plateformes. Plutôt que de ruminer, il disait vouloir s’adapter au changement, en y voyant un côté créatif. Et se remettre à composer dès la fin de sa tournée, comme toujours.

Sa hantise est ailleurs. Mal vieillir, oui, ça lui a toujours fait peur, confiait-il à Ciné Télé Revue en 2025. Mais son métier, disait-il, lui permet de rester actif et de mieux voir passer le temps.
« Mais les passions, ça se travaille », résume-t-il aujourd’hui. Tout est là : la passion n’est pas un don qui s’éteint tout seul, c’est un feu qu’on entretient. Reste à savoir ce qui, un jour, pourrait l’éteindre pour de bon.
Car il y a bien une condition. Il l’a formulée clairement, sans détour, à 79 ans. Et elle n’a rien à voir avec l’âge, la fatigue ou les chiffres de vente.
La seule chose qui le fera descendre de scène
La voici, telle qu’il l’a confiée à Ici. « Chanter, pour moi, c’est plus une façon de vivre qu’un métier », pose-t-il d’abord. Puis tombe la phrase que tout le monde attendait : « Je pense que tant que j’aurai l’énergie, l’envie, je continuerai à chanter. »
Voilà la condition. Ni un médecin, ni une maison de disques, ni un anniversaire : l’énergie et l’envie. Selon Paris Match, il s’est fait une promesse : le jour où il ne s’en sentira plus capable, il s’arrêtera. Pas avant.
Pour décrire ce qui le tient debout, il ressort un trésor que lui a légué son ami disparu. Écoutez bien. « Nous, les artistes, nous sommes bénis des dieux. Tant qu’on a ce que (Jean-Loup) Dabadie appelait – la petite flamme bleue – qui brûle au fond de nous, il n’y a pas de raison de s’arrêter. »

La petite flamme bleue. L’image vient de Dabadie, le « grand frère » parti en 2020, celui de Ma préférence et de L’Assassin assassiné. C’est elle, cette étincelle intérieure, qui décidera seule du moment de partir.
Tout s’éclaire alors. La voix travaillée chaque jour, le concert maintenu à La Baule, la chanson pour Gérard, le Panthéon, Bercy à 80 ans. Chaque épisode raconte la même chose : tant que la flamme brûle, Julien Clerc chante.
Rendez-vous le 9 octobre 2027
Pour l’instant, rien n’indique qu’elle vacille. Selon Purepeople, quand il s’installe derrière son piano, le chanteur se réjouit de pouvoir encore composer des mélodies. Il ne se fixe aucune date de départ.
Prochaine étape, Auxerre, le 11 novembre, sur cette terre de l’Yonne où il a vécu dans les années 1970. Un retour qui lui fait particulièrement plaisir, a-t-il glissé à Ici. Un chapitre de sa vie qu’il viendra raconter en chanson, là même où il l’a vécu.
Puis viendra Bercy. Le 9 octobre 2027, quarante-deux ans après avoir été le premier chanteur français à y triompher, il remontera sur cette scène. Il aura 80 ans depuis cinq jours.
Sera-ce un adieu ? Rien, dans ses mots, ne le laisse penser. Le titre de la tournée, Une vie, sonne comme un bilan. Mais celui qui l’a choisi a pris soin de préciser, en riant, que l’album n’était pas le dernier.
Ses fans peuvent donc garder un œil sur un seul indicateur. Pas son âge, pas ses ventes, pas les rumeurs. Juste cette petite flamme bleue, dont lui seul connaît l’intensité.
Bob Dylan a sa tournée sans fin, celle que Julien Clerc admire tant. Lui a désormais la sienne, à sa manière, rythmée par une seule règle. Sur scène, à 79 ans, la petite flamme bleue brûle encore.